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Conseils de psy

Crise d’adolescence, crise d’indépendance : passage obligé ?

/ Par Florence de Cooman / Vie de famille

Crise d’adolescence, crise d’indépendance : passage obligé ?

Un jour ou l’autre, notre jeune rejette ce que nous, parents, figures d’autorité, lui avons appris ; il se révolte, il veut prendre son indépendance et faire ce qu’il veut, comme il veut !

Le passage de l’état d’enfant à l’état d’adulte autonome s’accomplit à travers un processus évolutif modélisé par Katherine Symor, analyste transactionnelle américaine. Ce « cycle de la dépendance » définit 4 phases pour accéder à une autonomie par rapport à une figure d’autorité : la dépendance, la contre-dépendance, l’indépendance pour évoluer vers l’interdépendance.

1° Etape : phase de la dépendance :

L’enfant nait dépendant de ses parents pour l’accomplissement de ses besoins primaires : se nourrir, s’hydrater, dormir, être en bonne santé et être propre. Ceux veilleront aussi à sa sécurité physique et psychologique. L’enfant grandira en se sentant aimé, reconnu et accepté par sa famille.

La dépendance est une phase de soumission à l’autre, l’autorité est responsable des choix, des décisions et des actions. La personne dépendante, l’enfant a besoin des autres pour obtenir ce qu’elle veut.

A l’adolescence, le jeune est prêt à quitter progressivement cet état de passivité, à faire le deuil d’une certaine sécurité pour prendre le chemin de la connaissance du « je » en testant l’opposition de la dépendance, il accède dans la phase de la contre-dépendance.

2° Etape : phase de la contre-dépendance :

L’adolescent entre en rébellion, il rejette tout ce que ses parents lui ont appris. Cette remise en question est nécessaire pour entrer dans un processus de détachement de la cellule familiale. Il se cherche une nouvelle identité, il veut exister pour lui-même. Il se coupe des attentes et des projections familiales pour pouvoir ressentir ses propres désirs. Cette étape de recherche se caractérise par de l’égoïsme, de la colère, des critiques et jugements envers l’éducation reçue amenant des relations conflictuelles. L’adolescent est tiraillé dans un combat intérieur entre ses doutes et ses premiers pas dans l’inconnu, il procède par essais et erreurs.

La contre-dépendance est une phase de révolution, d’apprentissage de dire non, de tester les limites inculquées en rejetant les béquilles de l’autorité.

Cette étape est complexe pour les parents : comment passer de la position de parents d’enfant à la position de parents qui accompagnent l’adolescent dans sa mutation vers la position de jeune adulte.

Passé cette tempête intérieure et extérieure, l’adolescent s’affranchit des conflits ; un nouvel équilibre est trouvé dans la dynamique familiale. Le jeune, fort de ses nouvelles découvertes sur lui, est prêt à entrer dans la phase d’in-dépendance, l’unicité avec soi.

3° Etape : phase de l’indépendance :

Le jeune existe en tant qu’individu avec sa personnalité propre, il vole de ses propres ailes, il devient responsable de ses choix, de ses décisions et de ses actions. Il expérimente de nouvelles expériences et se les approprie dans sa propre réalité de vie. C’est une phase de retrait sur soi, le jeune cherche sa place en tant qu’individu unique dans la société. Dans son désir d’indépendance, il s’enferme dans une forme d’égocentrisme, de recherche de son intérêt personnel.

Dans cette phase, le jeune peut se construire différentes apparences pour être accepter par les autres ; il se coule dans une forme de conformisme au détriment de son désir d’autonomie ; il est emprisonné par la peur de ne pas adhérer aux attentes de ses alter ego.

L’indépendance est une phase de séparation durant laquelle le jeune peut avoir envie de tout plaquer, de prendre une décision unilatérale de sa vie.

Pour les parents, la difficulté de cette étape consiste à accepter que leur enfant leur échappe et faire le deuil de la maitrise à l’égard de sa vie.

L’indépendance n’est pas la dernière étape vers l’autonomie, penser de façon indépendante ne convient pas dans notre monde de relations d’interdépendance.

Le jeune a pris conscience du regard des autres, il s’en est affranchit, il a dépassé ses peurs et il s’engage dans la phase d’inter-dépendance.

4° Etape : phase d’interdépendance :

Cette phase termine le processus d’accès à l’autonomie véritable, le jeune adulte passe du « je » au « nous ». Il s’accepte tel qu’il est, dans la pleine puissance de sa personnalité découverte. Le jeune adulte entre en interaction pour combiner ses talents, ses capacités et les mettre au service de la collectivité, il est dans l’acceptation de soi et de l’autre, avec ses différences et ses singularités.

L’interdépendance est une phase de libération du soi, d’interactions au service d’intérêt commun et mutuel.

Cette évolution est idéale et nécessite un remaniement en profondeur de la structure familiale pour que les jeunes accèdent à une plus grande autonomie à l’âge adulte. L’absence de crise, parfois considéré à tort comme salutaire et signe de bonne entente, pourrait déboucher sur des adultes restants dans la dépendance de leurs parents, n’ayant jamais su s’en détacher psychologiquement.

« L’équilibre se trouve quand nous cessons de nous brancher sur les autres pour assurer notre charge énergétique et que nous regardons à l’intérieur de nous-même pour nous relier à l’esprit. » S. Cannio.

Accepter que notre jeune devienne indépendant, accepter ses doutes, ses aller-retours, ses « oui mais non » n’est pas toujours facile. Faire le deuil de notre autorité est aussi un processus qui demande du temps. N’hésitez pas à vous faire aider pour ne pas stagner dans la rancœur et la frustration.

 

 

 

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Florence de Cooman

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