L'adulte surdoué à la conquête du bonheur.. Comment rompre avec la souffrance ?

Entretien avec Monique de Kermadec (MdK).

J’ai eu la chance et le plaisir de m’entretenir avec Monique de Kermadec sur le thème de la douance et du Haut-Potentiel. Les mots qui ressortent, selon moi de cet échange sont professionnalisme, humanité, cohérence, et équilibre. 

- Pourquoi et comment un adulte surdoué, peut-il être en souffrance ?

Il existait une croyance erronée qui racontait que lorsqu’ »On est surdoué on va réussir dans la vie. Puisqu’on est intelligent ». Cette logique erronée persiste encore et toujours. Parmi les HP, certains présentent un parcours linéaire, ils mènent pour certains une existence qui leur permet de vivre au plus proche de ce qui est important pour eux. 

Pour d’autres, l’histoire est parfois bien différente « Ils s’arrêtent en chemin, ils ont renoncé. A ce moment, Il est intéressant de s’interroger, de les interroger sur ce qui les amené à renoncer… Ils s’arrêtent et parfois ils tournent en rond car il ont vécu et expérimenté un regard négatif dès l’enfance. Personnellement, ils ont toujours eu un regard particulier sur le monde. Un environnement qui les a en retour bien souvent considérer avec curiosité voire animosité.

 Ils se sentent différents et perdus, l’entourage, les autres enfants et les enseignants ne les comprennent pas. Ils ont déduisent, à force, qui quelque chose ne va pas chez eux, ils doutent, se questionnent, ils vivent une souffrance qui les isole. » répond Monique de Kermadec.

Ensuite, le temps du travail succède à l’école et aux études. Le contact avec ce milieu peut constituer un choc comme nous le révèle la psychologue MdK « Les choses se compliquent de temps en temps encore lorsqu’ils s’embarquent dans une fonction. Ils sont confronté au travail en équipe et à la hiérarchie. Leur rapidité de réflexion ainsi que la complexité de leurs réponses se heurtent à de l’incompréhension voire de de l’hostilité… »

Le QI est-il la seule raison  la base de la souffrance des HPI ?

C’est une question qui est présente chez beaucoup de personnes et qui est fréquemment posée. Il convient de répondre à cela en nuançant les propos. Le QI élevé a des impacts sur le relationnel et la perception du monde. Cependant, M. de Kermadec complète en livrant « lorsque qu’un individu est trop différent, cela a un impact sur les autres. Afin de moduler cet impact, certains HP vont alors modifier leur comportement afin d’influer sur la relation et se faire accepter sans trop perturber. Il développe un faux-self, rempart virtuel et fragile contre la solitude et l’exclusion. Au final, en se cachant derrière ce dernier, il se cache également de l’autre qui ne pourra le connaitre vraiment. De toute façon, il a développé et construit une idée et son expérience le lui confirme, que si il le connaissait vraiment, il ne l’accepterait plus. L’adulte se sent alors un plus isolé encore : incompris, frileux dans le contact, ils se rigidifient. Petit à petit, ils fréquentent moins de gens, ils deviennent plus craintifs pour initier de nouvelles relations. Une profonde solitude se marque en conséquence de ce manque de lien « réel » à l’autre. On part donc en partie du QI qui entraine une fragilisation des relations et interactions avec autrui. Arrivée à l’âge adulte, la personne ne sait plus comment sortir de l’absence de lien et ne parvient pas à comprendre et résoudre par elle-même cette souffrance »

Quelles sont selon vous, les possibilités d’un thérapeute face à une telle souffrance ?

Les thérapeutes ressentent bien souvent quelques difficultés voire un certain désarroi face à cette souffrance. Ils sont parfois tenté de la traiter en surface, de la la bricoler avec quelques outils. 

Pour M. de Kermadec PhD, il s’agit de prendre un temps nécessaire et suffisant pour récolter des indices, un temps pour se poser ensemble « Il est important, au niveau des premiers entretiens, d’explorer et comprendre si cela est du fait de la douance. La souffrance possède de nombreuses sources. Prendre son temps, ne veut pas dire le perdre mais restez prudent et ne pas s’engouffrer avant d’avoir vérifier ensemble avec le patient. La souffrance peut avoir une origine psychopathologique, il existe de multiples raisons de souffrir sans être HP. »

L’intervenant, psychologue, coach,… va donc au cours des premiers entretiens tenter de comprendre si la difficulté a un lien avec le haut-potentiel. Il existe beaucoup de sources de souffrance. Il est intéressant à ce niveau de se poser la question et investiguer à quoi cette dernière est reliée. Il est doncintééressant d’avoir de multiples références pour lire le informations présentes et proposer un suivi, un accompagnement le plus en accord possible avec le vécu de la personne qui vient consulter.

Faut-il révéler la douance à une personne ?

"Avant tout, il importe de se montrer prudent et respectueux d’un certain rythme. La personne en face de nous a-t-elle conscience de sa douance ? Si oui, quelle est son niveau de conscience et d’acceptation vis-à-vis de tout cela ? La psychologue commence une « enquête » centrée sur la personne et recueille petit-à-petit des indices. Cette posture est intéressante et écologique car elle permet d’effectuer un parcours vers la conscience sans l’imposer à l’autre. On ne vas pas imposer la présence de la douance à la personne. Tout cela nécessite une bonne écoute clinique, une ouverture aux possibles et à la complexité car il reste et demeure face à nous une personne, un être humain qui souffre et cherche des réponses."

Lorsque le patient prend conscience, existe-t-il selon vous de outils spécifiques pour l’accompagner ?

"Personnellement, je n’utilise pas de technique spécifique, ni d’outils. Je reste en contact avec la personne et mon outil c’est son discours, sa position , son non verbal, son intonation, ce qu’elle me dit et ce qu’elle ne me dit pas tout de suite. En fait, mon outil est plutôt une posture d’écoute. Une écoute curieuse, bienveillante et non jugeante."

Grâce à celle-ci, nous pouvons percevoir les protections qui dans le contexte de vie s’avère être des freins, des obstacles. La personne prend pas-à-pas conscience de ce qu’elle est, pourrait être. Elle « apprend » à se positionner face à soi et face à l’autre. Elle peut à travers cette démarche, dès lors, modifier la relation vers quelque chose de plus écologique pour elle.  Il est importants qu’elle prenne conscience que cette souffrance n’est pas une fatalité.

" Au cours des séances, je vais accompagner le patient dans une construction ou une consolidation de sa capacité de résilience. Le but n’est pas de se « blinder », ni de construire une carapace rigide mais apprendre à « faire avec les émotions », permettre de développer la réelle acceptation de ce qui est présent."  

Lorsqu’une psychopathologie avérée est présente, telle que la dépression, une anxiété généralisée,…ou autre. 

Il est possible d’engager un travail sur les deux niveaux en respectant un certain ordre. 

Comment l’intelligence peut être une source de souffrance ?

L’intelligence « QI » n’est pas nécessairement liée à d’autres types d’intelligences. Parfois coincé dans la logique, l’adulte HPI ne trouve pas d’issue. Cet impact est augmenté s’il ne peut recourir à d’autres types d’intelligence qui viendraient au secours de l’adulte en souffrance. On ne pas parler simplement de QI sans nier qu’il existe d’autres types d’intelligences. 

« On pourrait avoir 165 de QI sans pouvoir en faire grand usage si on n’a pas en parallèle la capacité à entrer en lien avec l’autre et s’adapter au contexte. »

L’autre, quel qu’il soit est également différent. Face à ce dernier, l’adulte surdoué va devoir adapter son comportement. Selon Madame de Kermadec "on n’est jamais trop intelligent pour rentrer ne interaction avec quelqu’un. Quelque part, dans cette optique, la véritable intelligence serait de trouver un moyen de rentrer en contact avec son prochain. L’économie de cette interaction est impossible et la logique seule ne suffit pas pour y faire face."

En effet, si elle était l’unique déterminante, il y aurait un net amoindrissement des problèmes. 

Toutefois, le HP, par méconnaissance ou tout autre raison,  va essayer de résoudre le contacta en le raisonnant. 

Madame de Kermadec complète en ajoutant que « En dépit des raisonnements si on ne prend pas en considération l’inconscient, il y a peu de chance que cela fonctionne (et surtout pas comme prévu)."

Derrière le discours, les mots, le langage se cacherait la source et la clé de la souffrance ?

Nous abordons ici, l’importance du non-dit (du sous-entendu) et l’intérêt de le questionner. « Lorsque je m’adresse au patient, je m’intéresse à ce qui se présente en dessous et je tente de mettre en lumière petit-à-petit les points aveugles. »

Ce travail se présente comme un approfondissement, il constitue un bon complément à la méditation don il se différencie par sa recherche dans la profondeur. Une attention tout particulière est posée sur le discours afin de déceler ce mot aux apparences anodines qui se révèlent parfois très important pour la personne.  

Lorsqu’ils viennent s’adresser à moi, il y a souvent quelque chose qui leur manque, un lien, une cohérence : j’essaye, donc, de trouver au travers de ce qu’ils disent ce qui se passent réellement  pour eux. 

Que se passe t il au moment du diagnostic ?

Pour certaines personnes cette étape est libératrice. D’autres vont décider de passer le test et qui restent dans le doute, dans une mise en question profonde. Du côté libérateur, le HP comprend et perçoit qu’il n’est pas malade, du côté plus négatif il conclut qu’il aurait pu faire plus et mieux. Passez un test est intéressant mais sans aucun doute pas suffisant. 

« Après l’annonce, je propose de prendre un temps pour la digestion et l’intégration, et de se retrouver pour en reparler. » 

Le chemin est plus long que « simplement » recevoir un chiffre de QI.

La route s’initie à ce moment et elle sera différente pour chacun. C’est pour cette raison et dans ce but que madame de Kermadec laisse à chacun la liberté de pouvoir revenir si elle le juge nécessaire. Les chiffres doivent prendre sens.

D’autres révélations éclosent et s’ajoutent les unes aux autres. Pas-à-pas toutes les pièces du puzzle se mettent en place. Souvent, cela ne marche qu’un temps. 

Ensuite, le psychologue va reprendre ce que ces spécificités font raisonner et résonner dans leur vie. Un diagnostic, est une photo, comme une IRM, et c’est un regard sur soi, une possibilité de lecture, une hypothèse sur ce qui se passe à l’intérieur de soi-même.

Que faire lorsqu’on est face à une personne qui arrive avec une demande concernant sa douance ?

" Au départ, je trouve important de mettre de côté ses certitudes, et je reçois le patient sans grille de décodage. Pour moi, il est important d’accepter de ne pas savoir pendant un temps. Il y a tellement de choses en jeu qu’il est réducteur de les décoder seulement avec la grille HP."

" Dès lors, outre ce que dit la personne, j’observe quelle est sa façon de parler, qu’elle est sa place dans l’entretien. Selon moi, il faut avoir une écoute large, des perspectives ouvertes, et il est important de recevoir la personne dans sa complexité et son entièreté.

Au final, je vais permettre, au cours d’un entretien à la personne face à moi d’aller quelque part d’autre que la douance, peut-être au-delà du potentiel et leurs ouvrir des portes pour qu’elles parlent d’elles-mêmes. "