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Les hauts et les bas de la sexualité conjugale.

/ Par Dallaire Yvon / Sexualité

Les hauts et les bas de la sexualité conjugale.

La différence de libido

Tout le monde le sait, et la science le confirme depuis les premières études de Kinsey dans les années 50, il existe une différence fondamentale d’intensité entre la libido féminine et la libido masculine. Grosso modo, la libido de l’homme est de deux à trois fois supérieure à celle de la femme : la femme moyenne se contente, par exemple, d’une relation sexuelle par semaine, alors que l’homme moyen voudrait faire l’amour au moins trois fois par semaine pour être heureux sexuellement.

Cette différence peut être accentuée par les valeurs culturelles et éducatives qui encouragent l’homme dans son expérimentation sexuelle, mais qui est plus restrictive pour celle de la femme, quoique ce double standard tend actuellement à changer avec l’hypersexualisation. Cette différence repose essentiellement sur un substratum physiologique : le taux de testostérone, hormone du désir, est de dix à vingt cinq fois plus élevé chez l’homme que chez la femme. La femme adulte moyenne possède une concentration de testostérone qui varie entre 1,0 et 3,5 nanomoles par litre de sang (nmol/L), alors que celui de l’homme moyen varie de 6,9 à 27,7 nmol/L. Ni l’homme ni la femme n’y peuvent rien.

De plus, cette différence homme – femme tend à évoluer au cours de nos vies. L’homme atteint l’apogée de son désir dès le début de sa maturité sexuelle, soit vers l’âge de 15 ans. Sa libido demeure au summum jusqu’à l’âge de 30 ans, puis décline lentement jusqu’à la fin de sa vie. Là aussi, une explication biologique : si le désir de l’homme est si fort dès le début de sa maturité sexuelle, c’est parce que c’est à ce moment-là que la qualité de ses spermatozoïdes est la meilleure, donc plus grande possibilité de donner naissance à des bébés sains. Comme cette qualité diminue avec le vieillissement, la nature fait en sorte de diminuer le désir de l’homme pour minimiser les possibilités d’enfantement. Mais, contrairement à la femme, l’homme peut se reproduire à tout âge.

La maturité sexuelle n’éveille pas le désir de la jeune femme et sa capacité d’orgasme : elle la rend capable de se reproduire. La libido et la reproduction ne sont pas liées chez la femme comme c’est le cas chez l’homme. L’homme doit orgasmer pour se reproduire. La jeune femme est généralement plus portée vers la dimension affective et relationnelle de la sexualité : sa sensualité prime sur sa génitalité. Sa sensualité s’exprime par des sensations qui envahissent tout son corps et par sa fantasmagorie romantique. Alors que l’adolescent se masturbe, la jeune fille rêve. Alors que l’adolescent cherche à devenir un « homme » en conquérant le corps d’une femme, n’importe laquelle, la jeune fille cherche un compagnon sentimental et sécurisant à qui elle pourra confier son lot d’ovules. Une femme produit entre 400 et 450 ovules dans une vie. Chaque ovule peut être considéré comme un trésor au point de vue génétique. D’où l’importance pour la femme d’établir un rapport intime stable avec l’homme avant d’ouvrir son corps, puisque c’est elle qui portera l’enfant et devra sans occuper. Sans oublier que l’éducation du petit humain prend maintenant plus de vingt ans ; celle-ci sera facilitée si l’homme reste avec elle pour s’occuper lui aussi de l’enfant. Finalement, la nature fait bien les choses.

Ce n’est qu’en vieillissant que l’adolescente pourra s’épanouir sexuellement et devenir une sexophile[1]. Et elle n’y parviendra qu’à la condition de cumuler des expériences sentimentales, sensuelles, érotiques et génitales agréables. La femme doit apprendre sa sexualité génitale. Toute mauvaise expérience lors des premiers rapports sexuels peut contrecarrer cet apprentissage. C’est pourquoi l’apogée de la sexualité féminine se situe entre 28 et 45 ans. Chez l’homme, un traumatisme sexuel peut contrecarrer le fonctionnement sexuel, mais pas sa libido qui reste fortement tributaire de son taux de testostérone.

 

Les répercussions sur la vie sexuelle du couple.

Ces différences libidinales peuvent avoir sur la vie du couple des répercussions négatives ou positives. En général, le jeune homme initiera les rapports sexuels en misant sur les zones érogènes et la génitalité de sa femme alors que cette dernière voudrait que son partenaire prenne davantage de temps avant d’arriver au « but ». Celle-ci mettra l’accent sur le contexte amoureux, plutôt que sur les gestes érotiques. Mais comme le cerveau de l’homme est imbibé de testostérone, celui-ci n’aura de cesse que lorsqu’il obtiendra ce qu’il veut. Et il voudra répéter l’expérience le plus tôt possible, puisque celle-ci lui est très agréable. Ce qui n’est pas nécessairement le cas de la jeune femme qui doit découvrir le chemin du plaisir sexuel et génital.

Il est vrai qu’il y a des exceptions à cette règle : il existe des jeunes hommes très romantiques et peu portés sur le sexe, tout comme il existe des femmes très portées sur la « chose » et qui en redemandent, sans nécessairement conditionner la génitalité à la relation amoureuse. Mais, je m’adresse ici à Monsieur et Madame tout le monde.

Les répercussions sont négatives lorsque la sexualité devient une monnaie d’échange. Pour obtenir du sexe, l’homme sera gentil et prévenant ; pour donner du sexe, la femme fera du chantage. L’homme par exemple dira « Je t’aime » à sa partenaire, alors qu’il pense « Je te désire ». Elle lui répondra « Moi aussi, je t’aime » signifiant qu’elle a de l’affection et de la tendresse pour lui. Se croyant confirmé dans son désir de faire l’amour, l’homme se rapproche de sa partenaire et commence à la caresser, en silence. Pour lui, démontrer son amour à sa partenaire, c’est lui faire vivre des sensations agréables et en prendre lui aussi. Quelle surprise lorsque celle-ci résiste en lui disant : « Est-ce moi que tu aimes vraiment quand tu dis que tu m’aimes, ou est-ce seulement mon corps qui te fait réagir ? J’ai vraiment l’impression que tu ne penses qu’à « ça ». L’homme est surpris car il ne fait pas cette différence : pour lui, aimer sa partenaire, c’est l’aimer avec son corps. Quant à elle, la sexualité est plutôt un aboutissement qui survient lorsque l’autre a réussi à l’apprivoiser, lorsqu’il a démontré verbalement son amour pour elle ou fait quelque chose pour elle (comme les tâches ménagères), lorsqu’il a agi comme ELLE le voulait.

Poussée à l’extrême, cette dynamique donnant – donnant ne peut qu’aboutir à l’impasse et exagérer la tendance égoïste de l’homme et brimer la réceptivité et la générosité de la femme. En colère, l’homme prendra son plaisir de façon égocentrique, sans vraiment se préoccuper de ce qui plaît ou non à sa partenaire, selon ses humeurs libidineuses.  En colère, la femme se refusera ou restera passive, sa froideur reflétant l’impuissance de son partenaire à la rendre heureuse, ce qui, à la longue, risque d’entraîner une perte de sa propre libido.

Les répercussions sont positives lorsque les deux acceptent ces différences et les exploitent. La femme fait alors confiance à l’ « expertise génitale » de son conjoint et l’utilise pour accélérer son propre épanouissement sexuel. Rappelez-vous que la femme doit apprendre le chemin de l’orgasme. L’homme peut alors plus facilement se laisser aller aux plaisirs préliminaires, faits de tendresse, d’affection et de sensualité s’il se sait et se sent reçu dans sa génitalité. Il lui est plus facile de faire confiance à l’ « expertise sensuelle et sentimentale » de sa conjointe et de l’utiliser pour donner un sens à sa pulsion génitale. Le couple accepte donc, grâce à l’intensité de la libido de l’homme, d’expérimenter des rapports sexuels qui prennent toute leur signification dans un contexte amoureux, contexte sous la gouverne (non exclusive) de la femme.


Les particularités des cycles menstruels

Au début de toute relation, l’homme courtise une femme qui se montre très réceptive. Il est attentif ; elle est valorisante. L’expression émotive de l’homme titille la réceptivité sexuelle de la femme. Tout couple ou presque vit, au moment de la phase de la passion, une sexualité exacerbée. Mais cette passion ne dure qu’un temps, de trois mois à deux-trois ans. Puis la nature reprend le dessus : les hommes minimisent leurs efforts de séduction, mais ne veulent pas renoncer à leur fréquence de rapports sexuels. Les femmes veulent maintenant plus d’engagement de la part de leur partenaire pour continuer à les désirer. La différence d’intensité libidinale peut alors devenir source de conflit.

C’est autour de 40 ans que cette différence s’estompe, du moins si l’on se fie à la fréquence orgasmique hebdomadaire.  C’est aussi à cet âge que les hommes et les femmes peuvent le mieux s’entendre au point de vue sexuel. Les hommes deviennent de meilleurs amants parce que leur génitalité se montre moins urgente. Les femmes deviennent de meilleures partenaires sexuelles parce qu’elles ont généralement plus confiance en elle et qu’elles ont maintenant pris leur sexualité en main.

Ils subsistent toutefois encore certaines différences subtiles. Par exemple, la femme ne ressent pas la même réceptivité sexuelle tout au long de son cycle menstruel. Les femmes sont fortement influencées par leurs tempêtes hormonales, qu’on le veuille ou non. Mais elles sont aussi fortement influencées par le contexte psychologique. Théoriquement, toutes les femmes devraient ressentir, comme suite à l’augmentation de leur taux d’œstrogène, une poussée à la hausse de leur libido au 10e jour de leur cycle, ce désir plus intense maximalisant la possibilité de reproduction. Mais justement, la peur, ou le non désir, d’enfanter peut venir contrecarrer cette poussée et la déplacer au moment de la plus grande production de progestérone, précédant le début des règles, période alors infertile. D’autres femmes seront plus réceptives aux initiatives sexuelles de leur partenaire au moment où leur taux d’hormones est à son plus bas, soit autour du 5e jour.

L’homme aimant, attentif aux changements hormonaux de sa partenaire, découvrira rapidement à quel moment de son cycle celle-ci elle est la plus réceptive et en profitera, acceptant plus facilement les jours de moindre réceptivité. Au lieu d’avoir régulièrement trois relations sexuelles par semaine, il pourrait plutôt accepter d’en avoir cinq une semaine et une seule la semaine suivante. Ce qui vient parfois lui rendre la tâche plus difficile, c’est que les pointes de désir sexuel de sa femme peuvent varier selon ses projets. Si son non désir d’enfant se modifie, sa pointe pourra passer du 25e jour ou du 5e jour au 10e jour. Qui a dit qu’une fois marié l’homme pourrait avoir tout le sexe et la paix désirés ?

 

Les cycles hormonaux masculins

Les hommes ne sont pas non plus à l’abri de fluctuations de leur libido. On sait aujourd’hui que les hommes ayant des postes de haute responsabilité professionnelle ont une plus forte libido que la moyenne des hommes. Contrairement à la femme qui ne sera pas réceptive sexuellement si elle a un surplus de stress au travail, l’homme performant au travail utilise souvent la sexualité comme technique de détente. Plus il aura de travail et sera stressé par celui-ci, plus il aura le goût de faire l’amour pour retrouver une détente corporelle et une paix de l’esprit. À l’inverse, l’homme qui se sent inutile, déprimé, sans joie de vivre, sans but… verra sa libido diminuer.

Les hommes aussi ont des cycles hormonaux. Le premier est relié à l’âge : l’homme vieillissant produit de moins en moins de testostérone. À 65 ans, son taux peut représenter 50 % de celui qu’il avait à 30 ans. Un deuxième cycle est saisonnier : contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas au printemps, mais bien à l’automne que tous les hommes vivent une poussée de production de testostérone. Un troisième cycle est mensuel et varie un peu comme le taux de production des œstrogènes de la femme, sauf que les variations sont moins grandes et varient énormément d’un homme à l’autre : l’un peut avoir un cycle de 10 jours, l’autre, de 60 jours.

Quotidien est le quatrième cycle. En effet, les hormonothérapeutes se sont rendu compte, en prélevant régulièrement du sang, que le taux de testostérone démontrait une hausse marquée le matin, au réveil ou juste un peu avant. L’on sait que les hommes ont des érections lors de leurs rêves et des érections matinales ; cette découverte confirmerait le fait que de plus en plus d’hommes âgés rapportent que leurs érections les plus fortes sont celles du matin. C’est aussi à ce moment-là que la femme est la plus reposée, donc la plus susceptible d’être réceptive à l’initiative sexuelle de son partenaire. Ce serait donc une bonne idée pour l’homme (et pour la femme) de se rincer la bouche au moment de leur pipi matinal.

Le dernier cycle hormonal existant chez l’homme, celui qui fait le plus jaser, se produit aux vingt minutes. Tous, ou presque tous, les hommes ont trois poussées de production de testostérone à l’heure. On peut donc supposer qu’ils ont aussi trois pensées sexuelles à l’heure, soit plusieurs centaines par semaines.  Si vous en doutez, parlez-en au docteur Virginia Love, sexologue, qui s’est fait injecter de la testostérone sous supervision médicale. ELLE sait ce que c’est que d’avoir une libido d’homme. Il serait donc prouvé scientifiquement que les hommes normaux ne pensent qu’à « ça » ou, du moins, y pensent souvent. D’après certaines recherches, les femmes n’auraient, elles, que quelques pensées réellement sexuelles par semaine, sauf celles qui lisent des romans d’amour et chez qui l’on a pu observer une fréquence de relations sexuelles plus élevée.

Vivre en couple, c’est apprendre à gérer des différences et l’une de ces différences est que l’amour stimule la sexualité chez la femme et la sexualité stimule l’amour chez l’homme, aussi stéréotypée que puisse être cette affirmation.

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Yvon Dallaire, est psychologue, sexologue, conférencier et auteur canadien de nombreux livres sur les relations homme – femme : http://www.optionsante.com/yd_livres.php. Il est co-créateur de la formation professionnelle en psycho – sexologie appliquée (FPSA) avec le Dr Iv Psalti : http://www.formationsexologue.com, formation réservée aux intervenants en thérapie conjugale. 

 

[1] Néologisme créé par Iv Psalti, docteur en sciences biomédicales et sexologue.

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Dallaire Yvon

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Type : Psychologue
Publics : Adulte , Couple