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PsychoMal être 

Deuil et joie de vivre

  • 08/12/09
  • Marie Andersen
Nous vivons dans une société où la douleur du deuil fait tache et où il est de bon ton de ne pas afficher sa peine au-delà du jour des funérailles. Dans le milieu du travail, on ne reçoit souvent que trois misérables jours de congé, parfois prolongés par un certificat médical qui couvre la semaine entre le décès et l’enterrement.

C’est beaucoup trop court lorsqu’on est affecté par la mort d’un proche, il faut parfois un ou deux ans avant qu’on ne puisse passer ne serait-ce qu’un seul jour sans y penser.
C’est normal. Cette période peut être longue, la peine se calme très lentement.
On considère que le deuil devient problématique lorsque la souffrance stagne et qu’on ne perçoit plus d’évolution dans la lente digestion de la perte.

Souvent les personnes endeuillées ont l’impression que si elles terminent leur deuil, ce sera un peu comme une deuxième mort pour le disparu.
Il n’en est évidemment rien, il y a une belle différence entre cesser de souffrir et oublier.
C’est ce qui permet heureusement de recommencer à aimer avant que la peine ne nous semble complètement cicatrisée.

C’est un domaine où souvent les gens ont des avis arrêtés : Est-ce une bonne chose de refaire un autre enfant peu de temps après la mort d’un bébé ?
Est-ce une bonne chose de recommencer une relation amoureuse peu de temps après le décès du conjoint ?
Une des raisons pour laquelle on dit souvent qu’il vaut mieux attendre qu’un deuil soit terminé avant de recommencer à aimer est destiné à prémunir contre une erreur fréquente qui consiste à croire qu’un nouvel enfant va « remplacer » celui dont la mort nous fait tant de peine, ou qu’un nouvel amoureux va nous aider à oublier celui qui vient de mourir.
Et l’on voit, effectivement des histoires à rendre fou, où un enfant « remplaçant » ne se développe plus à partir du moment où il atteint l’âge qu’avait son frère lorsqu’il est mort, comme s’il ne lui était pas permis de le dépasser, où l’on voit un nouveau conjoint qui, malgré les trésors d’amour et de patience qu’il déploie, n’arrivera jamais à la cheville de son « rival » défunt complètement idéalisé par le manque et la souffrance. Oui, dans ces circonstances, il aurait sans doute mieux valu aider la personne endeuillée à faire un vrai travail de deuil, qui lui aurait permis de ne pas tout mélanger…

C’est une erreur en effet de penser, d’espérer qu’un enfant ou un conjoint va remplacer celui qui nous a quittés.
Mais rien ne nous empêche de tenter de reprendre goût à la vie en investissant une nouvelle relation, en construisant, en faisant des projets, en aimant de nouveau, sans que cela ne signifie, ni pour nous-mêmes, ni pour nos proches, qu’on se détache affectivement de celui qui est parti, qu’on l’aime moins, qu’il ne compte plus, qu’il est remplacé…
Cela n’a rien à voir, une personne n’en remplace jamais une autre, ce sont deux pages de notre vie qui peuvent exister simultanément, deux facettes de nous-mêmes qui ne se nuisent pas si on ne les connecte pas directement l’une à l’autre, comme des vases communicants. L’un n’empêche pas l’autre si l’on comprend que deux émotions bien différentes peuvent cohabiter sans se nuire mutuellement.
C’est un peu comme lire deux livres en même temps : l’un s’intitule « J’ai mal » et l’autre « La vie continue ». Pourquoi pas ?

Marie Andersen, Psychologue

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