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Tomber amoureux, c'est quoi en fait ?

  • 01/04/09
  • Marie Andersen
Comment ça marche ? Pourquoi c'est si bon, mais qu'après ça fait parfois si mal ? Pourquoi dit-on que l'amour est aveugle ? Pourquoi parfois de telles douleurs après de tels enchantements ? Comment ça marche en fait ? Qu'est-ce qui se passe quand on « tombe » amoureux ?

Mais avant de me lancer dans des explications sur ce mécanisme qui nous emporte bien loin, (parfois beaucoup trop loin), j’invite tous ceux qui s’estiment romantiques et qui veulent le rester « envers et contre tout » à ne pas poursuivre la lecture de cet article… Ou alors à vos risques et périls !

 Donc la question est : comment ça marche ? Qu’est-ce qui nous arrive ?

Tout se passe un peu comme si nous possédions tous, au fond de nous (dans notre cœur, c’est-à-dire dans notre cerveau…) un petit film sur ce que l’amour devrait être pour nous. Ce film (parfois on en a plusieurs versions) est le produit des impressions les plus prégnantes de notre passé, en grande partie l’enfance, durant laquelle les empreintes s’inscrivaient sur un sol encore vierge et qui nous ont marqués durablement. Ce sont des souvenirs devenus assez inconscients, associés à des impressions de pur bonheur, de fusion, de « nirvana » ! Ce film est sous clé, dans un premier temps, nous n’y avons pas vraiment accès.

Par ailleurs, notre chemin croise celui d’autres personnes, qui nous plaisent un peu, moyennement, beaucoup, pas du tout, bref, on tâtonne, on observe, on se laisse toucher… Et puis soudain, un de ces êtres sort du lot et fait battre notre cœur un peu plus vite. On ne le connaît pas encore très bien, mais on « sent » que c’est lui, que c’est elle, que c’est peut-être bien « le bon »… Mais comment peut-on le savoir si on ne le connaît pas encore bien ? Et qu’on ne sait même pas très bien ce dont on a besoin ?

C’est un peu comme si tous les êtres que nous approchons étaient en partie masqués par un écran translucide, un peu comme un fin voile d’eau, dont ne dépasseraient et n’apparaîtraient à notre vue que quelques parties de leur corps, de leur personnalité. Il suffit parfois de très peu, une voix qui nous charme, un rire, quelques références sociales, une odeur, une façon de s’habiller, de bouger, de nous regarder, de nous écouter, de s’intéresser à nous d’une manière dont nous avions tant besoin…

Minimes ou nombreuses, que nous soyons un peu casse-cou ou plutôt de nature prudente, ces signes que nous percevons constituent progressivement de bonnes clés pour libérer ce petit film que nous avons en nous. Mais parfois cette révélation est immédiate, inattendue, d’une force incroyable : nous tombons littéralement, c’est ce se qu’on appelle le coup de foudre. Il peut être vécu de manière solitaire, mais s’il est réciproque, nous y verrons une plus grande confirmation encore de la justesse de notre perception. Quoi qu’il en soit, nous voilà en train de projeter notre petit film sur cet écran translucide qui nous cache encore toute une partie de la personnalité de l’autre. Nous ne voyons donc pas l’autre dans sa réalité objective, mais comme support de nos fantasmes. Nous ne nous en rendons pas compte et pensons donc voir l’autre comme nous le souhaitions depuis si longtemps, consciemment ou non. « C’est celui que j’attendais depuis toujours, c’est lui, c’est elle, je le sais, etc… »

Cette illusion est nécessaire pour garantir à l’espèce humaine la formation temporaire de couples reproducteurs. Nous sommes programmés pour que ça marche comme ça, le temps de construire un nid et pondre un œuf ! L’odeur, les phéromones et d’autres signes infimes y contribuent, ce que nous démontrent de manière très scientifiques les nouvelles études sur la biologie de l’attraction.

L’impression est magique. On est émerveillé, on perd toute prudence, on se sent extraordinairement heureux, on plane. Et on se passe le film en boucle ! Même seul, sans le support de l’écran, ça marche, c’est bon à chaque fois (forcément puisqu’on n’est pas confronté à la réalité…). Et lorsqu’on est avec l’élu de notre cœur, on continue à projeter le film sur l’écran, et lui, sachant intuitivement comment agir pour continuer à se sentir aimé si fort, se modèle inconsciemment ou non, à nos besoins. Nous n’accordons d’importance qu’aux éléments de l’autre qui ne perturbent pas notre vision idyllique et nous camouflons sans trop de difficultés ce qui n’y correspond pas… Un certain temps…

Pour dire les choses encore plus simplement, c’est un peu comme si nous voulions voir l’autre en rose, mais qu’en fait derrière son écran, il est bleu ! Que cela n’empêche, il comprend intuitivement qu’il doit se montrer rose et de notre côté nous portons des verres roses le plus longtemps possible. Tant qu’on y arrive, avec ou sans efforts, tout baigne, l’illusion est entretenue, l’amour est encore aveugle, mais petit à petit la vraie nature de l’autre transparaît par la force des choses et on est forcé de voir ce qu’on ne voulait pas admettre : il est bleu ! On peut s’en défendre par le reproche « Tu as bien changé depuis que je te connais, tu n’es plus le même ! » Faux, bien sûr… Mais on peut aussi s’en accommoder progressivement et découvrir que bleu, ce n’est pas mal du tout ! On peut même se mettre à aimer le bleu ! Et comme la réalité est quand même un peu plus complexe que ça, on découvre que le mélange rose et bleu mais aussi toutes les couleurs de l’arc en ciel ont leur charme !

On entre alors dans la découverte de la REALITE de l’autre, l’écran perd son opacité, on cesse d’y projeter nos histoires et nos désirs personnels, pour aller à la rencontre de ce que l’autre est vraiment. Parce que ce n’est que dans la réalité que la vraie rencontre est possible.

Il ne s’agit plus de « tomber » amoureux d’un autre qui correspond à nos fantasmes, mais de découvrir un autre, vraiment autre, qui peut se révéler tellement intéressant, tellement plaisant, tellement riche et bon pour nous ! Les sentiments qui se forgeront alors auront une grande solidité parce qu’ancrés dans le réel, parce que vécus avec objectivité, choisis avec nos valeurs d’adulte et non plus en fonction de nos souvenirs inconscients d’enfant. Nous choisissons alors une relation de partenaires, enrichissants l’un pour l’autre mais capables de se différencier et d’exister à part entière l’un sans l’autre, un compagnonnage qui peut s’établir dans la durée.

Et on ne dira plus « Il me manque », mais « Je suis heureux qu’il existe »…

Marie Andersen
 

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