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Vivre la maladie d'un parent...

  • 01/10/06
  • Dimitri Haikin
Lorsqu'un parent tombe gravement malade, on a souvent tendance à vouloir protéger son enfant et on lui cache la vérité. Est-ce réellement la solution ? Ne vaudrait-il pas mieux lui parler vrai ?

Dire la vérité au sujet de la maladie d'un parent à ses enfants ou cacher les choses?
L'enfant ressent très fort tout ce qui se passe autour de lui et surtout les changements émotionnels qui concernent ses proches. Il capte les moindres paroles, gestes et émotions de son entourage. Il convient dès lors de ne pas lui cacher la réalité des évènements pour qu'il ne soit pas en décalage entre ce qu'il ressent au plus profond de lui-même et qui est juste, et la parole « sacrée » de l'adulte à qui il fait confiance par-dessus tout.
Nier les faits ou masquer volontairement la réalité peuvent avoir des conséquences graves sur l'enfant qui va se mettre à douter de ses perceptions. C'est la porte ouverte aux problèmes de confiance en soi.
Les témoignages de personnes ayant vécu ce type de situations sont éloquents ; « mes enfants me précédaient souvent dans ce que j'allais leur donner comme nouvelles en rentrant de l'hôpital. C'est comme s'ils savaient à l'avance, s'ils le sentaient » ou encore : « au début, je voulais le protéger en ne laissant rien transparaître de ma maladie, comme la situation était devenue insoutenable, je lui ai dit la vérité. Il la connaissait déjà … ».
L'inconscient cela circule dans une famille. Souvent, nous pensons que ne pas dire les choses cela va protéger nos enfants de la souffrance. C'est une erreur majeure. Lorsqu'on lui cache les choses, l'enfant va se sentir isolé dans sa souffrance, seul comme dans un bois, il ne pourra intégrer la dure réalité afin d'en faire quelque chose. Il imaginera pire encore que la réalité. Ce qui est intolérable à l'enfant, c'est de se sentir seul, dans le doute et le non-dit.
« Parler-vrai » à un enfant, comme le soulignait Françoise Dolto, c'est ne pas chercher à déguiser ses sentiments et ses émotions. C'est lui faire confiance dans ses ressources personnelles et lui permettre de grandir même à partir de ses manques.

A partir de quel âge dire les choses à un enfant ?
Dès son plus jeune âge, l'enfant est en mesure d'entendre et d'intégrer un discours vrai qui le concerne lui ou ses proches. Comment ? On ne peut rien prouver scientifiquement mais le travail clinique avec les jeunes enfants et les nourrissons démontre chaque jour par l'apaisement des symptômes, que la « parole vraie » est thérapeutique.
Pour ce qui est du choix des mots, faites-vous confiance. Ce que l'enfant ressentira surtout ce sont les émotions qui seront présentes lorsque vous lui direz les choses.

Comment annoncer la nouvelle de la maladie d'un parent à son enfant ?
Il n'est bien sûr pas facile de parler de sa maladie ou de celle de son conjoint à son enfant. Cela demande d'abord à pouvoir dépasser le choc auquel on a été confronté lorsqu'on a pris connaissance de sa maladie. Cela peut prendre un certain temps. Si ce temps perdure et que vous vous sentez toujours dans l'incapacité à lui dire les choses, vous pouvez essayer de vous faire aider par votre conjoint ou par un autre proche de la famille en qui votre enfant à confiance. Essayez néanmoins d'être-là, présente à la discussion, proche de votre enfant.
Si ce n'est toujours pas possible d'en parler, n'hésitez à faire appel à un service spécialisé. Certains hôpitaux peuvent vous proposer une aide psychologique dans ce contexte. L'asbl « Cancer et psychologie » peut vous venir en aide. Des psychothérapeutes peuvent également vous aider et vous soutenir afin de vous aider à dire les choses à votre enfant.
Il existe également des livres pour les jeunes enfants qui traitent en douceur, des sujets difficiles, tel que le cancer. Par exemple : « Un dragon dans le cœur » par Sophie Le Blanc dans les éditions Actuel.

Comment gérer la vie de tous les jours durant la maladie et les hospitalisations ?
Une fois que les choses sont claires pour l'enfant, qu'il sait que son père ou sa mère est malade, il importe surtout de lui laisser suffisamment d'espace pour vivre et traverser sa souffrance. Il est nécessaire qu'il puisse l'exprimer librement, par des mots, par des dessins, par des métaphores qui lui permettront de sortir de l'intérieur de lui son chagrin, ses peurs, ses tensions et de continuer à mener la barque de sa vie même si elle a pris un peu l'eau.
Lorsqu'un parent est hospitalisé, il est important de ne pas couper le lien entre l'enfant et son parent, d'autoriser toutes ses demandes de visite même si elles sont brèves et de pouvoir en reparler une fois en dehors de l'hôpital.
Chercher à rassurer son enfant alors que l'on ne l'est pas soi-même ne sert pas à grand chose. Essayons plutôt d'écouter chacun là où il en est, dans ce qu'il vit et ressent ; tristesse, colère, ou détresse et le reconnaître tel qu'il est, dans sa difficulté. Cette attitude d'empathie devrait lui permettre d'affronter la réalité, sans détours.
Souvent, une hospitalisation bouleverse les habitudes de vie de la famille. Les enfants accepteront d'être davantage mis à contribution s'ils se sentent respectés dans leur chagrin. Ils se sentiront même valorisé d'avoir pu donner un fameux coup de main au reste de la famille car leur mère ou leur père est hospitalisé.

Courage, ne fuyons pas !

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