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Que faire devant une révélation de maltraitance sexuelle ?

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Que faire devant une révélation de maltraitance sexuelle ?

Le comportement et les attitudes de l'enfant

Le langage. Il faut vérifier si le langage utilisé par l'enfant est conforme à son niveau de développement. La présence de descriptions ou d'une terminologie ne correspondant pas à son niveau ou à son registre indique une influence possible d'un tiers dans la préparation et l'organisation de la déclaration. Il est important de relever les caractéristiques de l'abus sexuel et de vérifier si les termes utilisés par l'enfant sont acquis ou appris, et quelles en sont les sources éventuelles. Dans les situations de déclarations fabriquées, certains enfants subissent un véritable coaching (Yuille, 1993) et se retrouve sous l'influence d'une tierce personne qui fait pression pour que la déclaration soit la plus crédible possible.

Le savoir. Les connaissances de l'enfant en matière de sexualité sont-elles conformes à son niveau de développement? Comment l'enfant a-t-il acquis ces connaissances spécifiques dès lors qu'elles ne correspondent pas à son niveau développemental? Le contexte d'abus peut cependant influencer le savoir sexuel des enfants. Certains enfants peuvent ainsi développer une hypermaturité et un savoir sexuel anachronique en relation avec des faits d'abus sexuels. Lorsque l'enfant a subi un coaching, il a probablement reçu une leçon ou une influence qui l'amène à évoquer des aspects de la sexualité en discordance avec son âge, sa maturité et son niveau de développement.

L'affect, les émotions, les sentiments. L'expression d'un affect ou d'une émotion particulière apporte de la crédibilité à l'allégation. Des affects contradictoires ou inappropriés doivent faire l'objet d'une interprétation différentielle et nuancée. Suivant les circonstances et le contexte, il peut s'agir de l'expression d'une angoisse, d'un mécanisme de défense, d'une forme de cynisme ou la dérivation d'une idée fallacieuse. La description d'un événement pénible peut induire des réponses émotionnelles déplacées ou incongrues. La plupart des réponses émotionnelles paradoxales sont significatives soit d'un malaise, soit d'un esprit de dérision. L'absence de tels affects peut diminuer le degré de crédibilité du témoignage. Toutefois, un affect sans relief, altéré ou cru est parfois significatif de l'impact émotionnel d'un abus sexuel. Il est alors important d'appréhender les sentiments et le vécu émotionnel de l'enfant en relation avec les faits. Il est également démontré que plus un enfant est interrogé sur des faits d'abus sexuels, plus il a tendance à se rigidifier sur le plan affectif ou à s'endurcir au niveau de l'expression de ses émotions. Le champ des émotions est très complexe et recouvre celui de la pensée, jusqu'à influencer la recognition et la remémoration d'événements factuels.

Les expressions gestuelles spontanées. Un enfant qui s'exprime spontanément s'anime de manière gestuelle. Son corps, ses mimiques et ses gestes participent à son expression parlée. Il a besoin de montrer, de mimer et d'utiliser des gestes pour expliquer. Ainsi lorsqu'il décrit une action ou une posture, il peut montrer plutôt que de détailler avec des mots. La présence d'une telle gestuelle consolide la crédibilité du récit. L'absence d'expressivité ne signifie pas que le récit est fabriqué. En effet, des enfants plus inhibés restent parfois figés et ne donnent pas corps à leur récit. Toutefois, lorsqu'un enfant est habituellement expressif ou actif, il faut s'interroger sur l'absence de gestes pendant l'interview.

La suggestibilité. La susceptibilité à la suggestion est fréquente chez les enfants. L'enfant qui paraît avoir subi une influence ou des pressions est moins crédible. L'enfant peut avoir été soumis à d'autres types de questions plus ou moins suggestives. Ce facteur psychologique peut affecter l'exactitude d'une déclaration et desservir les intérêts mêmes d'une présumée victime. Un enfant réellement victime peut avoir subi une quelconque influence de son entourage. Son discours est alors fabriqué ou contient des éléments contaminés. L'absence de mémoire concrète peut également relever d'une allégation fabriquée ou préparée. La résistance à la suggestion est plus fréquente chez les enfants plus âgés.

Les dessins ou les croquis. L'interprétation symbolique, voire psychanalytique, des dessins de l'enfant n'intervient en rien dans la validation de la crédibilité. Seuls des éléments concrets contenus dans un croquis peuvent augmenter le degré de crédibilité lorsque l'enfant utilise cet outil pour décrire un lieu, une partie anatomique ou une interaction sexuelle. Ce qui importe plus que la représentation, c'est la description du dessin par l'enfant lui-même.

Le comportement avec les objets proposés. L'utilisation de poupées ou de figurines peut aider l'enfant à décrire une scène mais ne peut servir à l'évaluation de sa crédibilité. Lorsque l'enfant dévoile spontanément et de manière non suggérée les faits à l'aide de poupées ou de jouets, le comportement de l'enfant avec ces objets peut cependant concourir à la validation.

Le niveau de sexualisation du comportement pendant l'interview. Même si le phénomène est peu fréquent, un comportement sexualisé de l'enfant envers l'interviewer ou sur lui-même peut être indicateur d'un abus sexuel. Il faut toutefois s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un comportement induit par d'autres facteurs, telle qu'une question suggestive.

Les caractéristiques de l'interview

La conformité de l'interview. Il s'agit de vérifier si les conditions et les techniques d'interview sont conformes aux consignes nécessaires à l'application de la méthode d'analyse de contenu. Une relation trop personnalisée avec l'enfant, une entrevue qui ne respecte pas la spontanéité de l'enfant, des questions trop directives ou suggestives,... la moindre irrégularité dans la procédure peut compromettre l'utilisation de l'analyse de la validité de la déclaration. Selon [15] Van Poppel (1993: 9), «les caractéristiques de l'interview sont des ressources supplémentaires permettant d'évaluer la valeur d'une affirmation donnée. Des suggestions, des questions guidantes ou coercitives, de même que des problèmes moins évidents tels, un questionnement direct prématuré, l'interruption ou le renforcement systématique du témoin, peuvent limiter le poids diagnostique de l'analyse de contenu basée sur des critères. Les caractéristiques de l'interview devraient être examinées en deux temps. Dans un premier temps, il faudrait relever si l'enfant témoin a été interrogé par des techniques d'interview inadéquates lors de l'investigation de la situation: des erreurs dans des interviews précédentes peuvent influencer les affirmations présentes de l'enfant, alors qu'une technique plus adéquate pourrait être actuellement utilisée. Dans un second temps, la technique d'interview utilisée pour la validation par la liste de vérification devrait faire l'objet d'une évaluation séparée».

Les questions suggestives et directives. Toute question contenant ou suggérant la réponse contamine le récit de l'enfant et le rend moins crédible à l'analyse du contenu de sa déclaration. Certaines interviews en cours de procédure sont hautement suggestives et compromettent après coup le travail d'expertise psycholégale. Les réponses produites par des questions inductrices concernent surtout les enfants de moins de six ans et en particulier ceux qui sont impliqués dans des conflits parentaux autour du droit de garde et de visite. Ce type de conflit entre ex-conjoints n'engendre pas systématiquement des allégations d'abus sexuels. Cependant dans les situations où un abus est allégué, l'enfant concerné est souvent très jeune et l'investigation criminelle est plus compliquée à réaliser. La suggestibilité de l'enfant est émoussée par l'intervention elle-même et les questions inductrices des intervenants (qui n'ont souvent pas d'autres possibilités). Dans un esprit de recherche de la vérité, ceux-ci commettent d'inévitables erreurs ou maladresses. Tous les adultes n'influencent pas de la même manière les réponses des enfants. Néanmoins, les parents et les proches orientent ou induisent avec plus de facilité les propos des enfants. Ceux-ci fournissent en retour plus de détails aux personnes de leur entourage. Les enfants ont tendance à entretenir cet échange, d'autant qu'ils attirent l'attention de manière inhabituelle sur un sujet qui semble intéresser les adultes.

Le niveau de pression ou de coercition. L'utilisation de moyens de pressions ou de coercition, de la manipulation mentale, du chantage affectif, des menaces pour extirper des réponses valides chez l'enfant peuvent mettre en jeu sa crédibilité.

Le processus de contagion. L'investigateur doit rechercher le moindre indice de contagion qui influence ou déforme les réponses de l'enfant. Des interviews multiples finissent par altérer le contenu de la déclaration de la victime. Ces éléments qui contaminent les propos de la victime se retrouvent autant au moment de la phase qui précède l'investigation criminelle, qu'après l'interview d'investigation. Il est important de distinguer la déclaration d'une victime qui rapporte des faits de manière consistante et celle dont le discours contient plusieurs éléments de contamination. La source de ces éléments de contamination est variable. Certaines déclarations reçoivent l'influence de mythes culturels inscrits dans le langage même de la victime. Dès la révélation des faits, la victime peut avoir communiqué avec différentes personnes de son entourage. Les intervenants qui encadrent la victime peuvent également l'influencer, d'autant qu'elle est rarement interviewée par une seule et même personne. Les interviewers ne gèrent pas toujours toutes les informations qui interfèrent entre la découverte des faits et leur rapportage. A partir du moment où l'investigation est déclenchée, il est impératif d'atténuer au maximum les éléments qui ont contaminé la déclaration. Comparativement avec l'ensemble des situations rencontrées, certains cas sont plus contaminés que d'autres. Les éléments de contamination sont alors plus difficilement contrôlables. Le moindre élément de contagion peut saboter toute une procédure, même dans les cas où les faits sont hautement crédibles. A la moindre contamination, le récit de la victime est discrédité et l'affaire peut être classée sans suite. C'est donc avec rigueur et avec beaucoup de dynamisme qu'il faut rechercher ces éléments de contagion contenus dans la plupart des allégations.

Considérations concernant les motifs du dévoilement

Quelles sont les motivations authentiques et sincères de l'enfant qui témoigne d'un abus sexuel dont il a fait l'objet? La relation entre l'enfant et son abuseur, les conflits sous-jacents, les bénéfices secondaires d'une allégation, les conséquences probables du dépôt de plainte pour les personnes concernées, l'origine de la révélation, les influences subies, les conseils reçus, le premier dévoilement, la première personne dépositaire de la première déclaration, les raisons de ce choix, ... sont autant d'éléments à prendre en considération pour mieux appréhender les motivations intrinsèques de l'enfant.

Contexte du dévoilement initial. Plus un récit est rapporté avec spontanéité, même s'il apparaît comme peu structuré ou confus, plus la crédibilité du rapporteur est rehaussée. Le contexte de la première révélation doit faire l'objet d'une investigation minutieuse. La première révélation à un tiers non conflictuel (camarade, médecin d'école, enseignant,...) devrait faire l'objet d'un rapportage le plus fidèle possible. S'il existe des indices qui démontrent que la déclaration poursuit d'autres objectifs qu'une simple dénonciation pour faits de moeurs et/ou le besoin de protection (au sens large du terme), il est important de s'interroger sur les réelles intentions du témoin.

Pressions pour dévoiler. Il est également important de se demander si l'enfant n'a pas subi des pressions pour effectuer le dévoilement initial. Une fausse allégation peut être guidée par la mauvaise intention d'une personne qui influence l'enfant en ce sens. Intentionnelles ou non, ces pressions correspondent soit à de multiples questionnements qui poursuivent un but identique, soit à des menaces, ou du harcèlement, afin d'obtenir de l'enfant un faux témoignage au détriment d'un tiers.

Autres évidences : les facteurs extérieurs

Evidences médicales. Transformations physiques, douleurs spécifiques, maladies sexuellement transmissibles, lésions, blessures,... ces indices ne sont pas toujours significatifs d'un abus sexuel. Sur le plan médical, le diagnostic de certaines lésions n'est pas facilement interprétable mais il peut mettre en évidence une agression de nature sexuelle et/ou venir objectiver une allégation d'abus sexuel. Le manque de corroboration médicale ou d'indices physiques et physiologiques ne signifie donc pas d'une part, que l'enfant n'a pas été victime d'un abus sexuel et d'autre part, qu'il n'est pas possible de le prouver autrement au niveau de l'investigation criminelle.

L'expert médical (le légiste) doit autant que possible repérer dans l'histoire médicale de l'enfant certaines plaintes ou des antécédents qui ont valeur d'indices. L'interprétation diagnostique n'étant pas très simple à concevoir, la présence de signes physiques particuliers ou de maladies doit toujours faire l'objet d'une investigation médicale rigoureuse de la part d'un spécialiste. Après un diagnostic différentiel et étayage, différents signes ou lésions peuvent être plus ou moins significatifs d'une agression sexuelle. Le cumul ou la synergie d'indices est interpellant, voire significatif ([16] Frappier & Al., 1990).

Autres déclarations faites par l'enfant. La déclaration actuelle de l'enfant est-elle compatible avec les autres dévoilements? Certaines variations, voire des précisions relatives aux détails périphériques, augmentent la crédibilité. Un trop grand écart, ou des contradictions, par rapport aux détails centraux pose parfois question quant à la validité.

Témoins éventuels. La déclaration actuelle de l'enfant est-elle compatible avec le rapportage d'éventuels témoins? Il s'agit souvent de témoins qui ont recueillis sa ou ses première(s) déclaration(s). Une ou plusieurs contradictions ne peuvent pas être systématiquement attribuées à des erreurs ou à des mensonges au détriment d'une tierce personne, mais doivent faire l'objet d'une exploration comprise dans l'examination globale de la validité de la déclaration. S'il ne s'écarte pas des informations à propos de l'action centrale, mais qu'il se contredit sur certains détails périphériques, l'enfant reste crédible. Les détails plus périphériques ont tendance à s'estomper avec le temps.

Evidences matérielles. Existe-t-il quelques indices matériels qui confirment ou infirment la déclaration de l'enfant? Des vêtements souillés, des photos particulières, des objets à caractère sexuel, du matériel pornographique, l'usage d'appareils vidéo, etc. Certaines évidences documentent les événements rapportés par l'enfant. La contradiction d'éléments contenus dans une déclaration par une évidence matérielle ou physique induit des doutes quant à la crédibilité de la déclaration, même lorsque celle-ci possède une qualité élevée de contenu.

Indicateurs comportementaux. Certains changements comportementaux observés chez l'enfant sont-ils compatibles avec un abus sexuel? Anorexie mentale, sommeil perturbé, boulimie, pseudo-maturité, masturbation compulsive, actes sexuels, régression scolaire, etc., ces troubles du comportement ne peuvent servir d'assise significative à une démonstration de crédibilité. Les indicateurs comportementaux spécifiques de l'abus sexuel contenus dans certaines check list ne sont que des points de repère parmi une masse d'éléments beaucoup plus significatifs contenus dans la déclaration. Il s'agit plutôt d'éléments d'information complémentaire, que de critères de crédibilité. Toutefois, lorsqu'une déclaration est très valide, ces comportements apparaissent comme relativement compatibles avec l'abus sexuel.

Implicites ou explicites, ces comportements indicatifs doivent faire l'objet d'une observation fine, différentielle et continuée. La recherche de ces indicateurs exige la plus grande prudence de la part de l'observateur. La présence de l'un ou l'autre de ces comportements n'est pas exclusivement significatif d'un abus sexuel. Ces comportements et attitudes observées se retrouvent également chez certains enfants qui ne sont pas victimes d'abus sexuel. L'absence de tels comportements ne signifie pas que l'enfant n'a pas été abusé. Il faut toujours confronter ce qui est observé avec les circonstances, le contexte de l'abus sexuel, son degré de gravité, la constellation familiale et le contenu de la déclaration de l'enfant. Ces comportements connaissent de nombreuses variantes individuelles et il faut bien se garder de les interpréter comme des signaux clairs et fiables. Une combinaison de ces comportements indicatifs doit faire l'objet d'une attention plus particulière, en termes d'évolution, d'installation, de chronicité et de variation. Lorsqu'un enfant présente de nombreux comportements symptomatiques, ceux-ci correspondent à des signes de détresse, à des modes d'expression, à des appels à l'aide et surtout à des stratégies de survie. Révélateurs d'une situation difficile ou d'une expérience traumatique, ils ne relèvent pas systématiquement d'un abus sexuel. C'est parce que l'enfant s'exprime sur un mode particulier, qui n'est pas toujours celui du langage parlé, et/ou qu'il utilise le langage autrement, que le clinicien ne peut isoler ses comportements de son environnement et des caractéristiques sa personnalité.

Dans un premier temps, ces comportements incicateurs peuvent tout au plus servir à l'ouverture d'hypothèses diagnostiques ou comme premiers indices d'une probable maltraitance sexuelle. Dans un second temps, ils permettent d'orienter les recherches vers plus de précisions. Les comportements suivants ne sont pas toujours significatifs de troubles d'ordre sexuel et relèvent parfois d'une autre problématique devant aussi inquiéter les parents et/ou l'intervenant qui s'occupe(nt) de l'enfant :

Un comportement particulièrement docile
Un comportement provocateur
Un comportement pseudo-mature
Des allusions à une activité sexuelle
Des jeux sexuels persistants ou compulsifs
Une compréhension inappropriée de la sexualité
Le comportement scolaire
Peu d'échanges sociaux
La perte de confiance
La non participation aux activités parascolaires
La chute soudaine du rendement scolaire
Des troubles de la concentration ou de la mémoire
Un comportement particulier avec les hommes
Un comportement séducteur avec les hommes (ou avec les garçons)
Une fugue ou une disparition
Un trouble du sommeil
Une conduite régressive
Le repli sur soi
Des traits dépressifs
Une idéation suicidaire
Des traits antisociaux

Conclusions et recommandations

Un travail de validation et d'étayage

Toute forme d'allégation d'abus sexuels à l'égard d'enfant doit faire l'objet d'une approche clinique la plus fine et la plus complète possible. De cette démarche découlent deux questions fondamentales qui se posent d'emblée à l'intervenant :
- La première question est de savoir si l'intervenant (ou l'institution qu'il représente) va pouvoir assumer les conséquences du processus qu'il va déclencher. Dans le cadre de l'évaluation, il paraît également essentiel de se prémunir contre toute erreur d'appréciation et de pouvoir pallier au doute. Engageant des responsabilités à la fois individuelles et institutionnelles, ce processus ne peut se dérouler correctement et justement qu'au prix d'une rigueur et d'une expertise éprouvée.
- La deuxième question vient ensuite : l'enfant qui se présente a-t-il fait l'objet d'une exploitation sexuelle ou d'une manipulation mentale?

Les limites du processus d'observation clinique et de validation

Suivant [2] Sgroi, Porter et Blick (1985: 58), « la validation repose sur la capacité d'interpréter les comportements, les traces physiques et les informations tirées des entrevues d'investigation à l'intérieur d'un cadre conceptuel pour l'exploitation sexuelle des enfants. Elle suppose une compréhension profonde de la dynamique et des mécanismes de l'exploitation sexuelle des enfants, l'aptitude à mener des entrevues, et la capacité d'évaluer la crédibilité des informations obtenues ». Ce processus de validation se réfère à une méthodologie diagnostique rigoureuse, la plus objective possible et s'intègre à la gestion globale de la situation.

Mais à une époque où même l'observation d'un phénomène est contestée en physique fondamentale, il semble inconvenant de la part de certains «cliniciens» de prétendre à des observations objectives, simplement parce qu'elles ont été recueillies au moyen d'outils fiables, par des personnes expertes et qu'elles se retrouvent avec une fréquence significative dans une population donnée. Dans ce domaine particulier de l'agression sexuelle, la signification statistique (collective) d'une donnée doit s'effacer devant sa signification psychologique (individuelle). Même lorsque deux événements sont relayés par une importante corrélation statistique, cela n'implique en rien qu'il existe des liens de causalité entre eux. Même s'il existe des éléments communs (largement répandus dans la littérature scientifique), les effets psychologiques d'un traumatisme n'ont pas la même expression psychologique d'un sujet à l'autre. L'approche clinique d'un phénomène aussi complexe que celui de l'abus sexuel et de ses conséquences engage le clinicien sur la voie équivoque du feeling, du bon sens critique, de l'expertise répétée, de la contradiction, et surtout de la modestie. Indépendamment de la qualité de la méthodologie utilisée, il existe de multiples biais qui peuvent venir fausser ce type de recherche. Il ne suffit d'ailleurs pas de décrire les outils utilisés, de se référer à des études scientifiques éprouvées et d'expliciter le style d'entretien clinique pour rendre fiable un diagnostic. Un diagnostic se justifie par des arguments qui comprennent leur propre marge d'erreur, non pas en termes de probabilité, mais de validité. La validation correspond à un mode de pensée particulier qui repose sur une manière de communiquer.

C'est à partir d'une rencontre entre le clinicien et l'enfant qu'un matériel (les données recueillies ou observées) se construit et s'organise. La première rencontre est souvent significative de la qualité du lien qui s'installe. Les comportements, attitudes, discours et expressions de l'enfant constituent les premiers éléments d'observation. Les impressions, réflexions et constatations du clinicien s'élaborent à partir de ces préliminaires. De cette rencontre apparaissent les premières hypothèses de travail qui vont servir de guide par la suite.

Des experts au service de la recherche de la vérité

La recherche de la vérité clinique ne recouvre pas le même sens que celui de la vérité judiciaire. Les cliniciens, les experts en particulier, qui travaillent avec des enfants abusés doivent prendre conscience de l'ensemble des éléments fondamentaux, des aspects les plus complexes aux détails les plus anodins, qui établissent une maltraitance sexuelle d'enfant. Ces intervenants spécialisés doivent également posséder en suffisance les connaissances et la maîtrise des instruments d'évaluation et d'expertise ([17] Viaux, 1992). Leur responsabilité est largement engagée en matière de validation et de diagnostic. De l'approche clinique ou thérapeutique, au diagnostic différentiel en passant par une évaluation globale de la situation, c'est l'enfant qui fait l'objet de cette investigation, voire de cette manipulation. S'agit-il d'une manipulation mentale ou d'une recherche de la vérité qui privilégie l'intérêt de l'enfant? Souvent «invasive», répétitive et multiple, cette évaluation peut avoir un impact considérable sur l'enfant.
C'est pourquoi toute investigation clinique et/ou médico-psycho-légale doit concilier deux principes essentiels qui ne sont pas toujours compatibles : la recherche de la vérité et le respect absolu de la personne de l'enfant. La notion de vérité ne recouvre cependant pas les mêmes significations selon qu'on se positionne en clinicien, en enquêteur, en juge ou en expert. Toute forme d'intervention est une intrusion dans l'existence même de l'enfant et de sa famille. Que ce dernier soit victime de sévices sexuels ou enrôlé dans une fausse allégation, les conséquences d'une enquête et d'une évaluation médico-psycho-légale connaissent de nombreuses variantes ([18] Beeckmans et Houdmont, 1999). Il ne suffit pas d'utiliser une grille d'indicateurs comportementaux pour mesurer cet impact. Lorsque les conséquences, positives ou négatives, produites par le processus d'intervention font amalgame avec les troubles causés par l'abus sexuel, il est important de faire la part des choses. Autant une intervention soutenante peut atténuer les troubles d'un enfant victime d'abus sexuel, autant des maladresses peuvent exacerber la psychopathologie d'un enfant vulnérable et/ou perturbé par une toute autre problématique (une situation de séparation parentale par exemple).
Si le travail de validation est au service de la vérité, c'est à partir du sujet-enfant et de sa participation à l'évaluation que le diagnostic se construit. Devenant progressivement l'objet-acteur de cette dynamique, souvent malgré lui, autant le considérer comme un sujet-participant à un travail d'élaboration et l'impliquer au mieux dans ce processus.
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