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A l'écoute des peurs de l'enfant

  • 30/10/12
  • Dimitri Haikin
Même pas peur ?. Durant l'enfance, que l'on soit garçon ou fille, nous traversons tous des périodes de peurs plus ou moins intenses. Peur du noir, peur des voleurs, peur des sorcières en cette fête d'Haloween ? Quelle que soit la peur, soyons à l'écoute. Cet article vous propose des conseils pratiques.

« Papa, laisse la lumière allumée, j'ai peur dans le noir », « Je voudrais tant mais je n'ose pas aller sur le manège des chevaux de bois », « Il y a une sorcière qui va venir dans ma chambre, je ne veux pas rester tout seul », « J'ai peur quand tu cries sur moi »,…
Tous les enfants du monde traversent des peurs aux différentes périodes de leur vie. La peur est universelle. Cet article propose aux parents et aux « éducateurs » de l'enfant d'adopter un positionnement respectueux et à l'écoute de ses peurs.


La peur, de quoi s'agit-il ?

La peur est une des quatre grandes émotions de base que rencontre l'être humain dans la vie. Les trois autres sont la joie, la tristesse et la colère. Chacune d'elles a son utilité.
La peur a cette fonction essentielle de nous alerter d'un état de danger. Elle est d'abord physiologique avant d'être psychologique. Elle va nous permettre de prendre la fuite et de nous protéger face à l'imminence d'un danger ou encore nous indiquer que nous ne sommes pas encore prêts à affronter telle ou telle situation.
Celui qui se refuse à ressentir la peur se prive d'antennes bien précieuses et se mettra tôt ou tard en danger ! Elle nous apprend à faire face à l'inconnu.
Petite ou grande, démesurée ou non, aucune peur n'est ridicule. Chaque peur est bonne à prendre, et surtout à accompagner, à écouter, dans toute sa dimension psychique.
Le temps de l'apprivoisement de la peur puis de son dépassement ouvre les portes du courage et de l'estime de soi.

Les peurs les plus courantes chez l'enfant

Le bébé de 8 – 10 mois est souvent confronté, à cet âge, à la peur des visages étrangers, non familiers. Il a besoin d'être accompagné et rassuré par la parole sécurisante de ses proches pour accepter le contact avec cette personne étrangère à sa vie.
Avant cela déjà, le bébé est confronté à diverses peurs liées aux changements soudains d'atmosphère. Le stress, un bruit inhabituel et sourd, la lumière soudaine dans la pièce, le fait de se retrouver dans un nouvel environnement – la crèche par exemple – sont autant facteurs déclencheurs de la peur chez le tout jeune enfant. Il sursaute, hurle, panique. Il est fondamental de le reconnaître dans sa peur, de lui dire : « Je crois que tu as peur, tu t'es saisi. En fait, j'ai laissé tomber une casserole par terre dans la cuisine. »
Ne sous-estimons pas les peurs du bébé et cherchons à chaque fois les mots qui le mèneront sur le chemin de la réassurance.
N'oublions pas non plus la puissance inestimable du contact affectif avec l'enfant. Il lui offre bien souvent, le contenant dont il a besoin, pour faire face et dépasser sa peur.

Pour certains, la peur de s'endormir indique une difficulté à lâcher le contrôle. La mise en place de petits rituels d'endormissement permet à l'enfant de retrouver un sentiment de sécurité intérieure. La qualité de présence de l'adulte proche, ses paroles attentives, ses touchers affectifs amèneront plus facilement l'enfant au « lâcher prise salvateur ».
Les enfants sont tellement dans la soif de découvrir la vie qu'ils ont parfois le sentiment que dormir c'est perdre son temps. Françoise Dolto évoquait « l'angoisse de la petite mort ». Expliquons à nos enfants que dormir permet de nous ressourcer pour avoir l'énergie pour mieux jouer encore demain !

Les jeunes enfants de deux ans traversent des périodes de cauchemars. Faites-le parler du film de son cauchemar ou encore proposez-lui de le dessiner comme il s'est déroulé dans sa tête, avec un début, un milieu et une fin. Partagez ensuite par un échange verbal, les enjeux pour lui de ce cauchemar.
Pour les enfants à peine plus âgés, Françoise Dolto prescrivait trois moyens à l'enfant pour s'apaiser : une petite lampe à proximité pour reprendre contact avec la réalité, un verre d'eau pour retrouver le contact avec soi-même et un bloc de feuilles à dessiner et des crayons afin d'évacuer de soi, la peur angoissante. Dans ma pratique de psychothérapeute, je peux vous assurer que cette triple prescription donne toujours autant de bons résultats !
La fonction du cauchemar est de nous permettre d'évacuer les choses qui nous angoissent dans notre quotidien. Un cauchemar répétitif voir des terreurs nocturnes indiquent qu'une peur n'a pas encore été entendue dans toute son ampleur. Bien souvent, elle traduisent un état d'insécurité affective.

De nombreux enfants ont peur du noir. Une fois encore, il convient d'entendre, d'accompagner et de respecter l'enfant face à cette peur. Trouvons avec lui des stratégies qui lui permettront de sentir quand même en sécurité : une petite veilleuse, le rideau entrouvert, la lumière dans le hall de nuit,…

Les enfants et les adolescents aiment ressentir la peur. Comme s'ils avaient besoin de jouer avec le côté excitant et vivant de la peur, l'enfant va redemander une énième fois qu'on lui raconte l'histoire de l'horrible sorcière et l'ado va se regarder en boucle, les effrayantes aventures de l'inénarrable Freddy. Au fond, quand ils sont accompagnés par l'adulte, ces temps permettent d'expérimenter la peur et ses réactions face à elles. Les contes et les films sont en quelques sortes d'excellents laboratoires de nos peurs. Ils ont existé de tout temps et nous préparent à nous défendre en temps utile.

Les 10 conduites à éviter quand un enfant a peur ;

- Nier. « C'est rien ». Cette réaction nous l'utilisons à tours de bras quand un enfant tombe parce que nous pensons ainsi le protéger de sa peur. Au contraire, reconnaissons-la ! « Tu as peur ? Tu t'es saisi ? Tu t'es fait mal ? J'ai eu peur aussi d'ailleurs quand je t'ai vu tomber ! »
- Vouloir rassurer à tout prix. Cette attitude revient également à nier l'émotion présente chez l'enfant. « Les fantômes cela n'existe pas ». Cela fait une belle jambe à l'enfant… Ecoutons d'abord ce qu'il perçoit comme étant les dangers potentiels pour lui, à rencontrer un fantôme, ce qu'il imagine de cette rencontre imaginaire. Ensuite seulement, rassurons-le.
- Minimiser. « Une grosse bête qui a peur d'une toute petite ». Qui n'a jamais entendu cette réponse, un jour dans sa vie ! Cherchons plutôt à comprendre ce que représente cette petite bête pour l'enfant et ce qui pourrait le rassurer.
- Humilier. « Bébé Cadum, poltron ! » Il n'y a rien de pire que de se sentir jugé ou humilié quand on a peur. Cela crée à jamais des blessures narcissiques et cela empêche le développement de l'estime de soi.
- Surprotéger. « Tu vas tomber ». Le risque est de surdimensionner la peur initiale de l'enfant ou de transposer nos propres peurs d'adulte à l'enfant et ainsi de l'empêcher d'évoluer face à telle ou telle situation.
- Forcer. « Viens avec moi maintenant et tu verras qu'il ne t'arrivera rien ! ». Ce type d'injonction contraignante peut vraiment créer non seulement un sentiment de panique chez l'enfant mais de surcroît, ne lui permettra en rien de sentir grandir en lui la fierté légitime d'avoir dépassé sa peur par ses propres ressources intérieures. Laissons à nos enfants le temps nécessaire à l'apprivoisement de leurs peurs. Et tant pis pour nos désirs urgents d'adulte !
- Culpabiliser. « Tu vois, à cause de toi, on n'a pas pu aller sur les montagnes russes ! » Ce type de message amplifiera la peur de l'enfant et sera un frein à son dépassement potentiel !
- Comparer. « Ta sœur, elle au moins, elle ose ». L'un n'est pas l'autre. Comparer amène celui qui a peur à se sentir inférieur à l'autre et donc cela n'arrange rien du tout, au contraire !
- Préjuger. « Tu es trop petit pour y arriver ». Même si nous sommes là en tant qu'adulte pour protéger l'enfant, donnons-lui également la possibilité de s'auto-évaluer face à sa capacité d'atteindre tel ou tel objectif.
- Crier. « Attention ! » Voilà le genre d'intervention qui peut créer un état de panique chez l'enfant. Personne n'aime, quand il conduit sa voiture, entendre son passager hurler à ses côtés. Il en va de même pour l'enfant.

Les 10 attitudes préconisées pour aider l'enfant à surmonter sa peur :

- Le respect. Première recommandation : chaque peur mérite un accueil respectueux. Il faut que l'enfant se sente le droit d'avoir peur. Ce n'est pas mal, d'avoir peur.
- La présence affectueuse. Le contenant qu'apportera celui qui écoute la peur permettra d'amener l'enfant à un apaisement face à l'intensité débordante de sa peur.
- L'écoute. Sans chercher à rassurer à tous prix mais en favorisant la parole de l'enfant. N'oublions jamais qu'une peur peut en cacher une autre, que l'angoisse se déplace bien souvent sur un objet d'élection, au point parfois de créer de véritables phobies.
- La reconnaissance empathique. Essayons d'aller rejoindre l'enfant dans les méandres de sa peur. Aidons-le en mettant les mots sur ce qu'il vit. Ce que Françoise Dolto appelait : « Mettre ses sous-titres à l'enfant ».
- L'expression de la peur sous toutes ses formes. Donnons-lui les moyens d'exprimer ses peurs par différents médias : le jeu, le dessin, la peinture, les marionnettes,…
- Les réponses rationnelles aux questions. Aidons l'enfant à faire le tri par rapport à sa peur. Il a probablement besoin des réponses rationnelles de ses parents face à ce qu'il ignore de l'objet de sa peur.
- L'appel aux compétences intérieures de l'enfant. Rien de tel que d'aider à l'enfant à trouver en lui-même, les voies de guérison face à l'angoisse que génère sa peur. L'élaboration de stratégies qu'il aura découvertes à partir de ses propres ressources créera les meilleurs remparts possibles !
- Le récit de nos propres expériences. La narration de nos expériences d'adultes face aux peurs peut bien sûr rassurer l'enfant, mais dans un second temps, seulement après l'avoir invité à trouver sa propre voie.
- Le souvenir des peurs vaincues. Le rappel de comment l'enfant a dépassé telle ou telle situation qui l'effrayait par le passé, peut lui insuffler de la confiance pour faire face à la nouvelle situation.
- La reconnaissance objective de ses propres limites. Accepter que l'enfant ne soit pas prêt à surmonter tel ou tel obstacle, c'est lui permettre de prendre conscience de l'importance de respecter ses propres limites personnelles !

En conclusion, quelle que soit la peur, soyons à l'écoute des dangers que l'enfant perçoit et cherchons avec lui, les meilleures solutions afin qu'il puisse se sentir rassuré. 

Dimitri Haikin, Psychologue, Psychothérapeute

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