ArticlesLes interviews 

Marie Andersen, auteure, notre invitée du Moi !

  • 06/12/11
  • Dimitri Haikin
Découvrez le nouveau livre de Marie Andersen : "L'emprise familiale. Comment s'affranchir de son enfance "paru chez Ixelles Editions.

L'interview de la psychologue belge, Marie Andersen pour la sortie de son deuxième livre : "L'emprise familiale" chez Ixelles-Editions. 

- A partir de quand peut-on parler d'emprise familiale pathologique ?
On est tous largement influencés par son enfance, pour le meilleur et pour le pire. Le plus souvent, on ne se pose pas la question et la vie va, comme elle peut. Malheureusement, il arrive parfois que la vie ne nous satisfasse plus assez. Souvent, c'est un moment mal vécu - un divorce, une perte d'emploi, le départ des enfants - qui est révélateur d'un mal-être qui couve depuis longtemps. Parfois, c'est simplement un épuisement, une déprime, des angoisses, bref une crise de vie. On a beau essayer de redresser la barre, on a beau faire des efforts, c'est plus fort que nous, on n'y arrive pas. C'est le moment de faire le point. Le questionnement révèle souvent que les années passées au sein de notre famille n'ont pas laissé que des bonnes traces. On peut parler d'emprise familiale pathologique à partir du moment où on sent une forme d'emprisonnement, une fidélité excessive à des "programmations" d'enfance qui aujourd'hui, à l'âge adulte, nous nuisent et nous empêchent d'ouvrir nos ailes et de vivre la vie qu'on souhaite, librement.

En psychologie, il n'est pas aisé de définir la pathologie, et je n'aime pas m'y aventurer, parce que la pathologie repose sur l'existence d'une normalité, et cette norme est très culturelle. De plus, nous les psys, nous nous attelons, tant que faire se peut, à aider nos patients à aller vers la vie qui veulent mener, et non vers celle qui nous semble normale. Néanmoins, pour ne pas échapper à ta questions, Dimitri, je pense qu'aujourd'hui, il est assez convenu d'évaluer la pathologie en fonction de deux critères: un critère interne, qui est déterminé par le niveau de souffrance de la personne, souffrance qu'elle est seule à pouvoir ressentir, et une critère externe, lié à l'adéquation au groupe, à la famille, à la société, au tissu social dans lequel on souhaite s'insérer. Ici aussi, il n'est pas évident de définir la pathologie, les choix de vie pouvant être apparemment assez particuliers, très solitaires par exemple, mais néanmoins bien vécus par la personne qui les choisit.

- Quelles en sont les caractéristiques les plus habituelles de l'emprise familiale?
La soumission aux influences familiales nocives peuvent prendre de multiples formes, et il n'est pas évident d'en prendre conscience. Le lien avec l'enfance ne saute pas toujours aux yeux. Cela peut se manifester par des émotions excessives par exemple. Ces émotions, par leur caractère envahissant, sont la trace d'un passé non guéri. Lorsqu'une situation génère une émotion légitime, mais dont l'intensité est disproportionnée, c'est que l'émotion d'aujourd'hui réveille, par sa similitude, un "réservoir" de cette même émotion, qui s'est rempli dans l'enfance ou au fil des années, et ne s'est jamais exprimé. L'émotion actuelle constitue la goutte qui fait déborder un vase rempli depuis bien longtemps. On voudrait contrôler, mais on a beau faire, on n'y arrive pas. On se sent animé par une émotion qui nous dépasse, ce qui en soi n'est pas nécessairement bien grave, mais lorsque cela nous fait du tort, à nous ou à notre entourage, il est plus que temps de s'interroger. Ce qui est caractéristique de l'emprise de notre enfance sur notre vie d'adulte, c'est que les efforts de bonne volonté ne suffisent pas à nous faire adopter les comportements qui nous conviendraient. On aimerait, par exemple, ne pas avoir peur de certaines situations qui ne le méritent pas, on aimerait arriver à se faire respecter, on aimerait oser s'affirmer, on aimerait avoir une sexualité naturelle et heureuse, on aimerait se sentir à l'aise en public, mais c'est plus fort que nous, on n'y arrive pas.
On se sent comme "habité" par une émotion, une peur, une angoisse, qui ne nous ressemble pas et qu'on ne comprend pas. C'est l'empreinte de l'enfance, c'est la trace de ce passé qui nous a modelé, formaté, voire blessé et qui vit toujours en nous. C'est comme un feu qui couve sous la cendre, on ne le voit pas, mais au moindre coup de vent, il se rallume.

 
- Comment s'en affranchir ?
Le premier pas vers la liberté à l'égard de ce passé, c'est d'en prendre conscience. Prendre conscience que la personne qui souffre aujourd'hui, ce n'est pas vraiment l'adulte, qui sait qu'il n'y a pas de raison de se mettre dans un tel état et qui donc ne comprend pas toujours très bien ce qui lui arrive, mais c'est plutôt l'enfant intérieur, cet enfant mal aimé, incompris, bafoué, cet enfant qui se sentait si ridicule parfois, cet enfant qui avait si peur de ne plus être apprécié, ou cet enfant en colère, qui a tellement essayé de se faire respecter, bref l'enfant qu'on a été. Notre vie psychique peut se représenter comme les poupées russes, qui s'emboîtent l'une dans l'autre: la toute petite, au centre, c'est le bébé qu'on a été, ensuite la seconde c'est l'enfant, puis l'ado, ensuite l'adulte etc. Elles se superposent et restent vivantes en nous. Les traces du passé agissent toujours si on ne s'en rend pas compte et qu'on ne fait pas ce qu'il convient pour s'en libérer. Comprendre ne suffit pas, il faut encore pouvoir s'en affranchir. Il ne suffit pas de savoir d'où viennent toutes ces lourdes pierres qu'on porte dans son sac à dos, il s'agit surtout de se débarrasser du sac!
La prise de conscience permet de "rendre à César ce qui appartient à César"! Comprendre nous permet d'attribuer nos anciens tourments encore sensibles à ceux qui auraient dû nous aimer mieux, nous protéger, nous écouter, nous comprendre, nous encadrer et qui, pour diverses raisons, n'ont pas joué correctement leur rôle d'éducateur. La plupart du temps, ce sont nos parents, mais cela peut également être des grands frères ou soeurs, des oncles ou tantes, des grands-parents.
 
La tête comprend, et les "tripes" ressentent. Comprendre sans ressentir ne suffit pas, mais ressentir sans comprendre non plus. Dans la guérison du passé, le travail est autant mental qu'émotionnel. Il ne s'agit pas nécessairement d'aller trouver nos parents et leur cracher tout ce qu'on pense, même si cela nous soulage! La confrontation directe est un choix qui se mûrit et se prépare, mais il peut aussi être vécu symboliquement. Ce qui compte avant tout est de se débarrasser du poids de la culpabilité, de la colère, de la tristesse, des peurs et de toutes ces blessures que l'enfant que nous avons été n'avait pas à assumer. Il est parfois bien plus sain de se dire, par exemple, que notre père nous battait parce qu'il était incapable de supporter la frustration et c'était SA responsabilité d'y faire face et non la nôtre à 6 ou 7 ans, plutôt que de continuer à croire qu'on était battu parce qu'on était nul et qu'on le méritait.
La prise de conscience de cet enfant blessé qui agit toujours en nous, nous permet aussi de tenter de le soigner. Nous pouvons essayer d'établir un dialogue interne avec lui et lui dire ce qu'un parent "idéal" aurait dû lui dire, nous pouvons nous pencher sur cette part blessée en nous et la réconforter comme nous aurions souhaité que nos parents l'aient fait, reconnaître la valeur de cet enfant, la valeur de ses tentatives pour exister à sa manière, le reconnaître pour ce qu'il était, un petit être de bonne volonté qui cherchait son chemin, avec sa singularité propre et qui aurait dû être appréciée à sa juste valeur.

 
- Vaut-il mieux parfois couper les ponts ? Dans quels cas ?
Lorsque les influences parentales toxiques persistent telles qu'elles ont toujours été, et que, malgré nos tentatives pour nous faire respecter, malgré nos explications et notre légitime besoin d'exister comme nous le souhaitons, nos parents continuent à nous empoisonner la vie, malheureusement la seule issue est parfois la rupture radicale. Peut-être sera-t-elle définitive, peut-être temporaire, le temps qu'on se renforce. Il faut pouvoir reconnaître que notre droit à vivre en paix nécessite cette séparation, aussi difficile soit-elle. Il faut pouvoir cesser d'idéaliser nos parents, comme on le faisait inévitablement quand on était enfant tant on avait besoin de la sécurité et de l'amour qu'ils nous apportaient,  et les regarder tels qu'ils sont. Sur l'échelle qui sépare l'être le plus équilibré et le plus respectueux d'une part, et la plus fine des crapules d'autre part, se situent... nos parents. Et nous! Nous sommes seuls à pouvoir faire la démarche d'aller vers l'épanouissement, personne ne le fera à notre place.

 
- Comment guérir de cette emprise ? Existe-t-il des thérapies spécifiques ?
Je pense que, par essence même, les thérapies brèves ne conviennent pas dans ce cas. En effet, les thérapies brèves agissent directement sur les comportements actuels, sans se soucier de leur origine. Or ici, c'est précisément la source qui doit être reconnue, sans quoi on aura l'impression de curer un étang qui se remplit chaque nuit! Il me semble adéquat de consulter un thérapeute expérimenté, qui s'est formé à plusieurs écoles, qui a plus d'une corde à son arc et dont les différentes pratiques reposent sur le socle de la psychanalyse, sans pour autant que celle-ci soit appliquée religieusement. Mais elle a fait ses preuves dans la nécessité fréquente de revenir au passé pour s'en libérer le plus définitivement possible. Pour utiliser une dernière comparaison, je dirais que c'est un peu comme si notre vie était un mur qu'on construit brique par brique tout au long de notre existence, et qu'il comporte des trous, des fragilités. On peut toute sa vie essayer de se sentir solide avec de telles fondations, et continuer à aligner de belles rangées de briques sur les dernières rangées, mais il y a peu de chances qu'on arrive à trouver un bon équilibre avec des bases si bringuebalantes. Elles fragiliseront toujours notre édifice. Si par contre on se donne un temps pour examiner ces faiblesses, ces manquements, ces trous dans notre construction, on pourra les colmater un tant soit peu. Ce ne sera peut-être pas parfait, on sentira toujours la trace de la cicatrice, mais les cicatrices sont parfois bien plus solides qu'on ne le croit!

Dimitri Haikin
Psychologue-Psychothérapeute
Directeur de www.psy.be 

Découvrez le livre de Marie Andersen : "L'emprise familiale" !

 

Pour en savoir plus...
L'interview du Moi : rencontre avec Iv Psalti, sexologue
  • 29/02/12
  • Dimitri Haikin
Iv Psalti nous parle sans tabou de la sexualité des couples d'aujourd'hui, de la pornographie et de l'infidélité. Une rencontre avec un sexologue qui prône l'hédonisme sexuel. Soyez curieux et motivés !


Notre invité du Moi : Marka. Rencontre avec le swingueur belge.
  • 11/02/11
  • Dimitri Haikin
Un homme hyperactif, engagé et authentique.

« Quand je décide un truc je vais jusqu’au bout et pour les gens qui vivent avec moi c’est pas toujours de la tarte…! »


Notre invité : François de Brigode, votre présentateur du JT préféré
  • 12/01/11
  • Dimitri Haikin
"Une fois qu’on a plus sa tête dans l’aquarium, il faut pouvoir redevenir quelqu’un d’anonyme" nous dit François de Brigode.

Depuis 1997, il anime le JT de la RTBF. Il nous parle à coeur ouvert, de sa vie et de ses passions.


Psy.be reçoit Sébastien de Fooz qui en 184 jours rallia à pied Jerusalem depuis sa ville natale de Gand
  • 06/10/10
  • Dimitri Haikin

www.psy.be ouvre son divan à ce voyageur atypique.

Alors Sébastien de Fooz, un peu zinzin ou poussé inexorablement sur le chemin du dépassement de soi-même ?
Psy.be reçoit Richard Ruben, l’homme qui refait sans cesse le monde !
  • 29/06/10
  • Dimitri Haikin
Richard Ruben, tu connais, tu connais ? Tu connais cet homme en ébullition et en mutation permanente ?

Découvre son nouveau spectacle: "Ruben refait le monde" à Louvain-la-Neuve, au théâtre Jean Villar, du 15 au 29 octobre 2010.


Lettre d'information
Inscrivez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire.
Les annuaires
L'interview du Moi
Iv Psalti nous parle sans tabou de la sexualité des couples d'aujourd'hui, de la pornographie et de l'infidélité. Une rencontre avec un sexologue qui prône l'hédonisme sexuel. Soyez curieux et motivés !

Lire la suite de l'interview
Les tests: Test Entrepreneur
Le Test Entrepreneur : Avez-vous l'étoffe d'un entrepreneur ? Ce test inédit vous permet de faire le point sur votre potentiel d'entrepreneur. Prendrez-vous votre destin en mains ?
Voir tous les tests