PsychoEtre Soi 

Osons la peur !

  • 01/10/06
  • Dimitri Haikin
La peur de la… peur est un phénomène très présent dans notre société. Dès que quelqu'un a peur, les réactions habituelles consistent à vouloir nier celle-ci, à trouver immédiatement la parade verbale qui éteindra au plus vite la peur en question. « Mais non, c'est ridicule enfin, regardes, il n'y a rien en dessous de ton lit ! » ou « une petite bête ne mange pas une grande bête, enfin ! »


Et voilà, je n'ai plus d'autre choix que de remiser ma peur dans les placards déjà encombrés de mon inconscient.
L'angoisse naît quand les émotions sont repoussées, quand le sujet ne peut exprimer ce qu'il ressent à quelqu'un qui l'écoute et qui l'accueille avec bienveillance.

Pour comprendre la peur, il importe de la replacer dans son contexte psychologique, affectif et relationnel. Comme chez l'animal, elle est fondamentalement articulée à notre instinct de survie. Néanmoins, chez l'être humain, la peur recouvre des significations différentes notamment influencée par la pensée, la raison et l'inconscient psychique (c'est-à-dire le monde des angoisses et de l'univers pulsionnel).

La peur est une des quatre grandes émotions de base que rencontre l'être humain dans la vie. Les trois autres sont la joie, la tristesse et la colère. Chacune d'elles a son utilité.

La peur a cette fonction essentielle de nous alerter d'un état de danger. Elle est d'abord physiologique avant d'être psychologique. Elle va nous permettre de prendre la fuite et de nous protéger face à l'imminence d'un danger ou encore nous indiquer que nous ne sommes pas encore prêts à affronter telle ou telle situation.

Celui qui se refuse à ressentir la peur se prive d'antennes bien précieuses et se mettra tôt ou tard en danger ! Elle nous apprend à faire face à l'inconnu.
Petite ou grande, démesurée ou non, aucune peur n'est ridicule. Chaque peur est bonne à prendre, et surtout à accompagner, à écouter, dans toute sa dimension psychique.

Le temps de l'apprivoisement de la peur puis de son dépassement ouvre les portes du courage et de l'estime de soi.
Celui qui refuse ses peurs est souvent celui qui croit qu'avoir peur c'est être faible. Sur son t-shirt imaginaire, il est inscrit depuis longtemps « sois fort ». Il a été éduqué avec cette croyance qu'exprimer ses fragilités revient à se mettre en danger devant l'autre.

La peur de soi somme toute, la peur de paraître ridicule aux yeux de l'autre.
Nos peurs non travaillées deviennent souvent les freins de notre existence. Elles nous empêchent de réaliser nos projets et nos désirs. Or écouter ses peurs permet de découvrir de fabuleux moteurs. L'anxiété c'est-à-dire la peur imaginaire par rapport à un élément à venir permet de bien se préparer par rapport à cet évènement, à mettre en œuvre les stratégies essentielles à la bonne réalisation de ses projets et donc de soi-même !

Nos désirs nous font peur. La peur inconsciente de manquer ou de souffrir nous fait abandonner nos désirs les plus profonds. « Et si je prenais un râteau » me disait un jeune homme amoureux la semaine dernière. Cela fait des mois qu'il n'osait faire le pas vers celle qui l'aime. C'est en parlant de sa peur qu'il a pu l'accepter avec humilité et la dépasser pour oser être et devenir.

L'épreuve de la peur fait donc partie intégrante du fonctionnement psychologique du sujet et de son milieu. Indépendamment de ses causes, la peur signifie que nous percevons, ressentons et éprouvons l'environnement dans lequel nous évoluons. Un monde sans peur n'existe donc pas. Elle a sa raison d'être, raison de plus pour la partager comme faisant partie de notre humanité la plus profonde.

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