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Les dangers sexuels de la fessée

  • 23/04/07
  • Tom Johnson

La fessée - définie comme une série de coups donnés sur les fesses - est une manière de frapper, et donc une violence physique. Cela devrait suffire à rendre inacceptable la fessée administrée aux enfants, en fonction des mêmes règles qui protègent les adultes, pourtant moins vulnérables. Mais il s'ajoute à la fessée une autre dimension : ce châtiment viole l'une des régions du corps les plus intimes et les plus sensuelles, les fesses. Pour comprendre pleinement le tort que l'on fait aux enfants lorsqu'on les fesse, il ne faut pas seulement s'arrêter à la violence physique mais également considérer l'intrusion d'une zone sexuellement sensible.

Tandis que les dommages causés par la violence physique liée à la fessée ont été amplement démontrés au cours du siècle dernier par une vaste littérature académique, des recherches scientifiques, des traités légaux et, plus récemment, par les médias populaires, il est très rare que les conséquences sexuelles de la fessée aient été abordées ouvertement et sérieusement. Le présent article vise à attirer l'attention du public sur les aspects sexuels qui font de la fessée un moyen particulièrement inapproprié et même dangereux de discipliner les enfants, qu'elle soit le fait des parents, des éducateurs ou d'autres personnes qui ont la charge de ceux-ci. Bien que ce texte se concentre sur la fessée, en apparence la forme de punition corporelle la plus bénigne, les arguments ci-inclus s'appliquent également à l'action de battre ou de fouetter les fesses en utilisant une badine, une ceinture, une planche en bois, ou n'importe quel instrument.

Zone érogène
Comme les seins d'une femme, les fesses sont une zone sexuelle ou érogène de l'anatomie humaine, même si elles ne font pas partie des organes sexuels au sens strict. Pour cette raison, le fait de les exposer en public est généralement considéré comme indécent autant qu'illégal et leur exhibition dans les films ou à la télévision est synonyme de nudité. Pour la même raison, quelqu'un qui caresse sans invitation les fesses d'une autre personne est traité par la loi comme un agresseur sexuel. La nature érogène des fesses ne s'explique pas seulement par la proximité des organes génitaux mais aussi par le fait qu'elles contiennent de nombreuses terminaisons nerveuses conduisant directement aux centres nerveux sexuels. En conséquence, les fesses représentent une zone importante de stimulations et d'intérêt sexuels.

Les caractéristiques sensuelles des fesses valent non seulement pour les adultes, mais également pour les enfants. Alors même qu'ils sont sexuellement immatures et sans une libido active, les enfants naissent avec un système nerveux complètement développé et sont donc en mesure de ressentir une stimulation érogène dès la naissance. L'existence des pédophiles montre d'ailleurs qu'ils peuvent être la cible d'intentions sexuelles déplacées. Bien que nous puissions imaginer l'enfance comme un monde d'innocence et d'insouciance, préservé de l'influence de la sexualité, nous rendons aux enfants un mauvais service lorsque nous feignons d'ignorer qu'ils ont eux aussi une sensualité méritant considération et respect.

Violation sexuelle
Puisque les enfants ont une sensibilité pleinement active et que les fesses représentent une zone érogène du corps, il faut se demander quelles peuvent être les conséquences des coups reçus sur les fesses. Nous comprenons généralement que le fait de caresser les fesses d'un enfant puisse constituer un délit à caractère sexuel (même si l'enfant ne le perçoit pas comme tel). Nous savons aussi que le fait de frapper les fesses d'un adulte constitue un délit du même ordre (même si l'offenseur n'y trouve pas de plaisir sexuel).

Dès lors, pourquoi le fait de frapper les fesses d'un enfant n'est-il pas considéré comme un délit à caractère sexuel ? Est-ce parce que la fessée, à la différence des caresses, est physiquement douloureuse et est utilisée pour punir une mauvaise conduite ? Non, car dans ce cas le fait de fesser un adulte pour le punir tout aussi douloureusement ne serait pas considéré comme un délit à caractère sexuel. Est-ce parce que les enfants, contrairement aux adultes, ont moins de probabilité d'être les cibles de perversions sexuelles, sont moins enclins à se sentir violés et donc ont moins besoin d'une protection stricte ? Non, car dans ce cas le fait de caresser un adulte serait considéré comme un crime beaucoup plus sérieux que celui de caresser un enfant.

Une explication plus plausible à ces contradictions est que la plupart des gens sont incapables ou peu disposés à croire qu'il pourrait y avoir quelque chose d'indécent dans une pratique aussi ancienne, aussi communément acceptée que la fessée, que presque tout le monde a reçue, donnée ou vu infligée au moins une fois. Et comme les fessées sont généralement administrées par des représentants de l'autorité estimés voire aimés, il devient difficile de questionner cette conduite.

Quoi qu'il en soit, le droit d'être préservé de toute violation sexuelle constitue l'un des principes fondateurs de nos démocraties. Comme ce droit à l'intégrité sexuelle est valable pour les adultes, il devrait l'être également - et même tout particulièrement - pour les enfants, qui n'ont pas atteint l'âge légal de consentement. Fesser les enfants est peut-être une tradition consacrée par l'usage, mais une tradition qui viole leur intégrité d'une manière aussi lourde de conséquences doit être remise en cause.

Certains plaident que la fessée est justifiée ou même commandée par la Bible, en particulier par le livre de Proverbes. Cependant, les fondamentalistes devraient apprécier la différence qui existe entre la coutume de fouetter les hommes sur dos, qui existait à l'époque du roi Salomon, et l'habitude moderne de frapper les fesses : cette dernière n'est prescrite nulle part dans la Bible. De plus, l'Ancien Testament contient des passages qui pourraient être - et ont parfois été - interprétés comme des encouragements divins aux châtiments corporels des épouses, aux guerres raciales, à l'esclavage, à la lapidation des enfants rebelles et autres pratiques considérées comme inacceptables aujourd'hui. Comme l'écrivait Shakespeare : « Le diable cite les Écritures pour servir ses desseins. »

Perversions et abus sexuels
De nos jours comme par le passé, certaines personnes sont excitées sexuellement par la fessée. Cette particularité, souvent présente dans la pornographie et associée au sadomasochisme, porte le nom de flagellomanie, dans la littérature scientifique. Tandis que beaucoup de flagellants pratiquent la fessée entre adultes consentants, quelques-uns trouvent la fessée des mineurs plus stimulante, ou plus opportune.

Or, dans plusieurs pays au monde, les enfants peuvent encore être fessés légalement et de force par leurs parents, gardiens, enseignants, directeurs scolaires et autres professionnels, jusqu'à l'âge de dix-huit ans. En conséquence, il est souvent facile pour les flagellants d'obtenir des positions où ils peuvent abuser sexuellement des enfants sans guère craindre de retombées. Tant que la société considérera la fessée comme un acte légitime de discipline et tant que les jeunes fessés seront présumés l'avoir « mérité », les adeptes pervers de la fessée y trouveront un vernis moralisateur masquant leurs vraies motivations. Les documents historiques, les archives des tribunaux et les faits divers actuels relatent de nombreux cas d'abus sexuels flagellants infligés à des victimes sans défense, et personne n'est en mesure d'évaluer le nombre d'abus qui n'ont pas été rapportés.

Certains adultes diront probablement : « Comme mes intentions n'ont aucun caractère sexuel, il n'y a donc pas de mal quand je fesse un enfant. » Ce raisonnement manque singulièrement de considération envers tous les enfants qui sont à la merci d'autres adultes dont les intentions ne sont pas dépourvues d'ambiguïté. Chaque fessée contribue à légitimer les actes de ceux qui utilisent la fessée comme une stimulation sexuelle en affirmant : « Beaucoup des gens fessent leurs enfants. Alors, est-ce vraiment si grave ? »

Développement psycho-sexuel
Même sans motif sexuel de la part de celui qui l'inflige, la fessée perturbe le développement sexuel et psychologique normal d'un enfant. Parce que les fesses sont si près des organes génitaux et si intimement liées aux centres nerveux sexuels, les coups portés à cet endroit peuvent déclencher des sensations puissantes et involontaires de plaisir sexuel. Ceci peut arriver à de très jeunes enfants, en dépit d'une douleur intense et clairement désagréable.

Cette sorte de stimulation sexuelle, qui va à l'encontre de l'objectif disciplinaire escompté et ne peut en aucun cas être défendue comme étant profitable à l'enfant, peut faire que ce dernier associera sa sexualité à l'idée de fessée. Il est possible que cette fixation lui occasionne des problèmes dans sa vie adulte. Par ailleurs, l'enfant peut réagir contre ces sensations malséantes en réprimant sa sexualité au point qu'il ait, en tant qu'adulte, des difficultés à vivre le plaisir sexuel et à connaître l'intimité.

Un autre danger sera que le mélange déroutant du plaisir et de la douleur devienne la base de tendances sadomasochistes persistantes. Le sadomasochisme, dans lequel une personne ressent du plaisir à infliger ou à recevoir de la douleur, implique une conduite destructive de soi-même et des autres et donc de la société en général. Bien que l'intensité et les origines du sadomasochisme varient entre les individus, la grande majorité des cas étudiés indiquent une cause principale : les bastonnades dans l'enfance, habituellement sur les fesses.

Il serait difficile de calculer la probabilité avec laquelle une fessée conduira l'enfant à des désordres psycho-sexuels. Cependant, le simple fait qu'il y a un risque devrait être suffisant pour que cette pratique soit abandonnée (Il est important de noter que même les enfants qui ne sont jamais fessés peuvent être affectés négativement en voyant d'autres enfants subir ce châtiment). Au regard des risques encourus, la fessée est complètement injustifiable.

La fessée et la pudeur
Imaginez votre réaction si un représentant de l'autorité, ayant découvert quelque méfait de votre part, vous clouait en travers de ses genoux et commençait à vous frapper sur les fesses. Plus que la douleur, la plupart des gens considéraient cet acte comme une atteinte grossière et inexcusable à leur pudeur, peu importe ce qu'ils aient fait pour le « mériter ».

De nombreuses personnes considèrent que les enfants, surtout les plus jeunes, sont trop ignorants ou trop naïfs pour ressentir une telle ignominie, ou sont trop impressionnés par la douleur physique pour se préoccuper de quoique ce soit d'autre. La vérité, toutefois, est que la fessée peut léser sérieusement la perception qu'un enfant a de la pudeur. Quand un enfant est assez âgé pour comprendre qu'il doit se comporter avec pudeur (ce qui n'est pas seulement une exigence sociale, mais aussi une sage précaution contre les agresseurs potentiels), il est probable que cet enfant intègre et développe la pudeur comme une valeur personnelle qui s'affirmera avec l'âge. Cette valeur persiste même si l'enfant manifeste parfois des comportements immodestes, comme font la plupart des enfants. Par contre, l'enfant dont les fesses sont frappées peut ressentir une honte profonde et durable posée sur sa sexualité, particulièrement si la punition est infligée devant témoins ou si elle implique l'exhibition de sa nudité. De fait, certains adultes considèrent même cette humiliation comme faisant partie intégrante de la punition (à vrai dire, certaines personnes ne limitent pas la fessée aux plus jeunes enfants ni même aux préadolescents). Tout comme le fait d'infliger une telle humiliation à des adultes représente un outrage inacceptable dans une société dite civilisée, c'est assurément une manière choquante de traiter les enfants.

Il est d'ailleurs étrangement inconséquent que des adultes exhortent leurs enfants à la pudeur tandis qu'ils les punissent d'une manière qui les prive de leur pudeur naturelle et viole leur intimité de façon si agressive. De tels messages contradictoires tendent à dérouter les enfants et à les rendre méfiants à l'égard de l'autorité des adultes. Si les adultes ont fermement l'intention d'inculquer aux enfants les valeurs de pudeur, de respect de soi-même et des autres - valeurs qui prennent toute leur importance au moment de l'adolescence et de la puberté -, ils devraient prêcher par l'exemple et s'abstenir de pratiques irrespectueuses à leur égard, comme celle de leur frapper les fesses.

Conclusion
Il n'est pas discutable que la fessée ait une dimension sexuelle aussi bien que punitive. Cette connaissance existe dans notre culture et est même suggérée par les médias, d'une manière tacite ou explicite. Pourtant, notre société n'a pas encore été en mesure d'aborder franchement les conséquences alarmantes de cette double nature de la fessée. Si l'on considère la persistance des perversions d'ordre sexuel d'une part et la nature contraignante de la punition d'autre part, on ne peut qu'être alarmé par la seule idée d'exercer la discipline au moyen de la fessée, surtout si cette punition est infligée à une catégorie de la population aussi vulnérable et dépourvue de méfiance que les enfants.

Bibliographie...

PRISES DE POSITION (traduites de sources anglophones)

« Un coup sur les fesses peut produire des sensations manifestement érotiques, pouvant aller jusqu'à l'orgasme chez certains enfants. On aurait même observé que certains de ces enfants favorisaient les conditions d'être fessés, en se conduisant mal à dessein et en feignant la douleur tandis qu'ils recevaient la « punition » escomptée. La fréquence avec laquelle ces situations se produisent n'est pas connue, mais cela ne serait pas rare (…). La fessée, dans ces cas, aurait été donnée pour satisfaire aux exigences perverses de l'adulte lui-même (sadisme) ; ou tout au moins l'adulte aurait-il eu l'intuition coupable de pouvoir tirer parti de la réaction sexuelle de l'enfant (…). Il y a encore quelques dizaines d'années, les pervers se faisant passer pour des gouvernants ou des précepteurs étaient loin d'être rares, disait-on dans certains pays européens. »
J. F. Oliven, médecin, Sexual Hygiene and Pathology (1965)

« Dans plusieurs cas, la valeur disciplinaire attribuée à la flagellation dans les écoles et les universités n'était qu'un prétexte facile permettant aux pervers d'obtenir une stimulation sexuelle. »
George Ryley Scott, historien, sociologue, anthropologue, The History of Corporal Punishment (1938)

« Quand un enfant est frappé sur les fesses (…), cette violente stimulation peut être sexualisée dans l'esprit de l'enfant non seulement du fait d'un réel afflux sanguin vers les organes génitaux, mais aussi du fait d'un manque d'intimité avec le parent : si le contact physique douloureux est la seule manière de combler ce manque, alors cela peut « faire du bien ». »
Shere Hite, sexologue, sociopsychologue, The Hite Report on the Family (1995)

« Telles sont les réalités que la plupart d'entre nous nous efforçons de nier (…). Aussi longtemps que les enfants seront frappés par les adultes, l'obsession de la domination et de la soumission, du pouvoir et de l'autorité, de la honte et de l'humiliation, du plaisir douloureux - qui sont des marques du sadomasochisme - demeurera une conséquence de la violence et de la contrainte routinières infligées au nom de la discipline (…). Le sadomasochisme n'est pas une aberration ; il est inhérent au châtiment corporel. »
Philip Greven, professeur d'histoire, Spare the Child (1990)

« J'ai constamment eu affaire avec des personnes névrosées chez qui des tendances sadiques avaient pour origine les châtiments corporels ; après que la pulsion sadique ainsi éveillée ait été refoulée, elle devient le point de départ de perversions latentes dont il serait difficile d'affirmer qu'elles eurent été agissantes sans un large usage de la verge (…). Le nombre de ceux qui sont affectés par les coups - surtout sur les fesses - est indiscutablement très grand (…). Même une personne qui réprouve toute expression de la sexualité niera difficilement que les châtiments corporels puissent provoquer des stimulations d'ordre sexuel, bien que la zone fessière ne fasse pas expressément partie des organes génitaux. »
Oskar Pfister, médecin, psychanalyste, Love in Children and its Aberrations (1924)

« De fréquentes fessées peuvent aussi avoir un impact négatif sur le développement sexuel. Du fait de la proximité des organes génitaux, un enfant peut être stimulé sexuellement lorsqu'il est fessé. Ou alors, il peut vivre un tel soulagement lors de la réconciliation qui suit la punition qu'il considérera la souffrance comme un prélude nécessaire à l'amour. De nombreux couples adultes semblent avoir besoin d'une bonne querelle pour passer une bonne nuit. »
Dr. Haim G. Ginott, pédopsychologue, Between Parent and Child (1966)

« Les partisans des châtiments corporels à l'école devraient examiner avec attention la somme de connaissances disponibles actuellement et, particulièrement en regard de leur dimension pornographique, se demander s'ils peuvent justifier le maintien d'un système qui a une telle capacité à engendrer des penchants pervers. »
British Psychological Society, “Report on Corporal Punishment in Schools” (1980)

« Le fait d'être fessé provoque une excitation d'ordre sexuel de par l'intense stimulation des zones érogènes de la peau des fesses et des muscles sous-cutanés. »
Otto Fenichel, médecin, The Psychoanalytic Theory of Neurosis (1945)

« Depuis Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, il est connu de tous les éducateurs que la douloureuse stimulation de la peau des fesses est une des racines érotisantes de l'objet passif de la cruauté (masochisme). »
Sigmund Freud, Three Essays on the Theory of Sexuality, VII (1905)

« Le fantasme adulte de flagellantisme découle toujours de son aspect infantile. Comme pour toutes les perversions sexuelles, nous sommes en présence d'une variété de stades interrompus (…) que la puberté et les expériences ultérieures n'ont pu déloger (…). Il nous faut examiner ses racines dans l'enfance (…). »
Ian Gibson, historien, The English Vice (1979)

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