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Conseils de psy

Structurer une thérapie du couple

/ Par Anne Ecole du couple / Problèmes de couple

Structurer une thérapie du couple

Comment j'entends et oriente la demande de mon client?

Nous avons souvent constaté que les demandes individuelles dethérapie incluent des difficultés de couples : difficultés relationnelles, de positionnements, problèmes sexuels ou financiers.
C’est pour cette raison que lors du premier appel téléphonique, nous avons pris l'option dans notre pratique professionnelle de toujours prendre du temps pour interroger l'objet de la demande, y compris lors d’un appel téléphonique pour une thérapie individuelle.

Cette orientation que nous prenons dès le premier appel téléphonique répond à des choix théoriques et cliniques. L’un des choix théoriques est de toujours partir du système le plus complexe pour traiter une souffrance. Ceci revient à ne pas isoler la personne de son système et de sa situation. Si au préalable la figure qui se développe trouve un ancrage privilégié au sein du couple, et s'il y a une plasticité suffisante de la personne pour travailler sur son couple ainsi que l’accord du partenaire, nous préférons aborder les difficultés de couple en présence du couple plutôt qu'avec un seul des partenaires. Nous privilégions alors la thérapie du couple.
Cette orientation prive en conséquence de tout travail ultérieur avec l'un ou l'autre des partenaires. Engagés avec un couple, nous sommes thérapeutes du couple.
Prendre l’un ou l’autre des partenaires en thérapie aurait plusieurs conséquences, à nos yeux, néfastes : par exemple, celle de désigner le partenaire-client comme l’auteur du trouble conjugal et donc comme symptôme. Renvoyer en thérapie individuelle ce client alors qu’un processus de couple est engagé, ou terminé, reviendrait à nommer cette personne comme la cause du dysfonctionnement conjugal, voire même à libérer l’autre partenaire de toute responsabilité. Rester sur une perspective cohérente nécessite de garder un seul et même client : le couple.
Pour cette raison, nous préférons prendre du temps lors du premier entretien téléphonique afin de d’expliciter le plus tôt possible les situations en amont et travailler avec le couple en présence, plutôt que travailler par des séquences individuelles successives !

Le couple sur-investi !

Nous constatons que le couple est un lieu d'engagement affectif, social, culturel et physique particulièrement investi aujourd'hui.
En prenant cette direction d’orienter la demande vers un travail de couple dès le premier appel téléphonique, nous affirmons que le couple est un espace particulièrement actif en termes de restauration affective et thérapeutique, comme en termes d'accentuation des souffrances psychiques déjà présentes.
Travailler avec le couple, c'est permettre au couple, au travers de sa relation, d’être un facteur thérapeutique pour chacun des membres qui le constituent et de vitaliser cette entité couple. Inversement, ne travailler qu'avec un des membres du couple qui en fait la demande, c'est risquer de passer beaucoup de temps à parler d'un absent (l'autre partenaire) avant que le client ne prenne conscience de la manière dont il en parle, de la fonction de sa plainte ou des scénarios de répétition qu'il ravive. Pour aboutir assez souvent à des prises de conscience qui nécessitent un travail de couple.

Qu'est-ce qu'un couple? Qu'est-ce qui fait qu'un couple est un couple?

Le travail en thérapie de couple nous interroge sur notre anthropologie et notre propre conception du couple. Nous reprenons ici la notion développée par G. Bateson « d’observateur participant ». Le thérapeute ne peut repérer en présence du couple que ce qui est significatif chez lui. Plus le thérapeute aura intégré des prises de conscience et une mobilité intellectuelle plus il favorisera en faveur du couple en présence. Chaque thérapeute de couple devra préalablement s'interroger sur ses représentations (celles de son histoire, de ses parents, de ses modèles), sur ses pratiques (de sa propre vie de couple présente ou révolue) et sur ses convictions culturelles et éthiques (sur ses introjections) avant de pouvoir se lancer dans un travail avec un couple-client. Ceci revient à examiner l'anthropologie du thérapeute de couple. Nous recevions récemment un couple vivant chacun dans un appartement mitoyen. Seule la brosse à dents de l'un siégeait dans l'appartement de l'autre. Est-ce un couple?

Des histoires pour une histoire !

Michael V. MILLER (1) dit qu'un couple qui n'a pas encore traversé une crise n'a pas d'histoire et donc n'existe pas encore en tant que couple. Nous avons rencontré des couples qui vivent financièrement séparés, sans projets ou sans sexualité depuis des années, par choix implicite ou consenti. Quelles sont les limites de la constitution d'un couple? Et quelles sont nos marges de tolérance, d'acceptation et donc aussi de désir que nous allons déployer face à un couple. Dans quel modèle ou dans quelles projections et introjections nous pourrions enfermer nos clients, pris nous-mêmes en tant que thérapeutes par nos conceptions, nos expériences de couple et nos repères théoriques ?

Gare à nos introjects sur le couple !

Bien sûr, il n’y a pas un modèle du couple. Pour autant le thérapeute n’est pas sans références et ne peut pas nier ses propres introjections. Au contraire, il peut s’appuyer sur eux comme une source qui peut alimenter le travail du couple, avec la limite de ne pas entraver la réalité et le propre désir du couple-client.
L’enjeu de ce travail est de conscientiser les représentations du couple et de nous en servir, en tant que représentation introjectée, et non pas en tant que vérité, dans le travail avec le couple. Si nous rencontrons un couple à qui cela convient de n’avoir aucune sexualité, nous allons bien sur l’interroger sur cette non-activité. En faisant cela nous sommes conscients d’induire un introject qui pourrait se résumer
ainsi : un couple doit avoir une certaine activité sexuelle. Nous pouvons aussi avoir une autre croyance : ce qui est sain pour un couple c’est que la forme de l’activité sexuelle, quelle qu’elle soit, même s’il n’y en a pas, soit nommée et réactualisée. Le thérapeute va pouvoir s’appuyer sur ses introjections, qui n’ont pas en soi à être nommées ou imposées, pour interroger le couple, et une fois de plus, observer le processus en cours.
Comment le couple se parle de son absence de sexualité, comment le couple accepte le questionnement du thérapeute. En soi la sexualité ne nous intéresse pas comme contenu et nous travaillons rarement sur les pratiques sexuelles. Par contre il nous paraît plus pertinent de regarder comment se passe la (non-)sexualité, qui décide quoi, comment ils en sont arrivés là, où ils en sont, et comment cela oriente l’organisation de leur couple en termes par exemple de frontières, de hiérarchies, ou de fonctions.

Exercer la thérapie du couple demande donc au thérapeute du couple de clarifier sa propre anthropologie et de développer une approche qui permette de faire travailler le couple à partir de leur réalité et de leurs modes relationnels. L’intérêt du thérapeute du couple sera plus de porter son attention sur la santé du couple en terme de dynamique relationnelle, qu’en termes de contenu.

En thérapie de couple, qui est le client?

Notre troisième interrogation concernant la thérapie de couple peut paraître théorique, mais en fait recouvre un fondement clinique: en thérapie de couple, qui est le client? Avec qui en tant que thérapeute je vais travailler ?
Vers qui vont s'orienter mon attention et ma présence?

Il nous semble que trois options se présentent au thérapeute :

1. Est-ce avec l'un puis avec l'autre des partenaires que nous travaillons?
Dans ce positionnement, je pratique une thérapie de couple, comme d'autres feront de la thérapie en groupe, en travaillant prioritairement et alternativement sur les problématiques individuelles de chacun des partenaires au sein du couple. Une question-clé adressée aux deux clients pourrait être: « que se passe t-il pour vous madame (ou monsieur)? ».
Dans ce cas de figure, le travail s’effectue avec deux clients en présence qui sont les deux partenaires du couple.
En amplifiant, nous pourrions dire que le thérapeute effectue deux thérapies individuelles à chaque fois en présence de l’autre partenaire du
couple.

2. Une deuxième posture est possible : nous pouvons travailler sur l'interaction entre les deux partenaires, c'est à dire sur ce qui se passe par exemple pour monsieur lorsque madame le regarde ? Une question clé pourrait être alors: "que se passe t-il pour vous lorsque monsieur (madame) vous regarde de cette façon-là? » Le travail n'est plus alors centré sur la personne au sein du couple, mais sur l'interaction entre l'un et l'autre, voire même sur l'interaction de l'interaction : ("Que pensez-vous madame quemonsieur ressent lorsque vous le regardez de cette façon ?"). Dans cette orientation, nous allons pouvoir travailler sur la compréhension émotionnelle et sensitive de la relation entre les partenaires. Ici en tant que thérapeutes nous travaillons avec les deux clients en interaction ou pour le dire autrement, avec l'interaction des deux partenaires. Le client devient l’interaction.

3. Enfin nous pouvons orienter notre regard encore autrement : au lieu de travailler avec deux clients en présence, ou travailler avec l'interaction de mes deux clients, nous pouvons travailler avec le couple lui-même comme organisme vivant.

A titre d'exemple, dans la position première, en début de séance nous pouvons poser la question suivante en regardant l'un des partenaires :
comment allez-vous monsieur (madame). Dans la deuxième posture, nous pourrions poser en début de séance la question suivante, en regardant l'un puis l'autre des partenaires :"Madame, comment pensez-vous que va monsieur dans votre couple?" Dans la troisième posture, nous pouvons poser en début de séance une autre question, en regardant le sol (ou le plafond!) mais ni l'un ni l'autre des partenaires: "Comment va votre couple?"… et observer ce qui se passe… qui parle à qui, avec quelles réactions du partenaire.
Comme thérapeutes, nous pouvons toujours travailler sur l'un ou l'autre de ces trois niveaux logiques. L'essentiel est de repérer dans quel niveau d’intervention nous nous situons à ce moment-là et de choisir quelle est notre perspective de travail.

Avoir le désir de travailler avec des couples n’est pas en soi suffisant. Cela nécessite pour le thérapeute, comme nous avons essayé de le montrer par ces trois pistes partielles : interroger son intention auprès des clients -y compris dans des demandes individuelles, examiner son anthropologie, ainsi que son positionnement dans son mode d’intervention.
Nous avons posé ces trois points comme un préalable à toute thérapie de couple, sachant qu’il reste à traiter, la question du diagnostic et des stratégies d’intervention et de changement. C’est l’objet de la formation que nous proposons.

Jean-Paul SAUZEDE
Anne SAUZEDE-LAGARDE

Prcohaine formation à la thérapie du couple : https://www.psy.be/fr/evenements/formation-la-therapie-du-couple

(1) Michael Vincent Miller. « After the beginning.». The Oprah Magazine.Février 2006

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Anne Ecole du couple

2 place de l'écluse - 30000 Nîmes
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