/ Par Yohan De Schryver / Coaching mental
Pourquoi un sportif bien préparé peut-il se bloquer ?
Un sportif s'entraîne, se mesure, répète. Puis vient le jour où quelque chose se dérègle, sans que personne, pas même lui, ne puisse dire quoi. Et si c'était là, précisément, qu'il fallait tendre l'oreille ?
« Je ne comprends pas ce qui m'est arrivé. »
Beaucoup de sportifs ont un jour prononcé cette phrase. Après un match raté sans raison apparente, après une blessure de plus, ou au contraire après une performance exceptionnelle qu'ils n'arrivent pas à expliquer. Le corps a fait quelque chose, et les mots n'ont pas suivi. On met cela sur le compte de l'émotion, de la fatigue, du manque d'habitude devant un micro. Je crois, pour ma part, qu'il faut le prendre au sérieux.
Dès lors, une question se pose, et elle vaut bien au-delà des podiums. Que dit un corps qu'on entraîne, qu'on optimise et qu'on mesure, lorsqu'il se met, un jour, à ne plus répondre ? C'est à cet endroit que je reçois.
Un corps n'est pas un organisme
Jamais on n'a autant mesuré dans le sport. Le temps au centième, la charge d'entraînement, le sommeil, la variabilité cardiaque, l'image du moindre muscle. Tout cela est précieux, et je ne m'en plains pas. Mais plus le regard se fait précis, plus l'oreille se fait rare, et à force de voir le corps, on finit par ne plus entendre celui qui l'habite.
Car l'organisme et le corps ne sont pas la même chose. On entraîne un organisme, on le répare, on le programme, et il se laisse assez bien décrire en chiffres. Le corps, lui, s'éprouve. Il jubile, il hésite, il souffre, il se dérobe parfois au plus mauvais moment sans prévenir personne, pas même celui qui l'habite. Rien de tout cela n'apparaît sur un écran, et rien ne se devine non plus. Il faut que quelqu'un prenne le temps de l'entendre se raconter.
On croit mener le jeu
Chaque sport a ses règles, ses gestes, ses codes, et le sportif croit volontiers qu'il mène la partie. En réalité, le jeu le façonne autant qu'il s'en empare. Il lui impose ses contraintes, ses positions, ses interdits, bien au-delà de ce qu'il en sait. L'entraînement consiste précisément à répéter ces codes jusqu'à les incorporer, jusqu'à ne plus avoir à y penser.
La compétition, elle, exige tout autre chose. Il ne s'agit plus de répéter, mais de se lancer, de transformer des années de travail en un geste qui n'a encore jamais eu lieu, face à un adversaire imprévisible, sans la moindre garantie. Aucune préparation, si rigoureuse soit-elle, ne supprime cette part d'incertitude. Et c'est heureux, car sans elle, il n'y aurait ni suspense, ni exploit, ni sport du tout.
Bref, devant la même situation, deux sportifs ne répondront jamais de la même manière. L'un s'engage, l'autre recule ; l'un se sublime, l'autre se contracte. Il n'y a là ni faiblesse ni manque de caractère, mais quelqu'un qui, avec son histoire, répond à sa façon.
Quand le corps prend la parole
Autour du sport, les belles formules ne manquent pas. « Le sport, c'est la santé », « le sport, c'est le plaisir », « quand on veut, on peut ». Les sportifs, eux, tiennent un autre langage. Ils parlent de « se faire mal », d'« aller au bout », de « s'arracher ». Ces mots-là, pourtant dits et redits, on ne les entend jamais vraiment.
Alors, parfois, c'est le corps qui prend le relais. Blessures qui se répètent au même endroit, contre-performances inexplicables, fatigue dont on ne sort pas, envie qui s'éteint, peur qui s'installe, rapport devenu compliqué à l'alimentation ou au poids. Devant cela, le réflexe est connu, reprendre le contrôle, et vite. C'est parfois efficace. Ça ne suffit pas toujours.
Car ces signes ne sont pas forcément des pannes à réparer. Bien souvent, ils disent à leur manière ce qui n'a pas pu se dire autrement. Encore faut-il, pour les entendre, un lieu où l'on puisse parler sans être aussitôt jugé, classé ou évalué.
La norme de chacun
Dans le sport, on compare sans relâche, aux moyennes, aux références, aux records, aux autres. Mais une moyenne, aussi savante soit-elle, ne dira jamais si tel sportif, lui, va bien. Chacun a son équilibre propre, ses appuis, ses limites, sa façon de tenir debout. Ce qui porte l'un peut épuiser l'autre.
C'est après une blessure que cela se vérifie le mieux. On parle de « retour », comme s'il suffisait de revenir à l'état d'avant, le compteur remis à zéro. Or un corps ne revient jamais tout à fait en arrière. Il lui faut inventer un autre équilibre, avec la peur de se reblesser, la confiance à reconstruire, et parfois une question plus embarrassante encore. Qu'est-ce que je cherche, au fond, dans ce sport ?
La question du style
Ce qui fait un grand sportif, ce n'est pas seulement sa technique, c'est son style, cette manière bien à lui de s'approprier les règles, de jouer avec elles, parfois de les déborder. Un style ne s'enseigne pas et ne se copie guère. Il se découvre, souvent là où on ne l'attend pas.
Chez les plus jeunes, c'est plus vrai encore. À l'adolescence, le corps change sans prévenir, et avec lui toutes les questions sur soi. Le sport peut alors devenir un formidable lieu pour se construire, à condition que tout n'y soit pas ramené au seul résultat. Un corps réduit à un unique usage condamne au silence tout ce qu'il aurait pu être d'autre.
Et puis vient le jour où la carrière s'arrête, par choix, par blessure ou avec l'âge. Quitter le haut niveau, ce n'est pas seulement changer d'activité, c'est parfois perdre toute une manière d'exister. Ce passage-là aussi mérite d'être accompagné.
a-corps : chercher l'accord
Si j'ai appelé ma pratique a-corps, c'est qu'il s'agit toujours, d'une manière ou d'une autre, de chercher un accord, entre ce que le corps fait et ce que le sportif parvient à en dire, entre les exigences de la performance et le désir de celui ou celle qui joue.
Je reçois, dans la région de Mons, des sportifs adolescents et adultes qui traversent une difficulté dans leur pratique ou à travers elle. Mon travail ne remplace ni l'entraîneur, ni le préparateur, ni le staff médical. Il vient à côté. Je n'ai pas de recettes à distribuer, et je m'en méfierais plutôt. Ce que je propose est un lieu où l'on peut parler de ce que l'on vit, avec ses propres mots, et reprendre sa place dans ce que l'on fait.
Car derrière les chiffres, il y a toujours une histoire, un désir, une façon unique d'habiter un corps. C'est souvent en les retrouvant que reviennent aussi le plaisir et l'élan. Un sportif n'est jamais seulement sa performance.
Yohan De Schryver
Rue des Arquebusiers, 37 - 7000 Mons
Articles publiés : 1
Type :
Psychopédagogue , Psychothérapeute , Praticien(ne) de la relation d'aide , Psychanalyste , Coach , Formateur/trice
Spécialités :
Psychothérapie psychanalytique
Problématiques :
Problèmes d’éducation , Problèmes liés au travail , Problèmes scolaires , Problèmes sexuels , Stress , Traumatismes , Troubles alimentaires , Troubles de l'attachement , Troubles de l'identité , Troubles de l'identité sexuelle , Troubles de l’attention (TDAH) , Troubles du sommeil , Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) , Problèmes de couple , Phobie , Mésusages de l'alcool , Dépression , Angoisses , Anorexie , Anxiété , Burn-out , Confiance en soi , Dépendance , Deuil , Pervers narcissiques , Drogue , Emotion , Estime de soi , Harcèlement , Haut potentiel , Hyperactivité , Hypersensibilité , Jalousie pathologique , Manipulation mentale
Publics :
Adulte , Ado , Enfant , Couple , Famille
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