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Généralités, stéréotypes et fausses représentations sur les violences sexuelles.

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Généralités, stéréotypes et fausses représentations sur les violences sexuelles.

GÉNÉRALITÉS

Définition des violences sexuelles

Il s'agit de violences à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un ou plusieurs individus avec violence, contrainte, menace ou surprise, c'est à dire sans le consentement de la personne visée. La contrainte prévue par la loi peut-être physique ou morale. La contrainte morale peut résulter chez les mineurs de la différence d'âge existant entre une victime et l'auteur des faits et de l'autorité de droit ou de fait que celui-ci exerce sur cette victime. Le viol qui est un crime étant défini comme Tout acte de pénétration de quelque nature que ce soit commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. Vous trouverez les définitions précises de toutes les violences sexuelles et les textes de lois s'y rapportant sur [ET LA LOI], et les délais de prescription sur DROITS DES VICTIMES

Les violences sexuelles n'ont rien à voir avec un désir sexuel ni avec des pulsions sexuelles, ce sont des armes très efficaces pour détruire et dégrader l'autre, le soumettre et le réduire à l'état d'objet et d'esclave. Il s'agit avant tout de dominer et d'exercer sa toute-puissance. Les viols sont des mises en scène de meutre et sont de plus en plus utilisées comme des armes de guerre, de répression par la terreur (exemple de Conakry en septembre 2009), et de destruction massive dans le cadre de génocides, le TPR (tribunal pénal international pour le Rwanda) et le TPIY (tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie) ont reconnu les viols systématiques en Bosnie et au Rwanda comme des crimes contre l'humanité. Voir l'action de l'ONU contre les violences sexuelles faites aux femmes dans le cadre de conflits : http://stoprapenow.org/get-cross/

Les violences sexuelles sont fréquentes, de 120 000 à 150 000 viols en France par an, 16% de femmes ont subis des viols ou des tentatives de viols dans leur vie (59% avant 18 ans), 5% des hommes ont subis des viols ou des tentatives de viols dans leur vie (67% avant 18 ans), bulletin de l’INED 2008 à télécharger, 3% des français déclarent avoir été victimes d'inceste enquête AIVI-IPSOS 2010 à télécharger, dans le cadre du sport 31% des jeunes sportifs de 13 à 23 ans disent avoir été victimes de violences sexuelles, Parmi eux 52,7 % de harcèlement sexuel, 23,4 % d'atteintes sexuelles, 19,3 % d'agressions sexuelles. Les filles représentent 57 % des victimes d'agressions, les garçons sont plus les cibles des voyeurs et des exhibitionnistes à 65 % (Enquête sur les violences sexuelles en milieux sportifs : 2008). Suivant les études et les pays les violences sexuelles toucheraient entre 20 à 30 % des personnes au cours de leur vie. Une étude canadienne a montré que 40% des femmes ayant un handicap physique vivront au moins une agression sexuelle au cours de leur vie. De 39 à 68 % des femmes présentant une déficience intellectuelle seront victimes d’au moins une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans. 

Le plus souvent commises par des proches et des personnes connues des victimes (dans plus de 80 % des cas), elles sont présentes dans tous les milieux. Elles sont spécifiques touchant surtout les femmes et les enfants et elles sont en grande majorité commises par les hommes, mais les violences sexuelles commises par les femmes (essentiellement sur des enfants) restent encore très méconnues et sous-estimées.

Les violences sexuelles sont graves : elles ont le triste privilège de partager avec les tortures le palmarès des violences les plus graves, les plus destructrices et les moins dénoncées. La loi du silence règne sur ces violences fréquentes, commises le plus souvent par des proches et sur des mineurs (moins de 10 % des viols font l'objet d'une plainte, près de 50 % des viols sont commis sur des mineurs). Les violences sexuelles sont les violences qui ont les conséquences sur la santé psychiques et physiques les plus durables et les plus importantes, elles peuvent faire courir un risque vital et elles sont responsables d'une atteinte à l'intégrité physique et psychique des victimes. elles font partie de traumatismes qui sont à l'origine des plus forts pourcentages de troubles psychotraumatiques tels que les états de stress post-traumatiques (ESPT) : 80 % des victimes de viols et 60 % de victimes d'agressions sexuelles peuvent présenter des troubles psychotraumatiques (contre 24 % des victimes de traumatismes en général). Ces troubles psychotraumatiques s'installent dans la durée souvent sur toute la vie si les victimes ne bénéficient pas de prises en charge spécialisée. Particulièrement quand elles ont été commises sur des enfants lors d'inceste, elles ont un impact catastrophique sur la santé physique et psychique des victimes, sur leur personnalité, et sur leur vie sociale, scolaire, professionnelle, personnelle, familiale et amoureuse.

Tout comme la torture, la dégradation, l'humiliation, l'atteinte à la dignité humaine génèrent chez les victimes un sentiment de mort psychique, elles se perçoivent comme des survivantes et même comme des « mortes vivantes », leur vie devient un enfer. Les violences sexuelles sont une atteinte à la dignité et au droits fondamentaux des personnes, elles ne sont pas une fatalité, ce sont des infractions punies par la loi qui les prend de plus en plus en compte : le viol et les mutilations sexuelles féminines sont des crimes et les agressions sexuelles des délits.

Les hommes, mais aussi des femmes, peuvent s'autoriser à exercer des violences sexuelles sur les plus vulnérables, ou ceux qui sont les moins protégés, ou ceux qui sont considérés comme de moindre valeur dans la société, le plus souvent en toute impunité, parce que notre société inégalitaire banalise voire tolère ces violences. Ces violences sexuelles des adultes sur les enfants et des hommes sur les femmes sont le plus souvent des conduites violentes dissociantes, anesthésiantes, d'auto-traitement que les agresseurs choisissent pour anesthésier une souffrance psychique liée à une mémoire traumatique produite le plus souvent par des violences subies dans l'enfance ou dont ils ont été les témoins. Ils s'identifient à l'agresseur et mettent en scène une toute-puissance qui leur permet d'échapper à une position de victime qu'ils méprisent.

Elles restent sous-estimées, méconnues, non identifiées, souvent déniées, voire tolérées, par une société encore très inégalitaire et discriminante par rapport aux femmes et qui véhicule de nombreux préjugés sur la sexualité (avec une confusion entre sexualité et prédation ou violence, confusion entre rapports amoureux et possession ou instrumentalisation, confusion entre désir et excitation liée au stress, confusion entre orgasme et disjonction, avec un vocabulaire sexuel appartenant au registre de la guerre, une majorité des injures à connotation sexuelle, une banalisation de violences sexuelles faites aux femmes comme la prostitution et la pornographie).

Peu importent les circonstances d'une agression sexuelle, la victime n'est pas responsable, peu importe comment elle est habillée, peu importe son état ou son comportement. Cela peut arriver à n'importe qui : enfant, adolescent, adolescente ou personne adulte quel que soit son âge, et les victimes ne sont pas responsables du comportement de l'agresseur.

  

 SEXUALITÉ ET VIOLENCE : STÉRÉOTYPES ET FAUSSES REPRÉSENTATIONS 

1) La sexualité mise à mal

Les stéréotypes sexistes, la domination masculine et les idées fausses concernant la sexualité masculine font malheureusement de la sexualité humaine un domaine saturé de violences. En effet, ils permettent une équivalence entre sexualité et conduite dissociante agressive «légale», et amènent à tolérer prostitution, pornographie et conduites sexuelles violentes entre adultes dits «consentants». Cette confusion entre sexualité et violence est entretenue parl’utilisation d’un vocabulaire et d’un discours dégradant sur la sexualité (la majorité des injures sont à connotation sexuelle, les blagues, les sous-entendus, les remarques graveleuses abondent, et le champs lexical de la sexualité est souvent guerrier et criminel), qui contribue à véhiculer une image dégradée de la femme, réduite et morcelée en tant qu'objet sexuel, image omniprésente dans les médias, la publicité, le cinéma et une bonne partie de la presse). Cet ensemble crée une vision prédatrice et pulsionnelle de la sexualité masculine avec des rôles caricaturaux distribués aux hommes et aux femmes. 

Cette représentation de la sexualité, à laquelle presque tout le monde adhère par conformisme, infecte les relations entre les hommes et les femmes et les relations amoureuses. Cette représentation permet à certains hommes de se livrer à des conduites dissociantes efficaces pour auto-traiter leur mémoire traumatique, mais ces conduites dissociantes violentes dégradent les femmes. Elles sont à l'origine d'addictions graves à la prostitution et la pornographie, avec une industrie du sexe florissante (proposant des pratiques, des images et des films de plus en plus violents), une importante criminalité sexuelle, une augmentation de la traite des enfants et des femmes, une augmentation du «tourisme sexuel». Ces conduites dissociantes sont à l’origine d'une grande partie des violences faites aux femmes (dont font partie la prostitution et la pornographie).

Cette représentation prédatrice de la sexualité participe au maintien de l'inégalité entre les sexes. Elle prive une majorité d'hommes et de femmes d'un accès à une sexualité épanouissante dans une véritable rencontre amoureuse, faite de respect, d'échanges et de découverte de l'autre, en entretenant une confusion entre un véritable désir et une excitation douloureuse liée à une mémoire traumatique sensorielle qu’il s’agit d’éteindre à tout prix, en entretenant également une confusion entre le plaisir sexuel et un soulagement brutal lié à une disjonction accompagnée d'une anesthésie émotionnelle, et enfin en entretenant une confusion autour de ce qu’ils pensent être des fantasmes et qui ne sont que des réminiscences provenant d’une mémoire traumatique.

2) La sexualité féminine traumatisée

Nombreuses sont les femmes qui, ayant subi des violences sexuelles, souvent dès l’enfance, se retrouvent à devoir composer avec une sexualité gravement traumatisée et infectée de symptômes psychotraumatiques non identifiés comme tels. Comme elles se retrouvent seules face à cette sexualité traumatisée, sans aucun outil pour la comprendre, pour la relier aux violences subies dans le passé, ni pour séparer la sexualité qu’elle voudrait avoir d’une sexualité «infectée» par les violences (avec leurs conséquences psychotraumatiques : mémoire traumatique, conduites d’évitement et conduites dissociantes), elles n’auront d’autres possibilités que d’intégrer cette sexualité traumatisée telle quelle ou de la rejeter en bloc. Elles se retrouvent seules dans une société baignant dans le déni, qui ne leur fournit aucun repère pour s’y retrouver et au contraire les enfonce encore plus dans des représentations d’elles-mêmes aliénantes. Ces représentations sont nourries par des stéréotypes mystificateurs sur la prétendue sexualité féminine, alors qu’ils sont construits à partir de symptômes psychotraumatiques : la vierge, la frigide, la femme passive, la nymphomane, la fille facile, la bombe sexuelle, la traînée, la salope, la prostituée, etc. Et tous ceux qui ne veulent pas renoncer à une rencontre véritable et à l'amour, et heureusement ils sont nombreux, doivent se battre pour sortir de ces schémas réducteurs et emprisonnants. Les femmes, et aussi les hommes, pourraient gagner beaucoup à dénoncer ces stéréotypes et cette violence, en récupérant une sexualité non traumatique, enfin libre, avec un plein accès à leur désir et à leur plaisir.

3) Une discrimination fondée sur le sexe

Les violences sexuelles exercées contre les femmes et les filles sont des comportements sexistes fondés sur la domination masculine et les inégalités de pouvoir entre les hommes et les femmes. Elles sont un marqueur du contrôle social des femmes, ces discriminations fondées sur le sexe sont une violence symbolique, bien décrite par Pierre Bourdieu, elles sont le lit qui permet à toutes les autres violences de s'exercer dans la plus grande impunité, elles fonctionnent comme un permis d'instrumentaliser les femmes comme des esclaves domestiques et sexuelles pour le confort de privilégiés et comme des fusibles pour s'anesthésier en cas de mal-être ou de tension dus à une mémoire traumatique. Les femmes sont alors formatées depuis leur naissance pour ces fonctions d'esclaves et de «médicaments», ce formatage est obtenu par la discrimination sexiste et la violence, qu'elle soit psychologique, verbale, physique, sexuelle ou économique : mutilations sexuelles, incestes, mariages forcés, violences liées à la dot, violences conjugales, violences dans l'espace public, violences à l'école et au travail, violences liées à l'exploitation, prostitution et pornographie…, violences qui formatent pour pouvoir exercer en toute tranquillité d'autres violences, à la carte.

 

POUR EN SAVOIR PLUS : http://memoiretraumatique.org/memoire-traumatique-et-violences/violences-sexuelles.html

 

Dr Muriel Salmona

 

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