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Conseils de psy

Et si le couple avait deux thérapeutes?

/ Par Pierre Gijsen / Problèmes de couple

Et si le couple avait deux thérapeutes?

Franchir le pas

Commencer une thérapie de couple n’est pas toujours simple. Les représentations qui entourent pareille démarche peuvent être nombreuses : peur que le thérapeute « prenne parti », crainte de devoir désigner un responsable, impression qu’il faudra tout raconter, ou encore sentiment que consulter signifie que le couple est déjà en échec…

Ces représentations peuvent parfois retarder une démarche pourtant susceptible d’aider. Les recherches consacrées aux obstacles à l’entrée en thérapie de couple mettent notamment en évidence des questions de confiance, des inquiétudes concernant le processus thérapeutique, des facteurs relationnels, ainsi que la crainte du travail émotionnel ou la stigmatisation (Hubbard & Anderson, 2022).

Pourtant, les recherches sur les thérapies de couple montrent des effets favorables sur la détresse relationnelle et différents aspects du fonctionnement conjugal, même si les résultats observés en pratique courante sont généralement plus modestes que ceux retrouvés dans les études contrôlées (Bradbury & Bodenmann, 2020 ; Lebow et al., 2012).

C’est précisément à partir de cette réflexion que nous proposons, à Liège et en Alsace, une co-thérapie conjugale.

Deux regards pour mieux comprendre la relation

La co-thérapie ne consiste pas simplement à avoir « deux thérapeutes au lieu d’un ». Elle désigne un dispositif thérapeutique dans lequel deux professionnels travaillent conjointement avec le même couple, observent ensemble ce qui se passe dans la relation et mettent en dialogue leurs regards.

Dans notre pratique, cette complémentarité repose sur des parcours, des formations et des sensibilités cliniques différents. Elle tient aussi à nos personnalités, à nos manières respectives d’écouter, de questionner et de percevoir les interactions.

La présence conjointe d’une femme et d’un homme ne signifie évidemment pas que chacun serait appelé à « représenter » son genre ou à prendre le parti de l’un des partenaires. Elle offre plutôt une diversité de points d’observation et de possibilités d’identification, dans un cadre où chacun peut être entendu.

Observer le couple… dans la relation

Un des intérêts de ce dispositif est de pouvoir porter attention non seulement à ce que chacun raconte de la relation, mais aussi à ce qui se passe entre les partenaires, ici et maintenant.

Une façon de répondre, de se protéger, de chercher à être compris, de se rapprocher ou, au contraire, de se mettre à distance peut apparaître au cours d’une séance. Deux thérapeutes peuvent alors confronter leurs observations, leurs hypothèses et leurs ressentis, sans chercher à établir qui a raison ou qui a tort.

Cette question est particulièrement importante en thérapie de couple : plusieurs alliances thérapeutiques se construisent simultanément, et chacun des partenaires peut entretenir avec le thérapeute une relation différente. Les recherches montrent que la qualité de ces alliances est associée à l’évolution de la thérapie et que des alliances déséquilibrées peuvent constituer un facteur de difficulté (Friedlander et al., 2018).

La présence de deux thérapeutes ne supprime évidemment pas cette question. Elle permet cependant de multiplier les regards portés sur la situation et d’ouvrir davantage d’espace pour entendre les deux partenaires et réfléchir ensemble à ce qui se joue.

Deux regards différents, au service d’un même couple

Nathalie Bloch et Pierre Gijsen ont des parcours et des orientations cliniques différents.

Nathalie Bloch est détentrice d’un Master 1 en psychopathologie clinique psychanalytique  (Lyon). Elle est psychothérapeute et psychanalyste
Son approche accorde une attention particulière à l’histoire de chacun, aux liens, au vécu corporel et à ce qui se joue dans la relation.

Pierre Gijsen est psychologue clinicien et psychothérapeute comportementaliste. Il s’est notamment spécialisé dans les approches comportementales contextuelles, dont l’ACT, avec un intérêt particulier pour les difficultés interpersonnelles et, de manière générale, pour les processus communs susceptibles de contribuer à une diversité de difficultés psychologiques et relationnelles.

C’est justement cette différence qui nous intéresse : ne pas chercher à penser exactement de la même manière, mais mettre deux regards différents au travail autour d’une même relation.

La co-thérapie conjugale est ainsi une invitation à venir regarder ensemble ce qui se passe dans le couple — non pour désigner un coupable, mais pour comprendre, expérimenter et ouvrir de nouvelles possibilités relationnelles.

Nathalie Bloch & Pierre Gijsen
Co-thérapeutes conjugaux

Références

Bradbury, T. N., & Bodenmann, G. (2020). Interventions for couples. Annual Review of Clinical Psychology, 16, 99–123. https://doi.org/10.1146/annurev-clinpsy-071519-020546

Friedlander, M. L., Escudero, V., Welmers-van de Poll, M. J., & Heatherington, L. (2018). Meta-analysis of the alliance–outcome relation in couple and family therapy. Psychotherapy, 55(4), 356–371. https://doi.org/10.1037/pst0000161

Hubbard, A. K., & Anderson, J. R. (2022). Understanding barriers to couples therapy. Journal of Marital and Family Therapy, 48(4), 1147–1162. https://doi.org/10.1111/jmft.12589

Lebow, J. L., Chambers, A. L., Christensen, A., & Johnson, S. M. (2012). Research on the treatment of couple distress. Journal of Marital and Family Therapy, 38(1), 145–168. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.2011.00249.x