Notre invité : Serafino Malaguarnera, Psychologue et auteur du : "Dictionnaire de Neuropsychanalyse"

Monsieur Malaguarnera, vous êtes psychologue et venez d’écrire un dictionnaire sur la neuropsychanalyse. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette nouvelle approche ?
La neuropsychanalyse est une salle de réunion où la psychanalyse et les neurosciences dialoguent ensemble. Vous imaginez quelle révolution : finalement, ils se parlent, alors que pendant des décennies ces deux domaines de recherche se sont lancé des pierres ! Concrètement, la neuropsychanalyse donne des explications à des problématiques neurologiques, propose des localisations cérébrales à des notions psychanalytiques, utilise des paradigmes expérimentaux pour tester des hypothèses et thérapies psychanalytiques, est disposée à mettre à jour certaines notions psychanalytiques. La neuropsychanalyse a aussi un impact sur la prise en charge des patients. On peut dire que les 500 pages de mon dictionnaire montrent tout ça en long et en large.

S’agirait-il du mariage le plus improbable qui soit entre la psychanalyse et les neurosciences cognitives ?
Le mot « mariage » est un peu fort, plutôt connivence, ou mieux encore l’image que j’ai employée dans la question précédente, c’est-à-dire « salle de réunion où la psychanalyse et les neurosciences dialoguent ensembles ». C’est une question qu’on ne poserait peut-être pas aux États-Unis, alors que dans le paysage francophone, c’est une question qui doit être posée. Aux États-Unis, déjà en 1976, Karl Pribram défendait l’idée d’un rapprochement entre la psychanalyse et les neurosciences cognitives autour d’un projet scientifique commun. Avec la neuropsychanalyse, cette idée s’est réalisée. Par contre, dans le paysage francophone, une grande partie de la psychanalyse s’est fortement éloignée du paradigme scientifique pour se marier, ici c’est le cas de le dire, avec une approche spéculative. Mais, il faut savoir que depuis une décennie, il y a plusieurs exceptions, comme on dit habituellement « les choses commencent à bouger ». Ces exceptions se retrouvent également parmi les psychanalystes d’orientation lacanienne. Tout cela est bien retracé dans ce dictionnaire de neuropsychanalyse. - Une véritable résurrection pour une psychanalyse en déclin ? Le déclin et le discrédit de la psychanalyse continuent surtout chez nous. Aux États-Unis, grâce à la neuropsychanalyse, il y a une inversion de tendance, la psychanalyse ne décline plus, elle remonte. Pour faire un exemple concret, grâce à la neuropsychanalyse, des psychanalystes arrivent à obtenir des fonds pour des recherches où on utilise des méthodes psychanalytiques pour étudier des notions psychanalytiques. Il serait temps qu’on puisse voir aussi chez nous une inversion de tendance, sinon ce ne sera plus question de déclin, mais de disparition. Voilà une des raisons principales qui m’a poussé à écrire ce dictionnaire de neuropsychanalyse, c’est-à-dire voir avec regret un déclin de la psychanalyse qui, objectivement ou scientifiquement, ne le mérite pas et qui n’a plus vraiment raison d’être.

Comment appliquez-vous ces théories en thérapie avec vos patients ? Pourriez-vous nous donner l’un ou l’autre exemple ?
Avant tout, les apports de la neuropsychanalyse aux thérapies avec les patients dépendent de la problématique. À titre personnel, je peux faire quelques exemples. Le premier concerne la prise en charge des patients avec une phobie. Je ne me limite plus à traiter l’ensemble des aspects subjectifs liés au symptôme, mais je vais aussi, au fur et à mesure que les aspects inconscients deviennent conscients, revoir ensemble les différentes stratégies qui entretiennent la peur de l’objet phobique. Un autre exemple concerne la dépression. J’explique à mes patients qui souffrent d’une dépression que celle-ci est activée par un fonctionnement cérébral et psychologique. Pour le fonctionnement cérébral, je peux donner des indications plus précises, alors que pour le fonctionnement psychologique, je laisse le patient s’exprimer sur les pensées qui lui amènent une souffrance. Dans ce contexte, je n’oppose plus les médicaments au travail psychanalytique, car les médicaments ont une action sur le fonctionnement cérébral et le travail psychanalytique a une action sur les pensées qui se prêtent aux interprétations psychanalytiques.

À qui s’adresse votre livre ?
Le dictionnaire s’adresse aux étudiants, professionnels, chercheurs et à ceux qui ont envie de connaître la neuropsychanalyse. Ceux qui ne connaissent pas bien le cerveau ne doivent pas s’inquiéter, car lorsqu’il y a un mot technique qui apparaît dans les explications, il est également repris comme entrée pour recevoir une succincte explication. Les articles sont aussi suivis de renvois à d’autres entrées, ce qui aide à comprendre plus facilement. Finalement, qui connaît ma façon d’écrire sait que je suis un partisan de la compréhension.

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