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Le développement psychique de l’enfant

/ Par info psy.be / Enfants

Le développement psychique de l’enfant

Chaque étape représente une nouvelle stabilisation de son développement psychique et dure quelques mois, le temps que son évolution motrice et intellectuelle lui permette d'appréhender un peu mieux la complexité dans son univers. A chaque moment de cet incroyable et rapide développement, sa vision du monde peut se figer et les expériences ultérieures ne plus agir fondamentalement sur ses modes de fonctionnement. C'est un peu comme s'il avait adopté un filtre dont il ne pouvait plus se départir et la suite de son évolution ne fera que confirmer cette structure de personnalité.

1. Le stade oral

Durant les dernières semaines qu'il passe dans le ventre de sa mère, l'enfant commence à percevoir les bruits et la lumière. Il ressent également les émotions de sa mère, en partie par le biais des neurotransmetteurs qu'elle secrète et qui passent par le cordon ombilical. S'il lui était loisible d'avoir une pensée à propos de lui-même, il ne pourrait que se percevoir comme un organe ou une partie d'un tout, assez indifférencié. C'est dans cette perception de lui-même qu'il vient au monde, il ne comprend pas du jour au lendemain qu'il est un petit bébé séparé de sa mère. Au contraire, n'ayant pas conscience des limites de son corps, il commence sa vie sur terre dans cet état d'indifférenciation somato-psychique, c-à-d que pour lui, son corps et son esprit font partie d'un tout avec sa mère et le monde tout autour. Si sa vision du monde se fige là, il restera plongé dans un profond état d'autisme, sans véritable contact avec les autres, avec son environnement, ni même avec son propre corps.

A ce stade très précoce, le bébé a déjà un tempérament de base, qui est en partie issu de sa génétique et en partie des influences qui l'ont déjà marqué in utero. Ce tempérament de base, qui en fait par exemple un bébé vif, nerveux, anxieux ou placide et calme, va se confirmer ou non selon la manière dont sa mère ou ses proches vont y répondre.

Les premières semaines de sa vie lui permettent de faire un type d'expériences répétées et assez passives qui l'amènent de l'état d'inconfort, voire d'angoisse, à l'état de réconfort. La faim génère l'inconfort et les pleurs, et si la réponse est appropriée, la paix revient. L'inconfort est suivi du confort, l'angoisse ne s'installe pas. Cela lui permet de développer un premier socle essentiel dans sa construction, c'est la sécurité de base. L'angoisse s'arrête, c'est profondément rassurant lorsqu'on n'a aucune possibilité d'action sur celle-ci. Il ne sait pas qu'il agit sur quelqu'un, il n'y a donc aucun risque d'en faire un capricieux à ce stade-là.

Au 3ème mois de sa vie, il arrive petit à petit au stade de la coordination oculomotrice. Il fixe du regard et arrive à amener ses mains vers l'objet qu'il voit, ce qui lui permet d'expérimenter plein de choses et d'en déduire des conclusions passionnantes. « Je prends cet objet (le « JE » n'existe pas encore pour lui, mais faisons comme si pour la facilité du texte), je le porte à ma bouche, (c'est pour ça que cette période s'appelle le stade oral), je mâchonne, je ne sens rien... Je prends ces petites menottes, je les porte à ma bouche, je les mordille, tiens je sens quelque chose... Cela m'appartiendrait-il ? Je prends ces 2 petites choses en chaussons roses, je les tire vers ma bouche, en tirant je sens mon corps bouger, tiens... mon corps ? C'est quoi mon corps ? » Bien sûr, nous comprenons qu'il est bien loin de pouvoir tenir ce discours, mais nous ne pouvons pas imaginer la pensée sans les mots, donc on se permettra ce tour de passe-passe qui permet de décrire assez justement les nombreuses petites expérimentations que le bébé fait en attrapant, tirant, mordillant, etc.

A l'âge de 6 mois, il se tient assis, voit donc nettement mieux ce qui l'entoure et ses premières petites dents acérées rendent ses expériences encore plus précises, ce qui lui permet vers 8 mois, d'arriver à sa première découverte existentielle : « Je suis un individu ». JE existe, il est ce corps. Cette révélation est essentielle pour son chemin de différentiation, mais elle est immédiatement accompagnée de sa première grande angoisse existentielle : « Si je suis un individu séparé, je suis donc perdable et abandonnable ! » C'est l'angoisse d'abandon, que nous expérimentons tous et qui nous accompagnera avec plus ou moins de force tout au long de notre vie.

Pour la conjurer, le bébé se met avec frénésie à tester la permanence de l'objet, c'est-à-dire qu'il essaye de comprendre ce qui se passe quand il ne voit pas l'objet, que ce soit son Nounours ou sa Maman. Il jette les objets par terre et rit avec un immense bonheur quand on les lui rend, pour les relancer aussitôt et recommencer infiniment l'expérience jusqu'à ce qu'il soit convaincu que l'objet (et donc aussi sa Maman) continue à exister même s'il ne le voit pas. C'est une déduction très intelligente pour un si jeune enfant et il est donc essentiel de continuer à lui fournir le matériel pour qu'il y arrive, en ramassant patiemment les objets jetés au sol ! Il adore aussi le jeu « Coucou », on cache son visage derrière ses mains, en regardant discrètement au travers de ses doigts on lit son angoisse, et hop, on ouvre ses mains et on fait « Coucou ! », et là l'immense soulagement est évident, on n'avait pas disparu, on était simplement caché ! Jouons à Coucou aussi longtemps qu'il le faudra pour qu'il en soit convaincu, c'est un investissement pour son avenir !

Cette étape est essentielle. C'est la fin de la fusion (enfin, on devrait dire l'illusion de la fusion, puisque nous, adultes, nous savions bien que le bébé était séparé de nous, mais lui ne le comprenait pas) et la nostalgie de cette fusion restera gravée au fond de nous avec son cortège de doux souvenirs que certains essayeront de retrouver indéfiniment dans la recherche d'un amour inconditionnel, dans la sexualité, dans la passion, dans le désir d'être deviné. C'est le début de la différentiation, de l'individuation. C'est ce qu'on appelle parfois le stade du miroir : l'enfant qui se voit dans le miroir sait que c'est lui, il se reconnaît.

2. Le stade anal

A la fin de sa première année et durant la suivante, l'enfant découvre la marche et la parole qui constituent deux accélérateurs de son développement. Marcher et parler mettent le turbo à sa compréhension du monde, il peut aller voir par lui-même, poser des questions, conceptualiser, ce qui va l'amener à sa deuxième grande révélation : la relation. « Je suis MOI (ça, il le sait depuis quelques mois) et je relationne ». Pardonnez ce néologisme, ce mot n'existe pas mais il faudrait l'inventer, tant il est vrai que ce jeu relationnel entre les personnes ne se traduit vraiment bien que par un verbe actif. Jusqu'à présent, il avait bien sûr une action sur nous, mais n'en était pas conscient et n'en tirait aucun profit.

Or maintenant, autour de l'âge de 2 ans, il a un passionnant terrain d'exercice qui ne ressemble à rien de ce qu'il a connu jusqu'à présent, parce que pour la première fois de sa vie, on attend de lui un comportement que personne ne peut faire à sa place, ni l'y forcer. Il est seul, avec sa conscience et sa volonté à pouvoir choisir de faire ou de ne pas faire, c'est une merveille ! Il s'agit de l'apprentissage de la propreté et c'est pour ça que cette période s'appelle le stade anal. Faire ou ne pas faire dans son petit pot est l'expérience la plus intéressante du moment, parce qu'il découvre à travers elle que les adultes attendent un comportement particulier de sa part et qu'il peut donc à loisir les satisfaire ou non, et ça, c'est une grande première !

Il peut à sa guise leur plaire ou... les emmerder et c'est pour ça que c'est ce mot-là qui décrit ce comportement de refus. Cet apprentissage est assez complexe parce que les réponses des adultes sont difficiles à comprendre pour le jeune enfant. Quand il fait caca dans son petit pot, tout le monde est content, on applaudit même et puis plouf, on le jette dans le cabinet et on tire la chasse ! Alors que quand il donne des pâquerettes, on les met dans un vase... Comment s'y retrouver ? Il expérimente tant et plus, essaye parfois de donner son caca à Maman, en mains propres ( !), pensant lui faire le cadeau attendu mais la réponse est souvent déconcertante ! C'est à la fois plaisant et dégoûtant semblerait-il, mais lui n'est pas dégoûté puisqu'il est assis dedans depuis 2 ans ! Il connaît la sensation et l'odeur qui lui sont familières, mais tout d'un coup, on s'y intéresse d'une manière étonnante et au travers de ces essais et erreurs l'enfant va se forger sa propre compréhension de la relation et tous les scénarios sont possibles. Je donne, je fais plaisir et j'ai la paix, je résiste, je refuse puis lâche ma résistance quand on ne s'y attend plus, je fais... chier (hé oui !) et grâce à tout ça, j'expérimente mon pouvoir sur l'autre. Tous les jeux de pouvoir s'installent durant cette période, c'est le stade du Non, l'enfant apprend à s'opposer, exprime sa colère et en découvre les conséquences. Il sent le pouvoir qu'ont les autres sur lui, tâche d'y résister, de s'en protéger, reste toujours sur ses gardes.

On peut comprendre que la manière dont le jeune enfant traverse cette période aura des répercussions sur sa conception ultérieure des jeux de pouvoir. Ce qui lui importera c'est qui est le plus fort, le plus puissant, qui a du pouvoir sur qui. Cette grille de lecture lui paraitra absolument normale, voire universelle. Elle explique la recherche du pouvoir, que ce soit de manière tyrannique, sournoise, déguisée, prudente, subtile ou manipulatrice, elle explique les comportements psychopathiques, violents ou non, où gagner et abattre l'autre sans souci des lois ou règlements est une lutte pour la survie. Mais elle génère aussi les attitudes de soumission, de victimisation, qui signent sans doute le fait que l'enfant a vite compris que pour être aimé, il fallait se soumettre et obéir.

3. La période œdipienne

La traversée de la période œdipienne est différente pour le petit garçon et pour la petite fille. C'est la période où les enfants comprennent que ce ne sont pas leurs vêtements qui deviennent trop petits mais leur corps qui grandit ! Ils vont donc devenir un jour comme Papa et Maman ! Ils savaient déjà qu'ils étaient une fille ou un garçon et en avaient éventuellement vu les différences anatomiques, mais maintenant ils comprennent qu'ils vont devenir un homme ou une femme. Quelle aventure ! Quel plaisir ! « Tous ces privilèges qu'ont mes parents, je peux me mettre à en rêver » ! Et l'enfant commence à s'identifier à son parent du même sexe.

Les garçons veulent ressembler à leur père et se mettent à rivaliser et se battre avec lui, se mesurent à lui, briguent sa collection de disques ou sa voiture, ou sa femme ! Cette femme tant aimée, cette Maman, premier objet d'amour, cette Maman-sécurité, mère nourricière, va subitement se colorer autrement. Il anticipe sa future vie d'homme et elle devient femme à séduire, d'ailleurs le petit garçon annonce souvent que « quand Papa sera mort, je te marierai ! », il se love dans ses bras autant qu'il peut, lui dit des mots doux, se glisse dans le grand lit et s'installe entre père et mère, bref il est dans la conquête de la femme impossible, celle qu'il aime plus que tout et qu'il n'aura jamais pour lui tout seul, mais celle qui est toujours là qu'il soit gentil ou non, elle revient à lui chaque fois, et cet amour immense marquera la plupart des hommes à vie. Elle est à la fois la mère nourricière-sécuritaire et en plus elle devient la femme à séduire, à posséder, mais c'est un seul et même objet d'amour, il n'y a pas de trahison, donc pas de risque de perdre l'être aimé. Cette double imprégnation marque presque tous les hommes et explique en partie (ne justifie pas !) qu'ils trompent plus souvent leur femme que l'inverse, tout en leur disant que cela ne change rien à leur amour pour elle. Cela explique aussi pourquoi les hommes ont moins peur de perdre leur compagne que l'inverse. (Ceci est de la statistique, pas une accusation sexiste !)

Pour les petites filles par contre, cette période est plus complexe, ce qui va en partie expliquer leur plus grande maturité durant les années qui suivront. En effet, leur objet d'amour premier est toujours leur mère et il est important de garder cette sécurité, mais s'identifier à elle - au-delà du plaisir de se tartiner de rouge à lèvres et de glisser sur le parquet avec des hauts talons - est une opération bien plus périlleuse puisqu'il faut se mettre en rivalité avec elle pour attirer l'attention de cet être aimé et si souvent absent qu'est le père. La petite fille aussi comprend qu'en grandissant elle va avoir des privilèges que seule aujourd'hui sa Maman possède, comme de pouvoir dormir dans le grand lit avec Papa. Et ça la tente grandement ! Elle va donc découvrir la complexité des relations amour-haine, qui créent un papotage de cours de récréation que les garçons ne comprendront jamais ! Les filles discutent, tissent des liens et les défont, se rassurent et se méfient ; elles deviennent peste ou meilleure amie, bref des petits brins femmes. « Tu veux être mon amie ? Moi, je suis plus son amie. Tu sais ce qu'elle dit de toi ? Moi, je ne l'aime plus, elle est pas mon amie, et toi, c'est qui ton amie ? » Des papotes de filles, quoi ! Pendant ce temps, les garçons rigolent ou se battent. C'est tout. C'est un peu simpliste, mais c'est fondamentalement vrai.

Une autre différence majeure entre les filles et les garçons à cette période est la manière dont l'un et l'autre cherchent leur identité. Ici, c'est plus simple pour la fille qui a une multitude de choix, puisqu'à cet âge, la grande majorité des enfants est éduquée par des femmes, leur mère, grand-mère, puéricultrice et institutrice maternelle. Etre femme, c'est choisir parmi tous ces modèles et cette diversité des identifications restera visible à l'âge adulte, alors que pour les garçons, assez privés de modèles masculins dans leur petite enfance (surtout dans les familles traditionnelles, heureusement cela change), être un homme, c'est le contraire d'être une femme ! Etre un homme c'est ne pas pleurnicher, ne pas porter de jupe, ne pas se maquiller, et plus tard ce sera ne pas faire un métier de femme par exemple, alors que l'inverse n'est pas vrai. Les hommes ont aussi de notoriété publique plus peur d'être pris pour un homosexuel, alors qu'une femme n'en a cure.

A la fin de la période œdipienne, les grandes bases de la personnalité sont établies et l'enfant va traverser maintenant la période dite de latence, qui correspond à l'âge de l'école primaire. Durant cet âge de grâce, l'enfant se développe essentiellement sur le plan intellectuel et social. C'est une période féconde durant laquelle il apprend comme jamais, est curieux de tout et découvre le monde des copains. Ce n'est pas toujours une période douce, parce que se comparer aux autres est parfois source de douloureux isolement, de complexes, de solitude. Les enfants entre eux sont francs et n'ont aucune idée de combien leurs propos peuvent faire souffrir celui qui manque un peu de confiance en lui.

Suivront ensuite les différents stades de l'adolescence, mais ça, c'est une autre histoire...

 

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