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Conseils de psy

La thérapie du couple, un challenge!!!       (suite et fin )

/ Par Anne Ecole du couple / Vivre à 2

La thérapie du couple, un challenge!!! (suite et fin )

....La relation thérapeutique n’existe que par la rencontre permanente et évolutive du client et du thérapeute tous deux en présence l’un avec l’autre.

L’approche systémique oriente ainsi l’attention du thérapeute sur la situation en présence par  les interactions existantes et par les systèmes actifs en délocalisant le regard d’une analyse intrapsychique, centrée sur les individus.

  1. Qui est le patient ?

S’agit-il de deux partenaires distincts ? Le thérapeute pourra alors choisir de travailler avec chacun des partenaires en présence de l’autre. La tendance de cette approche sera de privilégier une approche intrapsychique ou individuelle face au couple. Dans cette posture le thérapeute en début de séance pourra, en s’adressant à Monsieur (ou à Madame) poser, par exemple, la question suivante : « comment allez vous Monsieur dans votre couple ? »

Dans ce cas, le thérapeute de couple pourra successivement, voire même séparément, interroger et travailler avec l’un puis avec l’autre des partenaires.

Une deuxième approche consistera à travailler sur le lien qui agit la relation. Le thérapeute pourra alors travailler sur l’interaction, la manière dont chacun agit et rétroagit. Comment chacun va exprimer, puis reformuler ce qu’il entend de l’autre partenaire. L’intervenant va alors centrer son attention sur le processus de la relation et comment chacun interagit avec l’autre. Dans cette posture, le professionnel pourra poser comme question, en s’adressant à Monsieur (ou à Madame) : « Avec quel sentiment pensez-vous que Madame (ou Monsieur) arrive aujourd’hui ? ».

La tendance de cette approche sera alors de privilégier une approche plus relationnelle, voire communicationnelle.

Une troisième approche que nous privilégions et que nous développons au sein de l’Ecole du Couple, mais qui n’est pas toujours accessible dans un premier temps par le couple, sera de faire travailler le couple. Les deux partenaires sont alors perçus comme un organisme, une entité-couple, un système qui a sa vie, ses crises, ses élans et ses moments de doute. Le travail du thérapeute consistera alors à interroger le couple sur sa santé, la manière dont il traverse tel événement qui l’a chahuté, ou comment le couple peut réagir et traverser l’infidélité d’un des partenaires. Le thérapeute peut interroger le couple, sans regarder aucun des membres du couple de façon spécifique, et laisser au couple le soin de s’organiser pour ses réponses et ses interventions.  Cela permet ainsi de vérifier la viabilité du couple dans sa capacité d’échanges, de ressources et de dépassement de la crise qui l’a conduit à consulter.

Ces trois postures ne sont  pas exclusives l’une de l’autre. Notre visée consiste à travailler sur l’entité-couple en tant qu’organisme vivant.

D’abord une phase d’observation.

Une première étape du travail sera d’observer, si possible en absence de toute interprétation, ce que le couple laisse apparaître. Tout est utile en thérapie de couple. Et même si Madame abuse de la prise de parole ou que Monsieur se perd dans des détails de l’organisation financière familiale, l’intervenant va laisser advenir ce que le couple va montrer de lui dans le processus de la narration et de la relation.

Nous rassemblons les éléments qui font cohérence, ou au contraire dissonance : les prises de parole, les mouvements du corps, les places que chacun occupe durant la séance, les thèmes qui seront abordés et par qui. Tout peut être restitué au service du couple qui n’a parfois jamais pris le temps de s’observer dans son fonctionnement.

Travailler la communication émotionnelle.

En cours de séance, le couple va exprimer de la colère, de la rancœur, de la joie ou de la tristesse. La communication et la relation amoureuse sont fondées sur un lien et une communication nourris d’émotionnel. Faire travailler le couple sur ce qu’il ressent, ou ce que chacun des partenaires ressent, ou ressent de ce que l’autre ressent, va intensifier l’échange et l’intimité du couple.

 Ces phénomènes émotionnels vont impacter le professionnel qui pourra partager son éprouvé. Le thérapeute de couple pourra ainsi non seulement nommer ce qu’il observe, mais aussi partager ce qu’il ressent, soit à l’un des partenaires, soit aux deux à propos de leur relation, soit au couple. Ce travail de restitution ou de résonnance va nourrir le travail de thérapie à condition qu’il soit fait à bon escient. Ni n’importe quand, ni n’importe comment !

Poser des hypothèses… et dans quelle intention ?

Nous proposons dans le travail d’accompagnement des couples, de poser des hypothèses. Les hypothèses vont permettre de créer des « bords ». Elles n’ont pas pour fonction de proposer une interprétation, encore moins de limiter ou réduire les perspectives du  couple, mais de contenir le travail. Lorsqu’un couple consulte, sa demande est souvent liée à un manque de sécurité. Mettre des bords en proposant une hypothèse (après un travail d’observation et de ressentis) va permettre de favoriser une sécurité pour exprimer et soutenir toute l’intensité de ce que vit le couple.

Le couple est souvent pris dans une tourmente qu’il traverse au milieu de nulle part, une sorte de hall de gare où toutes les directions sont possibles, ni les entrées, ni les sorties ne sont canalisées, les appels d’air sont déséquilibrants et le couple ne peut que survivre. Border va structurer l’expérience thérapeutique et laisser un espace ouvert tout en proposant des repères, des rambardes, sur lesquels le couple pourra trouver des points d’appui sur lesquels s’adosser.

C’est bien sur l’objet de la formation de présenter et travailler  ces hypothèses.

Ces hypothèses, diverses, dépendent pour beaucoup de la formation du thérapeute, de sa sensibilité, ou de sa propre expérience. Certains poseront des hypothèses transgénérationnnelles faisant ainsi référence à des modèles parentaux ou des problématiques d’attachement, d’autres vont plus travailler sur les notions d’étouffement et d’abandon ressenties par le couple ou par les partenaires ; d’autres vont développer des hypothèses autour des frontières, de la hiérarchie dans la structure ou les processus d’organisation des couples, d’autres encore sur la différenciation et les cycles de croissance du couple. Le choix de l’une ou l’autre de ces hypothèses n’est pas un hasard. C’est le résultat d’une conjoncture, celle d’une construction du thérapeute engagé dans la relation avec toute sa personne et du couple en présence.

Chacune de ces pistes va permettre une lecture de la situation du couple. Le couple pourra se saisir ou au contraire refuser l’hypothèse proposée comme convenant ou pas à une herméneutique possible de leur situation.

Bien plus que l’hypothèse et son contenu, c’est la fonction de celle-ci qui est importante, c’est à dire la façon dont ces hypothèses seront utilisées par le thérapeute et le couple. En effet, une hypothèse émise oriente le travail et sert de bord à la situation thérapeutique. En offrant un repère au couple, l’hypothèse peut apporter un soutien cognitif et permettre ainsi au couple d’oser expérimenter des situations nouvelles qui favoriseront des ajustements créatifs.

Notre approche ne donne pas de présupposés sur la manière dont un couple peut vivre pour être heureux. Elle n’est pas un outil d’analyse, et ne se limite pas à un moyen d’accompagnement. Elle est un engagement de toutes les parties en présence dans une co-construction d’une forme possible du couple pour ces partenaires-là, sans modèle préconstruit. Dans l’accompagnement du couple, comme dans la thérapie individuelle, l’originalité, nous semble t-il de l’intervenant thérapeute, sera de susciter de l’interrogation, de la curiosité et développer du désir dans le couple. Rien, par avance, n’est tracé.

Jean-Paul SAUZEDE

Anne SAUZEDE-LAGARDE

EcoleduCouple.com

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Anne Ecole du couple

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