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La maltraitance des personnes âgées, un fléau qui ne devrait pas exister…

  • 11/12/12
  • Dimitri Haikin
La maltraitance à l'égard des personnes âgées a été trop longtemps un sujet tabou. Un dossier de Dimitri Haikin, Psychologue.

Introduction
Si la maltraitance à l'encontre de personnes âgées a existé de tout temps, on n'en parle cependant que depuis peu, dans nos contrées occidentales.
Les hommes politiques et les médias en parlent aujourd'hui de plus en plus ouvertement.
Des études récentes*, en France et en Belgique, montre qu'une personne âgée sur cinq est victime de maltraitance, que ce soit en institution ou à domicile. Des statistiques effrayantes...
Au plus la personne est âgée, en mauvaise santé, fragilisée psychologiquement et isolée, au plus le risque de maltraitance augmente.

Benoît Lemoine, psychologue, explique: «La société a du mal à parler de la maltraitance des personnes âgées. Cela implique de soulever le tabou de la vieillesse qui nous renvoie en miroir une image que nous ne voulons pas regarder. C'est notre propre devenir qui est ainsi mis en perspective et nous renvoie à notre peur de mourir et de nous regarder vieillir. Il y a un déni de la mort et de la grande vieillesse dans notre société «jeuniste» avant tout».

Une société qui ne peut s'occuper dignement de ses enfants ou de  ses aînés, est une société décadente…
Cet article ne se veut nullement moralisateur mais souhaite conscientiser chacun pour qu’à l’avenir, nous puissions parler de bientraitance plutôt que de maltraitance.

Définitions
Qu’entend-on par l’usage du terme de maltraitance ?
Dès 1990 le Conseil de l'Europe propose cette définition générale ;
«  La violence se caractérise par tout acte ou omission commis par une personne, s’il porte atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique ou à la liberté d’une autre personne ou compromet gravement le développement de sa personnalité et/ou nuit à sa sécurité financière. »
Cette définition souligne le caractère intentionnel ou non de l'acte de maltraitance. Il peut s'agir d'un acte violent comme il peut s'agir d'une négligence ou d'un manque à l'égard des besoins de la personne âgée.
L'auteur de maltraitance n'a pas toujours conscience de la gravité de l'acte.

La définition de la maltraitance proposée dans une enquête de la KUL permet également d’éclaircir notre propos : « La maltraitance des personnes âgées est décrite comme un comportement destructeur qui vise un adulte âgé dans le contexte de n’importe quelle relation dont on s’attend à ce qu’il ait des effets néfastes dans les domaines physique, psychologique, social et/ou financier » Cette définition met l’accent sur les types de conséquences que peuvent avoir ces abus : les violences perpétrées à l’égard des personnes âgées ne concernent pas uniquement les atteintes physiques, elles peuvent avoir des répercussions à différents niveaux.

Les différentes formes de maltraitance
Toujours selon la classification du Conseil de l’Europe (1992) ;
- violences physiques : coups, brûlures, ligotages, soins brusques sans information ou préparation, non satisfaction des demandes pour des besoins physiologiques, violences sexuelles, meurtres (dont euthanasie)…

- violences psychiques ou morales : langage irrespectueux ou dévalorisant, absence de considération, chantages, abus d’autorité, comportements d’infantilisation, non respect de l’intimité, injonctions paradoxales…

- violences matérielles et financières : vols, exigence de pourboires, escroqueries diverses, locaux inadaptés…

 - violences médicales ou médicamenteuses : manque de soins de base, non-information sur les traitements ou les soins, abus de traitements sédatifs ou neuroleptiques, défaut de soins de rééducation, non prise en compte de la douleur…

- négligences actives : toutes formes de sévices, abus, abandons, manquements pratiqués avec la conscience de nuire

- négligences passives : négligences relevant de l’ignorance, de l’inattention de l’entourage
privation ou violation de droits : limitation de la liberté de la personne, privation de l’exercice des droits civiques, d’une pratique religieuse…

 

En institution
L'analyse de ces chiffres révèle qu'en institution se sont surtout, ce sont les négligences actives et passives qui représentent la part la plus importante des formes de maltraitances. Dans le quotidien cela se traduit par : « oui oui j'arrive Madame, dans quelques instants » et puis l'on  oublie la demande de la personne. C'est la non réaction à une demande pressante de se rendre aux toilettes. C'est l'oubli d'une personne sur ces mêmes toilettes. C'est le verre d'eau que l'on a promis et que l'on apportera jamais. C'est la personne dont je ne changerai pas la protection parce que je termine de travailler dans cinq minutes.

Un autre problème énoncé fréquemment concerne bien entendu toutes les formes d’infantilisations des personnes âgées.
Est-il respectueux de tutoyer d’emblée une personne âgée sans même lui demander son avis ? Est-ce vieillir dans la dignité que de s'entendre appeler « mon petit pépé » ou « ma petite mémé » ? Est-il légitime de voir débarquer, à l’âge de 85 ans, Saint-Nicolas dans sa chambre, sans qu'il n'y ait d'enfants à l'horizon ? 

La contention des personnes âgées constitue également bien souvent un problème en maison de repos. Autant est-t-il indispensable de veiller à la sécurité physique de certains pensionnaires, autant c’est une violence que d’attacher quelqu'un arbitrairement pour qu'il ne gêne pas les autres résidents où le personnel soignant.
Les mesures de contention doivent être réfléchies et faire partie des règles institutionnelles. Il est indispensable d'analyser le bien-fondé de telles mesures avec la famille du patient. Il convient également de notifier scrupuleusement le temps que la personne passera en mesure de contention durant la journée ou la nuit.. Nous constatons encore trop souvent des personnes démentes valides que l'on maintient de force dans un fauteuil, derrière une tablette. Rappelons-nous simplement à quel point le besoin de se mouvoir est vital pour tout être humain. L'enjeu est son indépendance.

 

Au domicile
Les maltraitances psychologiques et les maltraitances financières souvent cohabitent. En effet, le chantage au placement en maison de repos est souvent associé à de multiples extorsions financières de la part de personnes peu scrupuleuses.
La personne âgée se sent ainsi prise au piège et se laisse déposséder.
Lorsque la personne maltraitante est son propre enfant, il devient particulièrement douloureux de le dénoncer ou même d'en parler à quelqu’un.

Les profils des personnes maltraitantes à domicile
Selon ALMA, 71% des auteurs d’actes de maltraitance sont les membres de la famille.
Parmi eux : le fils (37%), la fille (25%), le conjoint (13%), les neveux et nièces (3%), le gendre ou la belle-fille (7%).


Évaluer les situations de maltraitance
Il est important de bien analyser chaque situation au cas par cas. Il ne faut surtout pas vouloir aller trop vite. C'est la fréquence de répétition des actes et la gravité des faits qui doivent nous guider. Un acte de maltraitance occasionnel, guidé par la nervosité de celui qui accompagne la personne âgée peut s'entendre et se réparer. L'abandon quotidien et les gestes répétés de malveillances doivent être sanctionnés. Souvent les formes de maltraitance se cumulent (par exemple les violences financières s'accompagnent de violences physiques).

Le signalement, un travail d'équipe
Lorsque l'on soupçonne un acte de maltraitance, il convient d'en parler à ses collègues ou avec les autres intervenants professionnels. Rien ne sert de s’affoler et de travailler dans l'urgence.
Il faut pouvoir prendre un petit peu de recul et analyser les points de vue de chacun.
Un long travail d'écoute de la personne âgée est nécessaire afin d'établir la confiance suffisante pour qu'elle accepte de ce faire aider. En effet il est particulièrement difficile de dénoncer les comportements de son propre enfant et souvent l'ont choisi de souffrir en silence.
La vulnérabilité rend la parole difficile. Bernadette Taeymans, coordinatrice du service, explique que cela peut durer des dizaines d'années: «Certains ont du mal à dire ces choses. Si parler n'est pas facile, se taire ne l'est pas non plus. Il y a des témoins silencieux qui n'osent pas dire. Il y a des victimes qui parlent et qui demandent de ne rien dire. Certains sont victimes de harcèlement financier de la part d'amis ou de leurs enfants et n'osent pas refuser. La vulnérabilité rend difficile la parole du fait d'un rapport de forces déséquilibré. Les personnes âgées acceptent beaucoup, de peur d'être abandonnées. C'est le prix à payer pour une relation qui se monnaie».

A qui en en parler ?
Pour les personnes âgées, leurs familles et proches, pour les professionnels : Respect Seniors (0800/30 330) ; il couvre la Région Wallonne. Pour Bruxelles ; Sepam au 02/223/13/43 et pour le côté flamand Vlaams Meldpunt 075/15/15/70

D'autres infos sur www.respectseniors.be


Conclusion
Il revient à tous les intervenants sociaux de se mettre au travail afin de permettre à nos aînés de terminer leur vie sereinement et dans la dignité. C'est pour cela que nous avons mis en place une formation spécifique à la thématique de la maltraitance.
Nous ne pouvons fermer les yeux devant de tels actes et devant autant de souffrance.
Osons faire face pour un avenir meilleur.

 

Depuis, 2004, Dimitri Haikin de Psychorelief organise des formations et des conférences sur la thématique de la prévention de la maltraitance pour les professionnels qui travaillent en maisons de repos ou au domicile. Vous pouvez contacter notre secrétariat au 02/772 43 37 ou via info@psy.be

 

Revoir l'émission : Au quotidien" de la RTBF consacré à ce sujet en 2008.

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