François Damiens sur le divan de www.psy.be

Découvrez le parcours de vie de ce personnage haut en couleurs. De son véritable nom, Damiens, François est entré dans la vie des Belges en faisant des séquences de caméra cachée d’un style nouveau, piégeant aussi bien des vedettes que Monsieur-tout-le-monde. Incisif, explosif, délirant, il a déjà des centaines de séquences à son actif. Il est devenu une véritable star populaire au plat pays. Les prestations incroyables de François l’Embrouille ont attiré l’œil des cinéastes, et François Damiens a réalisé son rêve : il est devenu un acteur de cinéma. Pour www.psy.be, il persiste et signe : « J’ai toujours aimé faire des conneries ! ».

Entretien.
Le 17 janvier 1973, je suis né à Uccle. Mon père est indépendant, administrateur de sociétés. Ma mère est plutôt artiste, styliste et maintenant peintre et prof de dessin. J’ai une grande sœur, journaliste et un petit frère, indépendant.

Une chouette enfance douce et chaleureuse vécue dans le Brabant Wallon ?
Ouais, j’ai toujours aimé rigoler, faire des petits coups, des petites conneries, tourner tout en dérision et rigoler de tout. L’ambiance familiale était très bonne. On s’est toujours tout dit, on participait à tout. J’ai été très vite au courant de tous les problèmes de la vie.

Un cocon familial comme celui-là vous a aidé à grandir, à vous sentir « fort » dans votre personnalité. Est-ce un plus, selon vous ?
Oui, je crois que ça aide. Je vois autour de moi des amis, qui ont été préservés et quand ils leur tombe une tuile sur la tête, ils réagissent bizarrement, comme à côté de la réalité.

François et l’école, ça donne quoi ?
Ca donne que je n’ai jamais aimé l’école. En fait, je n’ai jamais aimé l’autorité. Quand on me disait d’aller à droite, j’allais à gauche par définition. L’école ne m’a jamais amusé, toujours à la traîne. Je n’ai jamais doublé en secondaire et en humanité, le minimum pour réussir. Je n’ai jamais été un bon élève. J’avais 60 % quoi, 65 %, allez. Plutôt 59. Les profs me disaient : « Bon allez, ça va ! ».(Rires…). Je me suis toujours dit que j’allais faire du théâtre, en fait. Après mes humanités, j'ai commencé des études en Sciences Eco à l'ULB. Des études que j'ai vite arrêtées. Enfin, pas vraiment arrêtées, vu que je ne les ai jamais vraiment commencées ! Je ne savais pas quoi faire… J'ai été juste à deux, trois cours comme ça, je n'avais même pas de quoi noter ! Après être parti durant deux mois en Thaïlande, je me suis quand même dit qu'il fallait que je fasse quelque chose ! J'ai donc commencé l'EPHEC en commerce extérieur.

C’est quoi ça ?
L’école pratique des hautes études commerciales. Ca ne durait que trois ans, avec en plus six mois de stage. Mon stage que j'ai effectué en Australie. Je ne devrais peut-être pas le dire, mais je n'ai été que trois jours au stage (Rires). J'y ai donc surtout voyagé ! En première année, je me suis même rendu compte le 1er juin que je n'avais pas une seule note de cours, ce qui a donné une pelle intégrale en juin.

Il faut de l’argent pour se permettre de vivre comme ça pendant 1 an. Comment avez-vous fait ? La débrouille ?
Ah ouais ! Je ne recevais pas d’argent de mes parents. Je n’ai plus reçu un balle. Je faisais barman, des jardins, des trucs comme ça. J’ai commencé à faire des petites caméras cachées pendant 1 an ou 2 pour gagner de l’argent. Si je n’allais pas travailler, je n’avais pas de tune. Donc…

François la Débrouille devient François l’Embrouille. Racontez-nous ?
Un jour, un pote me dit, après un diîner : « Tiens, je vais peut-être me faire engager dans une boîte, soit chez Belgacom, soit dans une boîte de caméra cachée ». Tout de suite, lui ai dit : « Putain, va dans la boîte de caméra cachée. Je veux bien le faire « gratos » mais j’ai vraiment envie de faire ça aussi ». Un mois après, il m’a rappelé : « Si tu veux venir ? ». Je me rappelle la première caméra cachée que j’ai faite, c’était à Belle-Île à Liège. J’étais dans une galerie commerçante et je devais trébucher sur une poubelle toute la journée. Sans protection, ça fait mal et c’est pas marrant.

Vous souvenez-vous de votre première connerie ?
Ma première connerie ? Je sais que mes parents me perdaient souvent quand j’étais petit. Je partais tout le temps. Ma mère m’a raconté qu’un jour, pendant les courses dans un Delhaize, elle m’avait cherché partout. Mes parents ne me retrouvaient plus. Ils avaient fait des appels au micro. Ils m’ont retrouvé dans les stocks occupé de finir les bouteilles de bière.

A quel âge ?
Je devais avoir 3 ou 4 ans.

Vous ne vous êtes jamais retrouvé dans une situation fâcheuse au cours de l’une de vos caméras cachées ?
Y en a bien quelques-uns qui sont partis en pétant un câble, mais je n’ai jamais eu de coups ni quoi que ce soit ! C’est surtout le piégé qui fait le spectacle dans une caméra cachée, moi je ne fais qu’alimenter le truc en jouant au con à côté de lui.
Ce qui ressort, c’est la gentillesse des gens. J’en ai fait une, la semaine passée en France, à un péage d’autoroute. Je m’étais mis en heure de table. Pendant 20 minutes, les barrières sont restées bloquées. Moi, je mangeais mes tartines. Les gens ont coupé leur moteur et, super gentils, ont patienté. Ils m’ont piégé moi-même tant ils étaient adorables.

Qu’est-ce qui fait qu’une caméra cachée, est une belle caméra cachée ? Qu’elle est bonne ? (pardonnez-moi, l’expression).
Mon but est d’aller chercher en eux une face qu’ils n’aiment pas trop montrer, un peu de profondeur entre guillemet ou bien un côté absurde. En fait, les faire sortir d’eux-mêmes et les amener dans un autre univers. Qu’ils disent après, mais enfin, comment ai-je pu me foutre dans un état pareil ? J’en avais fait une dans un contrôle technique à Metz où j’avais fait semblant de démonter un amortisseur dans la fosse. Je remonte, lui montre son amortisseur puis lui dis : « Il ne tient plus la route, je ne peux pas vous laisser partir ». J’ai commencé à le casser sur le sol en le tapant sur une barre en métal et puis je lui dis : « Je vais au bureau chercher un truc, continuez ! ». Je voyais le mec en train de massacrer son amortisseur par terre mais sans raison, sans se poser de questions. Ce mec faisait la file pour passer sa bagnole au contrôle, il se retrouve 5 minutes après en train de massacrer son amortisseur. Sans raison. Pourquoi il le fait, parce qu’il a vu un autre le faire.

Quelles sont les caractéristiques essentielles de la personnalité de François l’Embrouille ?
Ne jamais douter de soi, préférer parler (fort) qu’écouter les autres, ne pas dialoguer mais expliquer, avoir le torse bombé, la main en poche, se délecter de viande rouge et d’alcool, se sentir au-dessus des lois et dire ce qu’il faudrait faire, sans évidemment, jamais le faire soi-même. Ne jamais reconnaître ses erreurs, connaître tout et tout le monde, et maîtriser tous les sujets, tout en étant naturellement tactile. Il y a des fois où on peut se permettre de se taire. Dire à une fille, qui porte un string, qu’elle est jolie. C’est tout con, tout le monde la regarde et le pense. Mais lui dire, c’est d’une lourdeur quoi.

François, il y a une internaute qui lit cet article en ce moment. Qu’avez-vous envie de lui dire pour la séduire ? Je lui dirais, qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi es-tu sur ce site ? Comment te sens-tu ? Quel est ton plat préféré ? (rires séducteurs…)

Est-ce que vous–même, vous vous êtes déjà fait piéger ?
Ouais, chez mon dentiste. En fait, j’y suis allé pour la première fois, il y a 3, 4 ans. Il a eu l’idée de me piéger. Il a appelé ma femme pour me pousser à aller chez lui en me disant que j’avais une haleine de cheval, que je puais de la gueule. Il m’a fait croire que mes dents de devant allaient tomber. Les gencives avaient été attaquées par les produits que je mets en me déguisant (genre pour noircir mes dents). C’était un vendredi après-midi et je partais le soir en tournage pour 10 jours. J’étais vachement angoissé en me disant: " je ne vais pas faire un tournage sans dents"! J’ai rappelé ma femme. Putain, toute l’équipe était dans le garage, morte de rire.

Avez-vous conscience que vous apportez du plaisir et du bonheur aux gens ? Les ventes des DVD de vos exploits l’attestent.
Je n’y pense pas. On est tous sur la terre pour faire quelque chose. Moi, je divertis les gens, une petite dose de l’Embrouille après une journée difficile de travail. Ca s’arrête là.

Le cinéma n’a pas tardé à vous faire les yeux doux et vous voilà acteur dans OSS 117 avec Jean Dujardin, Taxi 4 de Luc Besson, Cow-boy avec Benoît Poelvoorde, des rôles aux côtés de Carole Bouquet ou encore Daniel Auteuil. Respect M. Damiens !
J’ai très peu côtoyé Carole Bouquet. On a tourné 2 jours ensemble. C’était la grande star qui débarquait sur le tournage avec ses maquilleuses, ses coiffeuses, tout le bazar. Donc moi, quand il y a des trucs comme ça, je m’écarte. Que voulez-vous que je lui dise ? A part qu’elle est très jolie ! Avec Daniel Auteuil, c’était totalement différent. On a directement sympathisé. C’est vraiment un chouette mec. Il est super simple, humble, pas sophistiqué, ni compliqué. Une fois de plus, je n’allais pas dans sa loge, je ne le harcelais pas. Ce n’est pas parce qu’il est sympa avec quelqu’un que le mec doit en un coup commencer à prendre de la place. On se respectait, c’était cool.

Et Benoît Poelvoorde ?
Alors lui, j’adore ! J’avais vraiment envie de le rencontrer et ce fut super. Ca a collé à la seconde. On rigole exactement des mêmes trucs. On se marre comme des malades !(rires…)

C’est un très beau rôle, celui de caméraman  dans Cow-boy.
Benoît Mariage avait écrit le rôle en m’imaginant le faire avec ma personnalité. Donc, Benoît et moi, on ne se chevauchait pas, on était chacun sur notre terrain. C’était, je crois le rôle que j’ai eu le plus facile à jouer. J’étais moi.

Votre vraie personnalité se révèle dans ce film. Ce caméraman est tour à tour bête, sans initiatives, fonctionnaire puis humain, proche des gens avec des regards qui traduisent la tendresse et des comportements de révolte et de compassion. C’est vous tout cela, finalement ?
C’est un rôle qui me ressemble. C’est quelqu’un qui passe par différentes étapes. Ouais, c’est ça, il y a une évolution dans le tournage. Comme vous dites, il y a un côté très humain. On voit, à la première seconde, je passe un peu pour une tâche. Lui est manipulateur. Il est autoritaire, moi je suis un peu le bon copain.
Il y a 6 films qui vont sortir. Benoît Mariage est gentiment en train d’écrire un film en pensant à moi.
C’est encore tôt pour en parler mais ce sera une histoire sur la solitude de l’homme. Sur sa faiblesse de ne pas pouvoir dire non et qui se retrouve tiraillé dans tous les sens. Tout le monde peut s’identifier à ce genre de situation. Ce sera sans prétention, une comédie avec des moments sensibles.

Vous m’avez dit en préparant cet entretien que avez failli perdre pied par rapport à la réalité de la vie quotidienne. Est-ce dire que « trop, c’est trop » ? Que le pétage de plombs est plus insidieux qu’on ne le pense ? Pourtant lorsqu’on vous rencontre, on se dit que la vie doit être un jeu pour vous ?
Là, j’ai beaucoup tourné pendant 5 mois d’affilée. Je me suis rendu compte que je commençais un peu à quitter la réalité. J’ai freiné des 4 blocs. Le luxe, c’est de pouvoir dire « stop », je souffle un peu. Je n’étais plus jamais chez moi, je ne voyais plus personne en dehors des gens des films. Il y a des semaines où je faisais 3 films en même temps. Tu te ballades d’un train à un autre. J’étais avec mon petit sac noir en train de débarquer à chaque fois dans un hôtel différent. Le soir, tu étudies ton texte dans ta chambre puis, tu vas bouffer.

Vous avez des enfants ?
Ouais, j’ai 2 enfants. Jack et Jimmy.

Quel âge ont-ils ? 14 et 16 ans. Quand je ne suis pas à côté d’eux, il me manque un truc en permanence. Je me dis que je n’ai pas à les priver de leur père parce que je n’ai pas su dire non à un réalisateur ou à un producteur. C’est ça que j’ai le plus de mal à faire, c’est dire non. Je n’ai pas envie que de travailler. Je n’ai pas d’attente financière style « mégalo ». Je ne rêve pas de voir ma gueule en grand. Au contraire, j’ai envie de continuer à vivre de manière artisanale

François, ça vous fait mal quand on vous dit que vous ne ressemblez pas à Brad Pitt ?
Non, que du contraire, on fait le même métier, après tout ! (Rires…). D’ailleurs, à ce propos, j’ai une anecdote. Un jour, un journaliste me pose la question : « Qui aimeriez-vous épouser ? » Sans réfléchir, je lui réponds : « Angélina Jolie ! ». Ma femme avait lu l’article. J’étais en tournage en France. Ca a pris des heures au téléphone rien que pour récupérer ce truc et lui expliquer que j’avais répondu une connerie, comme d’habitude. Ca m’a coûté cher en communication.

Qu’est-ce que vous avez envie de dire à quelqu’un qui lit cet article et qui a un peu le moral dans les chaussettes ?
Je leur dirais que quand ça ne va pas, ça ne dure jamais très longtemps. Il faut donc prendre son mal en patience et puis surtout, il faut analyser la situation puis voir comment y remédier. Mais se dire surtout qu’il y a des jours où ça ne va pas bien et on ne sait pas vraiment pourquoi. Tout comme, il y a des jours où on va bien et on ne sait pas pourquoi non plus !
Un jour, où j’étais un peu mou, Daniel Auteuil m’a dit : « Ne t’inquiète pas, quand ça ne va pas, ça ne dure jamais longtemps ». Et c’est vrai que ce n’est pas très malin de commencer sa journée par des « Et pourquoi, ça ne va pas ? ». On sait tous ce qu’on a à faire. Ca ne sert à rien de dire à un gros qu’il doit maigrir et à un con d’arrêter d’être con ! (rires…)