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Sortir du modèle compétitif avec nos enfants

  • 17/05/11
  • Laurence Legrand
Sortir du modèle compétitif avec nos enfants. L'autre jour, j'étais au parc avec mon fils (il a 28 mois). Il faisait doux et sec. Luckas s'amusait à grimper sur les bancs, descendre, remonter, avec mon aide, sans mon aide, à sauter du banc pour mieux y revenir, dans d'incessantes allées et venues.

Il semblait inépuisable et, tout concentré pourtant qu'il était, il avait un grand sourire sur le visage; cela avait visiblement l'air de l'amuser beaucoup. Un peu plus loin sur la pelouse, deux jeunes garçons d'une dizaine d'année couraient après un ballon. Ils avaient indiqué deux buts virtuels avec leurs vestes et pulls et chacun essayait de marquer un goal dans le but de son adversaire. Ils étaient très concentrés, et s'accrochaient parfois l'un à l'autre pour s'empêcher de passer, et quand finalement l'un des deux tirait et marquait un but, il montrait sa joie par des gestes de bras levés au ciel et de V avec les doigts tandis que l'autre n'avait pas l'air de trouver ça amusant du tout et semblait plutôt râler. Quelle drôle d'idée ! moi qui croyais que faire du sport, c'était pour s'amuser... ici ces deux jeunes garçons voulaient visiblement gagner et jouaient avec un esprit de compétition.

Est-ce cela que je souhaite montrer à mon fils, lui apprendre: qu'il y a des gagnants et donc, des perdants?? non je trouve ça plutôt terrible en fait... la concurrence, la compétition, la comparaison qui se jouent en permanence dans notre monde ne sont-ils pas à l'origine de tous ces conflits que nous constatons chaque jour autour de nous et loin de nous? est-ce dans ce monde-là que j'ai envie de continuer à vivre ou ai-je plutôt envie de sortir de ce modèle et proposer à Luckas autre chose? Autre chose qui respecte ses Besoins Fondamentaux et notamment son Besoin d'Amour.

Chacun de nous n'a-t-il pas envie d'être accepté pour qui il est, en dehors de toute comparaison et en dehors de toute course à la performance, sans devoir gagner à tout prix par peur d'être du côté des perdants, parce que perdre c'est pas chouette, c'est nul, on est pas considéré, on est même triste pour nous… Pffff, c'est clair, ça m'est égal de perdre ou de gagner, ce que je veux c'est être heureuse et faire ce que j'aime, sans me comparer à quiconque. Et pourtant… ça m'arrive parce que ce modèle compétitif, je suis tombée dedans quand j'étais petite. Si je me compare, si je ne me sens pas à la hauteur (par rapport à quoi?), si j'ai peur de rater (de perdre en somme), c'est bien parce que je crois que je dois être performante, au top, efficace en permanence, ne pas faire d'erreurs, etc. Dès l'école déjà, on nous apprend qu'il vaut mieux être dans les premiers que dans les derniers, même pour des trucs qui ne nous intéressent pas. Je me souviens, quand j'étais au lycée, au cours de gymnastique, nous faisions des exercices de saut en longueur. J'aimais beaucoup le cours de gymnastique parce que j'avais besoin de bouger et cela me permettait de sortir de ma tête qui pensait beaucoup. Le professeur a donc commencé à nous faire faire des sauts en longueur et je me débrouillais assez bien je dois dire. Je trouvais ça vraiment très chouette d'arriver à aller de plus en plus loin et dépasser chaque fois un peu plus la distance que j'avais fait précédemment et découvrir finalement ce dont j'étais capable. Je me concentrais et sautais aussi loin que je pouvais. Cela se passait dans l'amusement et l'encouragement des unes et des autres. Mais mon amusement fut de courte durée… quand la prof a demandé aux "meilleures" de continuer pendant que les autres feraient un autre exercice dont je ne me souviens plus. Vous pensez que je n'étais pas parmi les meilleures et que c'est pour ça que je ne me suis plus amusée? et bien si ! nous étions 5 à pouvoir continuer... continuer à sauter non plus pour se dépasser soi mais pour se dépasser les unes les autres.. même si ce n'était pas l'intention du professeur, c'est en tout cas comme ça que je l'ai compris et cela ne m'a plus amusée du tout... Tous mes efforts étaient concentrés sur le fait de dépasser non pas ma performance mais celles de mes copines. Autant vous dire que je ne me suis plus dépassée du tout, ayant perdu tout intérêt pour le saut en longueur... j'en garde malheureusement encore aujourd'hui un goût amer pour l'effort physique que j'évite en général, ne me sentant pas vraiment à la hauteur.

Luckas continue à monter et descendre du banc, peu importe qu'il le fasse vite, bien, longtemps, peu importe… je ne l'inscrirai pas dans un sport qui apprend la comparaison ou la compétition. Je préfère qu'il continue à avoir du plaisir à bouger son corps, à développer ses capacités physiques, à faire ce que en Éducation Syntropique, on appelle la kinétique. Mais ça, je vous en parlerai dans un prochain article.

Laurence Legrand
Aligneuse et Animatrice en Éducation Syntropique

 

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