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Introduction aux thérapies assistées par l’animal.

/ Par info psy.be / Psychothérapies

Introduction aux thérapies assistées par l’animal.

• L’histoire débute avec le psychanalyste Boris Levinson qui découvre, lors d’une consultation psychothérapeutique, le bénéfice à tirer des interactions entre son chien de famille et un enfant autiste. En temps normal, le chien de Levinson n’est pas dans le cabinet de consultation ; cette fois-là, parce que le rendez-vous avec la maman de l’enfant autiste est imprévu et urgent, le chien est présent. Contre toute attente, une interaction entre le chien et l’enfant apparaît, que la mère croyait impossible.

De séance en séance, l’enfant joue avec le chien, lui parle, etc. Le chien accapare d’abord l’attention et l’affection de l’enfant. Mais, pour Levinson, une partie de cette affection retombe bientôt sur lui, si bien qu’une communication s’établit entre l’enfant et son thérapeute. Dans son ouvrage de 1969, Pet-Oriented Child Psychotherapy, le chien de Levinson, répondant au nom de Jingles est dès lors promu au rang de « co-thérapeute ».

Ici, nous avons à faire à un psychanalyste qui se sert de son animal familier pour soutenir ou faciliter le travail psychothérapeutique entrepris.

• L’hippothérapie est tout aussi récente. Dans ce domaine, le défi n’est pas seulement d’apprendre à monter à cheval. Des buts émotionnels et éducatifs sont également poursuivis. Pour des personnes souffrant d’un handicap physique important, parfois clouées à leur chaise roulante, l’hippothérapie semble être l’occasion de découvrir une confiance en soi, un sentiment de liberté, ainsi que des possibilités de maintien du tronc et de la tête plus dynamiques.

Ici, le contact avec le cheval en tant que tel est un moyen de développement, d’épanouissement de soi. Le cheval ne sert pas de « médium » dans le cadre une psychothérapie plus classique.

Objections de méthode

De nombreuses autres formes de thérapies assistées par l’animal ont vu le jour. Quoique récentes, il est impossible de les citer toutes. Mais diverses objections de méthode ont été faites aux TAA, qu’il faut prendre en considération. Je citerai les objections faîtes à ceux qui recourent au chien dans le cadre d’une démarche psychothérapeutique.

• Il faut noter que la thérapie assistée par l’animal ne fonctionne pas avec tous les enfants. Des réussites spectaculaires ont été mises en avant, tendant à gommer les échecs, notamment l’indifférence de certains enfants vis-à-vis des animaux.

• On peut ensuite faire l’hypothèse que certains enfants qui rencontrent des difficultés de communication avec autrui peuvent étroitement se lier avec des animaux, pour ne précisément pas devoir trop s’impliquer dans une communication interhumaine, interpersonnelle.

Dans ce cas-là, le lien avec l’animal peut devenir l’indication d’un fossé qui se creuse entre un humain et ses congénères. Car, après tout, qu’est-ce qui permet de penser qu’un lien, construit entre un enfant et un animal, peut s’élargir d’office, peut s’étendre naturellement, vers la gent humaine ? Ce lien peut suffire à lui seul, et peut tenir écarté d’une ré-affiliation aux êtres humains… Pour certains adultes, l’animal de compagnie devient parfois aussi l’occasion d’un repli sur soi et d’un rejet d’autrui – même si ce phénomène peut paraître marginal.

Dans nos sociétés modernes, où près d’un foyer sur trois possède un animal de compagnie, le chien n’est pas un être qu’on peut décider d’ignorer. Tous les enfants, même s’ils ne possèdent pas de chiens à la maison, sont amenés à en croiser, à en rencontrer, à gérer des moments d’interactions (voulus ou pas) avec eux.

Et il faut que ces rencontres, aléatoires ou pas, souhaitées ou non, se passent bien. Parce qu’actuellement, on déplore annuellement près de 10 000 morsures canines sur des enfants de moins de quinze ans, en communauté française de Belgique.

La question est donc essentielle, de savoir quelles sont les conditions nécessaires d’une mise en relation pour ainsi dire réussie, sécurisée, des chiens et des enfants. Cette question, qui porte sur la manière dont enfants et chiens peuvent se rencontrer, revêt encore plus d’acuité lorsque des enfants souffrant d’un handicap physique ou mental sont demandeurs de contacts avec les animaux.

Aperçu de la cynothérapie

La cynothérapie peut être appréhendée d’abord comme un travail sur la communication, comme un élargissement des possibilités d’entrée en contact avec autrui, au sens large. Le chien intervient comme médiateur entre un enfant et un intervenant qui organise la séance et poursuit différents objectifs.

• L’objectif minimal d’une séance est d’apprendre aux enfants, notamment ceux qui souffrent d’handicap, une position corporelle et des comportements qui leur permettent, dans la vie quotidienne, d’aller vers un chien sans prendre de risque. Toute une série d’exercices tournent ainsi autour de la prudence et des gestes de prudence à mobiliser face à un chien inconnu. L’accès au chien est donc pour ainsi dire d’emblée codé, symbolique. Il y a un cadre, des règles à respecter pour qu’un « accès » au chien soit possible.

• Les enfants vont ainsi vers des chiens (sociables, éduqués) et peuvent vivre un moment de relations riche en émotions. L’enfant peut se laisser aller à caresser, à dorloter l’animal, à lui parler, à bouger avec lui. L’animal accueille l’enfant, lui procure attention, parfois une forme de réconfort. Ce moment de contact existe, se déploie. Entre l’enfant et le chien, s’échangent regard et affection. Mais ce moment de contact va progressivement s’étendre dans un contexte de « travail ». Parce qu’il ne s’agit pas simplement de laisser l’enfant faire ce qu’il veut avec un chien. C’est là que le rôle du tiers, de l’intervenant est déterminant. Il s’agit d’indiquer à l’enfant que la complicité avec l’animal se construit, peut se développer et croître. L’enfant peut ainsi découvrir que le chien aime à collaborer avec lui, répondre avec plaisir à ses demandes et attentes. Que l’enfant ait ou non la capacité de parler, il est possible de mettre en place des codes (mots courts, bruits, gestes) qui permettent de conduire et de travailler un chien.

• Le but est aussi de confronter l’enfant à l’altérité, à la différence qui existe entre les chiens utilisés. Certains sont plus dynamiques que d’autres, certains plus aisément motivés que d’autres. Lors d’une séance de travail où l’enfant rencontre plusieurs chiens, l’enfant va très concrètement découvrir qu’il doit s’adapter au profil du chien qui est mis entre ses mains. Ses gestes, sa voix, son énergie doivent être modulés et ajustés à l’animal particulier.

La cynothérapie peut ainsi être une manière originale de travailler la communication de l’enfant, sur les registres de la voix, des attitudes et des mouvements. Ce sont diverses compétences langagières, ou plus largement d’entrée en contact avec autrui, qui sont encouragées. Ce sont celles-là mêmes qui sont re-mobilisées dans la rencontre interhumaine, interpersonnelle, fût-ce déjà parce que l’enfant n’est pas seul avec le chien, mais en contact aussi avec l’humain qui lui met un chien entre les mains. En ce sens, on pourra dire que la cynothérapie est un travail sur l’altérité : elle implique un va-et-vient incessant entre l’animal et l’humain, le même et l’autre.

Et le « thérapeutique » dans tout ça ?

Certainement l’humilité est-elle de mise en cynothérapie. Les « effets thérapeutiques » d’une démarche doivent faire l’objet de recherche, de questionnement. Une piste consiste à soutenir, à l’instar de Véronique Servais :
« nous proposons de considérer comme thérapeutique ce qui engendre des apprentissages (des changements) permettant à la personne de mieux surmonter les problèmes (quels qu’ils soient) que lui pose l’existence. Si la présence de l’animal, pour gratifiante qu’elle soit, n’entraîne aucun changement dans la manière dont la personne gère ses difficultés, on ne peut parler de thérapie. » (SERVAIS, Véronique, 2007, « La relation homme-animal. La relation à l’animal peut-elle devenir significative, donc thérapeutique, dans le traitement des maladies psychiques », Enfances & Psy, n°35, p. 57)

Bénédicte de Villers, PhD Chercheuse en anthropologie de la communication homme/animal (ULg)

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