Mais d'où vient la peur?
- 01/10/06

La peur prend racine dans les tréfonds de notre inconscient et vient faire surface de manière brutale comme pour nous rappeler à quel point nous sommes vulnérables et mortels. La peur est intimement liée à l'angoisse de mort et à la violence, phénomènes sous jacents à la condition humaine. Sur le plan inconscient, cette angoisse de mort nourrit nos peurs les plus primitives que nous avons héritées depuis notre toute petite enfance.
Confronté à toute sortes d'événements des plus traumatiques aux plus joyeux, le jeune enfant façonne ses expériences et fabrique psychiquement ses peurs. A cette peur archaïque fondatrice viennent se greffer toute une série d'angoisses associées à la perte de nos repères et en particulier nos figures d'attachement représentées par nos parents. A cette perte d'objet ou des êtres aimés viennent s'ajouter les angoisses d'abandon, de rupture, de morcellement, d'anéantissement et de manque.
Comme résultante à toutes nos peurs, notre anxiété signifie que nous sommes en alerte continue face au monde qui nous entoure. Plus ou moins rationnelle mais également tout aussi irrationnelle, la peur est le liant de toute l'humanité confrontée aux catastrophes tant naturelles (tremblement de terre, innondations, cataclismes, etc.) que celles causées par les hommes (guerres, attentats, crimes, viol, etc.). Sur fond d'angoisse universelle et évoluant dans un environnement de plus en plus instable, l'être humain est contaminé par des peurs de plus en plus intenses qui envahissent son champ psychologique existentiel et son appréhension de la réalité. En découlent toute une série de ressentiments qui s'articulent avec nos peurs et les nourrissent. Chez tout individu, peurs réelles et irrationnelles se téléscopent. Lorsque nous traversons de nouvelles épreuves, ces peurs refont surface et engendrent divers symptômes plus ou moins sévères : l'anxiété dépressive, les phobies, la peur des microbes et de la saleté, la paranoïa, la psychose, la névrose obsessionnelle, etc. D'un point de vue plus psychopathologique, la peur reflète un monde imaginaire proche du délire. Sur un versant plus ordinaire, elle informe le sujet sur ses capacités à vivre dangereusement et à se protéger.
Générée tant par la vie (Eros) que la mort (Thanatos), l'épreuve de la peur fait partie intégrante du fonctionnement psychologique du sujet et de son milieu. Indépendamment de ses causes, la peur signifie que nous percevons, ressentons et éprouvons l'environnement dans lequel nous évoluons. Un monde sans peur n'existe donc pas. Elle a sa raison d'être, raison de plus pour la partager comme faisant partie de notre humanité la plus profonde.
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