SeniorBien vivre 

Combien de drames encore ?

  • 27/10/09
  • Marie Andersen
Monsieur et Madame V. habitent la région de Liège. Ils ont respectivement 84 et 78 ans et vivent ensemble dans la maison où ils se sont installés après leur mariage. Leurs enfants ne les voient que fort rarement, s’étant chacun investi dans la vie professionnelle et familiale. Depuis quelques mois, Mr V. souffre d’une toux persistante associée à des douleurs dorsales, suite à quoi son médecin le fait hospitaliser pour pratiquer divers examens. Pendant cette période, Mme V., qui souffre de maux de ventre inquiétants, en profite pour faire effectuer des contrôles, sous les conseils de son gynécologue.

Étant hospitalisés dans deux services différents, ils ne sont pas mis au courant de leur diagnostic de la même manière. En fait, on observe que cet aspect du suivi médical est géré de façon assez arbitraire.

 

En effet, le spécialiste juge nécessaire d’informer Mr V. de son diagnostic - cancer du poumon - et par la même occasion, du diagnostic de son épouse - cancer de l’utérus et des ovaires - sans en référer à celle-ci, qui n’est mise au courant de rien. Elle ne présentait pourtant aucun signe de sénilité, ni de détresse psychologique, qui auraient éventuellement pu justifier son incapacité à entendre la réponse à sa question. Elle a clairement demandé au médecin s’il s’agissait d’un cancer et il lui a répondu : « Non ».

 

Je ne mets pas en doute le souhait du médecin de veiller au bien-être de ses patients, mais je déplore l’absence de réflexion éthique quant à la gestion de la vérité. Qui peut mieux que le patient lui-même juger de ce qu’il est capable d’entendre ou non en ce qui le concerne personnellement ?

Pourquoi se permet-on si souvent d’enfreindre le secret professionnel en donnant aux membres de la famille (ici l’époux) le diagnostic d’un patient sans l’en informer, ni même lui demander son accord ?

 

La suite de l’histoire de ce vieux couple nous force à nous interroger : après avoir plusieurs fois exprimé ses doutes quant au bien-fondé des mensonges à l’égard de sa femme et ne se trouvant pas la force de rétablir la vérité tout seul, se sentant par ailleurs familialement et socialement fort isolé, mal soutenu par l’équipe professionnelle et écrasé par sa souffrance silencieuse, Mr V. s’est pendu dans sa remise au fond du jardin. C’est son épouse, inquiète de sa trop longue absence, qui l’y a trouvé ... 

 

Elle ne comprend toujours pas ce qui a pu se passer pour que son mari commette un tel acte de désespoir et toutes ses questions se heurtent au mur du silence, de la gêne, de la honte, de la fuite ... Elle est maintenant tout à fait seule ...

 

Combien de suicides et autres drames familiaux nous faudra-t-il encore avant qu’on ne se rende compte que nous devons tous - soignants et familles - changer nos habitudes de fonctionnement à ce sujet ?

 

Dire ou ne pas dire la vérité quant au diagnostic

Seul le patient en décidera pour lui-même. C’est un droit essentiel de tout homme libre vivant dans une société qui veut rester démocratique et respectueuse des libertés individuelles.

 

Comment respecter ce droit sans risquer les conséquences parfois dramatiques du diagnostic assené ? 

En veillant pendant ces moments difficiles à maintenir un accompagnement humain du patient, soit par sa famille ou ses proches, soit professionnellement par son médecin généraliste assisté par une équipe de soins à domicile, soit par une équipe pluridisciplinaire dans le cadre d’une hospitalisation.

 

Certes, répondre respectueusement à un patient qui s’informe sur un diagnostic grave est émotionnellement difficile, mais cela ne devrait pas pousser les soignants à esquiver ce devoir d’information, ni par le mensonge, ni par le non-respect du secret professionnel, en informant des membres de la famille sans accord de l’intéressé, même si cette habitude est largement répandue dans notre société, au point qu’on ne s’en rende parfois plus compte.

 

Outre le fait qu’elle est, sauf exception, éthiquement indéfendable, nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les conséquences si souvent désastreuses de cette pratique qui pousse les familles et les couples dans l’enfer du mensonge prolongé et les divise souvent jusqu’à la mort du patient, les empêchant de mettre en ordre certaines choses importantes à leurs yeux, de se dire ce qu’ils ont représenté l’un pour l’autre, de communiquer dans la sincérité ou de simplement se dire : ”Au Revoir” ...


Marie Andersen, Psychologue

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