PsychoMal être 

Tentatives de suicide: désir de mourir, désir de vivre ?

  • 27/07/12
  • Françoise Van den Eynde
Qui n'a jamais été confronté à la question du suicide ? Face à une tentative de suicide, face au suicide d'un proche ou d'une connaissance lointaine, personne ne peut rester indifférent. Peut-être vous est-t-il arrivé de penser à votre propre mort, le temps d'un instant ou de manière plus insistante ?

Le mot suicide choque, au sens premier du terme, il fait peur.
Lorsque l’on aborde ce sujet, on parle de la mort, de la violence et de la douleur.
Aujourd’hui, le suicide est encore un mot tabou dans notre société, même si les médias s’y intéressent davantage et si les politiciens prennent de plus en plus conscience de l’ampleur du problème.
Pour preuve, les quatrièmes Journées de la Prévention du Suicide en Communauté Française organisées par le Centre de Prévention du Suicide ont eu lieu récemment.


Se voiler la face, ne pas vouloir voir le problème ne fait bien sûr que l’accentuer.
Cela touche chacun d’entre nous car l’être humain est le seul animal à savoir qu’il mourra un jour, et il est le seul à se suicider. La conscience de la fin de la vie entraîne un questionnement sur le sens de la vie et sur le sens de la mort.

Ce sujet est délicat et complexe à l’image des êtres humains que nous sommes.
Essayer de comprendre, classer les personnalités « à risque », tenter de maîtriser les paramètres du suicide… en somme vouloir se rassurer, ne suffit ni à éliminer l’énigme qu’il représente, ni à croire que le suicide ne touche que certains groupes de personnes.

Pulsion de vie, pulsion de mort … intrication des deux.

Dans notre pays, le taux de suicides est très important ; le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans, il est très important chez les 25 à 44 ans et le nombre absolu est le plus important chez les personnes âgées d’au moins 65 ans. Les tentatives de suicides sont de 10 à 20 fois plus nombreuses que les suicides complétés.

Mettre fin à ses jours ; mais pourquoi ? Voilà la question qui est toujours posée, question du sens, désir de comprendre ce qui peut motiver un geste pareil.
Chaque personne est singulière et a une histoire qui lui est propre. Peut-être existe-t-il autant de réponses que de suicides tentés ou achevés. On ne peut pas parler «du » suicide mais « des » suicides.

Quelques pistes cependant ; un état dépressif dans presque tous les cas, qu’il soit visible ou non, la solitude, le manque de reconnaissance, la colère, l’incapacité à assumer une perte, le manque d’identité, la culpabilité …mais aussi, et c’est paradoxal, le désir de se faire entendre et la volonté de montrer qu’on existe, sont des éléments qui peuvent favoriser un passage à l’acte suicidaire dans certaines circonstances.
La structure de la personne est importante ; un névrosé ou un psychotique ne réagira pas de la même manière face à leurs difficultés.
Le contexte familial, social et économique peut également influencer le risque suicidaire.
Il ne faut pas oublier les attitudes suicidaires telles les addictions dans une certaine mesure, et les conduites à risques.

L’incapacité à dire sa souffrance participe au sentiment d’isolement et accentue parfois le fait de ne plus pouvoir imaginer d’autre solution que celle de mourir.
Quand quelqu’un ne voit plus d’autre issue, quand il se sent emprisonné, la seule liberté qu’il lui reste peut-être, la seule chose qu’il maîtrise encore est le « choix » de sa mort.

Penser mourir témoigne toujours d’un mal-être et celui-ci peut se manifester de multiples façons. Il vaut mieux avoir l’attention éveillée dans les situations suivantes (la liste est loin d’être exhaustive) ;

  • après le suicide ou après le deuil d’un proche
  • en situation dépressive
  • en présence d’angoisses importantes et continues
  • après des chocs de vie, des pertes (travail, maladies, séparation)
  • dans certains cas de somatisations importantes
  • en présence d’un mutisme, d’un isolement de la personne
  • en présence d’épisodes psychotiques, quand le discours est incohérent, en présence d’hallucinations
  • parfois, la personne peut provoquer une sensation de malaise vis-à-vis de l’entourage, des attitudes corporelles inhabituelles peuvent attirer l’attention …



Une tentative de suicide peut aussi être une forme de chantage ; par exemple : « si tu me quittes, je me tue », mais attention, il faut se méfier des idées préconçues telles que : « celui ou celle qui en parle ne le fera pas ! », c’est inexact.

Un deuil par suicide est avant tout un deuil, mais il est souvent plus difficile à traverser, il est plus intense, notamment à cause de la violence qui l’accompagne ; celle que la personne s’est infligée, mais aussi celle qui est vécue par les proches. Que l’autre ait « choisi » de mourir reste souvent inacceptable, ceux qui restent se sentent abandonnés : c’est une rupture radicale.
De plus, la manière dont la personne a mis fin à ses jours est souvent violente.
Un suicide médicamenteux ou une pendaison ne seront bien évidemment pas vécus de la même manière.

Le deuil oblige le renoncement de plusieurs éléments importants dans la vie de l’endeuillé :

  • perdre le futur imaginé avec l’autre
  • modifier les relations sociales et amicales
  • perdre l’identité que l’autre lui donnait



En plus de la douleur ressentie après une tentative de suicide ou après le décès d’une personne aimée, il faut souvent faire face au regard des autres et à leur jugement.
La honte, la colère, la culpabilité et le besoin de comprendre sont quasiment toujours présents.

Comment venir en aide à ceux qui ne voient pas d’autre issue dans leur vie et comment prévenir un acte parfois irrémédiable ?
Comment aider les endeuillés par suicide à traverser ces moments douloureux ?
Quelles sont les limites que l’on peut s’autoriser à poser pour ne pas sombrer avec la personne en difficulté ? Quelle est la bonne distance à tenir ?
Ces questions concernent également les professionnels de la relation d’aide au sens le plus large.

De manière générale, il est important de s’abstenir de tout jugement de valeur, de respecter les personnes dans leurs convictions et leurs comportements et bien sûr de les écouter.

La symbolisation verbale peut permettre au sujet qui ne trouve plus d’issue dans sa vie à placer sur un plan psychique ce qu’il met en action ; faire une tentative de suicide, c’est agir sa souffrance parce qu’il est impossible de la penser, de la mettre en mots.

Chaque histoire est particulière, les réponses les plus justes pour chacun sont à rechercher et à inventer ensemble, au cas par cas, en écoutant attentivement la personne en difficulté, en l’aidant à se situer et à re-trouver sa capacité de rebondir en fonction des circonstances de la vie.

 

Françoise Van den Eynde, Psychothérapeute

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