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FamilleEnfants 

L'hyperactivité chez le jeune enfant

  • 01/10/06
  • Dimitri Haikin
La question d'une maman à Dimitri Haikin. Bonjour, Je me tourne vers vous en dernier recours…. J'ai une petite Chloé de 3 ans née prématurément à 31 semaines (1,2kg pour 37cm) suite à une éclampsie. C'est dur à dire, mais elle est impossible à vivre ! Déjà dans sa couveuse, elle arrachait les baxters de colère. Elle est suivie à l'UCL au niveau pédiatrique, j'ai rencontré plusieurs pédopsychiatres de l'UCL, mais sans résultat.

Elle refuse catégoriquement toute forme d'autorité, de limites et contraintes :

Dès son plus jeune age, elle a commencé à manifester ses refus par des vomissements pour un oui ou un non. N'ayant pas de clapet au dessus de l'estomac, elle se fait vomir sur commande et va jusqu'à nous menacer quand elle ne reçoit pas ce qu'elle veut ! A tel point qu'elle a été exclue du réfectoire à la maternelle pendant plus d'un mois. Le fait de devoir rester assise et respecter les règles d'usage, elle vomissait dans son assiette, ainsi que dans celle des autres. Le fait de l'obliger à nettoyer, à aggraver la situation. Elle vomissait pour pouvoir nettoyer !!
Avec moi, maintenant elle ne le fait plus, car je lui ai mis sa tête dedans la dernière fois qu'elle l'a fait.

Autre fait marquant, toujours à la maternelle. Quand elle n'obtient pas ce qu'elle veut, ou qu'elle ne soit pas le centre d'attention, elle fait des bêtises. Lorsqu'on la gronde, elle fixe dans les yeux, fait un sourire narquois et fait pipi et caca dans sa culotte. Chez moi c'est à côté du pot, exprès.

A 3ans elle ne fait toujours pas ses nuits (elle ne les a jamais fait) et plus de sieste depuis ses 13 mois. Se lève la nuit, va dans le frigo, allume la télévision…
Quand je veux la remettre dans son lit c'est la crise de nerf : les coups de pied, les morsures, les hurlements. Elle me réplique d'une façon effronté : allez maman, laisse-moi tranquille, va dormir. Vivant en appartement, les voisins ne sont pas très content, à tel point que la police est déjà venu sonner une fois à la porte. Quelqu'un avait téléphoné pour maltraitance d'enfant !

On a essayé de la punir dans sa chambre. Elle hausse les épaules, claque la porte derrière elle et nous crie en pleine figure : méchants. Elle nous a arraché le papier peint du mur à la suite d'une colère. Je n'ose pas imaginer à l'adolescence.

Un autre fait flagrant. Elle pousse les limites très loin.
Un jour, je lui avais donné des spaghettis. Elle m'appelle, met sa main dans son assiette, me fixe et me réplique : on ne peut pas hein ? panpan cul-cul ? Je ne réagit pas, alors elle continue et frotte sa main sur sa blouse. Et maintenant, panpan cul-cul ? Je ne réagis toujours pas. Cela s'est terminé par son assiette renversée par terre. A ce moment là, je lui ai donné une fessée. Elle n'a pas pleurer, serrer les poings pour se retenir et m'en a réclamer une deuxième ! Comment réagir à cela ?

Les fessées, la douche froide, la discussion rien n'y fait. On a essayé avec du Sédatil et du sédinal, aucun résultat.

Par contre nous n'avons aucun problème lorsque l'on se trouve à l'extérieur, pleine de jeu, restaurant…. Elle est très avancée pour son âge. Elle est bilingue, sait compter jusqu'à 10 dans les 2 langues, connaît l'alphabet, sait connecter et allumer un portable !

Elle ne sait pas rester en place et ne finit aucune activité. Après 10 minutes il faut faire autre chose.

Elle me demande une affection intense. Ce n'est jamais assez. Si j'ai le malheur de m'asseoir, elle est là, veut être constamment dans mes bras. Je ne peux pas aller à la toilette seule. Elle ouvre la porte et si je la ferme à clé, elle hurle donne des coups de pieds dans la porte, secoue la clinche. Elle refuse que son père s'en occupe. C'est comme si je faisais partie d'elle. Je suis sa chose !

Je dois vous dire également que j'ai été suivie pendant 1 an et demi pour dépression post-partum avec calmant, tranquillisants et anti-dépresseur.

Voilà quelques exemples de ses crises. J'espère que vous pourrez m'orienter vers une solution.
Un grand merci
Nathalie

La réponse à Nathalie ;

L'hyperactivité chez le jeune enfant ou le masque d'une dépression sous-jacente ?
Le tempérament de l'enfant prématuré peut-il favoriser certains comportements agressifs ?
Il semble que Chloé soit née avec un tempérament particulièrement actif et combatif qui l'a certainement aidé à se développer lorsqu'elle est née prématurément à 31 semaines. Le tempérament est le pilier génétique de notre personnalité, la base de notre personnalité future. Vous signalez qu'elle tentait d'arracher ses baxters de colère. Cela démontre qu'elle est née avec un tempérament de battante. Elle a probablement souffert d'avoir été séparée si « soudainement » de sa maman. L'éclampsie vient du grec « Eklampsis : apparition soudaine ».
La colère est une émotion de base qui apparaît quand quelqu'un ressent un dommage, un envahissement de ses frontières physiques et psychiques. La réaction primaire à la colère est l'agressivité qui permet de se défendre face à cet envahissement. En ce sens, Chloé a réagi très fort et a déclenché une forte réaction de colère face à cette séparation précoce d'avec vous.
Oui, le tempérament de l'enfant intervient grandement dans sa manière d'appréhender les évènements de la vie quotidienne. Certains enfants nés très prématurément n'ont pas ce tempérament inné de battant et ne survivent malheureusement pas…

Comment comprendre l'intensité des comportements de provocation de Chloé ?
Ce qui me frappe à la lecture de votre lettre, c'est l'intensité des réactions de votre fille à votre égard. Elle semble pouvoir aller très loin afin de vous provoquer comme s'il y avait « un œuf à peler » entre vous. J'utilise volontairement cette expression pour sa valeur métaphorique. Mais que cherche-t-elle bien a provoqué au juste chez vous ?
Il apparaît que la naissance de Chloé ait été un moment particulièrement difficile à vivre pour vous. Vous évoquez à la fin de votre lettre, une forte dépression post-partum pendant un an et demi qui a nécessité une médication importante.
Généralement, le vécu d'une telle dépression interfère dans les liens d'attachements précoces entre la mère et l'enfant. Bien souvent, l'enfant y perd une partie de sa sécurité affective de base et déclenche des comportements en lien avec son tempérament initial. Il peut aussi simultanément se montrer très en empathie avec sa mère et l'a rejoindre sur le mode de sa dépression.
Il y a très certainement un lien de cause à effet entre votre dépression et les comportements « débordants » de Chloé.

L'enfant vit-il la dépression post-partum de sa mère ?
Bien entendu. Il capte et ressent intensément les émotions de sa mère. Chloé avec son tempérament de battante a très certainement chercher à vous réveiller de votre dépression, à vous montrer qu'elle avait grandement besoin de vous. On peut croire qu'elle continue sur ce mode actuellement comme si elle craignait que vous y replongiez. Son hyperactivité, ses sollicitations permanentes, ses provocations à votre égard démontre qu'elle reste sur ses gardes par rapport à vous.

L'hyperactivité comme symptôme d'une dépression précoce chez l'enfant ?
Nous passons très souvent à côté du diagnostic de dépression chez l'enfant parce qu'elle s'exprime fréquemment par un tableau symptomatique « inversé » par rapport à celui de l'adulte. Pas de repli sur soi, pas d'évocation de grande tristesse mais au contraire, un enfant « monté sur des ressorts », en colère, provoquant constamment la personne inductrice en l'occurrence ici sa mère.
Pour reprendre les termes très précis du Docteur Frédéric Kochman (Pédopsychiatre à Lille) , dans son article sur l'enfant hyperactif, on peut parler de « pseudohyperactivité secondaire ou réactionnelle ; il s'agit d'un comportement extraverti et axé autour de la provocation, témoin d'un mal-être profond, venant révéler par exemple une dépression maternelle ».
La dépression est souvent masquée par les comportements hyperactifs de l'enfant.
Je crois que cette hypothèse tient vraiment la route par rapport à ce que vous évoquer dans votre lettre.

Comment sortir de là ?
Certainement par un travail spécifique de psychothérapie qui permettra de remettre en mots avec l'enfant et ses parents ce qui c'est produit au début de sa vie, de lui expliquer les raisons de la dépression post-partum de sa maman, de le rassurer par rapport à la question de l'amour de sa maman, de lui faire comprendre qu'elle peut maintenant laisser sa maman tranquille, qu'elle arrêté de la provoquer car sa maman va beaucoup mieux aujourd'hui (si c'est le cas) ou que quelqu'un s'occupe d'elle pour qu'elle aille mieux bientôt (si ce n'est pas encore le cas) et qu'elle peut se remettre à grandir sereinement, à jouer avec les autres.
Je crois aussi que son papa aura un rôle très important à jouer par rapport à l'apprentissage des limites, en tant que garant de la Loi.
Voilà, je vous souhaite du fond du cœur que votre situation s'améliore rapidement.

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