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Du vague à l'âme à la désespérance de vivre

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Du vague à l'âme à la désespérance de vivre

Introduction

La recherche en psychopathologie infanto-juvénile s'est considérablement développée au cours des 20 dernières années. Néanmoins, la réalité et la pertinence du diagnostic de dépression chez l'enfant et l'adolescent ont longtemps été déniées. Aujourd'hui, les caractéristiques de la dépression chez l'enfant sont mieux connues et reconnues par les soignants et les intervenants de l'enfance. Alors qu'en augmentation chez les jeunes dans certains pays, le suicide par contre reste encore assez énigmatique et interpelle de plus en plus.

Dépression et suicide ne sont pas des concepts forcément associés. Un suicide chez un enfant ou un jeune n'est pas toujours lié à des troubles dépressifs. Dans nombre de cas, la linéarité causale n'est pas établie. La dépression relève plutôt d'un état morbide chronique. Le suicide correspond plus souvent à un passage à l'acte retourné contre soi-même et peut recouvrir différents sens. Toutefois, certains troubles dépressifs intolérables et trop difficiles à vivre peuvent conduire au suicide. Malgré ces risques de suicide qu'ils comportent, les symptômes dépressifs chez l'enfant et l'adolescent sont encore largement ignorés ou banalisés par les parents et éducateurs.

La dépression chez l'enfant est ainsi restée longtemps ignorée, voire méconnue par les cliniciens eux-mêmes. A l'époque, il semble que le monde des adultes ne pouvait concevoir que les enfants puissent être atteints de ce “ mal de l'esprit ” au même titre que leurs aînés. Les représentations sociales de l'enfance et l'idéal de bien-être qu'elles véhiculent empêchent certains praticiens d'envisager qu'un enfant puisse souffrir d'une telle pathologie. Pourtant, la littérature regorge d'enfants martyrs, tristes, abandonnés et malheureux mais l'enfance n'a pas le droit de souffrir de cette image au risque de déstabiliser l'idéalisation dont elle fait l'objet. Les chérubins, les nourrissons des publicités, les rires de l'enfance, l'insouciance, etc... sont autant de symboles archétypaux du bonheur qui troublent nos esprits. Les enfants expriment autrement leur souffrance, leurs déboires, leur tristesse et surtout, ils en parlent moins et exposent moins leurs états d'âme. Certains troubles passent inaperçus ou sont considérés comme des caprices dûs à l'âge. La banalisation, voire la minimisation de ces troubles occultent tout un champ de l'approche du phénomène. Si la réalité des dépressions enfantines est mieux reconnue, elle est encore mal diagnostiquée ou tardivement traitée. En plus d'idées fausses sur la question, ces dépressions sont assez difficiles à repérer, faute de rigueur dans la manière dont les praticiens observent les indicateurs d'alerte objectifs ou les signes d'appel spécifiques. Certains symptômes plus évocateurs attirent l'attention mais ne sont pas toujours relatés en relation avec une probable dépression : la tristesse, les refus scolaires, les fugues, les conduites addictives chez les adolescents, etc. D'autres troubles sont diagnostiqués pour eux-mêmes, de manière isolée et font l'objet d'un traitement plus ciblé : l'anxiété de séparation, les plaintes somatiques, les troubles alimentaires, les problèmes de sommeil, les difficultés scolaires, etc.

C'est seulement à partir des années 60, que cette problématique est prise en considération d'un point de vue clinique et prophylactique. En parallèle, la dépression chez l'adulte sensibilise plus le monde médical et intéresse les firmes pharmaceutiques. A n'importe quel moment de sa vie, une personne peut souffrir de dépression. Une part de plus en plus importante de la population souffre de dépression et les recherches sur les antidépresseurs livrent de nouveaux espoirs. Complémentaires ou en contre-courants des traitements médicamenteux, de nouvelles thérapeutiques apparaissent et s'ouvrent sur le marché fructueux de la déprime humaine. Le champ de la dépression infantile n'est pas épargné par ces phénomènes mais profite également des avancées dans les domaines du diagnostic, de la recherche clinique et des traitements.

Les causes d'une dépression sont diverses et pas évidentes à détecter chez l'enfant. Par ailleurs, il existe différentes formes de dépression chez l'enfant. très laborieuse au début, la détection de la dépression chez l'enfant apparaît progressivement au détour de certaines études, notamment celles consacrées au stress post traumatique. La dépression chez l'enfant ou l'adolescent peut évoquer l'existence d'un phénomène de maltraitance, d'abus sexuel ou de viol.

D'une part, des instruments diagnostiques spécifiques font leur apparition (Echelles de mesure, tests, DSM V). D'autre part, l'écoute des enfants dépressifs fait suite au travaux des psychanalystes d'enfants tels que Mélanie Klein, Françoise Dolto, Donald Winnicott, Anna Freud, etc. La dépression chez l'enfant est comme l'hydre de la Mythologie (le serpent à sept têtes qui repoussent si on les coupe). Un échec scolaire, un problème de sommeil, une maladie de la peau, la perte de l'appétit, l'énurésie, etc.,... représentent autant d'“ excroissances ” symptomatiques de la dépression. Le propre du symptôme dépressif est sa grande capacité à varier, à évoluer, à se ramifier et à se convertir.

Actuellement, le diagnostic de la dépression de l'enfant et de l'adolescent fait l'objet d'un consensus (Conférence de Consensus de l'ANDEM, janvier 1996). La dépression chez l'enfant est donc considérée par de nombreux chercheurs et cliniciens comme une pathologie sévère, justifiant une évaluation spécifique et une prise en charge thérapeutique précoce et adaptée. En continuité avec le syndrome dépressif, voire contigu, le risque suicidaire est souvent révélateur d'une souffrance aiguë qui n'est pas toujours détectée à temps. Les recherches actuelles en psychopathologie montrent aussi que le suicide survient surtout pendant l'adolescence, moment critique de l'existence, et concerne une frange non négligeable de la jeunesse.

Définitions

De Manière générale, la dépression est considérée comme un état psychique morbide, plus ou moins sévère, à durée variable selon les individus. Il s'agit d'une véritable maladie accentuée par l'état de stress dans lequel nous évoluons. D'un mal-être existentiel profond, à la tristesse en passant par une baisse de l'énergie vitale et du tonus, ses caractéristiques varient également en intensité suivant les circonstances et les individus (enfant, adolescent ou adulte).

Chez l'adulte, la forme endogène et la plus sévère de dépression est relative à un état mélancolique. Cet état correspond à une maladie mentale caractérisée par une modification profonde de l'état thymique, de l'humeur dans le sens de la tristesse, de la souffrance morale et du ralentissement psychomoteur. La dépression entraîne chez le sujet une impression douloureuse d'impuissance globale, de fatalité désespérante et parfois l'entraîne à des ruminations subdélirantes à thème de culpabilité, d'indignité, d'autodépréciation, pouvant le conduire à envisager le suicide et parfois à le réaliser .

Anxieux, las, découragé, le sujet déprimé est incapable d'affronter la moindre difficulté. Aussi ne prend-il aucune initiative. Il souffre de son impuissance et a l'impression que ses facultés intellectuelles, notamment l'attention et la mémoire, sont dégradées. Le sentiment d'infériorité qui en résulte augmente encore sa mélancolie. Les cliniciens définissent deux types de dépression : les états dépressifs constitutionnels, relativement peu nombreux, et les dépressions réactionnelles aux difficultés de la vie (un conflit, une séparation, une perte, etc.). Le surmenage, un régime alimentaire trop strict, le raccourcissement de la luminosité diurne sont aussi des facteurs favorisant les états dépressifs.

Chez l'enfant, la dépression se manifeste par un dérèglement général de l'humeur (ennui, désintérêt, indifférence, apathie, etc...) et des troubles du comportement (instabilité, irritabilité, agressivité, baisse du rendement scolaire, problèmes alimentaires, etc.). Un événement familial ou un trouble constaté chez les parents peut être à l'origine d'une dépression chez l'enfant.

Deux formes principales de dépression

Il existe deux formes principales de dépression : réactionnelle et endogène.

La dépression réactionnelle qui s'associe en générale avec un événement ou des circonstances dites “ dépressogènes ” : une maltraitance, un abus, un vécu d'injustice, un divorce, un deuil, une séparation, une perte, etc. Tout événement affectivement traumatisant et stressant sur le plan émotionnel peut engendrer un état dépressif plus ou moins important selon les individus. La réaction dépressive est parfois en décalage dans le temps par rapport à l'événement.

La dépression endogène correspond à une susceptibilité génétique familiale. Les symptômes sont similaires. Cependant, la souffrance est plus importante chez les enfants souffrant de dépression endogène, l'autodévalorisation serait plus sévère. Le risque suicidaire ne doit pas être négligé.

Eléments d'épidémiologie

Suivant les différentes études réalisées dans les pays occidentaux par l'O.M.S., la dépression atteint la même proportion d'adultes que d'enfants (2 à 3 % de la population générale) et concerne plus certaines catégories d'âge (10% des adolescents). La dépression survient de manière plus fréquente et plus précocement que de nombreux cliniciens ne l'imaginaient auparavant : plus de 2% des enfants et de 5 à 10 % des adolescents souffrent d'un épisode dépressif susceptible d'engendrer des conséquences graves quant à leur développement psychique, physique, scolaire et social. Une proportion infime d'entre eux est dépistée et traitée de manière appropriée (psychothérapie, voire des antidépresseurs dans certains cas).

Les chiffres sont plus importants dès qu'il s'agit du groupe clinique qui fréquente les consultations de pédopsychiatrie ou les centres spécialisés : environ 20 % des enfants.

Les jeunes dépressifs sont autant des filles que des garçons. A l'adolescence, les filles semblent cependant plus à risque que les garçons.


Un souci majeur en matière de santé publique

La dépression de l'enfant et de l'adolescent représente un enjeu majeur de santé publique pour les raisons principales suivantes :

• Premièrement, 70 % des enfants et des adolescents souffrant de dépression vont rechuter dans les 5 années suivant le premier épisode, s'ils ne bénéficient pas de traitements appropriés.

• Deuxièmement, une dépression précoce pourrait être précurseur d'une maladie maniaco-dépressive précoce (ou trouble bipolaire). Suivant l'avis de plusieurs cliniciens et chercheurs, la dépression précoce pourrait inaugurer un trouble bipolaire maniaco-dépressif dans 20 à 30 % des cas.

• Troisièmement, il est de plus en plus admis par la Communauté scientifique que les enfants déprimés présentent plus de risque de développer des troubles du comportement, des problèmes d'inadaptation sociale pouvant les amener à manifester des conduits délictueuses, de l'addiction, et montrent de manière plus fréquente une chute du rendement scolaire.

• Quatrièmement, la fréquence des tentatives de suicide et les suicides chez l'enfant et l'adolescent ne cessent d'augmenter dans notre société, associé de manière évidente à la dépression dans la plupart des cas.

Le délai de reconnaissance d'un trouble dépressif recouvre parfois plusieurs mois, voire quelques années, alors qu'il ne faut que quelques semaines au clinicien pour émettre un avis circonspect. Dans la réalité, ce retard de l'évaluation diagnostique expose les jeunes patients au risque de suicide ou de dégradation de leur santé mentale. D'après une étude américaine des années 1980, environ 70 % des adolescents dépressifs ne sont pas diagnostiqués, alors que la dépression concerne 2,5 % des enfants de 7 à 11 ans et 7 à 8% des adolescents. Cette absence de détection précoce de la dépression est d'autant plus grave que les cliniciens estiment que 70 à 80 % des 10-20 ans qui commettent une tentative de suicide ont présenté au cours de leur enfance ou adolescence les critères d'un trouble dépressif.

De la dépression au geste suicidaire

Spécifique de l'espèce humaine, le geste suicidaire traduit un mal-être existentiel profond et/ou des troubles psychopathologiques dont les conséquences morbides à l'âge adulte sont lourdes.

Comme dans la plupart des autres pays industrialisés, le suicide représente en France la deuxième cause de mortalité chez les sujets masculins de 15 à 25 ans et la troisième cause de décès chez les sujets féminins de cette même tranche d'âge, juste après les accidents de la route et les affections cancéreuses. Dans cette tranche d'âge, environ 1500 décès (sur un total national de près de 12000 morts par suicide) sont enregistrés chaque année, sans compter les 40000 tentatives de suicide. D'après différentes études récentes, les filles commettent plus souvent de tentatives de suicide que les garçons. Pour ces derniers, la forme suicidaire est cependant beaucoup plus sévère et le taux de mortalité est dix fois plus élevé. La plupart des tentatives se pratiquent avec des médicaments, souvent des psychotropes, mais celles commises avec passage à l'acte violent (pendaison, défenestration, usage d'une arme à feu, noyade) sont de plus en plus fréquentes.

L'idéation suicidaire, différente de la simple pensée morbide ou mortifère mais impliquant l'idée de mettre fin à ses jours, concerne plus d'un adolescent sur trois (adolescents suicidaires). Parmi ces jeunes (au moins un sur dix) sont considérés comme “ suicidants ” ceux qui passent à l'acte (tentative de suicide). Parmi ceux qui commettent une tentative de suicide, un quart récidivera, le plus souvent dans l'année, avec un risque élevé d'issue fatale.

Etant donné qu'elle se produit dans au moins 60 % des cas, la récidive du geste suicidaire devient la préoccupation majeure des personnes qui encadrent ces enfants et ces jeunes en souffrance. Du dépistage au traitement, la prévention du suicide et la question de la dépression chez l'enfant est donc un véritable challenge dans le domaine de la santé publique.

Le suicide à l'adolescence en quelques chiffres

Idées suicidaires Tentatives de suicide Décès par suicide

Fréquences

1 ado sur 3
1 ado sur 10 dont 1 sur 4 récidive

1 ado sur 8000 dont
4 garçons pour 1 fille

Confidences
1 ado sur 3 en parle dont 2/3 à un ami,
1/5 à ses parents

1 ado sur 2 en parle dont 3/4 à un ami
1/10 à ses parents
d'après les chiffres publiés dans la brochure “ Prévenir le suicide à l'adolescence ”, Fonds Houtman, 2003


La tristesse n'est pas la dépression

Autant un enfant dépressif peut ne jamais être triste, autant un enfant triste suite à un événement malheureux peut ne pas souffrir de dépression. La tristesse n'est pas un signe absolu de dépression mais correspond plutôt à un état significatif d'un choc émotionnel plus ou moins important tel que la perte d'un être aimé, un échec, une séparation ou une rupture. La tristesse est alors considérée comme une réaction défensive émotionnelle naturelle et normale. Mais lorsque cette tristesse s'installe comme un modus vivendi permanent et habituel, elle risque de se chroniciser et de s'enkyster sous une forme ou l'autre de dépression. Cette tristesse envahit toutes les pensées et encombre l'esprit au point de paralyser l'enfant dans ses faits et gestes de la vie quotidienne. La tristesse pathologique devient la voie royale s'ouvrant sur la dépression. L'élan vital est amoindri et l'enfant se morfond dans une complainte qui trouble son entourage.

Les symptômes de la dépression précoce

Un épisode dépressif est considéré comme sévère dès lors que le nombre et/ou l'intensité des symptômes est manifeste. La répétition dans la durée et la prolongation de ces troubles entraînent une altération du fonctionnement psychique globale du jeune sujet. Il est cependant habituel qu'un enfant ou un adolescent traverse une ou plusieurs périodes dépressives dites “ développementales ” sans pour autant s'installer dans un processus répétitif. Il importe donc de ne pas poser un diagnostic de dépression lorsqu'un enfant présente l'un ou l'autre épisode de tristesse, de mauvaise humeur ou de chagrin qui ne dure pas dans le temps.

Symptômes de tristesse

Apathie
Symptômes psychomoteurs
Autres Symptômes
• La tristesse n'est pas toujours exprimée
• Irritabilité
• Accès subits de rage de colère et de destructions
• Pleurs plus fréquents
• Mauvaise estime de soi
• Idées suicidaires énoncées • Apathie, manque d'entrain
• Anorexie ou hyperphagie
• Retrait, isolement
• Aucun désir • Troubles intellectuels et/ou problème de concentration
• Chute des résultats scolaires
• Fatigue (neuro-musculaire)
• Refus de se lever, de sortir du lit • Plaintes somatiques répétées
• Troubles du sommeil, réveils nocturnes, cauchemars
• Anxiété, nervosité, avec phobie ou refus scolaire
• Hallucinations


Repérer les signes d'une dépression chez l'enfant

Un consensus clinique s'est établi autour de l'existence de la dépression chez l'enfant. L'épisode dépressif de l'enfant présente une expression psychopathologique spécifique : face à un enfant en retrait, au visage souvent sérieux, peu mobile, ou à l'air absent, il importe de rechercher l'humeur dépressive.
De la même manière, en présence d'un enfant décrit comme irritable, agité, opposant et insatisfait, il faut penser aussi à mettre la tristesse en évidence.
A condition d'être mises en évidence lors de séances d'écoute attentive et d'observation clinique rigoureuse, l'humeur dépressive et la tristesse peuvent être significatives de cet épisode dépressif.

Il n'est pas toujours aussi simple de repérer les signes d'une dépression chez un enfant. Toutefois, le repérage précoce de ces troubles peut favoriser non seulement le diagnostic d'une dépression mais également sa prise en charge thérapeutique. Il importe d'être à l'écoute de l'entourage et de l'enfant lui-même, comme première source d'informations. Ensuite, l'observation des attitudes, comportements et expressions de l'enfant, et des autres troubles associés apportent un éclairage sur la gravité du syndrome.

A partir du discours des parents et de l'entourage :

“ Il n'est plus comme avant ”
“ Je ne le reconnais plus ”
“ Il n'est jamais content ”
“ Il est devenu méchant ! ”
“ On n'arrive plus à lui faire plaisir ”
“ Il ne nous aime plus, il nous rejette ”, etc.

Ces phrases souvent exprimées traduisent le désarroi des parents confrontés au mal-être de leur enfant. L'intensité des troubles manifestés par l'enfant et les angoisses qui en découlent préoccupent davantage les parents. Ceux-ci passent par différents états de questionnement : l'enfant les provoque, il est opposant et n'est jamais satisfait. Ils sont déçus, se sentent incompris ou incompétents. L'impuissance ressentie par les parents est intolérable. Ils vivent cette situation comme un échec dans leur mode d'éduquer (et d'aimer) leur enfant. Cette connotation péjorative qui s'installe dans les relations devient dévalorisante autant pour l'enfant que ses parents, et se transforme en véritable cercle vicieux “ dépressogène ” auquel participe l'environnement aussi bien familial que scolaire.

A partir du discours de l'enfant :

“ Je m'en fous ! ”
“ J'en ai rien à faire ! ”
“ J'ai envie de rien ”
“ Je suis nul, je rate tout ! ”
“ Je ne vaux pas la peine qu'on s'occupe de moi ”
“ Je n'aime personne ”
“ Je n'y arrive plus, c'est trop difficile ”
“ Je suis devenu méchant ”
“ C'est de ma faute ! ”
“ J'ai honte de ce qui se passe ”
“ Mes parents ne m'aiment pas ”
“ Personne ne m'aime ”
“ La vie ne vaut rien ”
“ J'aurais mieux fait de ne pas naître ”
“ C'est pas de ma faute si je suis venu au monde ”
“ Je ne comprends rien, je suis trop stupide ! ”
“ Je ne sais pas, je ne me souviens de rien, j'ai oublié, je n'y arrive plus ”, etc.

Ces propos directement exprimés par l'enfant ou rapportés par les parents sont souvent explicites et traduisent son état : une dévalorisation systématique, un pessimisme obtus, un négativisme en toute chose ou des idées plus dépressives. Cette mise en évidence d'indicateurs contenus dans le discours de l'enfant ne doit pas se réduire à un décodage systématique. Il importe de les situer dans leur contexte systémique et environnemental.

A partir du comportement de l'enfant :


Les troubles du comportements les plus bruyants sont les plus faciles à repérer (l'irritabilité, la violence, l'agressivité, les débordements, etc.), mais ne sont pas les seuls à prendre en considération. Les troubles à bas bruit sont tout aussi importants, sinon plus.
Les troubles du sommeil, accompagnés ou non de cauchemars, de terreur nocturne, de la fatigue au réveil, des difficultés d'endormissement, des oppositions au coucher, etc.
Les troubles alimentaires, les pertes d'appétit, une conduite anorexique ou boulimique, des attitudes de grignotage chez l'adolescent, etc.
Les troubles de l'humeur, avec un assombrissement général commençant par un changement de comportement ou d'attitude dans les relations, l'irritabilité, la susceptibilité à la moindre remarque, des moments de tristesse ou de repli sur soi, la recherche de la solitude, l'isolement, la perte du goût pour le jeu, l'absence de rire et l'effacement du sourire, le manque de confiance, la fuite dans le contact, le refus des moments d'affection, etc.
Le peu d'intérêt pour les contacts avec autrui, etc.

A partir des symptômes repérables chez l'enfant :

• Une tristesse durable
• Des difficultés scolaires inhabituelles
• L'isolement
• Le refus du jeu et des activités sociales
• L'anxiété
• Les phobies
• Les signes somatiques : anorexie, énurésie, douleurs abdominales, céphalées, etc.
• L'inertie, l'apathie
• L'inhibition
• Le retrait affectif
• Les colères
• L'agressivité
• L'idéation suicidaire
• La tentative de suicide

A partir des autres troubles :

Les troubles de comportements correspondent parfois à des appels, des signaux extériorisés qui attirent l'attention et qui recouvrent une certaine signification en relation avec un état dépressif.
Les troubles de l'attention et l'hyperactivité
Les troubles de la conduite et l'opposition
L'anxiété Dépressive correspond à des troubles intériorisés et plus difficiles à détecter. L'angoisse de séparation est significative d'un état dépressif chez de nombreux enfants de parents séparés ou divorcés

Ce tableau sémiologique rassemblé par le clinicien averti n'est pas toujours complet ni permanent. C'est à travers plusieurs entretiens individuels avec l'enfant et des séances de testing, que le praticien établit une hiérarchie entre les différents éléments. La répétition des énoncés : “ je ne sais pas, je ne peux pas, je n'y arrive pas, etc... ”, des commentaires négatifs sur son dessin réalisé dans le cadre de ces entretiens : “ c'est raté, ce n'est pas beau, je n'aime pas dessiner, etc. ”, une sensibilité exacerbée ou anxieuse à propos d'un thème : “ c'est triste, insupportable, je n'ai pas envie d'en parler, etc. ”, une réaction vive envers des jouets cassés, une thématique “ dysphorique ” récurrente dans le protocole de testing, etc. Ces constatations symptomatiques recueillies auprès de l'enfant seul doivent faire l'objet d'un recoupement avec les données rapportées par les parents et/ou l'entourage, lors d'un entretien systémique. C'est l'ensemble des informations ainsi recueillies qui orientent la probabilité diagnostique. Un changement progressif, voire une rupture avec l'état antérieur de l'enfant peut aussi infléchir le diagnostic. La durée de l'épisode dépressif et sa variabilité avec l'âge viennent également pondérer cette évaluation.


L'inventaire de la dépression chez l'enfant (CDI), un outil diagnostic fiable ?

L'inventaire de la dépression chez l'enfant (Children's Depression Inventory, Kovacs et Beck, 1977) est une échelle de mesure des troubles dépressifs validée depuis quelques années auprès d'une population ciblée (des enfants tout-venants et des enfants hospitalisés). Le CDI est une version adaptée du Beck Depression Inventory (BDI). Cet instrument sert à évaluer la symptomatologie dépressive dans ses divers aspects, tels que le sentiment de tristesse, la capacité à prendre du plaisir, l'efficacité scolaire ou les relations interpersonnelles. Il peut être utilisé auprès d'enfants de 7 à 17 ans. L'échelle comprend 27 items. A chaque items correspondent trois phrases adaptées au vocabulaire de l'enfant et qui décrivent, en intensité croissante, une manifestation dépressive. A travers un questionnaire auto-administré de type papier-crayon et rempli en présence de l'interviewer, l'enfant doit choisir la manifestation qui correspond le mieux à son état depuis les quinze derniers jours. Le score total est calculé par la somme de tous les items : il évolue de 0 à 54. Plus la note est élevée, plus l'état est considère comme pathologique.

Suivant différentes études françaises (Moor & Mack, 1982) auprès d'une population d'enfants normaux et hospitalisés de 10 à 15 ans, le CDI discrimine mal les enfants déprimés dans une population hétérogène comprenant des enfants présentant des troubles mentaux et des enfants témoins. Les enfants manifestant une anxiété importante ou des troubles des conduites ont obtenus des scores élevés. De plus, des scores élevés ont été constatés chez des anorexiques mentaux et des enfants diabétiques et ce, en l'absence de toute dépression. Inversement, chez des enfants ayant des troubles mentaux, la valeur discriminante du CDI est nettement supérieure. Il n'existe pas d'effet d'âge, ni d'effet lié au sexe, sur les scores totaux. Le CDI semble donc plutôt efficace pour indiquer l'intensité de la symptomatologie dépressive.

La dépression du nourrisson

La dépression du nourrisson est une forme spécifique de dépression relative à l'établissement du lien précoce mère-enfant. Elle est souvent significative d'un trouble de l'attachement ou de problèmes liés à la séparation. La dépression anaclitique concerne l'ensemble des désordres physiques et psychiques qui s'installent progressivement chez le nourrisson séparé de sa mère après une période relationnelle plutôt satisfaisante.

Définie par le Docteur Spitz (pédiatre américain d'origine austro-hongroise, ayant du fuir les persécutions antisémites et exilé aux Etats-Unis). Pendant ces années de troubles, il travaille comme pédiatre dans une pouponnière de prison pour jeunes femmes. Ces détenues étaient autorisées de garder leurs nourrissons auprès d'elles dans leur cellule jusqu'au sixième mois. Ensuite, les bébés ayant atteints cette limite d'âge étaient retirés et placés en pouponnière. Dans ce contexte de séparation précoce, le Docteur Spitz observe chez ces nourrissons privés de leur mère l'expression d'une détresse psychique caractérisée essentiellement par un arrêt franc de la croissance, voire une cassure dans leur courbe développementale.

La dépression du nourrisson s'installe de manière progressive suivant le schéma suivant :

Le 1er mois après la séparation brutale avec la mère : le nourrisson devient exigeant et pleurnicheur ;
Le 2ème mois, les pleurs se transforment en gémissements plaintifs, le nourrisson perdant du poids ;
Le 3ème mois, tout en refusant du contact, le nourrisson reste couché à plat ventre dans son berceau et ne progresse plus dans son développement psychomoteur ;
Après le 3ème mois, les troubles du sommeil avec insomnie se confirment et la rigidité faciale s'établit. Le visage se fige en mimique de tristesse, le regard est absent, les pleurs cessent et il sombre dans un état de léthargie.

Dès lors que la séparation n'excède pas les 3 ou 4 mois, le bébé est susceptible de récupérer. Dépassé ce délai, il risque de souffrir psychiquement et de manifester des dommages plus sévères et irréversibles, tels que de l'hospitalisme à domicile ou des carences affectives.

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