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La relation éducative : autorité, pouvoir et protection

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La relation éducative : autorité, pouvoir et protection

Pour commencer, ensemble et en phase...
Il me semble capital d'abord que les adultes s'entendent sur les règles de vie au sein des mêmes milieux. Il n'est pas gênant que des environnements différents (école, maison, supermarché, voiture, ...) soient différemment organisés. De nombreux enfants aiment quand on mange des bonbons chez Mamie ou de se coucher plus tard chez un copain. Mais au sein du même lieu, mêmes règles. Les exceptions doivent être énoncées comme telles et expliquées.

En effet, si le milieu doit rester cohérent et juste pour chacun, il ne faut pas confondre égalité et équité. Quelles exigences et privilèges peut-on accorder à un enfant handicapé ou asthmatique ? Pour certains ados, appeler un peu plus longtemps sur le GSM sera important, pour d'autres, ce sera la sacro-sainte sortie du vendredi entre amis. Si des privilèges peuvent être donnés, ils doivent être équilibrés. A défaut de pouvoir offrir à chacun ce cadre juste, les règles et exceptions seront appliquées de manière indifférenciée.

Lorsqu'une règle de vie n'est pas respectée, l'adulte évitera deux travers possibles dans lesquels certains ados apprécient particulièrement nous pousser :

• La règle n'est pas discutée au moment de la transgression. Elle pourrait l'être par la suite dans un échange, une discussion, un partage. Aucune règle n'est sacro-sainte, chacune pouvant être ajustée en fonction des situations. Echanger ne signifie pas forcément modifier.

• Ni la règle, ni l'application de la sanction ne sont l'objet de discussion entre les adultes devant les enfants, en particulier lors de la transgression. Ce sont dans ces interstices que certains enfants semblent apprécier évoluer mais qui sont plutôt l'opportunité de faire les 400 coups au détriment d'autres.

Veiller à votre attitude, votre gestuelle lorsque vous poser la règle, constater la transgression ou appliquer la sanction. Sourire en coin d'un air amusé d'une bêtise de votre rejeton face à l'institutrice qui fulmine n'aide personne, même si le message énoncé ressemble à de la réprimande... Pour l'enfant, cette contradiction entre le mot et le geste sera source d'incertitude au mieux, d'angoisse au pire. Il peut alors chercher à séduire ou tricher avec l'éduquant, en cherchant plutôt l'allié. Que toutes les transgressions n'amènent pas forcément une sanction, c'est une chose ; mais que l'autorité soit raillée avec, de surcroît, sa propre complicité, c'est un bien mauvais pli.

Protection, accueil et réflexion
De nombreuses frustrations pour l'enfant comme pour l'éduquant peuvent naître des incompréhensions respectives. En particulier, l'écoute peut se révéler aussi décevante que source de croissance et de lien affectif. Là aussi, se positionner au bon endroit, en correspondance avec les besoins vécus de l'enfant. Mais comment faire ? Pour vous l'illustrer, je vous raconte une tranche d'histoire personnelle.

Nous étions, mon frère et moi, gardés par notre grand-père le mercredi après-midi. Si les moments de partage pouvaient se vivre à deux, ils étaient en regard des moments de discorde, voire de franche dispute. Lorsque l'un des deux était blessé par un coup, une insulte ou la destruction d'un jouet, les yeux pleins de larmes, nous allions trouver refuge auprès de notre aïeul. Il avait alors la réaction suivante : il ne disait rien et mettait un genou au sol pour nous permettre de nous asseoir sur l'autre ; il sortait son mouchoir pour que nous puissions épancher tout notre chagrin en nous questionnant sur ce que nous avions vécu ; enfin, il s'enquérait de ce qui s'était passé.

Je n'ai compris que plus tard, lors de mes études, de la subtilité et l'adéquation de cette réaction que peut-être mon grand-père avait à son propre insu. Lorsqu'une nouvelle information arrive dans notre environnement, elle traverse trois étapes conditionnées, c.à.d. que l'étape suivante n'arrive pas tant que la précédente n'est pas ‟résolue".

- Créer un cadre sécurisant où le danger physique et/ou psychologique est écarté (s'asseoir sur le genou).
- Permettre aux émotions et sentiments de trouver une écoute avec une inconditionnelle empathie, i.e. sans vérifier la véracité ou la correspondance avec les faits. En effet, une sentiment n'est ni vrai ni faux, il est juste présent ou absent, il a une certaine intensité, il est agréable ou désagréable pour la personne (se moucher, pleurer, sangloter, exprimer son malaise dans mon exemple).
- Interroger, questionner, analyser, ... faire toutes les opérations mentales dont est capable le cerveau (qui, quoi, quand, comment, pourquoi, ...).

Ces trois étapes doivent se faire dans ce sens car une personne coincée au stade précédent ne peut accéder au suivant. Ceci a pu se vérifier neurologiquement avec la structure même de notre système nerveux central avec les cerveaux reptilien, mésencéphalique et cortical. Un grand chagrin comme un grand bonheur rendent bête... au sens littéral du terme.

Une erreur très fréquente du parent est celle d'interroger (qui a commencé, où a-t-il frappé, ...) avant de prendre soin des niveaux antérieurs. Or, plus un besoin ne rencontre pas de satisfaction ou d'écoute, plus il se manifeste fréquemment et intensément. Lorsqu'une personne se plaint à répétition, demande éternellement, vous tient la jambe, partage les mêmes préoccupations, interrogez-vous sur ce qui n'a pas été entendu et dans quelle ‟couche" elle se trouve. Inutile non plus, à quelqu'un qui vous demande une couverture parce qu'il a froid, de s'inquiéter de son vécu de fraîcheur...

Règles, sanctions et différences
Quelques indications pratiques de ce qui a été dit précédemment : 

- Séparez le rappel de la règle (rationnel) de votre sentiment ou vécu (peur, inquiétude, colère, ...). D'abord votre émotion (Papa, Maman se sent fâché, déçu, honteux,...), ensuite la règle et, enfin, la sanction. Postposez la sanction si l'émotion est trop forte ou que vous devez vous concerter entre éduquants.
- Séparez l'acte de la personne. Votre enfant n'est pas moche, sournois, débile, méchant, parce qu'il agit d'une manière qui vous y fait penser ou que vous le vivez comme tel. D'abord, les étiquettes sont lourdes à porter ; ensuite, vous risquez de ne plus voir les changements d'attitudes en ne vous concentrant que sur celles qui vous insupportent.
- Ne donnez jamais d'ordre à plus de 5 mètres. L'enfant doit être dans votre zone d'insécurité pour se sentir concerné. En plus, être éloigné vous oblige à crier, ce qui n'est bon ni pour l'autorité, ni pour votre voix...
- Edictez toujours des règles de vie compréhensibles (concrètes, explicables, contextualisées), vérifiables (dont on peut constater le respect ou non) et sanctionnables (qui correspondent à une liberté identifiable).
- Faites toujours suivre vos règles de sanctions, même si elles sont minimes et adaptées à la situation particulière, ne fut-ce qu'indiquer quelle règle n'a pas été respectée.
- Vérifiez lorsque vous prononcez une règle de la considérer dans ce qu'elle permet plus que dans ce qu'elle empêche. Exemple : Si je t'interdis de frapper ton frère, ça te permet de ne pas être frappé aussi (ou que la violence soit sanctionnée) et que nous puissions nous sentir en sécurité ensemble.
- Edictez la règle positivement en donnant des solutions pour la respecter. Préférez ‟Tiens-toi bien à la rampe" à ‟Fais attention", ‟Tu peux jouer au ballon dans la cour" à ‟Tu ne peux pas jouer au ballon au salon".
- Respectez les mouvements de protestation, de refus, de désaccord de l'enfant, l'ado quand vous énoncez une règle. Ils font partie de la couche affective. Or, vous ne pouvez leur demander d'être d'accord (non vérifiable) avec votre règle mais bien de la respecter. La vie intérieure appartient à chacun.
- Enfin, et je termine par celle qui me semble la plus importante, évitez toute forme de violence physique, verbale, morale et psychologique. Toutes les formes de violence vous déforcent même si, sur le moment même, il vous semble important d'avoir le dessus. Jacques Salomé a écrit dans Si je m'écoutais, je m'entendrais : ‟La violence est souvent une mise en acte de l'impuissance" (p.147).

Préférez toute autre solution à la violence : négociation, sanction, discussion, énoncé, modification, accueil, ... même si elles vous semblent moins marcher. Chaque insulte, chaque fessée sont autant d'atteinte à la considération que l'enfant vous porte, renforce les jeux de pouvoir, en un mot vous déforcent.

Par ailleurs, pour ceux qui douteraient encore, vous apprenez aux plus jeunes qui en sont l'objet que le désaccord et le respect de la règle passent par le conflit et la violence. Ils auront du coup tendance à vous répondre sur le même mode, puis à vous violenter eux-mêmes lorsque vous n'aurez plus le dessus.

Une des formes de violence les plus courante dans le vivre ensemble est celle de la punition/récompense. L'un comme l'autre sont les conséquences d'un comportement mais sans avoir de lien ni logique, ni pédagogique avec ce comportement. La punition/récompense ne vaut que par l'impact supposé ou effectif en profitant pour celui qui la pose d'un pouvoir, d'une prérogative (pouvoir d'achat, force physique, enfermement, ...) dont il dispose.
Contrairement à la sanction qui est une restriction/ extension de la liberté correspondante suite à l'abus ou au respect, la punition/récompense est décidée unilatéralement tant dans le mode que pour l'intensité. Pourtant, elle est présentée comme si elle était liée : ‟Si tu as un beau bulletin, alors tu auras ta console de jeu."

Quel lien mystérieux existe-t-il entre bien travailler et un cadeau ? Quelle inflation ce processus engendre-t-il ? La conséquence d'un travail régulier n'est-il pas à court terme de disposer de ses vacances et de temps pour soi, à long terme d'avoir une formation, un diplôme correspondant à nos aspirations. La question est de savoir comment donner la mesure de ces conséquences (sanctions) positives, comment les expliquer à nos enfants, adolescents ?

Conclusion :
J'ai commencé la réflexion autour de la règle elle-même, de ses implications éthiques, de l'importance de l'attitude de celui qui la représente. Ensuite, à partir d'un modèle d'analyse de la stimulation, j'ai séparé la situation d'insécurité d'avec le vécu et les représentations que nous pouvons nous en faire.

Enfin, à partir de quelques réflexions sur la règlementation, j'ai distingué deux manières de gérer le respect ou non des règles posées, par la sanction ou la punition.

Si le propos a pu vous paraître strict, il doit bien entendu être habillé et habité par les situations et les personnes concernées. Par ailleurs, ces quelques réflexions n'avaient pour objectif que d'espérer augmenter nos chances de vivre des relations pleines et respectueuses et, ce, même lorsque les désirs individuels sont en frottement avec les impératifs de la collectivité (l'autre, le groupe, la société). La vie en commun n'est bien entendu pas uniquement restreinte à poser des règles et à veiller à leur respect. Mais ceci est une autre histoire...

Benjamin Adant

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