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L'énurésie à l'âge de 10 ans est-elle inquiétante ?

  • 01/10/06
  • Dimitri Haikin
L'énurésie nocturne est fréquente chez l'enfant entre 7 et 11 ans durant la période dite « de latence ». L'enfant perd le contrôle de ses sphincters la nuit, pendant son sommeil. L'énurésie diurne est par contre beaucoup moins fréquente à cet âge. Dans tous les cas, elle révèle une souffrance psychique bien souvent inconsciente chez l'enfant. Souffrance en lien avec des peurs, des non-dits familiaux ou suite à des évènements vécus comme « traumatiques » par l'enfant. Une fois les causes organiques exclues par les examens médicaux, l'énurésie tout comme l'encoprésie expriment un mal-être psychologique. Il convient dès lors de les considérer comme des symptômes par lesquels l'enfant tente de nous signaliser quelque chose qu'il a difficile à vivre ou à dépasser et surtout qui l'empêche momentanément de grandir.

Que sont des « évènements traumatiques » ?
Un évènement traumatique est avant tout un changement vécu comme désagréable, voir brutal dans la vie de l'enfant, dans ses repères. Un évènement face auquel l'enfant n'est pas acteur de sa vie mais qu'il subit sans rien pouvoir y faire, confronté à un sentiment d'impuissance qui provoque de la souffrance.
Bien entendu, l'intensité du traumatisme subit varie très fort d'une situation à l'autre.
Quelques exemples d'évènements traumatiques de très forte intensité : situation de guerre, de bombardements, perte accidentelle d'un être cher, tremblement de terre, enfant témoin de braquage sont des situations de vie exceptionnelles qui provoquent presque toujours un stress post-traumatique associé à différents symptômes tel que l'énurésie, des phobies, du bégayement, etc,…
Cependant des situations plus courantes peuvent tout aussi bien provoquer un séisme émotionnel chez l'enfant : l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur, un racket ou la séparation de ses parents sont autant de circonstances de vie face auxquels l'enfant peut se sentir en danger, démuni face à son impuissance.

Dans la situation de votre divorce précisément ?
Vous semblez dans votre courrier y voir un lien de cause à effet. Quand vous évoquez cette question avec Pauline, elle fond en larmes, comme elle ne peut peut-être pas contrôler ses sphincters. Peut-être il y a t'il là un lien de tristesse à envisager.
Si je décode bien ce que vous écrivez, suite à votre divorce en 1995, votre fille vit depuis l'âge d'environ 4 à 5 ans avec sa mère, donc sans vous, son père. Il se fait qu'à cet âge-là la petite fille traverse la période oedipienne. Autrement dit et pour faire simple ; elle éprouve des sentiments de type amoureux pour son père et se pose en rivale de sa mère. Lorsque les choses à ce stade se passent plus ou moins bien la petite fille à qui les parents ont expliqué avec leurs mots que cet amour est impossible car interdit par la loi de l'inceste et que par ailleurs la place est prise par sa mère, va progressivement y renoncer pour désirer là où c'est permis, c'est-à-dire à l'extérieur de sa famille.
Dans votre situation les choses se sont singulièrement compliquées pour elle car votre couple s'est justement séparé à ce moment là. Certains enfants dans une situation pareille se sentent consciemment ou inconsciemment responsable de cette séparation d'autant plus en pleine phase oedipienne où la petite fille tente justement d'écarter sa mère de son père pour y prendre sa place. Il n'est pas rare que cette culpabilité se traduise par de l'énurésie que l'on peut alors comprendre comme une régression du stade génital à un stade pré-génital qui pourrait répondre à un refoulement de tout sentiment amoureux perçu dès lors comme purement destructeur. La petite fille déciderait alors de redescendre d'un échelon, là où elle vivait la situation avec davantage de sécurité affective. Mais attention, il s'agit là uniquement d'une hypothèse de travail théorique qui s'appuie sur plusieurs exemples cliniques mais en aucun cas une explication définitive aux problèmes d'énurésie de Pauline.

Est-il nécessaire de consulter ?
Sans hésitation cette fois oui et au plus tôt car je pense que ce symptôme est particulièrement pénible à vivre socialement, il est comme vous dîtes « pénalisant ».
Un travail de psychothérapie s'avère nécessaire pour qu'elle puisse exprimer ce qu'elle ressent émotionnellement par rapport au divorce de ses parents, qu'elle puisse dire ce qu'elle en a compris et être aidée très concrètement pour faire face à ses « oublis » ou plutôt face à ses « refoulements ».
Cela ne nécessite pas spécialement un travail très long, parfois dans ce genre de situations quelques séances suffisent à régler ce type de problème.
Ne tardez pas à proposer cette possibilité à Pauline parce qu'il faut bien sûr qu'elle puisse y réfléchir et soit qu'elle soit fermement décidée à s'engager dans ce processus de remise en question de son passé.

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