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Conseils de psy

Le suicide d'un adolescent

/ Par Françoise Van den Eynde / Comprendre son ado

Le suicide d'un adolescent

Un garçon de douze ans a mis fin à ses jours ; il s'est pendu dans sa chambre.
La nouvelle fait du bruit. Les médias y consacrent du temps, de l'espace. On en parle au boulot, dans le métro, à l'école, entre voisins, entre copains, en famille...
Chacun essaie de comprendre les raisons de cette tragédie, chacun tente de se représenter le drame que vit la famille de ce jeune garçon ainsi que son entourage amical et scolaire.
A l'annonce d'une telle information, il est tentant d'émettre des interprétations, de vouloir y comprendre quelque chose, quitte à le faire payer parfois à certains, bien involontairement d'ailleurs.


Mais comment accepter un geste aussi violent et définitif ?

Spontanément, il faut trouver un coupable, la recherche est donc lancée. Et qui cherche trouve souvent, - se - trouve une construction qui semble tenir...
On nous dit qu'il était solitaire, dépressif, qu'il avait des problèmes relationnels et que son niveau scolaire ne correspondait pas aux normes propres aux élèves de son âge ; autant d'hypothèses plausibles, autant de fils conducteurs pour pouvoir élucider l'énigme au plus vite?

Peut-être, mais au risque d'un étiquetage proprement emballé du sujet qui est en jeu, c'est-à-dire du suicide, et du suicide d'un jeune qui plus est.

C'est que le suicide fait peur. C'est un sujet qui reste difficile à appréhender, il invite aux non-dits et aux attitudes de fuites car il nous confronte à la mort et souvent à la violence.
Il me semble donc important de prendre du recul face à un événement tel que celui-là. En effet, consciemment ou non, et cela peut paraître choquant, chacun pense immédiatement à soi : « cela pourrait-il m'arriver, ou arriver à un de mes proches ?» Dès lors, on réalise plus facilement les réactions viscérales qu'une pareille nouvelle peut entraîner.

Le jeune qui s'est suicidé emporte presque toujours une part d'inexpliqué et laisse ses proches dans l'incompréhension ou le doute et dans un douloureux sentiment de culpabilité.


La période de l'adolescence est délicate, parce que charnière entre enfance et vie adulte.

Les adolescents se cherchent, sont en mal d'identité et ont besoin de limites qui peuvent les contenir. Il est nécessaire pour eux de se confronter au monde des adultes et de tester leurs propres limites. Souvent, les parents se sentent bien seuls et démunis face à leur ado qu'ils ne reconnaissent plus. Il peut s'avérer nécessaire de se faire aider lorsqu'une situation trop tendue perdure.

Il est parfois déstabilisant pour des parents de sentir leur enfant leur échapper, de le voir établir un écart entre lui et eux. Une certaine séparation est pourtant indispensable pour que le jeune puisse se trouver et prendre son indépendance.
Toute la difficulté est de pouvoir distinguer la crise adolescente - étape normale et nécessaire dans la vie de chacun - de l'adolescent en crise. Ce dernier se manifeste par des attitudes de ruptures importantes, quelles qu'en soient les formes ( repli sur soi ou actes violents par exemple).

Les adolescents ont impérativement besoin de se sentir reconnus et respectés, d'avoir conscience d'exister pour ceux qui les entourent et qui prennent soin d'eux. Dans notre pays, le taux de mortalité par suicide chez les jeunes est très important, la tranche d'âge entre quinze et vingt-quatre ans est la plus touchée. De manière générale, les garçons se suicident plus que les filles ; ils ont tendance à agir plus rapidement alors que les filles sont plus communicatives, ce qui leur permet de recréer du lien.


Il faut être extrêment attentif lorsqu'un jeune exprime son malaise ou son désir de mourir.

L'idée très répandue qui dit que quelqu'un qui en parle ne passera pas à l'acte est inexacte. Le suicide peut être pour certains la tentative de trouver une issue à une situation douloureuse et insupportable pour eux, ce peut être la dernière porte de sortie, celle qui fait malheureusement
parfois perdre la vie.

 

Françoise Van den Eynde, Psychothérapeute

 

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Françoise Van den Eynde

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