CoupleProblèmes de couples 

Le couple face à l'ennui

  • 18/03/09
  • Dominique Foucart
« On s'est connus, on s'est reconnus. On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue On s'est retrouvés, on s'est séparés. Dans le tourbillon de la vie. » (Jules et Jim, « Le tourbillon de la vie »)

Vous vous connaissez depuis plusieurs années. Coup de foudre ou amitié qui lentement s’est transformée en intimité partagée. Enfant ou pas, votre couple vous a paru fort et indestructible.

Le temps a passé, les silences complices se sont alourdis, les moments de fatigue ont effacé l’intimité. Parfois il y a moins de câlins, souvent il n’y a plus de réponses. Presque toujours subsiste une question : que faisons nous encore ensemble ?

Je suis sur que je l’aime encore, mais dès que je l’approche, elle se refuse à moi. Elle trouve que je suis trop préoccupé par mon travail, que je n’arrive plus à me détacher des soucis du quotidien. Mais c’est précisément pour nous donner ce confort qui berce notre amour que je me suis engagé dans le travail. Alors je lui explique. Je lui dis que c’est parce que je l’aime que je travaille tant. Bien sur, il y a des soucis ; mais si je sais que tout cela est pour notre bonheur, alors ils me paraissent finalement légers, même s’ils continuent à trotter dans ma tête.

Je lui demande pourquoi elle s’éloigne de moi, si elle m’aime encore. Elle me dit de ne plus la harceler de questions, que je l’ennuie. Finalement, je me demande si elle pense encore un peu à moi.

Ce schéma, c’est celui d’un couple qui se déconstruit petit à petit, à force de vouloir mieux s’aimer. Leur modèle d’interaction est souvent assez stéréotypé : dans cette phase de grande confiance qui s’installe au début de la vie commune, chacun sait qu’il se concentre sur la tâche principale qui lui est dévolue « pour le bien de tous ». L’un (souvent encore le père) se consacre à avancer le plus vite possible dans sa carrière pour offrir un confort matériel convenable à la famille ; l’autre (souvent la mère) va se battre entre ses trois métiers : travailleuse (car un seul salaire ne suffit plus aujourd’hui), mère et épouse.

A vingt-cinq ou trente ans, cela « passe » encore bien, l’énergie et la jeunesse entrainent le reste du corps à suivre le rythme infernal. Sept ou huit ans plus tard, la fatigue, le stress commencent à se faire sentir. Et surtout, on a oublié les certitudes qui avaient amené ce choix de mode de vie. Les trois métiers de madame sont toujours là, la carrière de monsieur en demande encore plus, la crise est passée par là. On ne peut plus arrêter le scénario.

Comment la machine s’emballe ?

Ce que le modèle de la Thérapie Brève de Palo Alto nous apprend d’une telle situation, c’est que le couple a, au cours de sa vie commune, pris des habitudes de communication, basées sur la confiance mutuelle et une série de conventions tacites. Au début, il n’était pas utile de s’expliquer toujours pourquoi l’on se retrouvait, et pourquoi parfois aussi on avait besoin de mettre de la distance.

Dans ces codes, se trouvent ceux qui permettaient – dans les circonstances de l’époque – de s’envoyer des signaux de type « j’ai besoin de toi sentimentalement », « j’aimerais un peu de tranquillité », « je voudrais faire l’amour avec toi »,… Ces codes ont été tellement bien assimilés que ni l’un ni l’autre n’a encore l’impression de les transmettre lorsqu’il communique avec l’autre.

Ce qui a changé, ce sont les circonstances, l’environnement, les conditions dans lesquelles les codes sont transmis : notre résistance à la fatigue a changé, la perception de notre rôle aussi, la frustration de ne pas avoir fait carrière, celle de ne pas avoir assez vu grandir les enfants, …

Silencieusement, le message « je m’inquiète pour toi car tu m’as l’air soucieuse », exprimé par le ton sur lequel un «ça va?» est prononcé, peut être interprété comme : « tu ne t’intéresse plus à moi ». La neutralité du signal est remplacée – pour le récepteur – par un signal négatif.

A ce « tu ne t’intéresse plus à moi », je vais répondre en utilisant ce que je sais de notre relation, c'est-à-dire une confiance absolue : « enfin, tu sais bien que oui, idiot ! ». Et l’autre, déjà inquiet, entendra « tu ne peux donc pas me laisser en paix ? ». Et nous voilà parti pour l’escalade.

Pour arrêter l’emballement, il va falloir faire un demi-tour comportemental

Toute la difficulté est ici de pouvoir ramener le comportement qui crée le problème à une formule de type « Qui fait quoi (qui est un problème) à qui, et en quoi est-ce un problème ? ». En partant d’une analyse très concrète des interactions, le thérapeute va rechercher le modèle interactionnel des solutions inopérantes (les « tentatives de solution qui ne fonctionnent pas »).

Un modèle classique dans les conflits de couple pourrait être : « Il (ou elle) me demande sans cesse si je l’aime encore, ce qui me fait penser qu’il (ou elle) n’a plus confiance en moi », ce a quoi j’ai tendance à répondre par des question sur cette confiance, que l’autre peut interpréter comme « Elle (ou il) me demande sans cesse si j’ai confiance en elle (ou lui), ce qui fini par me faire penser qu’elle (ou il) a peut-être quelque chose à me cacher ».

En passant à l’étape suivante de modélisation, le thérapeute va  identifier un schéma « au plus A demande à B si il l’aime encore, au plus B s’inquiète de la fidélité de A ». Si le thérapeute travaille avec A, il va devoir le persuader de modifier son comportement pour arrêter l’emballement du système. Par exemple, en imposant, d’une manière ou d’une autre le silence à propos de la relation. L’art du thérapeute sera d’identifier le schéma interactionnel erroné et d'arriver à bloquer les tentatives de solutions inopérantes. Car il suffira rarement de simplement demander à A de faire autre chose. Il faudra avant tout lui faire accepter que cette approche qui lui paraitra tellement « contre nature » est la bonne.

La thérapie brève apporte des solutions rapides et efficaces aux problèmes bien identifiés en termes d’interactions depuis plus de 50 ans. Ces solutions interviennent généralement endéans les 10 premières séances de travail avec le thérapeute, même si elles peuvent demander un temps supplémentaire de stabilisation. Elles apportent également une solution durable, en ce sens que la stratégie développée est expliquée au patient au cours de la dernière séance pour lui permettre à l’avenir de prendre en charge lui-même des problèmes similaires.

Dominique Foucart, Psychothérapeute et Médiateur Familial agréé.
 

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