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Conseils de psy

Les fêtes de fin d’année : pourquoi elles ne sont pas synonymes de joie pour tout le monde ?

/ Par Céline Drouillon / Mal-être

Les fêtes de fin d’année : pourquoi elles ne sont pas synonymes de joie pour tout le monde ?

 Si vous lisez ces lignes en vous sentant triste ou en décalage, sachez que vos émotions sont légitimes. Elles sont des réactions humaines qui méritent d’être accueillies avec bienveillance. Vos ressentis ne diminuent pas votre valeur : ils expriment simplement vos besoins et vos limites.

Les fêtes de fin d’année sont souvent entourées d’images idéalisées : familles réunies, rires partagés, chaleur et convivialité. Pourtant, derrière ces représentations, la réalité est parfois bien différente. Pour beaucoup, cette période peut réveiller des blessures, accentuer la solitude ou générer du stress.

Selon une enquête internationale, près de 67 % des personnes déclarent ressentir du stress ou de l’anxiété en décembre. En Europe, une personne âgée sur cinq souffre de solitude accrue pendant les fêtes. L’OMS rappelle que la santé mentale est particulièrement vulnérable en hiver, période où la dépression et l’anxiété augmentent significativement.

 

 Quand les fêtes réveillent les fragilités 

Les fêtes peuvent réveiller de nombreuses fragilités, qu’elles soient relationnelles, émotionnelles ou liées au corps. Voici quelques exemples fréquents :

  • Tensions familiales : les repas peuvent réactiver des rancunes anciennes ou des incompréhensions.
  • Deuil et absence : l’absence d’un proche se fait plus douloureusement sentir, et les traditions deviennent des rappels de ce vide.
  • Isolement : ceux qui vivent seuls ou loin de leur famille peuvent ressentir une solitude accrue.
  • Pression sociale et financière : l’injonction à “réussir ses fêtes” ou à offrir des cadeaux peut générer stress et culpabilité.
  • Anxiété sociale : les rassemblements peuvent être difficiles pour ceux qui craignent le jugement ou se sentent mal à l’aise en groupe.
  • Décalage intérieur : ne pas partager l’enthousiasme ambiant peut générer une dissonance cognitive, ce décalage entre l’image idéalisée des fêtes et le vécu réel.
  • Traumas réactivés : certaines situations, paroles ou atmosphères familiales peuvent réveiller des blessures anciennes ou des souvenirs douloureux. Les fêtes deviennent alors un terrain sensible où le passé ressurgit. Ces vécus nécessitent parfois un accompagnement spécialisé : il est important de rappeler qu’on ne doit pas « gérer seul » ces difficultés.
  • Troubles du comportement alimentaire (TCA) : les repas festifs, centrés sur l’abondance et la convivialité, peuvent être particulièrement difficiles pour les personnes souffrant d’anorexie, de boulimie ou d’hyperphagie. Les injonctions sociales autour de la nourriture et les remarques sur le corps ou l’appétit peuvent accentuer la souffrance. Là encore, un suivi thérapeutique peut offrir un cadre sécurisant et des outils adaptés pour traverser cette période.

Et bien plus encore …

 

 Pourquoi ces émotions apparaissent  ?

La psychologie nous enseigne que les émotions sont des signaux adaptatifs : elles reflètent nos besoins, nos manques, nos blessures ou nos limites. La pression normative – ce besoin de se conformer aux attentes sociales – accentue souvent le malaise, surtout lorsque l’on se sent en décalage avec l’image idéalisée des fêtes.

Les neurosciences montrent que notre cerveau n’est pas toujours préparé à gérer l’hyperstimulation de cette période : bruit, lumières, interactions multiples. Cette surcharge sollicite le système limbique, générant irritabilité et fatigue. Par ailleurs, le manque de lumière hivernale perturbe la régulation de la sérotonine (neurotransmetteur de l’humeur) et de la mélatonine (hormone du sommeil), accentuant le risque de trouble dépressif saisonnier.

À cela s’ajoute la solitude, qui peut être profondément douloureuse lorsqu’elle est subie. Elle prive du lien vital dont l’être humain a besoin pour se sentir en sécurité et relié. Le manque de relation active dans le cerveau les mêmes zones que la douleur physique : c’est pourquoi l’isolement fait si mal. Ce n’est donc pas « dans votre tête », mais une réalité biologique.

À l’inverse, quelques moments seuls choisis peuvent être une ressource : un silence qui apaise, un carnet qui devient un confident, ou simplement l’occasion de se reposer sans contrainte.

La mémoire émotionnelle joue aussi un rôle : les fêtes réactivent des souvenirs, parfois heureux mais aussi douloureux. Une odeur, une musique ou un rituel peuvent réveiller des blessures anciennes ou rappeler des absences, intensifiant les émotions présentes.

Enfin, le facteur économique ne doit pas être sous‑estimé. Les dépenses liées aux cadeaux, aux repas, aux décorations ou aux déplacements peuvent générer une pression supplémentaire. Ce stress financier agit directement sur l’anxiété et peut accentuer le sentiment d’injustice ou de culpabilité.

Se sentir en décalage ou seul·e ne signifie pas être « à côté de la vie ». Cela signifie simplement que votre vécu est différent et unique, et il mérite d’être reconnu sans jugement.

 

Les chiffres qui rassurent : vous n’êtes pas seul·e !

  • 67 % des personnes déclarent du stress ou de l’anxiété en décembre.
  • 1 personne âgée sur 5 souffre de solitude accrue en Europe.
  • Les consultations psychologiques connaissent une hausse significative en fin d’année, signe d’un pic de vulnérabilité émotionnelle.
  • Une enquête Ifop montre que les fêtes représentent une source de stress financier « inégalé », notamment pour les personnes ayant déjà connu des difficultés d’endettement ou de gestion budgétaire.

 

Quelques pistes pour vivre les fêtes différement … et ouvrir à d’autres possiblités

  • Revoir ses attentes : accepter que les fêtes ne soient pas parfaites, c’est déjà se libérer d’une pression inutile. Un repas simple, une soirée calme ou même un moment passé seul·e avec un film réconfortant peuvent être tout aussi précieux qu’une grande réunion familiale.
  • Inventer ses propres rituels : créer un geste symbolique qui a du sens pour soi : allumer une bougie pour un proche disparu, écrire une lettre que l’on garde pour soi, préparer une playlist spéciale ou cuisiner son plat préféré.
  • Fixer ses limites : choisir les événements auxquels on participe sans culpabilité est une manière de se protéger. Dire « non » avec douceur – par exemple : « Merci pour l’invitation, mais j’ai besoin de repos cette année » – permet de préserver son énergie et d’éviter la surcharge émotionnelle.
  • Prendre soin de son rapport à la nourriture : si les repas festifs sont source d’angoisse, il peut être aidant de préparer un plat qui vous rassure, de manger à votre rythme ou de vous accorder des pauses.
  • Anticiper les déclencheurs : si certaines situations familiales ou conversations réveillent des souvenirs douloureux, il est légitime de poser vos limites, d’utiliser des techniques de régulation émotionnelle ou de prévoir un rituel apaisant après ces moments.
  • Pratiquer la pleine conscience : des études montrent qu’elle réduit le stress et améliore la régulation émotionnelle. Concrètement, cela peut être : prendre un bain chaud en silence, écouter une musique apaisante, observer sa respiration pendant deux minutes ou savourer lentement une tasse de thé.
  • Chercher du soutien social : le lien avec les autres est un facteur protecteur majeur face au stress et à l’anxiété. Ce n’est pas seulement le fait de « ne pas être seul » qui aide, mais la co‑régulation : nos émotions se régulent mutuellement grâce à la présence et à l’écoute de l’autre. Un ami qui prend le temps d’écouter avec empathie, un proche qui respire calmement à nos côtés ou un thérapeute qui offre un cadre sécurisant peuvent apaiser notre système nerveux et redonner un sentiment de sécurité intérieure. Même de petites interactions bienveillantes – un sourire échangé, un message reçu, une parole réconfortante – ont un effet réel sur l’équilibre émotionnel. Et si vous êtes très isolé·e, ce lien peut aussi se trouver dans une communauté en ligne ou dans des groupes de soutien.
  • Profiter de la lumière naturelle : l’exposition au soleil ou à des lampes de luminothérapie aide à réguler sérotonine et mélatonine. Même 15 minutes de marche en extérieur, le visage tourné vers la lumière, peuvent avoir un effet positif sur l’humeur.
  • Cultiver la bienveillance : se parler comme on parlerait à un ami est une manière de nourrir l’auto‑compassion. Chaque petit geste de douceur envers soi – préparer un repas qui fait plaisir, s’accorder une sieste, écrire quelques mots d’encouragement dans un carnet – est déjà une victoire.

 

 Les fêtes autrement : accueillir ses fragilités

Il n’y a pas de « bonne » façon de vivre les fêtes, juste la vôtre. Les fêtes ne sont pas une obligation de bonheur. Elles peuvent être vécues autrement : comme un moment pour s’honorer soi‑même, accueillir ses fragilités et cultiver la sérénité. Reconnaître son propre vécu, c’est déjà ouvrir la porte à plus d’équilibre pour soi.

Et rappelez‑vous : reconnaître ses fragilités, c’est déjà une force. Cela signifie que vous êtes capable de vous écouter et de prendre soin de vous.

Si cette période vous semble trop lourde à traverser seul·e, n’hésitez pas à consulter un thérapeute de notre réseau. Parler de vos ressentis est déjà un premier pas vers plus de douceur et de sérénité.

 

 Céline Drouillon – Psychopraticienne & Thérapeute de la relation d’aide