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Conseils de psy

La pharmacie de maison

/ Par Anne-Françoise Meulemans / Etre soi

La pharmacie de maison

Généralement, on trouve la pharmacie de maison dans la salle de bains, dans la cuisine ou la chambre, parfois le garage….

Parfois réduite à sa plus simple expression, tout médicament périmé est  directement éliminé.  Parfois elle déborde de remèdes allopathiques, homéopathiques, rangés par indications, par ordre alphabétique, à rendre jaloux le pharmacien du village.

Elle nous renseigne déjà sur leur propriétaire, plutôt organisé voire maniaque ou hypochondriaque, ou plutôt minimaliste.

Les remèdes homéo côtoient /ou pas des remèdes phyto  et/ou allopathiques. Ils nous en apprennent  sur les croyances de la maison.

Arnica, aspirine, pilule, antihypertenseurs, paracétamol, antidépresseurs, anxiolytiques….

On peut trouver son bonheur dans sa pharmacie …ou ailleurs dans la maison. Car il y a aussi la pharmacie « underground » !

 

Qu’y trouve-t-on donc qui n’aie besoin ni de médecin ni de prescription ?

L’alcool, le joint, la cigarette, le chocolat, les sucreries, la nourriture, les écrans, etc.

Certains mangent trop, trop gras, trop sucré.

D’autres sont accrocs à leurs joints, ne fut-ce que pour bien dormir.

Ceux-là vivent à côté de leur pharmacie-bar. Ils boivent pour oublier, pour décompresser  ou juste pour tenir le coup.

Ceux-là  encore fument, cigarette-pose au travail, cigarette après le repas, cigarette anxiolytique, cigarette-manque.

Cigarettes, joints, alcool, bonne chair ne nécessitent pas de prescription. La plupart d’entre eux sont en vente libre dans les magasins.

On   les trouve  exposés un peu partout dans la maison, sur la table, dans la cuisine, au salon, dans la chambre.  

Leur usage a parfois commencé très tôt. C’était  déjà une habitude dans la famille. ‘Chez moi, on boit à chaque occasion’.

Le médicament fait partie de la famille, allié de ses crises, de ses débordements, allié tacite, mais bien présent.

L’addiction est d’autant plus tenace que le contact avec le produit addictif a lieu tôt (l’adolescence, parfois déjà l’enfance). ‘Les enfants pouvaient déjà tremper leurs lèvres dans les verres des adultes’, ou ‘tirer un coup sur la cigarette de tonton’.

Personne ne le condamne vraiment, on sait que ce n’est pas l’idéal, on banalise non seulement dans la famille, mais aussi chez les amis qui partagent souvent les mêmes addictions.

La dépendance n’est souvent qu’une partie visible de l’iceberg. Cette masse de glace est faite de souffrance, d’impuissance, de solitude, de stress  et de mille autres bonnes raisons qui rendent ces produits indispensables dans la vie de la personne, parfois de la famille.

Tout  jugement est contreproductif, qu’il vienne de soi, de l’entourage, du/de la conjoint-e, des parents, des proches. Le jugement est un empêcheur d’avancer, un bloqueur de développement.

Prenons plutôt nos scaphandres, partons explorer la partie invisible, celle qui donne tout son sens à la consommation addictive de tous ces produits.

La compréhension ouvre d’autres perspectives de communication à commencer par l’acceptance bienveillante de la réalité du sur consommateur.  

Une société qui prescrit des anxiolytiques doit aussi se poser la question de la place de l’alcool, des joints, de la boulimie. Ces substances sont sans doute des piliers, des puits perdus pour les angoisses et le stress, pour les tensions générées par des modes de fonctionnements que notre société valorise.

 

Pourquoi certains ont-ils besoin d’antidépresseurs, de bière, de trop manger ou de drogues ?

La réponse est multiple : la sensibilité de la personne, les croyances, l’éducation, la génétique, les événements de vie, l’organisation de la société.

 C’est dans cette perspective large, avec une attitude compréhensive, constructive et bienveillante que les ‘acteurs de la santé’ peuvent aborder cette problématique. Par ce biais, des solutions autant multiples que créatives émergent. Elles pourront toucher à l’organisation de la vie, à une prise en charge thérapeutique, à une remise en question profonde ou juste soutenir un statut quo. Le seul projet qui en vaut la peine est celui du patient. 

C’est le rôle du médecin/du thérapeute que d’accompagner le patient dans un projet de mieux-être qui respecte son rythme, ses limites.

Dr Anne-Françoise Meulemans

Portrait de Anne-Françoise Meulemans

Anne-Françoise Meulemans

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