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PsychoMal être 

Les conséquences psychologiques du tremblement de terre survenu en Italie

  • 08/04/09
  • Dimitri Haikin
Un terrible tremblement de terre a frappé la région des Abruzzes, dans le centre de l'Italie, cette semaine. On évoque 250 morts, de nombreux sans abris. La solidarité internationale bat son plein. Quand notre sécurité de base est touchée, psychologiquement c'est très difficile à vivre. Vidéo réalisée dans le cadre de l'émission : "Au quotidien" sur la RTBF, le 8 avril 2009.

 

Comment on se remet d’une peur comme celle là ?
D'abord c'est le choc émotionnel et puis l'effroyable traversée du sentiment d'impuissance mélangée à la peur.
On appelle cela la terreur. Alors qu'on se croit parfaitement en sécurité, chez soi, dans sa maison, dans son lit, soudain tout s'effondre au propre comme au figuré.
C'est absolument terrifiant. Il faut des années pour ce remettre d'un pareil choc.
Quand on est victime directement d'un tremblement de terre, plus rien ne sera jamais plus comme avant...
Il va falloir apprendre à gérer sa peur, à se mettre à l'abri du danger pressenti. Il n'y a aucune recette. C'est du cas par cas.
Durant les premiers jours qui suivent un tremblement de terre c'est l'action qui permettra de dépasser son anxiété.
En étant face aux besoins les plus fondamentaux de l'être humain, c'est-à-dire assurer sa survie, on n'a pas le temps de penser.
C'est seulement après qu'on aura besoin de soutien. (Je parle notamment des équipes de secours).


Hier encore des répliques du séisme. Emotionnellement difficile de gérer, non ? 
On sait effectivement à quoi s’attendre. En situation d'urgence, la seule chose à faire est de chercher l'endroit qui paraît comme étant le plus sécurisant et se mettre à l'abri...
Cela réveille bien évidement l'état de choc et le sentiment d'impuissance.

Quelles traces garde-t-on après un tel drame ?
La mémoire fonctionne sur différents canaux. On garde le souvenir des images mais aussi des sensations éprouvées lors du drame et des émotions que l'on a ressenties lors du drame.
Celles-ci ressurgissent fréquemment dès qu'un signal rappelle fusse-t-il inconsciemment l'évènement traumatique. Par exemple dès qu'une ambulance passera dans la rue, je déclencherai l'état d'alerte général dans mon corps.
Les victimes feront de nombreux cauchemars et certains développeront des crises d'angoisses.
L'angoisse est une peur que l'on ne peut nommer et qui se traduit par des sensations physiques désagréables : l'estomac qui se noue, des palpitations, des tremblements, les mains moites, etc...
On appelle cela le stress post-traumatique.
Il se soigne par différentes thérapies et notamment par l'EMDR que nous avons déjà abordée dans une émission précédente.
Cependant, pour avoir été présent après le tremblement survenu en Arménie, en 1988 - je travaillais pour MSF - j'ai pu me rendre à quel point les traces morales perduraient des années plus tard.
La reconstruction morale est liée aussi à l'élimination des traces visibles du tremblement de terre et à la reconstruction des maisons qui confère une nouvelle sécurité.

Comment se fait-il que les victimes s’expriment aussi facilement devant les micros ? Les médias sont parfois intrusifs et pourtant ils confient leurs émotions. Une sorte de thérapie ?
Oui. Le fait de parler de ce qu'on vit permet déjà d'exprimer et de socialiser ses émotions et de ne plus se sentir seul comme dans un bois avec tous ses ressentis.
Cependant ce n'est pas une règle universelle, certaines victimes ne peuvent exprimer quoi que ce soit après un tel drame. Cela leur demandera du temps. Beaucoup de temps.


En Belgique, on a constaté un besoin incroyable d’exercer sa solidarité malgré que Italie soit un pays riche ? Pourquoi ?
Et bien parce que les italiens sont proches de nous. Ce sont nos frères. Nous nous projetons très facilement dans ce qu'il leur est arrivé et donc à envie d'aider et de sentir utile comme si c'était des membres de notre famille.
En se sentant utile, on se sent déjà moins impuissant.
Par ailleurs, des études sérieuses ont montré que les belges sont de généreux donateurs de temps ou/et d'argent depuis longtemps.

Comment expliquer cette force des racines et notamment, pour les Italiens, ce sentiment d’être Et très belges Et très Italiens ?
Le sentiment d'appartenance à sa communauté d'origine relie à ses racines. Ce sont ces mêmes racines qui ont été touchées.
C'est une question d'identité.
Encore plus fortement quand on est originaire de la région touchée ou que des proches ont été parmi les victimes.
Et donc, la démarche de vouloir aller aider ses frères est une démarche spontanée tout à fait normale. Ne rien pouvoir faire peut générer un profond sentiment de culpabilité.
Les italiens sont également très attachés à la Belgique car c'est leur patrie d'accueil et ils y ont construits leur vie.
Ce double attachement est une force.
 

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