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Prescrire le symptôme : une stratégie forcément paradoxale !

/ Par info psy.be / Etre soi

Prescrire le symptôme : une stratégie forcément paradoxale !

Son oreiller mouillé de larmes est la trace de ce combat vain…Pauline consulte pour un problème de poids. Elle a beau avoir fait tous le régimes du monde, elle reprend généralement ses kilos et sa balance lui en octroie même davantage de régime en régime…

Yves vient en coaching car son manager le critique ou l’agresse et il ne parvient pas à l’amener à le respecter. Il a beau lui exprimer explicitement ou implicitement son souhait d’une relation plus détendue, son besoin d’être respecté et le stress que génère chez lui l’agressivité, il ne se sent pas entendu et les critiques se poursuivent… Il se sent impuissant…

Souvent, très souvent, les patients ou les coachés nous interpellent pour les aider à changer des pulsions ou compulsions qui leur sont propres ou à transformer des réactions de leur entourage sur lesquelles leurs tentatives de régulation n’ont pas d’impact et sont même aggravantes.

L’image qui me vient est celle du ring de boxe sur lequel Caroline, Pauline ou Yves seraient envoyés, poids léger face au poids lourd de la crise d’angoisse qui est plus forte, de l’envie de manger qui me rattrape et gagne toujours et du manager qui, en plus de sa position haute, est capable d’une violence impactante en terme de souffrance pour Yves.

Aidez moi à vaincre quelque chose de plus fort que moi… Impossible sur le ring de boxe où la force est l’atout des sportifs !

Je leur propose plutôt l’Aïkido, le Kung-Fu ou le judo… Utilisons la force de l’adversaire contre lui… Soyons stratégique !

Le modèle de Palo Alto propose effectivement des interventions guidées par les tentatives infructueuses d’une personne à sortir de sa souffrance. A partir de la prémisse qui avance que ce qui ne fonctionne pas aggrave, car si Paul Watzlavick disait qu’on ne peut pas ne pas communiquer, Milton Erickson, quant à lui, avançait qu’on ne peut éviter d’influencer.

Les réactions à une difficulté ou à une souffrance sont donc soit aidantes et efficaces auquel cas, la personne ne se retrouve pas en face de moi car elle a pu, elle-même, « réguler[1] » et  donc dépasser la difficulté pour retrouver un équilibre qui lui convient, soit ses réactions sont des tentatives de régulation, car elles ne fonctionnent pas et aggravent donc le problème. Elles deviennent donc les buches qui nourrissent le feu du problème. Et chaque fois que Caroline, Pauline ou Yves essaient de vaincre le poids lourd, ils ajoutent une buche dans le feu…

Caroline nourrit la crise d’angoisse par sa peur qu’elle arrive et en postposant son coucher s’épuise et se rend de plus en plus vulnérable. Pauline en se restreignant par ses régimes, fait monter l’envie des aliments « interdits » ou même juste limités et Yves donne à son manager toujours plus de pouvoir en lui montrant combien il est touché ou perturbé par ses agressions.

Utiliser la logique des sports de combat orientaux, c’est se servir de la force de l’autre pour le vaincre, c’est laisser venir le coup et même tirer le poing qui le donne pour le faire basculer dans son élan vers le sol et mettre l’ennemi à terre.

Nous utilisons ce type de stratégie lorsque la personne est en lutte contre un ennemi plus costaud et sur lequel elle n’a donc pas d’impact. Le plus souvent, la personne en souffrance dira : « c’est plus fort que moi ! » et s’il ne le dit pas, nous observons qu’il s’agit effectivement de vouloir changer quelque chose qui est hors de notre contrôle : les autres, une sensation physique, une émotion, une pensée ou une compulsion…

Nous allons donc être amenés à faire une prescription paradoxale et demander de produire volontairement ce comportement habituellement hors contrôle, ce qui amène naturellement la personne à retrouver un peu de contrôle, car soit le comportement non voulu apparaît et il lui « obéit », soit il ne se produit pas et en conséquence, elle a gagné aussi. Nous la mettons ainsi dans ce que Gregory Bateson appelait une « double contrainte », celle-ci étant thérapeutique, car dans tous les cas gagnante.

Avec Caroline, nous allons donc lui demander de faire volontairement venir ses crises d’angoisse afin de changer le réflexe qui consiste au départ à tenter de les éviter, de les fuir pour aller vers l’accueil et même une reprise de contrôle en la créant elle-même à partir de rien ; nous lui prescrivons donc son symptôme en lui donnant l’injonction suivante : développe la crise d’angoisse et développe progressivement ta capacité à la faire grandir quand elle apparaît.

A Pauline, qui tente éternellement de refreiner ses envies, nous allons proposer de choisir les aliments qui lui font le plus plaisir et de s’autoriser à en manger autant qu’elle le souhaite en écoutant sa faim plutôt que son « compteur mental de calories » afin de suivre Oscar Wilde dans sa maxime : « la meilleure manière de résister à une tentation est d’y succomber ».

Et Yves va être conduit à encourager son manager dans ses critiques et dans son agressivité en lui disant qu’il a pris conscience de l’intérêt de ses critiques ou de ses remarques et qu’il lui demande d’en formuler le plus possible afin de lui permettre d’évoluer et de s’améliorer… Il reprend donc le contrôle sur la situation, car son chef n’a d’autre choix que de lui obéir ou d’arrêter de l’agresser.

La logique paradoxale permet ainsi de vaincre des ennemis jusqu’alors invaincus, de retrouver du contrôle en lâchant prise sur le symptôme ou sur le comportement « souffrance ». Elle demande évidemment un décodage fin de la situation et ne peut en aucun cas être appliquée sauvagement et sans maîtrise du modèle dans sa globalité.

Ce n’est pas juste une recette, mais bien une intervention stratégique et construite sur mesure pour la personne en souffrance.

Marina Blanchart

[1] Selon l’expression consacrée de Gregory Bateson

 

 

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