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Conseils de psy

Médecine et psychothérapie

/ Par Anne-Françoise Meulemans / Psychothérapies

Médecine et psychothérapie

De nombreuses maladies trouvent leur origine dans le psychisme de la personne (ex: stress). Il s’agit des maladies psychosomatiques, parfois dénommées à juste titre, parfois nommées ainsi à défaut de trouver une cause organique.

D’autre part, on sait l’impact que peuvent avoir sur le plan psychologique les problèmes de santé physiques qu’ils soient aigus (stress suite à l’annonce d’un cancer), ou chroniques (dépression secondaire à une douleur chronique).

Peut-on considérer quelqu'un qui n'a que la connaissance du mental comme un médecin ? Il s'agit d'un psychothérapeute. Un médecin qui n'aurait de connaissance que celle de la mécanique du corps, peut-il être considéré comme un médecin ?

Si nous nous référons à la définition de l'OMS qui définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social, le médecin se doit d'avoir la connaissance du corps, du cœur et de la tête.

En consultation médicale, la pression de demande de prescription médicamenteuse est puissante. Derrière cette demande, il y a la pression de l’industrie pharmaceutique tant sur le patient via les publicités que sur le médecin.

Chez ces derniers, la pression se fait via l’information médicale, depuis la délégation médicale avec des études bidons, aux formations médicales soutenues financièrement par les firmes pharmaceutiques, jusqu’aux études pseudo-scientifiques où l’on sait que la séparation d’intérêts entre le monde médical et l’industrie pharmaceutique est parfois plus que ténue, si pas inexistante.

Bien sûr, et heureusement les vraies études scientifiques existent mais sont parfois perdues dans un flot de pseudo études.

Et puis surtout il y a le poids de l’habitude des deux côtés du bureau de consultation, la vision du bon médecin qui donne le bon sirop, véritable image d’Épinal.

Pourtant ‘Primum non nocere’, dans tout principe actif, il y a toujours une toxicité potentielle, parfois si ténue petite ou mince ou minime soit-elle. Pour répondre à cet adage, la prescription doit être la plus minimaliste possible. Tout l’art de guérir est là.

Tout le monde connait (mal) l’effet placebo. Le placebo relève du talent du médecin à se prescrire. Cela veut dire qu’en mettant de l’écoute, du temps, de la bienveillance, de l’explication, en témoignant de sa grande confiance dans les capacités de son patient à pouvoir contrer la maladie, la prescription de médicaments peut devenir inutile.

Elle peut être réduite au dixième de ce qu’elle existe aujourd’hui, toutes consultations confondues, tout en gardant l’efficacité thérapeutique, et en gagnant en efficacité ! En consultation, il y a les limites liées aux attentes du patient, qui parfois veut vraiment ses médicaments, tous inutiles voire même inopportuns (antibiotiques dans des viroses) soient-ils. C’est bien là l’enjeu de l’éducation à la santé, qui doit se faire dans le domaine public et au sein de la consultation privée, contrepoids indispensable aux vieilles croyances, et à toute la publicité pharmaceutique.

Là aussi réside le talent de psychothérapeute du médecin pour bien communiquer, pour bien sentir son patient, voir ce qu’il est prêt à concéder dans ses fausses croyances médicales.

Dans cet objectif ambitieux qui est d’amener la consultation à une réelle pratique de l’Art de guérir, il y a lieu de former les médecins dans ce sens. On ne peut plus faire l’impasse sur la nécessité de former le médecin à diverses techniques psychothérapeutiques. Il sera ainsi (plus)capable de gérer toute la complexité de la rencontre singulière avec son patient dans toute sa diversité .

De plus il sera capable de d’orienter correctement son patient vers l’approche psychothérapeutique adéquate. Ce talent éclairé de la connaissance du fonctionnement psycho-affectif du patient permet toute la puissance de l’effet placebo.

Cet effet placebo est, pour rappel, aussi puissant que les antidépresseurs dans les dépressions légères. Ceci nous renseigne quelque peu sur sa puissance tant ignorée de tous, redoutée par le patient, méprisée par le monde médical.

Pourquoi le monde médical ne reconnait-il pas l’approche psychothérapeutique comme nécessaire et indispensable à toute bonne pratique de médecine générale ET spécialisée ? Les médecins y gagneront en cœur, en intelligence, et témoigneront plus que jamais d’un incroyable talent de communicateur qui validera leur titre de l’art de guérir.

On peut même espérer que nombre d’entre eux y retrouveront du sens, du plaisir et de l’attention à leur propre bien-être. Au jour d’aujourd’hui, l’Ordre des médecins ne semble pas reconnaitre le droit aux médecins généralistes de travailler en tant que psychothérapeutes, ni de communiquer à ce propos.

Docteur Anne-Françoise Meulemans
CentrEmergences
1348 Louvain-la-Neuve

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Anne-Françoise Meulemans

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