Adolescentes enceintes

  • 01/10/06
  • Yves-Hiram Haesevoets
Probablement aussi ancienne que l'humanité, la maternité précoce est devenue une problématique actuelle qui se focalise aujourd'hui sur le phénomène de l'adolescence, son ambiguïté, ses troubles et ses passions.
Probablement aussi ancienne que l'humanité, la maternité précoce est devenue une problématique actuelle qui se focalise aujourd'hui sur le phénomène de l'adolescence, son ambiguïté, ses troubles et ses passions. Différente selon les cultures et spécifique de chaque contexte social, elle interroge les professionnels de la santé et de l'éducation. La prévention anté- et péri-natale de la parentalité précoce ouvre la voie à des questions à la fois éthiques, prophylactiques et thérapeutiques.

Faut-il empêcher la maternité précoce par la prescription systématique de l'I.V.G.? Peut-on détecter les situations plus à risque? Faut-il plutôt traiter les éventuelles conséquences dommageables, ou encore accompagner la future mère (les futurs parents) dans les meilleures conditions possibles? Quels sont les circonstances et les enjeux d'une grossesse à l'adolescence? Les adolescentes ont-elles suffisamment d'aptitudes maternelles pour s'occuper de leur enfant? Sont-elles différentes des mères adultes? Quel est le destin existentiel des enfants issus de mères adolescentes? Quel est l'impact d'une prévention bien ciblée?

Dans notre société en mutation constante, tomber enceinte au moment de l'adolescence ne va pas toujours de soi. Socialement, la majorité des adolescent(e)s et des jeunes adultes ne bénéficient pas d'un statut bien défini, de rôle et de source de valorisation, leur fonction reste floue, leur dépendance de plus en plus prolongée mais leurs besoins de plus en plus importants. La période d'adolescence s'éternise souvent bien au-delà de la majorité légale. Même si la société vénère la jeunesse comme un vivier de consommateurs, elle est incapable d'accorder aux adolescents une fonction sociale tenant compte de la maturité biologique, affective et sociale acquise de plus en plus tôt. Devant remplir de multiples fonctions, l'adolescent doit faire ses preuves, il doit être apte socialement, biologiquement et psychologiquement à affronter les péripéties de l'existence. Il doit s'insérer professionnellement et intellectuellement, il doit être capable de s'exprimer et de prendre sa place. Toutefois, dans le domaine de la relation, il est confronté à l'impossibilité sociale, économique et juridique de s'émanciper. De manière paradoxale, la problématique de l'adolescence est ainsi mise en exergue par les exigences d'une société de moins en moins reconnaissante et soutenante. Dans une société qui se veut prospère, le droit de concevoir un enfant, le mettre au monde et l'élever est fondamental et ne peut faire l'objet d'un interdit. Au même titre que les adultes, les adolescents veulent remplir ce rôle social en se passant volontiers de leur permission. La fécondité et la procréation deviennent alors une source d'émancipation sociale précoce et le moyen d'y parvenir. Pourtant, tout n'est pas si simple. Pour l'adolescente, la confrontation avec son état de grossesse est aussi une rencontre avec une autre réalité, qui ne va pas sans difficultés, sans angoisses et sans ambivalences.

Dans notre monde moderne, la persistance des grossesses et des maternités d'adolescentes relève aussi d'un problème sociétal profond. Intimement lié aux structures même de la société, à ses valeurs et à ses dérives, ce phénomène répond en écho au statut et au rôle accordés aux adolescent(e)s, à leur capacité à élaborer un projet et à s'insérer, et correspond notamment à la place de la jeune fille qui prévaut aussi celle de la femme.

Les moeurs évoluent avec le temps, indiquant par là de profondes mutations de notre civilisation occidentale. Si à certaines époques de notre histoire, enfanter est un signe de Dieu ou un appel de la nature coïncidant à des unions précoces et/ou forcées, les lois de notre Communauté tentent de protéger les mineurs de rapports sexuels contraints et/ou précipités. Contrairement à d'autres cultures qui s'alignent plutôt sur le temps de la fécondité physiologique, nous véhiculons des interdits et des normes et nous empruntons des styles de vie qui reportent de plus en plus tard la période de reproduction humaine.

A l'époque du contrôle des naissances et où la plupart des femmes ont librement accès aux divers moyens de contraception, bon nombre de jeunes filles se retrouvent enceintes, parfois malgré elles ou en toute insouciance.

Différents cas de figure existent. Evénement heureux ou malheureux, à chaque histoire correspond un dénouement, avec ses complications, ses désillusions ou ses résolutions. Chaque situation est particulière et correspond à une histoire personnelle qu'il faut replacer dans son contexte. Se retrouver enceinte à l'adolescence n'est pas toujours catastrophique mais pour de nombreux cas, nous assistons au déroulement d'un véritable drame dont le scénario fait étrangement penser aux romans de Zola et Hugo, et coïncident avec des réalités familiales très déstructurées. La plupart des grossesses adolescentaires seraient peu désirées. Certaines sont " forcées ", subies sous la contrainte d'un viol, d'une agression incestueuse ou se déroulent dans un contexte encore plus délictueux comme dans les filières de prostitution des mineur(e)s.

Dans quelques situations, l'adolescente est incapable de désigner le père. Parfois, il s'agit d'une grossesse dite " incestueuse " et le père appartient au cercle familial (père, frère, beau-père, oncle, grand-père). Plutôt dissimulée, vécue dans la honte et le secret, la grossesse évolue alors suivant un processus de culpabilisation plus traumatique. Elle n'engendre pas automatiquement une I.V.G. mais le plus souvent elle conduit soit à l'abandon affectif, soit au placement familial de l'enfant.

Certaines de ces grossesses sont parfois désirées mais pour des motivations très diverses : désir de prouver sa féminité, de s'émanciper, désir d'exister, désir naturel de maternité, désir de se reproduire, désir de prouver son indépendance à ses parents, mais également la volonté implicite de lancer un cri d'alarme, un signal de détresse qui peut couvrir un état pathologique, une dépression, l'envie de suicide ou correspondre à un passage à l'acte comme un suicide, un dérapage existentiel profond. Dans ces circonstances souvent difficiles, les praticiens et les travailleurs sociaux ont progressivement pris conscience de l'importance de la prévention et de la prise en charge spécifique de ces adolescentes.

Dans la pratique quotidienne des centres de planning familiaux, des services de gynécologie-obstétrique et autres lieux de consultations, l'accueil et la prise en charge de ces jeunes filles font l'objet d'une considération particulière et d'observations spécifiques. Chaque cas demande une attention singulière. Dans la réalité, quelques adolescentes plus " matures " découvrent dans la grossesse et la maternité précoce un moment de transition favorable à leur émancipation personnelle. Mieux soutenues, elles consultent d'ailleurs souvent plus tôt et de manière régulière. L'accès précoce au statut de mère marque ainsi une rupture favorable avec leur enfance. Par contre, la plupart traverse une véritable épreuve qui gâche leur vie. Trop souvent démunies, voire désemparées, elles sont confrontées à la " galère " d'un quotidien hostile, au rejet de leur famille, aux injures des pairs, etc. A peine sortie de l'enfance, elles se retrouvent perdues dans le monde des adultes pas toujours très accueillant. Elles consultent dans l'urgence, parfois tardivement et sont souvent seules à affronter leurs difficultés.

Le regard des autres, les préjugés, l'angoisse de se retrouver enceinte après un rapport non protégé, la recrudescence des maladies sexuellement transmissibles dont le SIDA, ne constituent pas un obstacle qui pourrait produire une diminution du nombre d'adolescentes enceintes. Pour différentes raisons à la fois sociologiques, socioculturelles et psychosociales, ce phénomène semble pourtant en augmentation. Dans les territoires possédant un bon réseau de plannings, le nombre d'adolescentes consultant pour une I.V.G. est en nette recrudescence. La grossesse adolescentaire peut donc conduire à une interruption volontaire de grossesse. Les conséquences d'un avortement à l'adolescence doivent faire l'objet d'une évaluation psychologique précise. Cette problématique soulève également différentes questions en matière d'éducation, de prévention, d'éthique et de morale.

Le destin des enfants issus de mères adolescentes commence à intéresser les chercheurs. De nouvelles études démontrent que l'âge n'est pas le critère le plus défavorable et que les indicateurs de risque dépendent surtout de l'environnement social et familial.

Pendant le déroulement de la grossesse, le géniteur de l'enfant, souvent adolescent lui-même, n'est pas toujours présent. Dans certaines situations, il n'est simplement pas prêt à assumer un rôle de père. Dans le meilleur des cas, il s'agit d'un petit ami " régulier " plus qu'occasionnel, lui aussi adolescent. L'investissement affectif est bien réel et réciproque. Malgré le jeune âge des futurs parents ou leur immaturité, le désir d'enfant est conjugué à un projet existentiel et exprime le besoin de fonder une famille. Reste au jeune couple le temps de mûrir un projet parental.


REPÉRAGES HISTORIQUES

Notre passé se retrouve aux frontières de notre présent aurait constaté le philosophe. Déjà évoquée au temps de la Rome Antique, la problématique des adolescentes enceintes ou des " jeunes filles mères " est vieille comme le monde. Au-delà du Moyen-Age et jusque la Renaissance, il n'est pas rare de rencontrer des jeunes filles enceintes, à peine pubère et/ou parfois mère de plusieurs enfants. Rappelons que la mortalité infantile est très élevée et l'espérance de vie plutôt courte. Les notions d'âge sont tout aussi relatives. Le concept d'adolescence n'existe pas. Au Moyen-Age, la puberté est plus tardive qu'à notre époque mais la vie sexuelle et le mariage sont relativement plus précoces, aboutissant à de nombreuses maternités chez des femmes très jeunes. La littérature nous offre quelques célèbres témoignages. C'est à peine âgée de 14 ans que la Juliette de Shakespeare épouse dans le plus grand secret Roméo. La mère de Juliette observe aussi qu'elle était déjà mère à l'âge de sa fille. Les circonstances de l'existence et le contexte de l'époque font des jeunes filles des femmes fécondes destinées à la procréation. Ainsi, les Maîtres Français, Flamands et Italiens représentent-ils les Vierges à l'enfant sous les traits d'une jeune adolescente, une femme-enfant. Pendant des siècles et sur tous les continents, ce stéréotype s'est propagé jusqu'au XIXème siècle. Aujourd'hui encore et éloigné des concepts moraux propres à notre culture occidentale, le mariage et la maternité précoce correspondent à des règles coutumières ancestrales dans d'autres sociétés.

Cependant et dès le XVIème siècle, les règles morales assistées de la sainte parole instituée par le pouvoir de l'Eglise vont aboutir à une véritable répression sociale des jeunes filles enceintes, assorti d'une chasse aux sorcières, rappelant les plus sombres épisodes de l'Inquisition qui a persécuté des jeunes filles enceintes accusées d'avoir " partagé la semence du diable ". Souvent victime de violence sexuelle ou de rapports sexuels interdits, ces filles, parfois très jeunes, étaient condamnées au bûcher pour avoir forniqué avec le Diable en personne.

Au Royaume de France, un Edit royal français de 1556 oblige toute jeune femme célibataire enceinte à faire une déclaration au juge sous peine d'être accusée de " recel de grossesse ".

Jusqu'au XXème siècle, la fréquence des grossesses adolescentaires heurte les consciences et se confronte à une forte réprobation sociale de la part des autorités cléricales et de la bourgeoisie naissante. Face à une telle levée de bouclier, de nombreuses jeunes filles dissimulent leurs grossesses et naissances jusqu'à abandonner leur nouveau né à un funeste destin. Sous le joug de l'opprobe sociale gouvernée par l'Eglise de l'époque, un cercle vicieux se referme sur le secret des jeunes filles enceintes. Certaines se réfugient au couvent et/ou confient leur enfant à des nourrices, d'autres sombrent dans la démence. Une autre solution qui s'offre aux jeunes mères célibataires est de se placer comme nourrice dans une famille bourgeoise citadine, afin d'échapper à la réprobation familiale. Pour soutenir ces jeunes femmes désespérées, sans emploi et chassées par leur père, le Sénateur Paul Strauss (1852-1942) institue des asiles refuges et autres " samaritaines " préfigurant ainsi les premières " maisons maternelles ".

A notre époque post industrielle, un des facteurs principaux de bouleversement sociologique coïncide avec la scolarisation de masse et les conceptualisations de base de la pédagogie et la psychologie de l'enfance créant un âge intermédiaire entre enfance et âge adulte : l'adolescence comme passage obligé de transition évolutive entre ces deux périodes de la vie. Après le baby boom des années 50-60, la " révolution " sexuelle, l'émancipation féminine, et la commercialisation démocratique des moyens contraceptifs, suivi d'une certaine déliquescence des moeurs correspondent à un revirement socioculturel et ethnographique important contribuant à une accélération du processus de maturité sexuelle chez les jeunes. L'âge de la puberté a ainsi diminué de 4 années en 100 ans, passant de 17 à 13 ans.

Dans ce contexte, la littérature des années 60 et 70 décrit de façon pessimiste la destinée des adolescentes " filles-mère " et de leurs enfants. De nombreux auteurs pensent qu'être enceinte à un si jeune âge correspond au plus mauvais choix existentiel venant compromettre l'avenir de manière irréversible. Non seulement, ils insistent sur les risques obstétricaux et néonatals, mais ils évoquent les cas de maltraitance, d'infanticide, de handicap social, de placement de l'enfant, d'abandon, etc.,... associés à l'immaturité de la jeune mère et à la précocité de ses choix. Même s'il n'est pas toujours évident pour une adolescente d'assumer une grossesse, ce pessimisme ambiant va progressivement disparaître au profit de recherches et d'observations cliniques à la fois plus pertinentes, scientifiques et réalistes. A partir des années 80 et 90, les professionnels se montrent concernés et réagissent avec l'objectivité de la modernité, sans pour autant oblitérer les éléments les plus problématiques ou céder à la panique en amplifiant le phénomène.


QUELQUES REFERENCES EPIDEMIOLOGIQUES

Depuis les années 60-70, une véritable " épidémie " de grossesses d'adolescentes s'est déclarée dans les pays occidentaux, Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête. Les progrès de la médecine, la politique sanitaire de prévention et d'éducation à la santé dans les domaines de la vie familiale, affective et sexuelle, la libéralisation légale des moyens contraceptifs et la dépénalisation de l'avortement, ... n'ont pas eu raison de cette flambée épidémiologique. Ainsi aux Etats-Unis, plus de un million d'adolescentes tombent enceintes chaque année. La majorité de ces jeunes filles conduisent leur grossesse à terme et s'occupent de leur enfant. Après quelques années de stabilisation, le taux de grossesses chez les 15-17 ans a repris son ascension en 1985. Dès 1987, ce taux a augmenté de 34 % en une année et cette tendance s'est maintenue jusque dans les années 90. Moins aiguë qu'en Amérique du Nord, la problématique est analogue en Europe, avec une augmentation du taux de natalité d'enfants de mères de 16 ans de 6,8 à 8,7 p. 1000 de 1969 à 1986 en Grande-Bretagne (Donovan, 1990) et des chiffres presque identiques en France. Cette inflation du taux de natalité chez les mères adolescentes est cependant moindre aux Pays-Bas et en Scandinavie, des régions pourtant réputées plus libérales en matière de sexualité.

Au-delà des années 90 et malgré une diminution du taux global de natalité et du nombre d'I.V.G., la fécondité des adolescentes est restée importante dans la plupart des pays industrialisés. La permanence d'une fécondité élevée chez les adolescentes s'explique par différents critères qui s'observent depuis les années 70 : diminution progressive de l'âge pubertaire, abaissement de l'âge des premières relations sexuelles, libéralisation, relâchement et/ou modification des moeurs sexuelles, désir précoce d'enfant, etc.


DU DÉSIR DE GROSSESSE AU DÉSIR D'ENFANT

De la grossesse au désir d'enfant, en passant par la réalisation de soi, le règlement inconscient de scénarios oedipiens mal intégrés et différents mouvements identificatoires, les adolescentes enceintes traversent des moments d'intensité variable qui représentent autant de points d'ancrage à la maturation psychique, la résolution éventuelle de conflits antérieurs, l'accomplissement et la mise en perspective d'un projet personnel.

Suivant diverses mutations sociétales autour du désir d'enfant, les grossesses d'adolescentes impliquent des phénomènes multifactoriels à la fois psychologiques, sociaux et culturels. A l'adolescence, le désir d'être enceinte, de vivre une relation amoureuse, de construire un couple ou une famille, de se réaliser comme mère,... correspondent à des phénomènes psychoaffectifs évoluant avec une intensité particulière. Conscient et/ou inconscients, les déterminants du désir varient d'une situation à l'autre.

Une étude française (Aubry, 1988) menée auprès de 33 adolescentes enceintes ou ayant récemment accouché nous apprend que le jeune couple se connaît depuis plus d'un an et que dans 9 cas seulement, il s'agit d'un ami récent ou occasionnel. Le désir de grossesse est exprimé par 21 adolescentes, même souvent désirée à deux, la plupart déclarent qu'il s'agit d'une étape importante dans leur vie de jeune femme, quelques-unes " pour s'occuper ". Dans 12 situations, il s'agit d'un " accident ", plutôt bien assumé par la jeune fille, même en cas de rupture avec le père. Une seule abandonnera son enfant à la naissance. Au total, les 2/3 des pères paraissent assumer leur paternité et soutiennent leur compagne au cours de la grossesse. En moyenne, les réactions de l'entourage familial sont plutôt soutenantes, même après une période de crise au moment de la révélation. La majorité des adolescentes bénéficient d'un soutien familial surtout auprès de leur mère, cette dernière jouant le rôle de médiateur à l'égard du père (de la jeune fille), souvent plus réservé ou perplexe. Deux adolescentes connaîtront cependant l'exclusion familiale et seront orientées en maison maternelle. Dans un autre cas, le père de l'enfant sera rejeté du fait d'un séjour antérieur en prison. Contrairement à de nombreuses idées reçues, cette étude montre que la majorité des maternités d'adolescentes (2/3 des cas) coïncident avec un choix délibéré d'assumer une grossesse désirée, souvent associée à une relation de couple stable et gratifiante, et à une volonté d'exercer un rôle maternel. Observons aussi que pour 1/3 des cas, la grossesse était un événement inopportun, qu'elle a induit des bouleversements importants dans la vie de ces adolescentes, hypothéquant parfois leur avenir.

Différents facteurs psychodynamiques interviennent dans le processus des maternités adolescentes. Il est probable que ce type de maternité précoce puisse être l'expression d'une problématique oedipienne défaillante ou mal résolue. Par identification à la mère, la jeune fille exprime le désir inconscient d'être son égale et, tout en évoluant sur son propre terrain, celui de la sexualité et de la maternité, de devenir sa rivale. Dans le complexe d'Oedipe, ce désir s'exprime par le voeu fantasmatique de la fille d'avoir un enfant de son père. A l'adolescence, la puberté réactive les désirs oedipiens anciens qui font resurgir les pulsions confrontées à l'interdit de l'inceste. De part cette réactualisation des désirs qui ont été refoulés pendant la période de latence, l'apparition des premières règles ravivent les fantasmes archaïques de réalisation incestueuse. Chez certaines adolescentes, la pensée traumatique autour de cette réalisation et/ou l'idée d'une atteinte à l'intégrité corporelle induisent une angoisse de culpabilité et engendrent une peur panique dont la délivrance sera recherchée à travers le passage à l'acte d'une relation sexuelle consommée malgré la peur. Tout en s'intègrant au scénario oedipien, l'accomplissement de cette relation sexuelle avec un partenaire masculin, comme substitut fantasmatique du père, est aussi une mise en acte de la rivalité sexuelle envers la mère, comme expression de l'agressivité à son encontre.

Conscient ou inconscient, le désir d'enfant chez l'adolescente est parfois un moyen non rationnel de combler des manques ou carences affectives précoces. A côté de cette tentative de réparation psychique, certaines adolescentes peu entourées et/ou mal aimées recherchent la tendresse à travers une sexualité dont elles ne comprennent ni les " usages " ni les vices cachés. La convoitise sexuelle d'un partenaire masculin représente alors la voie sublimatoire répondant à cet irrépressible besoin de tendresse qui crée aussi en elles une aptitude précoce à la maternité et ensuite au maternage. Elles se jettent à corps perdu dans les bras du premier venu, concrétisent de manière précipitée, voire irrépressible, une relation sexuelle et tombent enceinte presque par hasard. Ensuite, elles rapportent avec une dose de naïveté et de sincérité qu'elles sont victimes de l'égoïsme et de la domination d'un partenaire peu scrupuleux qui les abandonne à leur triste sort.

Il importe d'établir une distinction entre fécondité hasardeuse et désir inconscient de fécondité. A propos de la mère adolescente, Deschamps (1997) revient sur cette part d'inconscient dans la fécondation : " Lorsque les jeunes filles deviennent mères en dehors du mariage pour réaliser un voeu inconscient, leur comportement se distingue de façon caractéristique de celui des femmes mariées ou des jeunes filles chez qui la part de hasard biologique ou de la volonté est prédominante. Alors que ces femmes ne feraient jamais le projet consciemment et délibérément d'engendrer un enfant en dehors du mariage, elles agissent de telle manière que cela devient le résultat à peu près inévitable de leur conduite. Leur but inconscient est d'être enceintes, d'avoir un bébé. Le rôle de l'homme serait alors le plus faible possible, laissant la place dans l'imaginaire à un père fantasmatique. Dans d'autres cas la grossesse en elle-même s'impose comme le centre du désir, ou bien encore le bébé existe seulement en tant que représentant symbolique d'un manque, d'une compétition ou d'une autopunition (Marbeau-Cleirens, 1970)... Moyen de se venger d'une mère étouffante et dominatrice, qui l'a empêchée d'établir avec le père une relation gratifiante, désir d'un enfant du père dans un attachement oedipien non résolu, besoin dévorant d'un amour insuffisamment reçu dans l'enfance,... Dans tous les cas, à moins d'une insistante pression de la part de l'entourage familial, l'union avec le père de l'enfant ne sera pas scellée par un mariage; au contraire, tout sera fait pour rompre toute liaison avec lui, et perdre sa trace, ce qui sera souvent facile, compte tenu de l'absence totale d'attachement affectif réel entre lui et la jeune fille. La place sera laissée ainsi à un père fantasmatique, inconnu pour l'état civil, mais différent du père biologique, dans l'inconscient maternel ".

Au-delà des déterminants psychodynamiques (enjeux inconscients relatifs au complexe d'oedipe), psychologiques (désir d'avoir un enfant), sexuels (curiosité et désir naturel de relation sexuelle), affectif (besoin de materner), physiologique (besoin de procréer), etc.,... les facteurs environnementaux et sociaux interviennent pour une part importante.


DÉCOUVERTE HASARDEUSE DE LA GROSSESSE ET RÉVÉLATION DIFFÉRÉE

Découvrir qu'elle est enceinte reste un moment particulier, rarement propice, pour l'adolescente. L'irrégularité de ses périodes menstruelles, son ignorance à propos de ses fonctions physiologiques et ses premières règles, son désir inconscient de ne pas savoir, son manque de dialogue, etc.,... sont des éléments qui accumulent le risque d'une consultation tardive et donc d'un diagnostic de grossesse déjà bien avancée. Alors qu'un diagnostic précoce annonce un meilleur suivi et pronostic, et des décisions mieux ajustées. Déjà en 1973, Pearson (cité par Deschamps, 1997) montrait que 2/3 des adolescentes célibataires enceintes attendaient au moins cinq semaines ou plus après le constat de l'absence de règles avant d'envisager la possibilité d'un diagnostic de grossesse. Par contre, près de 3/4 de celles qui ont fait interrompre leur grossesse avaient fait un test de grossesse dans les 4 semaines après l'interruption de leurs règles. Les adolescentes qui poursuivent leur grossesse, parfois malgré elles, semblent donc plus hésitantes à découvrir ce diagnostic et/ou à consulter un médecin.

Cette manière de remettre à plus tard l'éventualité d'une découverte positive et la question des décisions correspondent à une forme de déni de grossesse. Par prolongation, le diagnostic différé influe sur l'évolution future et l'accompagnement de la gestation. Prise à son propre jeu de négation, l'adolescente ne se confie à personne, utilise divers subterfuges pour dissimuler la vérité à son entourage, n'éprouve pas toujours les symptômes habituels de la femme enceinte (vomissements, nausées, troubles alimentaires), ne déclare pas officiellement sa grossesse et se prive des soins médicaux et d'éventuelles allocations prénatales,... et surtout, laisse passer le délai au-delà duquel une I.V.G. devient impossible. Vers la fin de leur grossesse et par crainte qu'elles ne soient découvertes, il arrive que certaines adolescentes fassent une fugue ou quittent de manière abrupte leurs parents sans aucune raison apparente. En retardant le moment de la révélation, certaines s'assurent qu'un avortement ne leur sera pas imposé par leur famille. D'autres pratiquent plutôt une " politique de l'autruche " et fuient la confrontation avec la réalité, vécue comme pénible ou impossible à mettre en perspective(s). Il n'est donc pas rare de constater qu'au moins 10% des grossesses restent ainsi dissimulées au regard des proches. Ni les parents, ni les amis, ni les professionnels n'en prennent conscience jusqu'à la naissance effective de l'enfant. L'étonnement est alors manifeste. De manière rétrospective, chacun pourrait s'interroger sur le rôle qu'il a probablement joué dans cette duperie où malgré tout la vie d'un enfant en gestation et d'une jeune mère était en cause.

L'éventualité d'une grossesse chez l'adolescente doit être envisagée sous ses différents angles, y compris les plus dissimulés ou inattendus. Il importe que les professionnels concernés (travailleurs sociaux, enseignants, médecins, psychologues scolaires) restent vigilants quant à la possibilité d'une grossesse, même chez de très jeunes adolescentes à peine réglées. Lorsqu'il s'agit d'opérer une fuite et un déni systématique pour éviter toute révélation, l'adolescente traverse une épreuve qui ne peut que perturber le déroulement même de sa grossesse. D'autant plus que le diagnostic de la grossesse constitue le début et la fin d'un processus éprouvant. " Le début et la fin d'un processus " : à savoir, mettre fin à une mascarade délétère qui pourrait mal se terminer pour la jeune fille et son enfant, et entamer le plus tôt possible un accompagnement spécifique de l'adolescente enceinte. En développant une attention toute particulière, les intervenants peuvent donc influer sur l'irrémédiable et apporter les soins et l'aide requise à la future jeune mère.


RÉACTIONS ÉMOTIONNELLES DE L'ADOLESCENTE ENCEINTE

Pour l'être humain, la conception et la mise au monde agissent sur le psychisme. Ouvrant des mouvements émotionnels inconnus, créatrice de liens nouveaux et vectrice d'espoir même dans les situations les plus vulnérables, la grossesse est une période qui engendre des réactions psychoaffectives d'intensité variable. La périnatalité précoce mobilise des ressources émotionnelles intérieures jusque là insoupçonnées. Toutefois, l'émotionnalité induite par cet état provisoire est souvent enrayée par des attitudes et des obstacles sociaux. A peine transformée et/ou sa puberté en cours de processus, l'adolescente qui se retrouve enceinte ne vit pas sa grossesse de la même manière qu'une jeune femme accomplie et mature. Ce décalage entre l'état physiologique et la maturité psychologique est tout aussi significatif de sa vulnérabilité et de la spécificité de ses besoins. Chez la femme enceinte, les processus psychoaffectifs qui se développent et s'intègrent lors de la maternité (transformation corporelle, changement de statut social, réactivation des conflits infantiles, " crise d'identité ", etc.) impliquent des remaniements psychiques profonds qui vulnérabilisent l'adolescente confrontée aux mêmes phénomènes. Cette fragilité transitoire signifie aussi que la jeune fille a besoin d'aide et de réassurance en relation avec ce qu'elle vit sur le plan psychologique.

Dans ces situations plus ou moins difficiles, la relation prénatale peut s'établir sans trop d'encombres, même avec des fluctuations parfois intempestives comme chez de nombreuses femmes enceintes. Dans le pire des cas, l'enfant est considéré comme un obstacle ou un fardeau, un être " exigeant, parasite, captateur ou dévorant " (Deschamps, 1997). D'emblée, l'enfant est vécu comme une gêne et la relation mère-enfant restera trouble, voire pathologique. La mère peut charger son enfant des responsabilités et des difficultés présentes qui l'accablent ou de la souffrance subie pendant la grossesse. Résignée, l'adolescente envisage aussi la relation à l'enfant plutôt comme une corvée qu'une responsabilité parentale. L'alternance de mouvements ambivalents n'est pas rare entre d'une part, des attitudes possessives (" l'enfant m'appartient, il est ma chose et représente tout ce que je possède au monde,... ") en lui vouant un amour exclusif et d'autre part, des réactions agressives (" à cause de lui, mon corps se déforme et s'enlaidit, je ne m'accepte plus,... "), voire violentes (coups portés dans le ventre, déni de grossesse, refus de suivi médical, refus d'alimentation, tabagisme, alcoolisme, toxicomanie,...).

L'absence de projet périnatal attise encore plus cette ambivalence émotionnelle et réactionnelle. L'enfant est investi de manière ambiguë comme le représentant symbolique dont le destin est de combler les manques affectifs d'une adolescente en mal de reconnaissance et d'identité narcissique. Tantôt objet de fantasmes, tantôt idéalisé comme faire-valoir narcissique, l'enfant imaginaire ne correspond pas à celui de la réalité. A la naissance, le bébé réel qui ressemble aux autres (sur le plan physique et comportemental) confronte la mère à son bébé idéal fantasmé. En quelque sorte, il tombe de son piédestal et la mère subit un choc émotionnel qui peut rapidement grever l'établissement d'une relation saine et empathique. Autant que certaines femmes adultes, la jeune mère aura donc besoin d'un soutien efficace et un suivi relationnel.

Afin de prévenir les troubles de la relation autour de la naissance, Vander Linden et Rogiers (2004) proposent cinq repères applicables dans les cas d'adolescentes enceintes :
1. Considérer la mise au monde d'un enfant comme étant avant tout, pour chaque femme, un projet chevillé à son corps, un projet donc sur lequel le souci médical et universel du " soin " est une précieuse ouverture à une aide positive;
2. Comprendre ce qui se passe chez la femme enceinte et chez son compagnon pour pouvoir respecter et entrevoir positivement cette mue identitaire vers les fonctions de mère et de père. La grossesse et la naissance sont des moments de déstabilisation, donc de risque mais aussi de réorganisation salutaire autour de solidarités nouvelles;
3. Tenter toujours de rejoindre le bébé imaginaire dans la tête des parents pour échapper au cercle vicieux des péjorations dans lequel peut " s'embourber l'aide, particulièrement en situation de vulnérabilité extrême. Il est indispensable de pouvoir se représenter l'événement de la naissance comme heureux pour inscrire l'enfant à naître dans une dynamique d'accueil plutôt que de blâme;
4. Construire des alliances même et surtout en contexte fragile; ne pas se préoccuper du bébé " contre " mais bien " avec " sa mère, son père; et ne pas alimenter les malentendus entre professionnels. Les disqualifications prennent source dans l'impuissance face à des dangers évidents, ou dans le comportement chaotique des parents;
5. Se parler adéquatement entre professionnels, toujours dans l'intérêt du bébé, de la mère, du père; construire ainsi un réseau qui ne soit pas vécu comme un piège (toile d'araignée) mais au contraire comme une enveloppe protectrice dans laquelle les émotions peuvent se partager et la confiance s'étayer pour le plus grand bien de la famille en construction.


CRITÈRE D'ÂGE ET GROSSESSE A RISQUE

Entre 1950 et les années 70, de nombreuses publications scientifiques rédigées par des obstétriciens, pédiatres, pédopsychiatres et médecins scolaires attirent l'attention sur le risque périnatal élevé des grossesses d'adolescentes et sur le risque à long terme de problèmes médico-psycho-sociaux pour la jeune mère et son enfant. Ce risque apparaît d'autant plus élevé que la mère est très jeune (âgée de moins de 16 ans) et qu'il s'agit d'une seconde ou d'une troisième grossesse survenant avant l'âge de 20 ans. " Fréquence plus grande de l'hypertension artérielle, de la toxémie, de l'anémie, des difficultés d'accouchement, de la prématurité, de l'hypotrophie foetale, des malformations; mortalité maternelle, périnatale et infantile plus élevée; difficultés d'attachement mère-enfant, plus grande probabilité de survenue ultérieure de mauvais traitements ou d'accidents; difficultés d'insertion familiale, sociale, professionnelle,... L'inventaire est long, et aujourd'hui bien connu, des risques encourus " (Deschamps, 1997).

Dans la plupart des études antérieures concernant la vulnérabilité spécifique des adolescentes enceintes, le critère d'âge est le principal facteur de risque. Le jeune âge de l'adolescente, son immaturité biologique, affective et sociale aggravent les difficultés observées au cours de sa grossesse et maternité. Un des objectifs de la prévention primaire est de tenter de faire reculer cette précocité des grossesses chez les adolescentes très jeunes. Remis en cause par d'autres études plus récentes (publiées en Europe et aux Etats-Unis), le critère d'âge n'est pas seul en cause. D'autres facteurs environnementaux et périphériques influent également sur le déroulement de la grossesse et la maternité : la précarité des conditions socio-économiques, la pauvreté des échanges familiaux, l'intervention tardive du suivi périnatal, etc.,... sont considérés comme facteurs de risque supplémentaires.

La convergence de ces difficultés observées montrent que les conditions de vie, plus que les caractéristiques inhérentes à l'adolescente, affectent le processus de la grossesse et le dénouement de la maternité. Les études montrent qu'une adolescente bien suivie sur le plan sanitaire présente un pronostic de grossesse comparable à celui d'une femme plus âgée de niveau socio-économique équivalent. Il est démontré que les enfants de mères adolescentes ne sont pas significativement différents de ceux issus de mères plus âgées de niveau socio-économique et de statut marital équivalents. L'âge de la jeune mère et son immaturité physiologique n'apparaissent plus comme le facteur à risque principal du pronostic défavorable pour les enfants nés de mères adolescentes.

La vulnérabilité des adolescentes enceintes tient donc plus aux critères environnementaux qu'aux seuls facteurs biologiques liés au jeune âge. Les conditions socio-économiques défavorables et l'inadéquation de la surveillance prénatale aboutissent à une plus grande fréquence de complications médicales, telles que certaines anomalies gravidiques ou puerpérales. Le pronostic devient comparable à celui des grossesses des femmes adultes dès lors que l'adolescente bénéficie de soins de qualité et d'un accompagnement efficace.


DES SITUATIONS A RISQUE

A côté des situations où l'adolescente enceinte apparaît comme relativement épanouie sur le plan psychoaffectif et bien entourée par ses proches, il existe des circonstances où le contexte social et familial présente des éléments critiques. Comprenant quelques éléments psychopathologiques plus ou moins sévères, ces situations " à haut risque " de grossesse précoce sont caractérisées par une enfance perturbée, une famille instable avec des transactions dysfonctionnelles, des problèmes multiples et un environnement socio-économique peu favorable. Les échanges au sein de la famille sont soit pauvres soit pathologiques. Il n'existe aucun discours à propos de la vie sexuelle et affective, des moyens de contraception, des relations amoureuses, etc. Divers troubles de la communication, des conflits, des secrets, des non-dits, notamment en matière de sexualité, etc..., perturbent les transactions intra-familiales. Entre les générations, les tabous empêchent tout dialogue sain autour de la sexualité. Relativement isolée, l'adolescente ne parvient pas à exprimer ses sentiments et ses désirs, encore moins celui qui concerne son désir d'enfant ou de se rapprocher d'un garçon et vivre une relation avec lui. Lorsqu'il existe, les parents ne connaissent pas le petit ami de leur fille. S'ajoutent certains problèmes socio-économiques assez récurrents : difficulté d'insertion socioprofessionnelle du père, mère au foyer, revenus familiaux très modestes, événements perturbateurs, fratrie importante, promiscuité, échec et décrochage scolaire, oisiveté, etc.

D'autres éléments d'adaptation sociale interviennent tout particulièrement dans la vie de ces adolescentes. Avant la grossesse, la pauvreté des intérêts est flagrante : le manque d'investissements dans la vie sociale, scolaire ou professionnelle, des difficultés à imaginer l'enfant à venir, à élaborer un projet, à se projeter dans l'avenir, etc. Un certain degré de fatalité plane au-dessus de leur tête. Selon Deschamps (1997), " L'abandon des études, qui double le taux de grossesses rapprochées ultérieures a souvent précédé la grossesse, et les jeunes femmes n'expriment aucune motivation en faveur de l'acquisition d'une formation professionnelle. Quelques-unes envisagent vaguement de chercher du travail plus tard, quand leur enfant ira à l'école. La survenue de la grossesse, consciemment désirée ou non, valorise ces jeunes filles, leur donnant d'un coup un statut social, un revenu (allocation au jeune enfant et souvent allocation de parent isolé), un objectif et un rôle à jouer. Certaines, ayant déjà une vie de couple, vivent l'attente d'un enfant comme une étape logique, et se destinent à devenir à leur tour mères de famille. Pour d'autres, l'absence de projets ou d'activités est telle que l'enfant est désiré pour s'occuper, pour exister ".

Pour de nombreux jeunes de milieux défavorisés, l'adolescence ne correspond pas à une période d'émancipation heureuse mais plutôt une mise à l'épreuve de la réalité, une phase d'échecs et de conflits très pénibles à vivre. Le constat existentiel laisse un goût d'amertume et parfois de désespoir qui entretient une logique de l'échec :
" échec affectif, relationnel et familial d'une enfance vécue dans le chaos, l'injustice, les abus et les carences;
" échec scolaire, dévalorisant et vécu comme une fatalité dans un contexte familial défavorisé, peu soutenant et/ou acculturé;
" échec de l'insertion socioprofessionnelle caractérisé par l'incapacité à s'intégrer au système économique, directement associé à l'absence d'un cursus scolaire satisfaisant, le manque d'ambitions et d'acquis, l'inertie personnelle;
" échec de la vie sociale signifié par les nombreuses " prothèses " et balises installées autour du jeune pour lui éviter un dérapage existentiel, la marginalisation, l'exclusion et l'isolement.

Cette accumulation de frustrations, de manques et d'injustices sociales empêche la jeune personne d'élaborer pour elle-même un projet valorisant. Devant ce constat d'échecs et cette récurrence, l'adolescente entreprend d'avoir un enfant comme moyen de valorisation et pour se fixer un autre but dans l'existence. Devenant le moyen d'acquérir un rôle et un statut social, l'enfant va l'aider à sortir de ce marasme et combler ses carences affectives antérieures.

Dans d'autres situations plus catastrophiques, la grossesse de l'adolescente est significative d'un symptôme familial ou d'une exploitation sexuelle. Nous reposant sur les statistiques relatives à la victimologie des enfants et des adolescents (Child Abuse and Neglect), nous considérons qu'un nombre non négligeable de grossesses à l'adolescence résulte principalement de relations sexuelles non désirées et non protégées dont certaines sont subies par la force et dans la violence. L'issue la plus fréquente de ce type de grossesse " contrainte " est soit l'interruption par assistance médicale, soit l'abandon du nouveau-né.

Peu ou pas désirées, ces grossesses induisent des comportements à risque sur le plan social et médical. Les adolescentes consultent à contretemps et/ou tardivement. La déclaration est tardive, la grossesse est parfois dissimulée à l'entourage et/ou conduit à un avortement clandestin. Ces déclarations tardives sont retenues par les services sociaux ou les plannings comme un signe de précarité et de vulnérabilité tant sur le plan psychologique que social pour la mère et sur le plan psychoaffectif pour l'enfant à venir (notamment en termes d'investissement et d'attachement).

L'état de grossesse même s'il doit aboutir à une I.V.G. procure durant un temps l'illusion d'un statut, un premier pas vers le monde des adultes, une sorte de reconnaissance. Une situation bien éphémère qui se retrouve chez des adolescentes souvent désinsérées, vulnérables psychiquement, déscolarisées et isolées sur le plan social et familial.


LES INTERRUPTIONS " VOLONTAIRES " DE GROSSESSE DES ADOLESCENTES

En France, la fécondité des adolescentes après avoir augmenté jusqu'au milieu des années 70', a considérablement diminué. La fécondité est deux fois plus faible aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Chez les très jeunes femmes de moins de 18 ans, l'interruption de grossesse (I.V.G.) est l'issue de plus d'une grossesse sur deux. Le nombre d'I.V.G. des adolescentes par rapport aux grossesses débutantes reste assez élevé étant donné qu'une grossesse sur deux aboutit à une interruption. Même si les chiffres d'I.V.G. sur la population générale montrent une légère diminution, ils représentent environ 20 à 25 % des enfants nés : une conception sur 4 à 5 aboutit à une I.V.G. Un certain nombre de patientes continuent à avoir recours à l'I.V.G. répétée, à titre de contraception.

D'après les chiffres de l'O.M.S., dans le monde, 10 % des 50 millions d'avortements provoqués chaque année concernent des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Les taux d'I.V.G. dans les pays développés s'échelonnent de 0,42 % aux Pays-Bas (il s'agit du taux le plus bas) à 4,57 % aux Etats-Unis (surtout aux dépens de la population afro-américaine et d'origine mexicaine). Il est d'emblée intéressant de constater que dans l'ensemble des pays développés où une contraception efficace est facilement accessible et disponible, de même qu'une éducation sexuelle diffusée auprès d'un public jeune, le taux d'I.V.G. des mineures est en nette régression.

Le bulletin d'information (juin 1997) de l'Institut National d'Etudes démographiques (INED) rapporte des données comparées de 1980 à 1989. Chez les adolescentes, les chiffres sont rapportés en avortements pour 100 conceptions.

Age 1980 1989

14/15 ans 59,9 % 61,9 %

16/17 ans 44,8 % 50,4 %

14/44 ans 22,8 % 20,0 % (soit 1/5 d'avortements pour 100 conceptions)

Remarquons que plus l'âge est bas et plus il est fait recours à l'I.V.G., et que les taux d'I.V.G. sont restés relativement constants entre 1980 et 1989. Il est intéressant de souligner que pour l'année 1989, une grossesse sur cinq s'est conclue par une I.V.G. pour la population en âge de procréer (entre 14 et 44 ans).

D'après les chiffres de l'INSERM rapportés par Kaminski et coll. (1997), les femmes ayant des I.V.G. répétées se distinguent surtout par un âge précoce à la première grossesse, que celle-ci se soit achevée par une naissance ou une I.V.G. et par des grossesses successives (naissances ou I.V.G.) rapprochées. Le risque d'I.V.G. répétée est ainsi nettement augmenté en cas de première grossesse avant l'âge de 20 ans. Dans la population adulte, si depuis les années 1980, le nombre total d'I.V.G. est en diminution, par contre le nombre d'I.V.G. répétées a tendance à augmenter. Nous observons aussi l'augmentation du risque d'I.V.G. supplémentaire selon le nombre d'I.V.G. antérieure, le nombre élevé d'enfants chez les femmes ayant des I.V.G. répétées et le rythme rapproché des grossesses successives.

Les données de Sarfaty (1995) montrent que le taux de répétition d'I.V.G. en 1980 en France, se situe aux alentours de 10 % alors qu'en 1989 il est de 20 %. Ce niveau de répétition bien qu'inférieur à celui des autres pays européens est néanmoins inquiétant et doit faire envisager une politique nationale de prévention, tous âges confondus .


LA PRISE DE DÉCISION POUR UNE I.V.G.

Les conditions psychologiques du déroulement de la grossesse, les réactions de l'entourage familial, les sentiments d'ambivalence envers l'enfant, l'immaturité éventuelle de l'adolescente sont autant d'obstacles à la prise de décision concernant l'interruption ou la poursuite de la gestation, la décision de garder l'enfant ou de le faire adopter. De part différents jeux d'influence et la manière dont elle intègre psychiquement l'être qui se développe en elle pendant les premières semaines, il n'est pas facile pour une adolescente enceinte de décider d'interrompre de manière volontaire sa grossesse. L'enfant peut rapidement devenir un objet de possession, de revendication face à la famille ou l'enjeu de désirs inconscients particuliers. Le recours à une I.V.G. signifierait renoncer et admettre l'échec d'une situation que la jeune fille a parfois désirée au plus profond de son psychisme.

D'un point de vue légal, l'adolescente peut aussi accoucher sous X (en France), remettre son enfant à l'aide sociale à l'enfance, le reconnaître, faire une recherche en paternité et exercer l'autorité parentale sur son enfant, et enfin utiliser des méthodes contraceptives assez librement. La mineure peut être émancipée par le mariage et de manière exceptionnelle, lorsque ses parents font l'objet d'une déchéance de leurs droits parentaux. Toutefois, les parents conservent sur l'enfant leur autorité parentale et la jeune fille célibataire ne peut recourir seule à l'I.V.G. sans autorisation parentale.

Même si l'autorisation parentale est obligatoire (pour pratiquer l'avortement médicalement assisté sur une mineure dans les dix premières semaines de la grossesse), il importe que la décision d'I.V.G. ne soit pas imposée à l'adolescente enceinte par son entourage, les professionnels de la santé ou ceux des services sociaux à l'enfance. Afin d'éviter qu'elle se retrouve seule face à ses responsabilités, elle devrait se faire accompagner dans le processus de décision. Evoluant sur un terrain sensible, cette guidance exige le respect et un soutien bienveillant afin qu'une relation de confiance puisse s'établir.


LE CONSENTEMENT À L'ADOPTION, UNE DÉMARCHE D'ABANDON?

Le consentement à l'adoption relève de difficultés analogues. Dans le cadre d'un projet d'adoption, il n'est pas facile pour une adolescente de confier son enfant à une autre famille. D'autant que les obstacles sont nombreux. Conscientes ou inconscientes, les réticences de l'entourage (familial et de certains professionnels) ravivent l'idée qu'elle va perdre son enfant pour toujours, qu'elle abandonne son enfant, qu'elle n'est pas digne ou qu'elle va commettre une injustice, qu'une I.V.G. est la meilleure solution, etc. La pensée qu'elle abandonne son enfant est bien plus bouleversante qu'une décision d'avorter. Statistiquement, peu d'adolescentes orientent leur décision vers une adoption. Celles qui consentent à l'adoption sont soit plus mûres, soit plus ouvertes à l'élaboration de ce type de projet pour leur enfant. De manière parfois très possessive, la plupart mènent un combat pour garder leur enfant coûte que coûte.

Ayant suivi pendant dix années le destin de 50 femmes hébergées en maison maternelle, Marzo-Weyl (cité par Deschamps, 1997) constate que 6 % seulement des mères consentent à l'adoption de leur enfant, 32 % sont soutenues par les services sociaux à l'enfance et 18 % s'occupent adéquatement de leur enfant. Les femmes qui avaient confié précocement leur bébé à l'adoption dix ans auparavant laissaient une bien meilleure impression que celles qui ultérieurement avaient garder leur enfant en lui imposant une vie instable. De manière paradoxale, les adolescentes qui consentent à l'adoption seraient donc celles dont la maturité psychoaffective permettrait d'assumer une maternité adéquate.

Selon les circonstances, l'adolescente enceinte et parfois isolée, voire même en détresse morale extrême, est en droit de savoir qu'elle peut envisager de confier son enfant à une famille qui veillera à son épanouissement. Le consentement à l'adoption est aussi une affaire de conscience et de maturité affective. Cette démarche exige une discussion préalable, bienveillante et la plus libre possible. Afin de combattre les préjugés en matière d'adoption, le concept l'abandon devrait être remplacé par l'idée qu'il est possible d'offrir une existence meilleure à son enfant, signifiant par là son amour pour lui plutôt que son rejet. Tenant compte des mouvements ambivalents bien légitimes de l'adolescente, plusieurs entretiens confidentiels sont nécessaires. La précipitation est toujours mauvaise conseillère. Les attitudes directives ou moralisatrices peuvent engendrer des réponses figées, peu élaborées et rarement authentiques. Quelle qu'en soit la motivation, lorsqu'une adolescente revient sur son consentement à l'adoption, il importe de continuer à la soutenir.

Bien préparé, soutenu avec ouverture, le consentement à l'adoption devient la moins mauvaise des solutions pour certaines adolescentes. Loin d'être facile, voire culpabilisateur, cette prise de décision est une mise à l'épreuve paradoxale des liens qui unissent l'adolescente au genre humain. Même favorable à l'enfant et moins dramatique par ses conséquences qu'une maternité échouée ou mal menée, ce genre d'issue laisse une blessure affective profonde dont il n'est jamais facile de cicatriser. Cette préparation psychologique n'est donc efficace que si elle est suivie d'un soutien à plus ou moins long terme de la jeune fille.


L'ADOLESCENTE ENCEINTE CONFRONTÉE AU MILIEU SCOLAIRE

Tant la scolarité prolongée jusque 16 ou 18 ans (dans la plupart des pays occidentaux), que l'absence d'instruction (la non scolarisation des filles dans la plupart des pays peu développés) attirent l'attention sur le phénomène des grossesses d'adolescentes. D'une part et depuis la prolongation de l'instruction obligatoire pour tous, le monde scolaire (les équipes pédagogiques, la médecine scolaire et les centres PMS) est de plus en plus confronté à la problématique des grossesses d'étudiantes parfois très jeunes. D'autre part, de nombreuses écolières sont enrôlées dans des circuits économiques défavorisés et risquent de se retrouver enceintes plus souvent à cause de leur ignorance ou de situation d'exploitation, que suivant une quelconque tradition culturelle. Ces deux pôles sociologiques extrêmes ont largement contribué à cette focalisation particulière sur ce phénomène de plus en plus dévoilé.

Lorsqu'une écolière se retrouve enceinte, différents cas de figure apparaissent. Dans la majorité des situations et malgré différentes circulaires ministérielles à propos des adolescentes enceintes, il n'existe aucun protocole pratique permettant à l'étudiante de poursuivre sa scolarité sans dommages pour sa grossesse. En relation avec des réactions de mépris ou d'indignation de la part des intervenants scolaires, de certains parents d'élèves et/ou plus rarement des pairs, certaines décident de suspendre ou d'abandonner leurs études, au risque parfois d'hypothéquer leur insertion socioprofessionnelle. Pour celles qui gardent des liens avec leur milieu scolaire, il n'est pas toujours évident de rester indifférentes au regard et commentaires d'autrui. Elles tentent de continuer le plus normalement possible leur cursus mais elles n'échappent pas à un système éducatif encore empreint de préjugés et de tabous. Comme l'indique Deschamps (1997), " la survenue d'une maternité chez une adolescente constitue une incongruité dans le mécanisme bien rodé du curriculum scolaire... Grain de sable qu'il faut éliminer ou processus nouveau auquel il faut s'adapter? L'exclusion est parfois décidée pour des raisons médicales. En fait une grossesse, par ailleurs bien surveillée, est compatible avec la poursuite de la scolarité jusqu'au terme. Renvoyer une adolescente enceinte de son école, c'est aussi, dans l'immédiat, aggraver ses difficultés, intensifier son isolement, la mettre en marge, la couper de sa culture adolescente, augmenter sa culpabilité en lui infligeant ce qui ne peut pas être ressenti autrement que comme une punition, la contraindre à l'inactivité au moment où elle aurait besoin d'occuper son esprit afin d'avoir d'autres sujets de pensée que sa grossesse,... la priver d'un support précieux : l'aide et la sympathie, rarement démenties, de ses camarades. "

En prenant des dispositions prévenantes sur le plan humain, le milieu scolaire devrait rester attentif et prendre en considération ces situations particulières d'adolescentes enceintes. Lorsqu'une jeune fille présente un état de grossesse, elle a également le droit de s'inscrire dans l'établissement qu'il lui convient, d'être accueillie en relation avec son état, voire de bénéficier de circonstances exceptionnelles privilégiant son confort, afin de poursuivre dans les meilleures conditions ses études. Conservant ses droits relatifs à une formation générale ou professionnelle, elle ne peut en aucun cas être exclue des cours ou se voir refuser une inscription. A l'occasion d'une grossesse, certaines adolescentes envisagent une autre orientation scolaire. Les intervenants scolaires peuvent faciliter ce choix sans pour autant chercher à écourter la durée des études.

La grossesse de l'adolescente devrait normalement faire l'objet de toutes les attentions de la part de ceux qui ont en charge son éducation et son orientation scolaire et professionnelle. Au terme de la grossesse et au moment de l'accouchement, une interruption de la scolarité est plus que nécessaire. Selon les circonstances ou certains aléas post partum, un congé scolaire pour cause de maternité peut être envisagé en accord avec l'élève, ses parents et couvert par une prescription médicale. Cette suspension ne peut être considérée comme une rupture volontaire du contrat scolaire pouvant justifier un refus du retour de l'élève dans son école.

Se pose aussi la question du maintien de la présence d'une adolescente enceinte dans un établissement scolaire et de son influence sur ses condisciples. Ce type de situation engendre d'inévitables réactions et commentaires qu'il importe de guider de manière respectueuse et didactique. La réactivité émotionnelle des autres élèves ne doit pas être négligée au niveau psychologique et social. Dans son ensemble, la communauté scolaire doit se montrer la plus accueillante possible, à commencer par les enseignants qui doivent montrer l'exemple, afin notamment que l'élève enceinte ou la jeune mère se sente acceptée par ses pairs, intégrée au groupe et soutenue par l'ensemble, sans pour autant bénéficier d'un statut exceptionnel. Malgré son état, elle doit pouvoir continuer à concilier ses obligations d'élève et ses responsabilités de (future) mère. Elle doit pouvoir autant mener à terme ses études, que se réaliser en tant que jeune mère. Dans les cas où la jeune fille et ses parents décident qu'il est plus opportun de ne plus fréquenter l'école, il lui est toujours possible de suivre des cours par correspondance et/ou de maintenir des liens par un système de parrainage d'élèves et de professeurs.

Même s'il n'existe aucune réglementation permettant aux responsables scolaires de se reposer sur un protocole ad hoc, la voie du bon sens et de la générosité morale devrait les guider à prendre les meilleures décisions dans l'intérêt de leur étudiante. Il y va d'une éthique respectant la vie et prenant en considération celle qui met au monde et son bien-être.


LA PRÉVENTION ET LA PRISE EN CHARGE DES GROSSESSES DES ADOLESCENTES

En France, le rapport d'étude sur la prévention et la prise en charge des grossesses des adolescentes du professeur Uzan a établi une série de propositions à partir de l'expérience d'un établissement de gynécologie-obstétrique appartenant à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris en Seine Saint-Denis disposant d'un centre de protection maternelle et infantile et d'un centre de planning. Cette étude analyse les données disponibles concernant les grossesses des mineurs âgées de 12 à 18 ans (en tenant compte de la minorité à l'âge du début de la grossesse). Dans ce contexte, il s'agit d'un échantillon particulier appartenant à une frange de population qui pose des problèmes multiples d'ordre sociaux, médicaux et juridiques spécifiques.

Cette vaste recherche (1994-1998) étudie le devenir des grossesses des adolescentes qui viennent se confier au service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Jean Verdier. Ces adolescentes sont écoutées, soignées et accompagnées par une équipe pluridisciplinaire composée de sages-femmes, aides-soignantes, conseillères conjugales, infirmières, psychologues, psychiatres et gynécologues. S'associent à cette prise en charge les pédiatres qui suivent les adolescentes, les institutrices dirigeant une classe d'adolescentes en milieu hospitalier et différents intervenants extérieurs tels que les médecins, éducateurs de maisons maternelles s'occupant plus spécifiquement des adolescentes enceintes. Il a été proposé à ces différents professionnels d'expliquer leur point de vue, afin de tenter de comprendre les différentes filières, les représentations sociales et les comportements à risque et d'élaborer des propositions pour améliorer la prise en charge de ces adolescentes. L'objectif principal de cette recherche est de dégager des pistes diverses conduisant à des solutions préventives à la survenue d'une grossesse trop précoce mais aussi d'appréhender les modes de diffusion de l'information, de trouver des passerelles entre les différents professionnels interpellés par cette problématique, de construire un réseau d'aide éducative et sanitaire assurant une meilleure prévention et permettant aux adolescentes concernées de retrouver des liens affectifs et sociaux suffisamment soutenants.

En suivant les grandes lignes de cette étude, il est constaté une recrudescence des I.V.G. dans le service de gynécologie et d'obstétrique. Les adolescentes représentent une moyenne de 5 % du nombre total des I.V.G. pratiquées dans ce service. Au cours des années couvertes par cette recherche, même si le nombre d'I.V.G. de femmes adultes est en progression, le pourcentage d'I.V.G. chez les adolescentes est resté stable sur une durée de 42 mois (durée de l'étude). Ces chiffres moyens sont moins élevés que ceux relevés dans certains centres de planning qui observent jusqu'à 10 % d'I.V.G. d'adolescentes par rapport à l'activité globale. Les chiffres nationaux sont un peu plus faibles que ceux du département de Seine St-Denis et se situent aux environs de 3 %. Cette discordance est le fait d'une population beaucoup plus jeune en Seine St-Denis (population immigrée dont le taux de fécondité est très élevé).

Dans cet échantillon, l'origine ethnique des adolescentes est très varié avec une distribution relative à la population générale des grandes banlieues urbanisées : 3/4 d'origine française et 1/4 d'origine immigrée. Moins de 60 % sont scolarisées, 38 % sont sans emploi et non qualifiées sur le plan professionnel, 8 % sont placées à l'aide sociale à l'enfance, 4 % recourent à une I.V.G. après un viol. Comme il est fréquent dans ces cas de violence sexuelle sur mineures, les auteurs sont des membres de la famille (grand-père, père et frère).

Le problème de répétition constitue une des principale préoccupation en matière d'I.V.G. d'autant que 12 % des adolescentes avaient déjà eu recours à une interruption de grossesse.

Les grossesses poursuivies chez les adolescentes de 12 à 18 ans représentent 6,8 % des femmes enceintes consultant dans le service de gynécologie-obstétrique. Toujours sur la même période de 42 mois, sur 1000 femmes enceintes, 5 % sont des adolescentes qui avortent et 1,85 % sont des adolescentes qui mènent leur grossesse à terme. Ces chiffres sont cependant supérieurs à la moyenne nationale (les adolescentes représentant 5 % des femmes enceintes, 3 % avortent et 2 % poursuivent leur grossesse). Suivant l'étude présentée, la différence porte essentiellement sur le nombre d'I.V.G. chez les adolescentes qui semble plus élevé dans ce département pour diverses raisons : faible scolarisation, conduites addictives, faible taux de contraception, origines multi-ethniques et multi-culturelles. On observe d'emblée un comportement différent chez les adolescentes métropolitaines enceintes par rapport à leur grossesse : 73 % choisissent une I.V.G. et 27 % poursuivent leur grossesse. Dans cette population métropolitaine confinée dans les banlieues, la survenue de la grossesse est inopinée, sans désir, sans projet, survient un peu par provocation, pour se faire peur, se faire mal et aboutit le plus souvent à une I.V.G.. Ces taux sont différents des grossesses chez les femmes adultes menées à terme, le taux de grossesse chez les étrangères étant de 50 % en Seine St-Denis.

Le niveau de scolarisation est de 26 % chez les adolescentes qui décident ou chez qui la grossesse se poursuit, alors qu'il est de 58% lorsque le choix se porte vers l'I.V.G..

Quant au suivi de la grossesse, il est plus que chaotique chez la majorité des adolescentes enceintes : 40 % consultent seulement dans le courant du 3ème trimestre et 18 % ne font pas suivre leur grossesse. Sans aucun suivi médical, certaines arrivent à maternité uniquement pour accoucher. En France, 0,2 % des grossesses et en Seine St-Denis, 0,4 % des grossesses ne font l'objet d'aucun suivi. Il est constaté pour ces grossesses peu ou non suivies, un taux de prématurité plus élevé. Les accouchements antérieurs à 37 semaines représentent 11 % sur une moyenne nationale de 5,9 %.

La situation familiale et sociale des adolescentes : 42 % sont mariées ou vivent en couple, 58 % sont célibataires, mais parmi celles-ci, 2/3 connaissent le père de l'enfant. Les assurées sociales correspondent à 42 %, contre 86 % dans la population du service de gynécologie-obstétrique. L'absence de couverture sociale reflète le caractère d'extrême précarité de ce groupe vulnérable et vient souligner différents indicateurs précoces de ri
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Mac Anarney E.R., Hendele W.R. (1989). Adolescent pregnancy and its consequences. JAMA, 262; 74-77.

Molénat F. (1992). Mères vulnérables. Stock-Laurence Pernoud.

Roegiers L. & Vander Linden R. (2004). Prévenir les troubles autour de la naissance. Temps d'arrêt Lectures, Coordination de l'aide aux victimes de maltraitance, Communauté Française.

Soulé M. (1986). La prévention médicosociale précoce. ESF; Paris.

Uzan M. (2002). Rapport sur la prévention et la prise en charge des grossesses des adolescentes. Communiqué de presse. Service de gynécologie-obstétrique. Hôpital Jean Verdier à Bondy.
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Soumission ou rébellion ? Quand la confiance fait défaut.
  • 26/04/11
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Soumission ou rébellion ? L'autre jour, je discutais avec une maman, bénévole dans une association que je fréquente, et elle me parlait de son désespoir concernant son fils de 13 ans. Elle me racontait son agressivité à son égard, ses mensonges, son impertinence.
Viol à 16 heures…
  • 04/12/09
  • Marie Andersen
Allumant au hasard la télévision en plein après-midi, vers 4 heures, je tombe sur la scène suivante : gros plan sur une femme, à genoux face à la caméra, se faisant violer par derrière, jusqu’à ce que son agresseur soit tué d’une balle dans le dos et s’écrase sur elle ! C’était une fiction heureusement, très mal jouée par ailleurs et ignoble de toute façon, mais à 16 heures ! Qui regarde la télévi...
Pourquoi l’adolescence ?
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Traumatismes de l'enfance et de l'adolescence
  • 02/12/08
  • Dimitri Haikin
Le dernier ouvrage de notre collègue Yves Haesevoets. Un livre de référence sur la souffrance des enfants. Aux éditions de Boeck. Préface de Boris Cyrulnik.
Parler de la mort à l'enfant ou à l'adolescent
  • 22/04/08
  • Dimitri Haikin
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