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Couple séparé, famille déchirée

/ Par info psy.be / Problèmes de couple

Couple séparé, famille déchirée

Lorsque Laure et François (noms d’emprunt) mettent fin à leur union, c’est dans la douleur et le ressentiment. Leurs trois enfants se retrouvent au centre d’une véritable guérilla. Pour Laure comme pour François, l’autre est un parent défaillant, incapable de mettre des limites : ils expriment des inquiétudes réciproques, se traitent mutuellement de manipulateur, dissèquent le moindre événement qui se passe chez l’un ou l’autre, n’hésitent pas à porter plainte dès que l’un d’eux fait un faux pas et incitent leurs enfants à leur téléphoner à la moindre contrariété chez l’autre parent (les enfants possèdent chacun deux GSM : un pour chaque parent !).

Suite à un dérapage de leur fils aîné, Thomas, le juge de la jeunesse désigne un médiateur familial qui, à son tour, conseille à la famille de suivre une thérapie familiale. Après avoir vu les parents séparément ; écouté leurs interprétations différentes des conflits et pris garde de ne pas servir à notre tour « d’arme de guerre » nous recevons les enfants à la demande de François qui s’inquiète des conséquences des conflits entre lui et son ex-compagne, dans la fratrie.

Pour le père, Thomas, âgé de 14 ans, est manipulé par sa mère et ne veut plus venir chez lui. Il est difficile et même infernal chez son père, se disputant avec son frère, frappant Magalie, âgée de 10 ans, téléphonant à sa mère chaque fois que son père dépassé par les événements le punit, parfois très sévèrement. Pour la mère, c’est Arthur, 13 ans, qui est sous l’emprise de son père et traine les pieds pour venir chez elle. S’il manifeste son désaccord de façon moins agressive que Thomas, c’est sur le plan scolaire que les disputes avec sa mère sont les plus violentes, là encore elles se terminent par un appel d’Arthur à son père.

En demandant aux enfants comment ils vivent leur quotidien chez leurs parents, nous découvrons rapidement que les deux garçons ont compris qu’ils pouvaient tirer avantage du conflit parental et obtenir des passe-droits comme aller 3 jours au lieu de 7 chez un parent ou se faire gâter un peu plus par le parent-allié.  Laure et François, dépassés par ce qu’ils ont contribué à mettre en place s’accusent mutuellement et renforcent les comportements de leurs fils : plus de sévérité pour l’un plus de récompenses pour l’autre, creusant un fossé entre les deux garçons et faisant naître un sentiment d’injustice surtout chez Thomas plus terre à terre que son frère. Quant à Magalie, elle affirme aimer autant être avec son père que sa mère, c’est sa relation avec Thomas qui est le plus difficile à vivre pour elle.

Nous nous efforçons alors de mobiliser les parents et il s’avère rapidement que le papa, inquiet de l’éloignement progressif de Thomas, est client pour améliorer sa relation avec celui-ci. Nous l’invitons à rendre plus attractif, pour son fils aîné, le fait de venir chez lui. Pourquoi ne pas faire une activité avec lui en particulier ? Prendre un moment pour parler avec lui et Magalie et rappeler qu’en cas de conflit, peu importe qui a commencé, les deux seront sanctionnés (Thomas plus souvent puni que sa sœur, se venge alors sur cette dernière dès qu’il en a l’occasion).

Plus attentif aux besoins de son aîné et lui ayant fait des cadeaux (hélas, le matériel joue un grand rôle dans la conquête des enfants !), le papa est appelé au secours, pour la première fois, par Thomas, suite à une punition maternelle. Heureux de ce retournement de situation, François « vole au secours » de son fils et Laure, quant à elle, fustige son ex-compagnon d’être intervenu sur son territoire et d’avoir joué aux yeux de Thomas le rôle du sauveur. Si elle a, dans un premier temps, accepté l’intervention de François pour calmer Thomas, elle a par la suite porté plainte pour ingérence dans sa semaine de garde !

Le travail avec la maman consiste alors à lui faire voir le danger de la situation conflictuelle, pour ses enfants. Elle est sensible à l’argument selon lequel les enfants sont en train de faire l’apprentissage de la manipulation et pas celui de la confrontation saine avec l’autorité. D’autre part, elle reconnaît qu’elle se mêle également de ce qui se passe chez le papa : elle cherche à avoir des informations sur les repas ; se justifie quand un enfant lui rapporte des critiques de son ex-compagnon et porte systématiquement plainte en cas d’intervention de François.

Une fois convaincue que ce sont les enfants qui paient le prix fort du conflit de leurs parents, elle décide de profiter d’une rencontre avec le médiateur pour mettre au point un pacte de « non-agression » mutuelle avec son ex-compagnon, ce qui signifie d’une part arrêter d’empiéter sur le territoire de l’autre et d’autre part encourager les enfants à accepter les règles du parent chez qui ils sont.

Même si la situation entre Laure et François est  encore tendue et les empêche toujours de refaire leur vie sereinement, le pacte de non-intervention mutuelle a porté ses fruits. Les jalousies entre les enfants se sont apaisées et la garde-alternée peut à présent se dérouler sans dérapage préjudiciable pour les enfants.

Catherine Lemoine

 

 

 

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