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Les enfants de parents malades mentaux

 

Entre le normal et le psychopathologique 

 

Tout enfant confronté à la maladie mentale d’un proche finit par se poser des questions essentielles et pertinentes : Qui est normal? Qui est pathologique? Qu’est-ce qu’une maladie mentale ? Et comment s’en accommoder ? Qu’est-ce qu’un symptôme psychologique ? Pour bien comprendre la maladie mentale et ce que peut vivre un enfant confronté à ce type d’affection chez un parent ou un proche, il importe de comprendre le sens du symptôme en relation, avec la structure de personnalité et de distinguer le mode de fonctionnement psychique en termes de psychose, de névrose et d’état limite.

 

Par définition, est « normal » celui qui reste adapté à son milieu, qui est soumis aux lois régies par sa communauté, qui correspond aux normes en vogue dans une société donnée. Est « normal » celui qui ne sombre pas dans la folie, qui se défend contre la décompensation (névrotique ou psychotique), qui manifeste du caractère contre la survenue d’une pathologie mentale et mobilise. Est plus ou moins « normal » celui qui est capable de mobiliser des mécanismes de défenses psychologiques suffisamment efficaces lorsqu’il est confronté à des situations existentielles difficiles ou pénibles. Est « normal », celui qui est capable de résoudre un problème personnel (désamorcer un conflit intérieur) ou affronter un problème relationnel (désamorcer un conflit extérieur) en faisant appel au soutien d’autrui et/ou qui est capable de mobiliser des « forces » psychiques suffisantes (ressources intérieures).

 

Toutefois, il n’existe pas de véritable démarcation entre un individu « normal » (parfaitement sain d’esprit et totalement résiliant) et un individu (névrosé) qui rencontre une période difficile dans l’existence, qui traverse une crise ou qui souffre de tel ou tel problème psychologique. Il existe un étroit passage entre normalité et pathologie suivant le degré de permanence (momentané, ponctuel, état de crise, prolongé ou chronique) de l’état plus ou moins psychopathologique du sujet. A tout moment un individu sain peut « pénétrer » dans cet état, ou en sortir. Suivant le degré de décompensation, l’intensité de l’événement qui le perturbe, la mobilisation de ses mécanismes de défense et le type de structure de sa personnalité, un individu peut souffrir de manière névrotique (répétition compulsive d’un symptôme) ou psychotique (délire, rupture avec la réalité, déni du réel), et parfois mobiliser des défenses psychiques inadaptées (perversion d’objet, clivage du Moi) ou réagir dangereusement (conduites destructrices, psychopathie, attitude perverse, passage à l’acte).

 

La psychologie clinique établit une typologie psychopathologique entre les névroses et les psychoses, afin d’apporter des nuances aux différents tableaux rencontrés. Calquée sur le modèle du diagnostic médical, cette schématisation psychiatrique risque de classifier les individus suivant des petites « cases » nosographiques comme dans le DSM V-R (la « bible » de la psychiatrie anglo-saxonne qui propose une classification des maladies mentales suivant différents critères diagnostiques) et de perdre en nuance au plus grand détriment du sujet lui-même. De manière un peu caricaturale, le névrosé serait celui qui prend conscience de sa propre souffrance, de ses symptômes et/ou qui tenterait de s’en sortir en cherchant à résoudre ses conflits intérieurs. En revanche, le psychotique serait le « fou » au sens clinique du terme, c’est-à-dire l’aliéné mental d’autrefois. Même parfois insensés et incompréhensibles, les symptômes ont pourtant du sens et servent aussi de « béquilles » psychiques à celui qui souffre. 

 

Par définition, est « pathologique » celui qui se fait rejeter parce qu’il ne peut (ou ne parvient pas) à résoudre intérieurement ses conflits, c’est-à-dire celui qui reste en conflit avec lui-même et/ou avec les autres, celui qui reste en état d’inadaptation relationnelle et sociale, celui qui a perdu certains repères, celui qui est déstructuré mentalement et ne parvient plus à communiquer plus ou moins « normalement », celui qui est totalement dépassé par sa propre souffrance et souffre d’une importante désespérance. Confronté à un mal intérieur qui le ronge ou à des angoisses envahissantes, le sujet « pathologique » doit parfois entrer dans un état important de perturbation psychique (crise de décompensation) avant de « retrouver ses esprits » (se réconcilier avec son moi profond) et entamer lentement un processus de guérison (retrouver un certain équilibre psychique et un bien-être psychoaffectif). Le pathologique signifie plus que l’anormalité, à laquelle il ne se réduit pas. Un individu, une situation exceptionnelle ou étrange peuvent paraître parfaitement « normal » : le génie, les sextuplés, quoique rarissimes, ne sont pas des phénomènes morbides. Tandis que l’anormal est ce qui dévie considérablement de la moyenne statistique. Le pathologique est ce qui provoque la souffrance de l’individu (lésion organique, complexe psychologique, trouble existentiel, deuil pathologique, mélancolie, compulsion obsessionnelle, angoisse dépressive, etc.).

 

Par définition, est « pseudo normal » celui qui aménage banalement une partie de sa personnalité mais sans résoudre en profondeur ses difficultés, c’est-à-dire celui qui joue à la personne hypernormale, effacée, peu expressive et conformiste, qui entretient une pseudo stabilité dans sa vie mais qui fonctionne de manière immature, sans véritables relations, en évitant de se remettre en question. Le sujet évite ainsi les questions périlleuses qui pourraient déclencher un processus symptomatique comme la dépression. En évoluant dans une espèce de médiocrité psychique et intellectuelle, le sujet évite à tout prix la dépression ou d’autres symptômes. Il manifeste parfois un « faux-self » de survie.

 

Le sens du symptôme en psychopathologie

 

Au plan psychodynamique, le symptôme n’est pas le signe d’une maladie mais plutôt l’expression d’une souffrance liée à un conflit inconscient. Le symptôme est donc porteur de sens (caché, non révélé à la conscience). Il peut correspondre à un épisode ou à une crise, sans pour autant appartenir à toute structure de type névrotique ou psychotique. On évoque alors un symptôme d’allure névrotique ou psychotique, plutôt qu’un symptôme de structure, c’est-à-dire un symptôme incorporé à l’organisation même de la personnalité humaine. Il faut éviter d’utiliser des étiquettes pseudo diagnostiques et faire la distinction entre les épisodes, qui sont des états momentanés au cours desquels le Moi n’a pas encore achevé sa maturation et instauré ses limites, et une défense symptomatique d’une structure névrotique ou psychotique. Par exemple, le symptôme de conversion hystérique, généralement tenu pour simulation, est en fait une pantomime du désir inconscient ou de la réalisation d’un fantasme inconscient, expression du refoulé à forte connotation sexuelle. Selon Lacan, le symptôme va dans le sens d’un désir de reconnaissance non reconnu, dans la mesure où ce désir reste exclu, refoulé. Le symptôme réel est celui qui appartient à la structure de la personnalité et qui génère des défenses psychiques de type névrotique contre l’angoisse, ou de type psychotique contre la menace de morcellement et d’éclatement du Moi.

 

Basé sur une définition rigoureuse de la structure authentique, le diagnostic de névrose ou de psychose ne s’applique qu’à une maladie mentale causée par un état de décompensation observable en relation avec un dysfonctionnement du Moi ou une inadaptation de l’organisation profonde et fixe du sujet à des circonstances nouvelles, intérieures ou extérieures, devenues plus puissantes que ses propres mécanismes de défense.

 

La structuration de la personnalité

 

La personnalité est structurée suivant différentes modalités élaborées à partir de la prime enfance (les différents stades de l’évolution psychodynamique de la personnalité), modelée au fur et à mesure de l’évolution psychique du sujet et plus ou moins confirmée, selon les cas de figure, au moment de l’adolescence. Suivant l’évolution psychique du sujet, la personnalité peut recouvrir différentes structures. Ces structures déterminent l’organisation de la personnalité et apparaissent selon des lignes de clivage déjà déterminées par le mode de structuration préalable. Ainsi Freud compare la structuration de la personnalité à la constitution d’un cristal qui se fissure suivant des scissures (ou lésions) préétablies par sa genèse naturelle. À la fois fragile et solide, mystérieuse, brillante, parfois insondable ou étrange, la personnalité du sujet se brise suivant des lignes de faille préétablies.

 

Le psychisme se cristallise originellement dès la naissance, voire même pendant l’embryogenèse. In utero, le foetus perçoit les vibrations du liquide amniotique dans lequel il baigne. Même si son système nerveux central est encore peu élaboré, le foetus se manifeste. Des études ont démontré que le foetus réagissait de manière différentielle selon les sons émis à l’extérieur. Mais à quoi pense le foetus lorsqu’il perçoit des « messages », comme les sons en provenance de l’extérieur ou lorsqu’il absorbe des substances que sa mère ingère?

 

Avec une composante de transmission héréditaire et physiologique, mais aussi une part de « mystère », la personnalité subit de nombreuses influences, des transformations, elle se développe, se structure, s’organise,... en relation avec la mère, les parents, l’entourage familial et le milieu socioculturel,... ainsi que les nombreuses stimulations environnementales.

 

La névrose et la psychose

 

Définition : La névrose est une affection nerveuse sans base anatomique connue, caractérisée par des troubles psychiques divers (angoisses, obsessions, phobies...) mais pas par une altération profonde de la personnalité, contrairement à la psychose.

 

La personnalité se structure (organisation du Moi spécifique) de manière névrotique lorsque l’organisation génitale et oedipienne s’accomplissent avec des défenses du Moi résistant aux poussées extérieures et intérieures (pulsions du Ça) et des tentatives pour résoudre les conflits entre le Moi, les pulsions et la réalité; le refoulement névrotique des pulsions domine les autres défenses. 

 

Définition : La psychose, quant à elle, est une maladie mentale affectant gravement la personnalité et détériorant radicalement la relation du sujet au monde extérieur ; elle se distingue de la névrose en ceci que le sujet ne sait ou n'admet pas qu'il est malade. Il n’a aucune conscience morbide de son état.

 

L’organisation du Moi devient psychotique lorsque le sujet est plus ou moins bombardé psychiquement de traumatismes et de frustrations, auxquelles il ne résiste pas autrement qu’en libérant une certaine quantité de libido narcissique, par décharges, par crise ou par délire. Le sujet décompense gravement, dénie la réalité, se met à déraisonner,... Il est dominé par  des processus primaires qui surgissent de manière automatique et pulsionnelle. Le Moi est alors déstructuré et encombré. Le sujet développe des défenses archaïques,... il régresse ou reste fixé à un stade de développement primaire. L’organisation psychique se laisse « contaminer » par la dictature du Ça qui aliène le Moi jusqu’à parfois le détruire partiellement (angoisse de morcellement, de néantisation et d’anéantissement) ou totalement (suicide).

 

Les états-limites

 

Entre névrose et psychose, il existe une position intermédiaire, comme un compromis, une structure plus fragile, non authentique, instable et réversible pouvant constituer une lignée cristalline soit névrotique solide, soit psychotique, selon les défenses psychiques du sujet. Les états-limites constituent des sujets particulièrement vulnérables dont la structure de personnalité ne s’est pas encore organisée suivant l’option névrotique ou psychotique. Le sujet souffre aussi d’une angoisse immotivée ou larvée, c’est-à-dire d’une pathologie du vécu, d’un trouble existentiel profond, mais qui n’arrive pas vraiment à éclater sous la forme ou l’autre d’une psychopathologie plus déterminée. Le sujet n’exprime pas toujours un vécu corporel face à une angoisse réelle (trac, peur, panique, émotions anxieuses, anxiété dépressive, etc.), mais il peut occasionnellement développer diverses pathologies psychosomatiques (troubles respiratoires, hyperventilation, maux d’estomac, problèmes de peau, douleurs chroniques, etc.).

 

Différences principales entre névrose et psychose

Névrose

Psychose

Sujet compréhensible  >> raisonnable >> accessibilité du sujet

 

Sujet non compréhensible >> sujet peu accessible  >> altération du raisonnement et du langage

Exagération des difficultés d’être (nier ses possibilités, refuser l’obstacle, angoissé, perdu, ...) >> l’angoisse est plus ou moins aménagée mais elle reste disproportionnée

 

Transformation radicale des difficultés (persécuté ou tout-puissant, il nie le monde, la réalité, les autres,...)  >> l‘angoisse est destructrice et donne un sentiment d’étrangeté

Le sujet élimine toutes pulsions comme il peut

Le sujet n’accède pas à son Moi profond et reste dominé par les exigences du Sur-Moi

Le sujet élimine les exigences de la réalité extérieure et/ou se laisse dominer par un Ca tout puissant

 

Il se dit « malade », se fait soigner  >> il ira mieux s’il tolère ses inhibitions ou certaines frustrations << acceptation de soi, des autres et du bien-être

Il n’envisage pas ses idées comme une maladie, il ne perçoit pas de conflits intériorisés >> s’éloigne du réel et des autres

 

La réalité est perçue comme exigeante >>   adaptations et compromis névrotiques

 

La réalité est perçue comme étrange >> confusions et inadaptations

Le Moi infantile névrotique est constitué >> contrôle du Sur-moi >> maîtrise de soi << culpabilisation

 

Moi archaïque ou anarchie pulsionnelle >> les pulsions sexuelles sont évacuées >> risque de passages à l’acte impulsifs et instinctifs

Le système pulsions/défenses fonctionne

Les défenses sont brisées >> expulsion, mécanisme de projection, morcellement, délire, hallucinations, passage à l’acte, ...

 

 

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