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Conseils de psy

Quand choisir devient du soin

/ Par Mélanie Bulnes Cuetara / Psychothérapies

Quand choisir devient du soin

Il n’est pas rare de rencontrer des personnes en quête de repères au milieu de la diversité des approches thérapeutiques. Ce n’est pas toujours simple de s’y retrouver : certaines s’inspirent de connaissances issues de la recherche scientifique sur le fonctionnement de la psyché humaine, encore en évolution et loin d’être des sciences exactes ; d’autres privilégient des expériences plus personnelles, corporelles ou spirituelles, ou proposent des résultats plus immédiats.

Au cœur de cette diversité, une condition demeure essentielle pour qu’un travail thérapeutique puisse être soutenant : un cadre sécurisant, clair, cohérent et éthique, qui protège lorsque l’on s’ouvre dans sa vulnérabilité.

 

L'asymétrie : la reconnaître pour permettre un choix libre

Il me semble important d’élargir la question du choix et de rappeler ceci : le savoir, souvent implicite et porté par le thérapeute — ou la position de guide, mentor, figure d’autorité dans certaines approches corporelles, spirituelles ou créatives — crée une asymétrie dans la relation, surtout lorsque la personne confie sa vulnérabilité ou son bien-être au praticien. L’enjeu n’est pas de nier cette asymétrie — inhérente à de nombreuses relations de soin — mais de la rendre consciente et de l’inscrire dans un cadre clair et éthique.

À travers cet article, l’intention n’est pas de définir ce qui serait “valide” ou non, mais d’ouvrir un espace de réflexion éthique, informé et nuancé, où chacun peut expérimenter sa capacité à choisir, à discerner ce qui lui convient, et à renouer avec son autonomie intérieure — expérience qui peut ensuite nourrir sa capacité de choix au quotidien.

La thérapie peut être ce lieu où l’on commence à sentir sa capacité à choisir et à discerner ce qui résonne pour soi. Cette autonomie se construit dans la relation, soutenue par la présence, la clarté et le cadre du thérapeute.

 

L’approche d’un courant thérapeutique et la responsabilité du praticien

Je me positionne tout au long de cet article à partir de mes valeurs et de l’éthique humaniste qui guident ma pratique de Gestalt-thérapeute. La Gestalt est une approche humaniste : elle s’appuie sur la confiance dans la capacité de chacun à retrouver, à son rythme, un appui intérieur et une possibilité de se situer et de choisir sa direction, en discernant ce qui est juste pour lui — y compris lorsque cette capacité est momentanément fragilisée, confuse ou moins accessible.

Il me semble dès lors important de distinguer deux niveaux :

-  l’éthique liée au courant thérapeutique lui-même

-  l’éthique personnelle du thérapeute, qui repose sur ses valeurs, le cadre de sa profession, ses formations, et ce sur quoi il choisit de mettre l’accent.

La confiance que j’ai dans cette posture humaniste, l’attention que je porte à cette caractéristique du courant et mes valeurs n’impliquent donc pas une toute-puissance du thérapeute. En effet, ma posture repose sur un cadre clair, une vigilance éthique, et la conviction que le pouvoir d’agir appartient autant que possible à la personne accompagnée, tout en restant attentive aux nuances, et aux situations où la sécurité physique ou psychique pourrait être engagée.

Cette orientation humaniste ne supprime donc ni le savoir ni l’asymétrie de la relation thérapeutique. Elle invite plutôt à interroger la manière dont ce savoir est tenu, transmis, et mis au service de la personne accompagnée. Elle ne protège donc pas automatiquement de toute dérive : aucune approche n’y échappe. L’éthique ne découle pas automatiquement du courant auquel le thérapeute se rattache ; elle relève d’un engagement personnel et professionnel. Ce principe vaut pour toutes les formes d’asymétrie dans les soins, comme d’autres situations relationnelles, parfois subtiles, où un déséquilibre de pouvoir peut se produire.

 

Une diversité d’approches pour une diversité de besoins

Chacun existe avec son histoire, ses perceptions, son corps, ses émotions, sa sensibilité. Il est donc naturel que les outils thérapeutiques efficaces varient d’une personne à l’autre. Certaines personnes se sentent soulagées par l’EMDR, l’hypnose, la respiration, la thérapie psychocorporelle, polyvagale, sonore, la danse, des pratiques rythmiques comme TaKeTiNa...

Certaines approches sont mieux documentées scientifiquement que d’autres. Leur pertinence peut varier selon les besoins, le contexte et la personne, et il peut être utile de s’informer sur leur cadre, leurs indications et leurs limites.

Parfois, c’est un mélange d’approches qui apporte le plus de soutien, notamment lorsque l’histoire est complexe. L’essentiel n’est pas de multiplier les suivis, mais de reconnaître que plusieurs expériences peuvent se compléter à différents moments. L’espace thérapeutique doit rester sécurisant, respectueux et adapté à la personne.

❗Ce qui peut être dangereux, ce n’est pas tant une méthode en elle-même, mais l’idée que le thérapeute ou une méthode détient la solution miracle. Aucun accompagnant ne possède de baguette magique. Certaines méthodes ou outils — coaching, PNL, interventions ciblées sur des comportements précis — peuvent apporter un certain soulagement rapide et légitime selon l’objectif recherché. La thérapie, elle, engage souvent un travail plus profond : transformer la relation à soi et à ses expériences, réguler ses émotions, explorer ses besoins et limites. Ce travail demande du temps, de l’engagement et des ajustements. Il n’est ni mieux ni moins bien : il est différent dans sa portée et son intention.

Il arrive que cette réalité laisse certains patients dans le désarroi, surtout lorsqu’ils espéraient une solution immédiate. Pourtant, même dans ces moments, il est possible de se tourner vers différentes ressources : un suivi médical, d’autres accompagnants ou des approches complémentaires. Aucune personne seule ne détient la solution à tout, mais il est toujours possible de trouver un cadre sûr pour avancer et retrouver un sentiment de soutien et de sécurité.

❗ Certaines pratiques — même reconnues scientifiquement — nécessitent une vigilance particulière dans des contextes complexes. Il est toujours légitime de poser des questions et de s’assurer que la démarche respecte vos limites et votre rythme. Une posture thérapeutique, même soutenante, n’est jamais neutre : elle doit tenir compte de la réalité psychique et corporelle de la personne.

(Note sur les traumatismes : certaines approches, notamment dans les cas où on pratique sans être informé sur les trauma, ou certaines méthodes très en vogue comme l’EMDR comportent des risques et peuvent avoir des effets secondaires. Elles peuvent déclencher des réactions intenses, surtout en cas de traumatismes complexes ou non stabilisés, qui peuvent parfois être inconscients. Des interventions corporelles ou d’exposition peuvent également être sensibles si elles ne sont pas adaptées au rythme et aux ressources de la personne. Ces risques ne sont pas systématiques et ne signifient pas que la méthode est « dangereuse », mais qu’un cadre attentif reste essentiel pour prévenir toute décompensation, retraumatisation ou dissociation. C’est une réalité, pour certains patients, ces méthodes ne sont pas toujours recommandées.)

 

La qualité d’un accompagnement ne dépend pas d’un titre

Dans le domaine thérapeutique, il existe des certifications et des diplômes, certaines professions sont reconnues par l’État, d’autres non. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement pour la personne accompagnée en termes de cadre, de responsabilité et de sécurité ?

Ce sont les connaissances scientifiques, les contraintes statistiques plus complexes de validation de certaines approches (parfois difficilement réductibles à des protocoles standardisés), les budgets, le cadre légal qui guident la reconnaissances d’une profession, ou la validité d’un titre. Et c’est souvent avec un temps différé que la reconnaissance officielle se produit. Les connaissances scientifiques évoluent avec le temps, à mesure que de nouvelles recherches apportent d’autres éclairages et dépendent aussi de financements. Cela s’observe dans d’autres domaines, comme la nutrition et déjà aussi avec la psychologie, où certaines recommandations ont évolué au fil des décennies. Ce processus signifie que les connaissances dans ce domaine se construisent progressivement, en intégrant de nouvelles données.

Dans ce contexte, les repères scientifiques, la formation du praticien, le cadre éthique et le ressenti de la personne accompagnée constituent ensemble des éléments importants pour orienter un choix éclairé.

Pour les professions réglementées (médecins, ordres professionnels), l’adhésion à un ordre ou une commission est légalement obligatoire, unique et les sanctions sont institutionnelles. Pour d’autres pratiques, les thérapeutes peuvent adhérer volontairement à des associations ou collèges professionnelles qui proposent un suivi éthique et déontologique interne, ils peuvent y être poussée par leur institut de formation, mais rien est obligatoire légalement.

Ainsi, au niveau légal, la différence principale réside dans l’unicité et l’obligation d’adhésion pour les ordres d’État, versus la multiplicité et le volontariat pour les associations et collèges.

Ensuite, l'absence de cadre de l’Etat crée un paysage non uniformisé au niveau de l’enseignement. Ce manque de régulation ne peut en revanche pas masquer la solidité de certaines formations qui durent des années et existent en dehors des circuits universitaires.

Un titre ne garantit pas la conscience, l’éthique ou l’attention portée au patient. Des abus peuvent exister dans toutes les professions : psychologues, médecins, ostéopathes, thérapeutes... L’abus est un comportement, pas une catégorie professionnelle et il se produit dans un contexte d’asymétrie lié à une dépendance, une vulnérabilité, une confiance ou une autorité accordée.

La qualité d’un accompagnement dépend aussi de la relation humaine, de l’écoute, de la vigilance, de ce que le praticien a appris et de son engagement, pas de son diplôme seul.

La vigilance du patient et le cadre thérapeutique restent essentiels : se sentir respecté, pouvoir poser des questions et retrouver son pouvoir dans son parcours de soin sont des éléments fondamentaux.

❗Vous avez toujours le droit de questionner votre thérapeute sur ces questions si elles vous préoccupent ou si vous avez un doute, d’en parler autour de vous et/ou à d’autres professionnels de santé.

 

Formations variées... et parfois complémentaires

Les formations de thérapeutes (systémique, psychocorporel, EMDR, Gestalt, etc.) ne sont pas des diplômes officiels de santé standardisés. Certaines sont ouvertes à toute personne intéressée, tandis que d’autres nécessitent un diplôme en psychologie ou dans un domaine de la santé.

Cependant, il existe aujourd’hui des centres de formation sérieux qui forment des thérapeutes, psychologues ou non, et qui proposent un cadre structuré, incluant un travail personnel, de la supervision et des exigences éthiques. Ce travail introspectif (suivre soi- même une thérapie) est fondamental pour pouvoir accompagner les autres avec conscience.

❗ À l’inverse, un psychologue clinicien peut sortir de l’université et exercer sans jamais avoir entamé de démarche thérapeutique personnelle, ce qui peut parfois engendrer des projections non conscientes sur les patients.

Afin de remettre du réel face aux arguments d’autorité liés au diplôme/titre, on peut noter qu’en pratique :

  • Des psychologues soutiennent et forment des praticiens aux thérapies alternatives.
  • Des médecins, neurologues ou autres orientent vers des thérapies psychocorporelles, Gestalt-thérapie, Somatic Experiencing, approche polyvagale, ou autres, même si ce praticien n’est pas psychologue, le titre n'est pas la priorité. Les bénéfices de ces approches commencent à être de plus en plus documentés dans la littérature scientifique.
  • De nombreuses études montrent que la relation thérapeutique — ou l’alliance entre la personne et son accompagnant — est un facteur important associé aux résultats d’une thérapie, parfois autant, voire plus que la technique elle-même utilisée.

 

A noter : les travaux documentés et études sur l’efficacité des thérapies ne sont pas toujours accessibles ou directement applicables à chacun. Dans ces domaines de sciences « inexactes », les résultats peuvent varier selon les individus, le cadre et d'autres facteurs, certaines recherches sont aussi plus financées que d’autres, d’où l’importance pour le patient de compléter ces repères par son ressenti, ses besoins et sa capacité à discerner ce qui lui convient, tout en tenant compte des informations disponibles et du cadre professionnel proposé. Ceci est notamment utile dans son parcours de vie dans un sens plus large : tenter d’y voir clair, se permettre de questionner, sentir ce qui est juste pour soi, développer une autonomie intérieure peut permettre de faire un choix éclairé et aligné.

 

Vers plus de coopération dans le domaine du soin

J’observe parfois à quel point la coopération entre différents professionnels — médecins, psychologues, ostéopathes, kinésithérapeutes, thérapeutes, psychiatres — peut être précieuse dans des situations complexes et lorsqu’elle se fonde sur le respect et la clarté des rôles.

La force d’un bon accompagnement réside dans le fait de placer la personne accompagnée au centre, et non la pratique ou le titre du thérapeute. Dans cette optique, il est possible de trouver un accompagnement qui oriente et aide à trouver ce qui résonne pour chacun, tout en restant un point d’appui lorsqu’il est nécessaire de s’appuyer sur d’autres ressources professionnelles.

 

Une meilleure culture du trauma

En Europe, et notamment en Belgique, les connaissances sur les séquelles durables des traumatismes sur le système nerveux continuent d’évoluer, et leur intégration peut varier selon les professionnels, les contextes et les dispositifs de soin. Cette situation rend la sensibilisation des patients particulièrement importante.

Il existe plusieurs approches pour soutenir le corps et le système nerveux : thérapies de régulation du système nerveux (Somatic Experiencing, approche sensorimotrice qui travaillent sur les sensations physiques), travail sur la respiration, médicaments autres que les antidépresseurs, éco-thérapie, nouvelles expériences sécurisantes (comme le bénévolat) qui permettent une forme de reprogrammation neurologique par le vécu, ou certains appareillages vagaux. Il est essentiel de les aborder avec discernement, sans croire aux promesses de résultats instantanés. La nuance reste la véritable base d’un accompagnement respectueux.

A noter : Si certaines pratiques comme la respiration sont souvent recommandées, elles peuvent s'avérer anxiogènes pour certaines personnes (dans les cas d’hypervigilance prolongée ou chronique par exemple). Il n'y a pas de méthode universelle : l'essentiel est de trouver l'outil qui respecte votre rythme sans forcer le système nerveux.

❗Attention : une formation spécialisée ne suffit pas à résoudre tous les défis liés au trauma. Toute promesse de résultat instantané ou universel doit être reçue avec prudence — un bon accompagnement repose sur un cadre sécurisant, une adaptation au rythme de la personne et une vigilance constante, pas sur des recettes toutes faites. La nuance et l’attention aux réalités individuelles restent la véritable base d’un accompagnement respectueux et efficace.

 

Réflexion critique sur la médicalisation

Je ne suis pas médecin et je ne suis pas contre les médicaments. Certains traitements sont essentiels et peuvent jouer un rôle déterminant dans la stabilisation et le rétablissement. Il est néanmoins sain de conserver un esprit critique et un dialogue ouvert avec les professionnels de santé concernant les bénéfices, les effets secondaires et les ajustements possibles. Le domaine de la psychiatrie a d’ailleurs connu des controverses documentées : certaines personnes ont rencontré des difficultés liées aux effets secondaires ou à l’adaptation de leur traitement, ce qui souligne l’importance d’un suivi médical attentif, individualisé et ajusté dans le temps.

Votre corps vous appartient. Demander plusieurs avis est légitime, et la complémentarité entre accompagnement thérapeutique et traitement médical peut être bénéfique.

 

En résumé

  • Le bon accompagnant est d’abord un humain conscient et éthique, avant d’être un diplôme.
  • La qualité de la relation thérapeutique prime sur le prestige du titre.
  • La personne accompagnée doit pouvoir retrouver du pouvoir sur son chemin de soin, dans un cadre respectueux et soutenant.
  • Ouvrons la porte à la nuance, à la collaboration, et à la diversité des pratiques dans le domaine du soin.

 

En tant que thérapeute, je crois profondément que la qualité d’un accompagnement se construit dans la relation, soutenu par la formation continue, la supervision, les ajustements conscients et la cohérence éthique, pas de son diplôme seul.

Ce qui m’importe, c’est notamment d’offrir un espace où la personne peut retrouver du pouvoir sur son chemin de soin, son parcours, développer son autonomie intérieure, et affiner l’écoute de ses limites, dans un cadre respectueux, vivant et soutenant.

Ouvrons la porte à la nuance, à la collaboration et à la diversité des pratiques.
Prenez soin de vous, et n'oubliez pas : vous avez le droit de choisir ce qui vous fait du bien.

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