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Interview de Claude Damien, à propos de la dépression. Une maladie à part entière(par Dimitri Haikin)
En cette "4ème Journée Européenne de la Dépression", Monsieur Damien, artiste plasticien nous parle à coeur ouvert de sa dépression. Une interview exclusive accordée à Psy.be

- Qui êtes-vous, Mr Damien ?
Je suis artiste plasticien, dessinateur, peintre & sculpteur. J’ai 28 ans, j’habite près de Mons. J’ai la chance que mes œuvres intéressent de plus en plus de monde et je commence à être reconnu artistiquement par mes pairs, les médias et des passionnés de l’art. J’ai exposé à Paris, en Italie et un peu plus loin en Europe. Je prépare une exposition avec Psycart à Bruxelles. J’ai gagné plusieurs prix internationaux d’arts plastiques. Je suis connu aussi pour mon anticonformisme, pour mes coups de gueules sur l’art contemporain et pour mon rapprochement avec le mouvement surréaliste contemporain. J’ai aussi le diplôme de professeur pour enseigner les arts plastiques.
Mais je suis aussi un malade de la dépression majeure et chronique.

- Comment vous êtes aperçu de votre état dépressif ?
Après de nombreuses lectures sur le sujet et de l’aide thérapeutique. Au début, je ne comprenais pas, je croyais que tout le monde souffrait comme cela. Que c’était passager. J’ignorais la maladie mais elle s’installait petit à petit.

- Comment cette maladie est-elle apparue ?
J’ai commencé par une dépression endogène, c'est-à-dire que dès le plus jeune âge, j’étais un enfant malade. Mais, les médecins ne comprenait pas l’origine de certains symptômes : nervosité, ulcères à l’estomac et colique nerveuses (dès l’âge de 8 ans). A 11 ans, je perds ma mère brutalement, je m’enfonce dans la maladie (la dépression mélancolique et existentielle)

- Quels symptômes avez-vous connu ?
La mélancolie a toujours été là ; j’ai souffert d’angoisses, d’idées suicidaires, d’automutilation, de gros symptômes psychopathologiques comme de l’hypertension et des troubles du rythme cardiaque à 15 ans, d’ulcères à l’estomac, la peur des autres, un enfermement progressif, l’impossibilité de communiquer, de la fatigue chronique, des insomnies, des cauchemars, perte d’appétit, isolement. J’ai d’ailleurs encore beaucoup de ces symptômes mais je les combats.

- Comment vos proches ont-ils réagi ?
Au début, une incompréhension totale. Pour citer mon papa : « Mon fils n’est pas fou ! »
Toutefois, au fil des années, il a compris que c’était une maladie. Aujourd’hui, il ne me considère pas comme un fou, il m’aide, me soutient par des petites aides. Mes amis artistes comprennent car dans le domaine de l’art, la « folie » est courante.

- Avez-vous eu des parents dépressifs ?
Maintenant, je peux dire que ma maman et mon papa étaient eux aussi dépressifs. Mais, je ne savais pas à cette époque et eux non plus. D’autres parents, des tantes, des oncles, des cousins souffraient aussi de dépression, certains suivaient un traitement ; d’autres non et ne se considéraient pas malades.

- Comment avez-vous traversé votre enfance ?
A l’époque, il n’était pas reconnu que les enfants pouvaient souffrir dès le plus jeune âge de dépression. J’étais assez timide et introverti.

- Et votre adolescence ?
Je n’ai pas eu le choix. A cause des problèmes que je rencontrais au sein du système scolaire, le Procureur du Roi m’a ordonné de consulter un Centre de Guidance Psychologique. Bref, je faisais, comme on dit « l’école buissonnière ». Toutefois, je n’en profitais pas : Je restais cloîtré chez moi ! Je suis atteint d’une dépression de forme psychotique, je me sentais très mal mais je ne comprenais pas que j’étais malade. Suivi par une thérapeute, j’ai dû admettre ce fait.
Je passais mes journées à pleurer, à souffrir d’angoisses et d’idées suicidaires.

- Quelles démarches avez-vous effectuées pour guérir ? Cela vous a-t-il aidé ?
Comme je vous le disais, j’ai eu une psychothérapeute qui m’a aidé par obligation de justice. Puis, vers 14 ans, j’en ai parlé à mon généraliste qui m’a donné un traitement. Un peu plus tard, j’ai commencé à voir un psychiatre pour mon traitement. Tout cela m’a beaucoup aidé. J’ai pu comprendre l’origine de mes angoisses et les soigner par les médicaments et par la thérapie. Je suis toujours malade. Toutefois, je continue à me battre et maintenant j’avance dans la vie

-A partir de votre expérience, quels conseils pouvez-vous donner aux personnes qui souffrent de dépression ?
N’attendez pas, consultez un psychiatre. Il pourra vous aider pour le traitement. La thérapie est, sans aucun doute, une obligation. Même si votre dépression est légère, une thérapie est très utile pour faire face aux problèmes quotidiens. Essayez de trouver des centres spécialisés en santé mentale. Enfin, acceptez votre maladie afin d’apprendre à la combattre.
La dépression est comme une bulle qui nous entoure. Où seules les perceptions négatives nous atteignent.
La dépression n’est pas non plus un coup de blues après une rupture ou la perte d’un être cher. Il s’agit bien d’une maladie reconnue.
Si cela peut aider certaines personnes, une écrivaine Kate Swan a publié un livre sur son quotidien «Ma mère écrit : mon journal a une dépression », elle l’a rendu public sur son blog : http://kateswan.unblog.fr

Interview : Dimitri Haikin, Psychologue et Psychothérapeute. Directeur de www.psy.be

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