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Prostitution et enfance : l'exploitation de l'innocence

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Prostitution et enfance : l'exploitation de l'innocence

L’exploitation sexuelle des enfants, comme un cri à l’envers

Échange de sexe contre de la nourriture, un abri, de la drogue ou de l’alcool, ou pour être accepté, … l’exploitation sexuelle n’est pas un choix de style de vie, c’est de la violence sexuelle à l’endroit des enfants.

L’exploitation sexuelle des enfants ne peut se réduire strictement au phénomène de la pédophilie.
De même, l’attirance sexuelle à l’égard des enfants ne peut se réduire à une simple conduite sexuelle déviante ou à une inadaptation psychosociale acquise.
L’exploitation sexuelle, la perversion sexuelle, la déviance, l’inceste, l’abus sexuel et la pédophilie appartiennent à des registres sémantiques différents.
L’exploitation met en scène une personne (l’exploiteur) qui en exploite une autre (l’exploité), par l’utilisation abusive de la sexualité à des fins données ou dans un esprit de profit abusif.
L’abus sexuel se réfère à un événement affectivement traumatisant pour la victime. La pédophilie désigne un trouble psycho-sexuel présent chez l’adulte.
Même si le pédophile apparaît fréquemment comme étant à l’origine d’abus ou d’exploitation sexuelle d’enfants, tout abus ne relève pas d’emblée des agissements d’un adulte pédophile.
À l’inverse, la pédophilie n’aboutit pas obligatoirement à une situation d’abus sexuel.
Nous préférerons d’ailleurs utiliser les termes “abuseurs sexuels d’enfants”, “délinquant sexuel”, “auteur d’infraction à caractère sexuel” ou encore, “auteur d’exploitation sexuelle”, plutôt que celui de “pédophile(s)”  qui nous semble trop réducteur et moins explicite.
 
L’exploitation sexuelle est également une maltraitance physique et émotionnelle, ce qui implique une dynamique de l’abus sexuel (relations sexuelles imposées, abus de pouvoir, interactions, transactions, manipulations, secret, silence,...).
L’exploitation sexuelle et l’abus sexuel relèvent d’interactions ou de transactions particulières qui intègrent des composantes dynamiques qu’il faut bien connaître.
L’enfant est pris dans son désir d’attention et de sécurité affective auquel l’abuseur répond par un passage à l’acte sexuel que l’enfant ne peut assumer.
L’implication psychologique sur la vie future de l’enfant, les troubles qui en découlent ne s’arrêteront pas avec l’interruption du délit.
 
Comme le précise Balier (1996), « les auteurs d’agressions sexuelles rencontrés en prison ou, à tout le moins, en milieu judiciaire, constituent une population encore peu étudiée en psychopathologie.
Si l’acte est grave, ils sont vite catalogués comme pervers, inamendables et incurables, selon une terminologie du début du siècle. »
Cependant, tous les abuseurs d’enfants ne sont pas exclusivement des pervers psychopathes incurables ou des délinquants sexuels récidivistes.
Dès lors, nous croyons qu’il faut élaborer des modèles de prise en charge basés sur l’espoir qu’un individu peut changer.
Nous pensons qu’il faut éviter les amalgames faciles afin de mieux cerner ce véritable problème de société.
L’enjeu réaliste pour notre communauté n’est pas d’éradiquer ce phénomène, mais de mieux le connaître pour mieux le canaliser et le traiter.
Même si on n’a pas la solution à tous les problèmes humains rencontrés, il faut continuer à se préoccuper des enfants victimes, et cibler certaines actions préventives, plutôt que de vouloir absolument endiguer tous les abus et toutes les formes d’injustice.
 
À côté des formes plus classiques ou plus habituelles d’exploitation sexuelle, il en existe d’autres, moins repérables, moins discernables ou plus insidieuses, voire plus nouvelles.
En effet, avec l’évolution de la société, de nouveaux phénomènes d’exploitation sexuelle apparaissent dans le sillage de la dégradation des moeurs et des valeurs humaines.
Un nombre important d’enfants prostitués sont issus de familles abusives et/ou incestueuses où la sexualité fait l’objet de non-dits.
Dans la plupart des familles vulnérables, la sexualité humaine représente un véritable tabou, laissant la place aux fantasmes et/ou aux passages à l’acte.
Elle ne trouve pas toujours une langue pour être dite, ni même un esprit pour être pensée.
Ainsi, le climat malsain ou l’ambiance incestueuse de certaines familles relèvent bien souvent de non-dits autour de la sexualité et de l’amour; comme si l’absence de mots verrouillait l’accès aux émotions humaines.
La froideur avec laquelle certains adultes exploitent sexuellement des enfants, tout en se donnant « bonne conscience », est souvent significative non seulement de leur manque de respect, mais également de leur indifférence émotionnelle et de leur incapacité à développer de l’empathie.

Comme le souligne Boris Cyrulnik dans ses travaux sur l’inceste, l’émotion une fois exprimée, voire verbalisée, devrait empêcher qu’un être humain en exploite sexuellement un autre.
Certaines relations mère-enfant relèvent pourtant de l’inceste (l’inceste néonatal).
L’étude clinique du nursing pathologique montre que dans ce type de relation abusive, le corps du nourrisson est pris comme objet sexuel non différentié par la mère.
Le bain psychoaffectif y est alors fortement érotisé dans une sorte de fusion «psychotisante».
L’inceste mère-fils (« le plus incestueux des incestes », Cyrulnik, 1993) est souvent le fait d’une femme seule qui « se réfugie » sexuellement auprès de son fils, jeune adolescent inhibé et replié sur lui-même.
Ces formes particulières de l’inceste représenteraient environ 3 % des cas d’inceste avérés.
 
Sous prétexte d’une certaine libération sexuelle ou d’éducation sexuelle initiatrice, bien des comportements d’adultes à l’égard des enfants prêtent à une certaine ambiguïté.
Certaines caresses ou gestes déplacés recouvrent cette notion d’abus.
L’intrusion de certains parents dans la vie intime des adolescent(e)s ne prend pas en considération leur droit en matière de sexualité.
L’inceste de type homosexuel père-fils ou mère-fille engendrent d’incontestables troubles de l’identité chez la victime.
La présence de la pornographie, la vulgarité à connotation sexuelle et de la violence à l’égard des femmes dans certains programmes de télévision ou de cinéma, la banalisation de certains contacts entre adultes et enfants à travers la publicité, l’exploitation des enfants à des fins d’exposition pornographique et de pornographie, l’organisation de réseaux de communication de plus en plus sophistiqués, des petites annonces codées aux sites spécialisés d’Internet, en passant par les lignes et le Minitel roses, la permissivité sexuelle ou la promiscuité dans certains centres de vacances ou campings, les rites d’initiation sexuelle dans certains groupes ou associations, club sportif junior, ou mouvements de scoutisme, les abus sexuels ritualisés dans certaines sectes, la violence sexuelle au sein d’institutions qui s’occupent d’enfants,… offrent de plus en plus d’opportunités à cette dégradation des relations humaines en matière de sexualité.
 
Le problème des adolescents, filles ou garçons, qui abusent d’enfants à l’intérieur ou à l’extérieur de leur constellation familiale est également de plus en plus souvent évoqué.
Les abus sexuels d’enfant commis par un autre ou par un adolescent soulignent le problème de la limite entre les jeux sexuels habituels (voire banals) et ce qui relève d’un abus de pouvoir exercé à des fins sexuelles.
Beaucoup de ces  « jeux » impliquent la force physique, la manipulation, une différence d’âge, une certaine ascendance (notamment dans l’inceste frère-soeur), de la persuasion, des pressions, des menaces ou de la coercition.
 
La reconnaissance sans équivoque de cette diversité permet d’ouvrir un regard différent sur l’ensemble des formes d’exploitation sexuelle à l’égard des enfants et des jeunes, ainsi que sur les moyens à mettre en oeuvre pour y remédier.
 
De même, le sort des victimes d’exploitation sexuelle n’est pas toujours univoque et nous ne connaissons pas avec exactitude la portée d’une pareille expérience.
Leur témoignage nuancé est important et nous permet également de mieux appréhender ce qu’elles ont vécu, et comment elles s’en sortent ensuite.
Afin d’éviter la schématisation, chaque situation doit être analysée au cas par cas.
De meilleures connaissances en la matière et une expérience éprouvée de terrain améliorent certainement la qualité des interventions.
Il nous paraît dès lors important d’envisager cette problématique dans toute sa complexité et sa dynamique.
 

Dialectique entre prostitution et conséquences des abus sexuels répétés

L’exploitation sexuelle des enfants implique des conséquences à long terme très importantes et parfois irréparables, avec son cortège de symptômes.
Parce qu’elle touche un nombre important d’enfants et de jeunes au plan individuel, la prostitution engendre des générations de victimes qui éprouvent à terme des problèmes multiples et souffrent à différents niveaux. Le coût de cette victimisation particulière est quasi inestimable et exige des moyens considérables de prise en charge.
Une brève revue de la littérature scientifique suffit à démontrer à quel point la symptomatologie peut se développer de manière très différentielle et variée.

Concernant les séquelles à long terme, les chercheurs proposent des analyses plus thématiques.
La majorité d’entre eux s'accordent à propos de la perte du sentiment de confiance chez la plupart des victimes d'abus sexuel.
Le niveau de confiance de l'enfant est compromis par plusieurs variables qui dépendent du niveau de trahison, du rôle et des stratégies adoptées par l'abuseur, du degré de protection et de reconnaissance de l’exploitation sexuelle par la société et du soutien des adultes (intervenants).
 
La perte de l'estime de soi est rapporté par Herman (1981) qui constate que 60% des femmes adultes victimes d'exploitation sexuelle pendant l'enfance rapportent une image de soi à prédominance négative.
Sgroi (1982) se réfère au syndrome de " biens avariés " qui correspond au sentiment de la victime d'avoir été altérée ou abîmée par la molestation sexuelle.
Les sentiments intérieurs de honte et de culpabilité renforcent les réponses d'hostilité à l'égard de soi.
 
Au sujet de la dépression, les symptômes dépressifs chez les enfants victimes d'abus sexuel sont souvent rapportés par Nakashima et Zakins (1977), Rosenfeld et Al. (1977), Kempe et Kempe (1978) et Sgroi (1982). Friedrich et Al. (1986) observent que 46% d'un échantillon de 61 filles victimes d'abus sexuel montrent un score significativement élevé à une échelle d'évaluation du comportement de l'enfant, au niveau de conduites comme la peur, l'inhibition, des mouvements dépressifs et de l'hyper-contrôle.

MacVicar (1979) observe que les adolescentes victimes d'abus sexuels sont plus vulnérables à la dépression et montrent plus d'idéation et de conduite suicidaire. Il confirme les résultats de Kaufman et Al. (1954) qui décrivent à l'époque des comportements suicidaires chez des adolescentes abusées. Levingston (1987) évalue au moyen d'une échelle d'évaluation diagnostique 13 enfants abusés sexuellement accueillis en secteur psychiatrique et il observe chez 10 d'entre eux des désordres dépressifs majeurs avec des traits psychotiques.
Sansonnet-Hayden et Al. (1987) rapportent que les adolescentes abusées montrent des symptômes dépressifs relativement plus sévères et font plus de tentatives de suicide que des patientes non abusées de la même tranche d'âge.

Les réactions de colère, le manque de contrôle pulsionnel et l'agressivité sont décrits par plusieurs auteurs: Browning et Boatman (1977), Steele et Alexander (1981), Adams-Tucker (1982) et Simari et Baskin (1982).
L'agressivité est soit dirigée contre l'un des parents ou la famille, ou soit transformée en attitudes antisociales et en comportements incontrôlés ou agressifs.

Les troubles relationnels, les difficultés interpersonnelles et les conduites sociales inappropriées sont décrits par Knittle et Tuana (1980), Tsai et Wagner (1981) et Adams-Tucker (1982). Reich et Gutierres (1979) pensent qu'il existe un lien entre le phénomène de fugue, de vagabondage, de délinquance juvénile et d'abus sexuel. Herman (1981) décrit des conduites de fuite et des fugues chez des adolescent(e)s abusé(e)s.
Sgroi (1982) démontre comment les familles incestueuses découragent la victime à entretenir des contacts sociaux et des relations  avec des pairs à l'extérieur.
En 1985, L. Pierce, s'interroge sur une autre dimension du phénomène de l'abus sexuel: la pornographie infantile.
Il affirme que la plupart des enfants et adolescents exploités par l'industrie pornographique proviennent de familles disloquées; ils sont souvent en fugue et vivent d'expédients ou de prostitution.
Selon les sources de la police de Los Angeles, plus de 3000 enfants de moins de 14 ans et 25000 jeunes gens de 14 à 17 ans sont exploités sexuellement dans cette ville, par voie de prostitution ou de pornographie.
L'auteur regrette le manque de données plus précises à ce sujet.
McCormack A. & Al. (1986) étudient le processus de victimisation sexuelle chez les jeunes fugueurs, à travers l'analyse de dossiers de 144 adolescents fugueurs; 38% des garçons fugueurs et 73% des filles fugueuses ont signalés avoir été victimes de sévices sexuels; ces auteurs pensent que la fuite du domicile familial est souvent provoquée par des sévices sexuels; ils spéculent également sur la relation entre sévices sexuels et comportement délinquant ou criminel.
Dans leur étude sur le profil psychosocial et expériences sexuelles précoces de 100 prostitués montréalais garçons et fille, David H. et Earls C. (1990) montrent que 30% des garçons prostitués et 26% des filles prostituées ont eu un contact sexuel avec un membre de leur famille, et que l'âge moyen au moment de ce contact est de 9.7 pour les garçons et de 10.3 pour les filles; que l'âge moyen du premier contact sexuel en vue de gains monétaires est de 15.9 pour les garçons et de 17.6 pour les filles; l'ensemble des variables descriptives sont rapportées et comparées aux données d'un groupe contrôle.
À partir de ces résultats, les auteurs émettent l'hypothèse que l'entrée dans la prostitution semble étroitement reliée à un départ précoce du domicile familial et/ou à une histoire d'abus sexuel.

Beitchman J. & Al. (1991) établissent un rapport scientifique dans lequel ils évaluent 42 études empiriques (publiées) à propos des effets à court et à long terme des sévices sexuels à l'égard des enfants.
À l’exception du comportement sexualisé, la majorité des effets à court terme, signalés dans la littérature, sont des symptômes qui caractérisent n'importe quel échantillon clinique d'enfants. Parmi les adolescents et les adultes, les séquelles les plus fréquemment rapportées concernent la perte de la satisfaction (de la libido) sexuelle, la promiscuité relationnelle, la déviance sexuelle ou sociale et un risque accru de "revictimisation".
 
Ces auteurs mettent en évidence une difficulté fondamentale et commune à toutes ces recherches : la distinction entre les effets liés à l’agression sexuelle répétée, c'est-à-dire ceux directement attribués au contexte de l’exploitation sexuelle, et ceux liés à la psychopathologie (pré)existante chez l'enfant, au dysfonctionnement relationnel de son microcosme social ou au stress émotionnel associé au dévoilement, à l’intervention extérieure et à ses conséquences.


Le syndrome de stress post traumatique des jeunes victimes d’exploitation sexuelle

Au même titre que l’agression sexuelle répétée, la prostitution engendre des conséquences post traumatiques considérables et à divers degrés, d’autant plus que les jeunes victimes sont précocement confrontées à de la violence sous toutes ses formes (émotionnelle, physique et sexuelle).
S’il paraît plus difficilement « estimable » (au sens clinique du terme), l’impact post traumatique d’une expérience prostitutionnelle précoce est considérable au plan individuel.

N’empêche qu’il est aujourd’hui démontré, que la majorité des enfants victimes d’exploitation sexuelle développe un syndrome de stress post traumatique (PTSD) avec son cortège de symptômes.
Le stress traumatique engendre ou déclenche de nombreuses affections plus ou moins psychopathologiques.
Le DSM IV relève le rôle du stress dans au moins trois tableaux cliniques: les stress post-traumatique, les troubles de l’adaptation et les réactions psychotiques brèves.
Les critères diagnostiques y sont décrits comme tels: le sujet a été victime d’un événement hors du commun qui provoque des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus; l’événement traumatique est constamment revécu avec un souvenir envahissant et persistant; l’évitement persistant des stimuli associés au traumatisme ou l’émoussement de l’activité générale; la présence de symptômes qui traduisent une hyper activité neurovégétative.

 Le «Post Traumatic Stress disorder» (PTSD) décrit dans le DSM-IV R. recouvre les symptômes suivants :
• la ré-expérimentation morbide incluant la répétition de jeux ou de paroles concernant l’abus, les flash-backs, cauchemars, crainte de lieux, de personnes, de toutes choses pouvant être perçues comme symbolisant l’abus, les activités ou comportements sexuels morbides ;
• les comportements d’évitement, les phobies, le mutisme, les trous de mémoire, les troubles de l’attention, la perte d’intérêt pour les activités ;  
• un état d’hyper-éveil anxieux associé à des difficultés d’endormissement, de l’irritabilité, de la colère, des comportements agressifs, de la distractibilité, de l’anxiété, des changements de comportements, ou des perturbations d’ordre physiologique.

Il s’agit d’un stress induit autant par la révélation après-coup d’un secret relatif à un abus sexuel, que par la violence sexuelle ou physique elle-même (à savoir le traumatisme réel).
Un événement (ponctuel ou répété) dans la réalité peut déclencher un autre événement traumatique du passé qui refait surface.
Du point de vue psychanalytique, ce retour de refoulé traumatique par un mécanisme de reviviscence pourrait réactiver des mécanismes jusqu’alors inconscients.
L’inconscient, c’est du pulsionnel indestructible qui ignore le temps, l’histoire même du sujet.
La source de l’expérience traumatique n’est jamais tarie : dans l’inconscient, rien ne meurt, rien ne s’oublie, tout est archivé.
L’inconscient est comme une mémoire paradoxale qui ne se souvient de rien et qui sait tout. Ainsi le secret est stocké quelque part dans la mémoire, et lorsqu’il refait surface, il entraîne avec lui le trauma qu’il essayait d’ensevelir.
C’est dans la durée que ce type de syndrome peut s’observer soit chez l’enfant, soit chez l’adolescent(e) en grande souffrance.
Parce que la mise en mots est devenue pénible ou inefficace, l’enfant interpelle par l’expression de ce syndrome, par une sorte de mise en scène (imaginaire) et de remise en actes (réalité).
Le sujet éprouve un besoin quasi irrépressible de revivre l’expérience traumatique soit via des mises en scène (jeux, dessins, productions imaginaires) soit par des passages à l’actes réels, irréfléchis, soudains, d’allure brutale et souvent analogue au traumatisme initial, avec une certaine stéréotypie.
Ces actes compulsifs correspondent à une réactualisation du traumatisme sexuel comme si la victime voulait exercer une maîtrise psychique sur l’événement.
Terr (1991) fournit une description détaillée des signes cliniques des dynamiques post-traumatiques chez les enfants.
Dans ses travaux, elle insiste sur la différence entre le trauma de type I (exposition à un événement massif et soudain) et le trauma de type II (exposition répétée à des événements traumatisants).
Si les réactions psychopathologiques varient selon le type de trauma, l’origine traumatique dans les deux cas de figure est extérieure à l’enfant.

Terr propose de classifier les symptômes post-traumatiques chez l’enfant en sept catégories principales :

1. Souvenirs répétitifs perçus surtout au niveau visuel mais aussi tactile, olfactif ou proprioceptif;
2. Comportements répétitifs : mises en actes répétées recréant certains aspects de l’événement traumatique. Ces répétitions comportementales peuvent être tellement compulsives qu’elles deviennent des traits de personnalité;
3. Peurs  associées à l’événement traumatique et se rapportant à un détail réel du traumatisme. Les peurs peuvent aussi se rapporter à des objets ou situations autres.
Ces peurs caractéristiques d’un trauma de l’enfance peuvent durer parfois longtemps et perdurer à l’âge adulte;
4. Changement d’attitude  envers autrui ou certains aspects de l’existence avec des difficultés à se projeter dans l’avenir, des sentiments nourris de pessimisme et de fatalisme aigu, et une perte de confiance envers les autres.
Les perspectives futures sont limitées par ces ressentiments;
5. Evitement de situations ou de discussions rappelant l’événement traumatique;
6. Failles dans la perception de la réalité avec d’éventuelles hallucinations, des distorsions du sens chronologique, des pertes de repères, etc.;
7. Compulsions des idées et des questions : recherche compulsive d’explications concernant l’événement traumatique.
Plusieurs recherches mettent en évidence que si seulement un nombre restreint d’enfants victimes d’abus sexuels présentent l’ensemble des signes cliniques du syndrome post-traumatique, la majorité des enfants abusés n’en montrent que quelques-uns.
Deblinger et Al. (1989) comparent la prévalence de troubles affectifs post-traumatiques chez des enfants appariés en âge, sexe et statut socio-économique, répartis en trois groupes distincts.
Un certain nombre de ces enfants ont subi des sévices sexuels, d’autres des maltraitances physiques et enfin, le troisième groupe est constitué d’enfants hospitalisés dans des services de psychiatrie et n’ayant pas été victimes de violence.
Parmi les enfants victimes de sévices sexuels, 20.7 % sont classés comme répondant aux critères diagnostiques des troubles affectifs post-traumatiques, alors que 6.9 % seulement de ceux qui ont subi des mauvais traitements physiques et 10.3 % des enfants non-victimes de violence présentent de tels troubles.
S’ils sont suffisamment élevés, ces taux de prévalence ne diffèrent pas significativement d’un groupe à l’autre.
Toutefois, en comparant les groupes au niveau des troubles post-traumatiques spécifiques, ces chercheurs retrouvent des différences significatives et un niveau plus important de symptômes dans le groupe d’enfants victimes de sévices sexuels.
Les enfants victimes d’abus sexuels présentent des taux plus élevés de comportements sexuels inappropriés comparés aux enfants des autres groupes.
De plus, les enfants victimes d’abus sexuels et physiques développent plus de symptômes d’évitement et des troubles dissociatifs que les enfants qui n’ont pas subi de violence.
La plupart des chercheurs en PTSD montrent qu’à court terme le syndrome de reviviscence et les affects qui l’accompagnent interférent parfois avec les capacités d’apprentissage des enfants.
Même si les performances scolaires peuvent retrouver une certaine normalisation, l’expérience traumatique atteint à long terme les capacités d’apprentissage fin des enfants.
Pour se défendre contre le stress post-traumatique, les enfants victimes d’un abus ou d’un événement traumatique utilisent d’une manière particulière au moins quatre mécanismes psychiques (Terr, 1991) :

1. La dénégation imaginaire : l’enfant essaye d’atténuer le caractère pénible de la réalité en s’imaginant que l’événement s’est déroulé autrement ou dans un autre contexte;
2. L’inhibition de la pensée spontanée : l’enfant tente d’éviter de penser à l’événement, en essayant d’inhiber ses propres productions idéatoires;
3. La fixation au trauma : l’enfant raconte de manière répétitive, incomplète, dépourvue d’émotion et anecdotique l’événement; il s’agit de le rendre le plus tolérable par la répétition et l’altération (les choses ne sont pas dites dans toute leur horreur);
4. La préoccupation par des craintes fantasmatiques concernant un futur événement traumatique; l’enfant évite ainsi de se trouver confronté à ses peurs actuelles (et anciennes) en se focalisant sur la dangerosité potentielle de l’avenir et des autres.

Plus ou moins efficaces dans un premier temps, ces mécanismes de défense (dénégation, inhibition, banalisation, extrapolation) correspondent à des tentatives de rationalisation.
Cette maîtrise de l’angoisse par la pensée connaît toutefois des limites, voire des développements psychopathologiques.
Lorsque ces mécanismes de pensée deviennent envahissants ou se sclérosent, ils se transforment en véritables symptômes, c’est-à-dire les traces psychiques du débordement traumatique.
Au cours de l’existence d’une victime, ces traces laissées par le traumatisme sexuel précoce peuvent engendrer des complications, parfois imprévisibles ou inattendues, dans un terme plus ou moins long.
Terr (1991) pense d’ailleurs que la chronification de ces troubles liés au trauma de type II peut mener à des perturbations sévères de la personnalité mais qu’il existe un temps de latence avant l’émergence de cette symptomatologie.
Ces manifestations plus ou moins psychopathologiques sont inhérentes à l’expérience traumatique et à la manière dont elle est métabolisée par le sujet traumatisé.
Les perturbations de la personnalité, de la représentation de soi et du monde sont intimement liées à l’intensité (nature, fréquence et durée) de l’événement traumatique et à l’accumulation de chocs psychologiques.
Une expérience est d’autant plus destructrice sur le plan psychique qu’elle se répète et qu’elle transgresse les règles éthiques qui régissent les rapports humains dans une société donnée.
Si le Moi du sujet est percuté par ce traumatisme, sa part sociale (son Sur-moi) est également atteinte.
Ayant perdu ses repères et rompu certains liens d’attachement, le deuil de son enfance devient difficile, voire impossible, à réaliser.
Au prix d’une grande souffrance, la victime doit faire face à de nouvelles responsabilités et à des conflits de pouvoir.
Éprouvant les règles en vigueur et désarçonné dans sa propre génération, l’enfant abusé occupe une place à la place d’un adulte, mais n’en demeure pas moins sous-développé sur le plan affectif.
Dans une perspective à plus long terme, la gestion de l’agressivité et ses potentialités destructrices chez l’enfant traumatisé devient problématique, et émerge parfois d’une manière catastrophique au moment de l’adolescence.

Concernant le stress post-traumatique relatif à l’abus sexuel et au cortège de symptômes, de nombreuses questions restent ouvertes.
Même si le recensement de cette symptomatologie particulière et sa systématisation (DSM-IV et ICD-10) ont le mérite d’attirer l’attention des cliniciens sur les effets des traumatismes induits par des forces externes, Cramer et Ansermet (1999: 502-503) pensent que « les critères définissant a priori un trauma restent difficiles à systématiser sur un mode uniforme.
D’un côté on trouve la tendance à définir le stresseur sur la base de l’intensité de la menace à la survie.
Par ailleurs, certains auteurs accordent la définition de traumatisme s’il a provoqué des symptômes types, tels que la tendance à la répétition.
Cette dialectique entre les propriétés intrinsèques de l’événement et la réactivité qu’il engendre chez le sujet reste un problème constant.
L’avantage de la définition du DSM-IV est qu’elle propose un assemblage de ces deux dimensions : il faut qu’il y ait menace de dommages du sujet, ainsi qu’un qualificatif subjectif : l’enfant doit avoir eu l’expérience de peur intense, d’impuissance et d’effroi. ».
Sheeringa et Zeanah (1995, cités par Cramer et Ansermet, 1999: 503) indiquent qu’il est encore plus malaisé de définir le traumatisme lorsqu’il apparaît chez le jeune enfant (de moins de 4 ans) et que l’événement traumatique ne joue pas le même rôle que chez l’enfant plus âgé ou l’adulte.
La définition du trauma est également codéterminée par la réaction de l’entourage, en particulier des parents.
Ces chercheurs démontrent que les effets traumatisant d’un événement dépendent de facteurs contingents qu’il est possible d’évaluer selon six critères pouvant codéterminer la symptomatologie post-traumatique chez le jeune enfant :

1. L’appartenance de genre, les filles semblent présenter plus de symptômes que les garçons après traumatisme; les filles utilisent des mécanismes dissociatifs plus que les garçons qui, eux, répondent davantage par une réaction d’hypervigilance (hyperarousal) menant à la fuite ou à l’agression;
2. L’âge, l’enfant de moins de 18 mois a moins de possibilités d’organisation symbolique, ce qui conférerait une autre destinée aux souvenirs que chez l’enfant plus âgé;
3. Les caractéristiques de soudaineté (le trauma de type I) ou de répétition du trauma (le trauma de type);
4. La présence ou non de blessure physique;
5. Les différences selon que l’événement est simplement observé, ou s’il entraîne une menace directe pour l’enfant;
6. Les différences selon que la menace a touché, ou non, les parents de l’enfant.

Même si le rôle des parents, dès lors qu’ils ont été touchés par le trauma, est déterminant au niveau de la symptomatologie post-traumatique de l’enfant, Cramer et Ansermet (1999: 503-505), précisent qu’une « autre dimension relativise une vision objectivante de l’événement traumatique : elle concerne la dialectique entre le trauma et la structure sur laquelle il s’applique.
Tous les enfants ne réagissent pas de manière identique à un trauma. Certains enfants créent le tableau total, typique du PTSD; d’autres à peine, ou produisant une seule lignée de symptômes du PTSD mâtinés d’autres signes psychopathologiques.
Dans les situations de maltraitance et d’abus sexuels chroniques, caractéristiques du trauma cumulatif (type II), on peut trouver des éléments post-traumatiques, mais ce qui prédomine le plus souvent, ce sont les pathologies de la personnalité liées au chaos familial, aux carences affectives et identificatoires, avec des effets multiples qui relèguent les effets post-traumatiques liés à la maltraitance et aux abus au deuxième plan de la psychopathologie, rendant l’évaluation difficile.
Les traumatismes que l’enfant a connus dans les familles désorganisées sont nombreux et ont touché différents secteurs de la personnalité.
Les séparations et les carences traumatiques entraînent des psychopathologies lourdes dans lesquelles les effets d’un abus semblent être dilués, perdant leur côté pointu.
On pourrait donc dire, dans ces cas, que la structure l’emporte sur le traumatisme, abâtardissant la forme de ses effets symptomatiques, ce qui rend alors son repérage difficile, comme on le constate dans un certain nombre d’expertises médico-légales. »


Qui sont les « consommateurs d’enfants » ?

Les « consommateurs d’enfants », les clients ne sont pas toujours des pédophiles au sens clinique du terme, mais plutôt de « bons pères de famille ordinaires », des « braves types » en générale, pour la plupart des hommes entre 20 et 80 ans.
Il existe autant de clients occasionnels, que des individus qui expriment un penchant particulier pour les enfants ou qui développent de véritables tendances pédophiles.
Le profil sociologique du client type n’est pas très différent de celui rencontré dans la prostitution ordinaire, à la différence près que dans le cas présent, les prostitué(e)s sont des mineur(e)s d’âge.

Ceux qui abusent des enfants prostitués ont probablement des tendances pédophiliques assez marquées, mais occasionnellement refoulées selon les circonstances.
Même occasionnelle, la pédophilie correspond à la prédilection d'un adulte pour les relations sexuelles avec les enfants.
Souvent inhibé sur le plan affectif et sexuel vis-à-vis des autres adultes, l’abuseur justifie ses actes par le culte d'une enfance magnifiée qu'il refuse de quitter.
Il remet rarement en question ses choix sexuels et il subit toute condamnation comme une incompréhension et une injustice.
Dans certains cas, ils sont le reflet de personnalités perverses et sadiques qui éprouvent le désir de violenter et de souiller l’enfant.
Déviation d'objet sexuel témoignant d'une psychopathologie variée dans ses symptômes comme dans ses conséquences, la pédophilie entraîne la marginalisation de l’individu qui en souffre.
D’un point de vue plus psychopathologique, il s’agit de l’attirance sexuelle et morbide à l’égard d’enfants impubères.
L’étiologie psychodynamique de cette déviance sexuelle est hétéroclite, complexe et très variable.
D’un point de vue juridique, ce trouble de l’orientation sexuelle justifie des sanctions pénales prévues par la loi, assortie de conditions de libération, d’obligation de soins et de réhabilitation sociale spécifiques.
Suivant les critères diagnostiques du DSM IV-R  la pédophilie se définit en trois points essentiels :

A. La présence répétée et intense d’impulsions sexuelles, de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes ou de comportements impliquant des activités sexuelles avec un ou des enfants prépubères (généralement âgés de 13 ans ou plus jeunes); ceci durant une période d’au moins six mois.
B. Les fantaisies, impulsions ou comportements provoquent une détresse personnelle cliniquement significative ou une perturbation du fonctionnement social, relationnel, professionnel ou autre.
C. Le sujet est âgé d’au moins 16 ans et a au moins 5 ans de plus que l’enfant mentionné en A.

L’agresseur sexuel ou l’exploiteur est une personne coupable d'abus sexuel sur un enfant. L'agresseur est significativement plus âgé que l'enfant.
L'agresseur est en position d'autorité, de contrôle ou de pouvoir par rapport à l'enfant.
L'enfant est utilisé dans le but d'une stimulation sexuelle, laquelle est inappropriée à son âge ou à son développement psycho-sexuel.
Peu importe qui a initié la rencontre, qui en retire les satisfactions éventuelles ou quelles en sont les conséquences, il s'agit de tout contact sexuel entre un enfant et une personne plus âgée, enfant plus âgé, adolescent, ou adulte.
Lorsqu’il est extérieur au cercle familial, l’agresseur (connu ou inconnu de l’enfant) appartient souvent à la sphère sociale ou à l’environnement de sa victime.
De manière plus restrictive, l’agresseur correspond à tout individu, pédophile avéré ou non, qui actualise ses pulsions déviantes en des attitudes effectivement traumatisantes pour l’enfant ou la jeune victime.

Ceux qui exploitent sexuellement des enfants et qui en abusent développent différentes stratégies pour parvenir à leurs fins.
Ils réalisent ainsi leurs fantasmes au plus grand détriment de leurs victimes.
Convaincre, influencer, attirer une certaine pitié sur lui, manipuler, menacer ou faire chanter, faire des promesses, justifier ses agissements, l’abuseur a plus d’un tour dans son sac.
Il doit persuader l’enfant, obtenir sa coopération continue et prévenir tout risque de fuite, tout en le contraignant à avoir des contacts sexuels avec lui.
L’abuseur exploite ainsi sous des formes différentes, la vulnérabilité et les besoins affectifs de l’enfant, tout en tenant compte de ses réactions émotionnelles et comportementales.
Une fois le processus de victimisation engagé, tous les moyens sont ensuite utilisés pour maintenir secret l’activité sexuelle.
L’enfant, exploité au niveau de ses besoins existentiels, se conditionne et s'habitue progressivement à l’activité sexuelle imposée par l’adulte et ne cherche pas à se dégager de son état de victime.
L’abuseur de son côté maintient la pression et contrôle ce processus de victimisation tout en l’entretenant.
De la victimisation progressive aux mécanismes d'accommodation, l’enfant s’empêtre dans une dynamique abusive de laquelle il ne parvient à se dégager que très difficilement.

Dans nos sociétés dites évoluées, le développement d'un comportement sexuel abusif à l'égard des enfants est également influencé par le rôle du processus de socialisation selon le sexe.
L’influence de l’éducation en fonction du sexe entre également en ligne de compte.
 
Les hommes paraissent plus à risque de rencontrer des problèmes de conduites sexuelles que les femmes.
Les hommes ont plus souvent recours à la prostitution que les femmes. Ils commettent plus de passages à l'acte violents et sexuels.
Les représentations socioculturelles ont tendance à fabriquer des canevas stéréotypés qui consistent à placer la sexualité masculine du côté de l'agressivité conquérante.
Dès lors que l'homme est troublé ou découragé par cette image stéréotypée, en quelque sorte frustré dans son identité virile, et qu'il a été dénigré (bafoué ou humilié) par un de ses parents lorsqu'il était enfant, il est plus susceptible de résoudre ses conflits intrapsychiques et psychosexuels à travers une sexualité débridée, démesurée et agressive.
De la masturbation compulsive au viol obsessionnel, en passant par des tentatives d'abus sexuels sur des plus jeunes ou des plus fragiles, diverses formes d’exploitation sexuelle, il est amené, tel un toxicophile, à répéter ses actes de manière de plus en plus fréquente.
Il est également amené à rechercher des « proies » facilement accessibles et monnayables, comme celles qui se retrouvent habituellement dans les réseaux de prostitution.


Le rôle social attribué aux femmes
 
Au plan socioculturel ou éducatif, les femmes quant à elles sont plutôt confinées, depuis qu'elles sont petites filles à des rôles passifs de soumission.
La littérature féministe est assez éloquente à ce sujet (Florence Rush, Le secret le mieux gardé, 1980; Nancy Huston, Jouer au papa et à l'amant, de l'amour des petites filles, 1979; Kavemann & Lohstoter, Les pères criminels, la violence sexuelle contre les petites filles, 1985; Clarac & Bonnin, De la honte à la colère, 1986).
Plus susceptibles d'être abusées et effectivement plus souvent abusées que les garçons, elles risquent de voir sérieusement compromise leur identité féminine.
Dès lors qu'elles sont troublées dans leurs rôles, les femmes recherchent plutôt des solutions ou des compromis socialement acceptables.

Toutefois, elles développent, à cause notamment de l'image socioculturelle stéréotypée de l'objet sexuel ou de la nymphe érotique qui leur est attribuée, des troubles sexuels qui se manifestent à différents niveaux d'expression.
La dégradation de leur féminité peut les engager parfois très jeunes sur la voie de la prostitution.
Dans certains contextes, elles sont facilement enrôlées dans des réseaux d’exploitation qui mercantilisent leur chair et les chosifient comme des esclaves sexuelles.
La frigidité, le rejet de la sexualité et du partenaire masculin les empêchent de construire un couple, ou une famille.
Elles se retrouvent rejetées, isolées ou marginalisées, elles deviennent encore plus vulnérables. Les troubles conjugaux, sexuels et relationnels les conduisent à une éventuelle permissivité qui les rend parfois co-responsables, voire complices, d'un abus sexuel sur leur propre enfant ou de son exploitation sexuelle (à des fins commerciales).
Dans certains cas, la déstructuration de leur image de femme, par le biais d'un abus sexuel ancien peut également les amener à décompenser sévèrement.
Ainsi certaines femmes développent un "syndrome de la personnalité multiple" qui les amène à maltraiter leur enfant.
La relation entre l'abus sexuel et ce type de désordre psychiatrique est très discuté dans la littérature (Coons, 1986; Kluft, 1987).
 
Donc, dans des conditions existentielles dramatiques similaires, les hommes sont plus susceptibles, socioculturellement et psychologiquement, de devenir des abuseurs d'enfants que les femmes.
Ces dernières restent potentiellement victimisables et exploitables au plan sexuel, surtout celles qui ont été bafouées, humiliées ou abusées pendant leur enfance.


Facteurs de risque qu’un enfant soit exploité par la prostitution

• Participation minimale des parents
• Absence de liens sécuritaires et solides avec un adulte
• Mauvaise communication parent-enfant
• Taux élevés de conflits à la maison
• Négligence ou mauvais traitements à la maison (violence physique, sexuelle ou psychologique)
• Sans-abrisme ou déménagements multiples
• Parent toxicomane ou atteint de maladie mentale
• Frères et sœurs antisociaux
• Liens avec un groupe de camarades antisociaux
• L'âge (les adolescents courent de plus grands risques d’être exploités)
• Victime de racisme
• Faible estime de soi
• Isolation sociale ou rejet par les camarades
• Insécurité, naïveté ou impulsivité
• Comportements visant la prise de risques ou la recherche de sensations
• Abus d’alcool ou d’autres drogues, ou dépendance
• Implication dans des activités criminelles ou expérience du système judiciaire
• Faible fréquentation scolaire
• Échecs à l’école ou manque de succès
• Pauvreté
• Confusion quant à son orientation sexuelle
• Manque de liens avec sa culture
• Activités de commerce du sexe pour adulte dans la communauté
• Grand nombre d'hommes seuls dans la communauté
• Délinquants sexuels connus dans la communauté
• Tendance à fréquenter les endroits publics


Signes précurseurs d’une possible exploitation sexuelle d'enfants

Les jeunes victimes d’exploitation sexuelle montreront souvent des changements soudains ou extrêmes dans leur attitude, leur comportement, leur apparence physique ou leur hygiène, et leur langage.
Portez attention aux changements soudains ou extrêmes suivants :

(1) Attitude ou comportement

• Éloignement physique ou émotif de la maison ou de la famille (le jeune ne parle pas, il agit en se montrant indifférent à la présence des autres).
• Changements d’humeur extrêmes (sentiments d’euphorie ou de bonheur suivis de débordements de colère ou de sentiments dépressifs).
Les changements d’humeur peuvent aussi être liés à une consommation de drogue ou d’alcool.
• Changements d’appétit (appétit plus grand ou moins grand qu’à l’habitude).
• Refus de parler de ses activités (extrêmement discret).
• Mensonges, en particulier sur l'endroit où le jeune se trouve ou sur l'endroit où il se rend.
• Attitude très protectrice à l’égard de son petit ami ou sa petite amie, ou de ses nouvelles connaissances.
• Comportement ou langage agressif, violent ou conflictuel.
• Secrets partagés avec un adulte ou un jeune plus âgé.
• Activités sexuelles avec des jouets ou d’autres enfants, comme simuler une relation sexuelle avec des poupées ou demander à d'autres enfants d'avoir un comportement sexuel.
• Recherche d’un autre endroit pour vivre où il y a plus de liberté (membres de la famille, foyer d'accueil ou foyer de groupe).
Le jeune peut mentir à propos de son environnement familial pour que cela se réalise.

(2) Apparence physique ou hygiène

• Façon de s’habiller plus provocante ou plus « extravagante ».
• Présence d’ecchymoses sur le corps (signe de mauvais traitements).
• Le jeune apporte (ou emporte) des vêtements de rechange lorsqu’il sort.

(3) Langage

• Nouvelles mimiques et nouveaux termes familiers (langage de la rue plus grossier ou plus cru).
• Discours décousu (un ou deux mots code plutôt que des phrases).
• Surnoms pour ses amis ou lui-même (adopte un nom de la rue).

(4) Indices à la maison

Les jeunes laissent souvent des indices physiques qui peuvent indiquer qu’ils sont victimes d’exploitation sexuelle. Voici certains de ces indices :
• Argent dont la source demeure inconnue (le jeune fait des sorties fréquentes dans des restaurants chers, par exemple).
• Explications douteuses pour de nouveaux vêtements ou des bijoux coûteux, par exemple : « C’est à mon ami. »
• Objets associés à la consommation de drogue (cannettes avec des trous, couteaux brûlés, cuillères tordues, papier à rouler).
• Nouveau téléavertisseur ou téléphone cellulaire.
• Factures d’appels interurbains à des numéros de téléphones cellulaires (le numéro de téléphone n'apparaît pas sur l'afficheur).
• Numéros de téléphones cellulaires ou de téléavertisseurs cachés dans des pochettes d’allumettes.
• Cartes d’affaires et reçus d'endroits qui ne sont habituellement pas fréquentés par des jeunes (des boîtes de nuit, par exemple).
• Appels téléphoniques de la part d’étrangers à toute heure du jour ou de la nuit, ou communication rompue immédiatement lorsqu’une personne autre que le jeune répond.
• Beaucoup de boîtes de condoms.
• Armes.


Facteurs de protection qui aident à prévenir l’exploitation d’enfants à des fins de prostitution

• Communication positive dans la famille
• Supervision parentale
• Compétences parentales solides
• Limites familiales
• Modèles de relations intimes durables où l’engagement est mutuel
• Respect de la part des enseignants et des autres élèves
• Sentiment de réussite
• Liens solides entre la famille et l’école
• Influence positive des pairs
• Compétences de résistance
• Relations de coopération
• Relations qui durent et sur lesquelles on peut compter
• Programmes destinés aux jeunes dans le quartier
• Quartier bienveillant
• Sécurité fondamentale dans le quartier
• Fort attachement au quartier
• L’enfant se sent en sécurité à la maison, à l’école et dans le quartier
• Sentiment d’identité positif
• Aptitude sociale
• Compétences de résolution de problèmes
• Aptitudes à communiquer
• Manière active de faire face à différents problèmes
• Forte perception de leur capacité à contrôler ce que leur réserve l’avenir
• En matière de stress, ne pas se retirer ou s’isoler socialement
• Capacité d’être empathique et de prendre du recul
• Établir au moins une relation avec un adulte de confiance et stabiliser l’attachement
 
La prostitution juvénile dans les pays pauvres et l’action des ONG

Les enfants victimes de ces fléaux subissent des violences physiques, psychosociales et psychologiques extrêmes.
Ils sont exposés aux maladies sexuellement transmissibles, telles que le VIH/SIDA. Souvent, pour les rendre dépendants, ils sont initiés aux drogues, ce qui met encore davantage leur vie en péril et rend leur rétablissement particulièrement difficile.
Les enfants recherchés sont de plus en plus jeunes, parce qu’on estime qu’ils seraint ainsi exempts du VIH/SIDA. Or, ils risquent plus l’infection puisque les enfants jeunes présentent une plus grande vulnérabilité aux MST.
Les études de cas et les témoignages des enfants victimes font état de traumatismes si profonds, qu’il leur est souvent impossible de retrouver un mode de vie normal.

Les fillettes ne sont pas les seules victimes de l’exploitation sexuelle commerciale.
Les ONG sur place constatent un accroissement sensible du nombre de garçons dans la même situation, en particulier dans le cadre du «tourisme sexuel» et de la pornographie.
Par exemple, des magazines américains et européens ont présenté le Sri Lanka comme étant un des centres de la prostitution des enfants de sexe masculin.
Il semble toutefois que les filles soient particulièrement vulnérables à la contrainte.

Lorsqu’elles sont interrogées, les filles parlent régulièrement de viol, de menaces ou d’utilisation de violences physiques, de menaces contre leur famille, de privation de nourriture et d’eau, et de réclusion.
Elles risquent des grossesses précoces et non souhaitées et des décès puerpéraux. Même si elles réussissent à échapper au trafic, elles sont confrontées à l’ostracisme social et disposent de moins de possibilités de trouver de quoi survivre, ce qui les rend vulnérables à un nouveau recrutement.

La prostitution des enfants est souvent étroitement liée à leur exploitation à des fins pornographiques.
Le fait d’être contraint à ce genre d’activité peut être le premier pas vers leur exploitation dans la prostitution.
En outre, le recours à Internet en vue de répandre la pornographie enfantine, de promouvoir le tourisme sexuel et d’alimenter les réseaux pédophiles, aggrave l’exploitation sexuelle des enfants et crée une demande accrue.

L’action de l’IPEC en Thaïlande

Empêcher l’exploitation sexuelle des enfants est une priorité de l’IPEC. En Thaïlande, par exemple, l’IPEC a apporté son soutien à "Development and Education Programme for Daughters and Communities Center" (DEPDC), une ONG qui s’efforce d’empêcher la prostitution des enfants en offrant un enseignement alternatif aux filles présentant un risque élevé d’exploitation.
En outre, l’ONG met en garde la communauté contre les personnes qui recrutent les enfants à des fins d’exploitation sexuelle et propose des solutions de remplacement aux parents et aux enfants.

L’IPEC a également apporté un appui technique aux ONG, aux autorités locales et aux institutions d’enseignement, et a facilité la coordination entre ces acteurs clés au niveau provincial.
Le projet du ministère de l’Education pour les filles en situation de risque ("Sema Pattana Cheevit Project") a demandé le soutien de l’IPEC pour la réalisation d’évaluations de leurs besoins et intérêts éducatifs, en vue de revoir la conception des modules éducatifs.
Les enseignants ont été formés à l’identification des filles risquant fortement d’être victimes de trafics à des fins d’exploitation sexuelle, et à mener des campagnes de rencontres personnelles avec les parents et les enfants afin de les encourager à envisager les solutions alternatives.
Les filles en situation de risque élevé se sont vues attribuer des endroits où elles peuvent poursuivre leur éducation ou leur formation professionnelle.
Dans la province de Chiang Rai, Rajabhat, l’établissement local d’enseignement, et l’organe gouvernemental local, l’"Operational Center to Assist Women and Child Labour", ont constitué un groupe de travail formé de représentants des institutions académiques, des bureaux provinciaux de placement et d’aide sociale, d’écoles et d’ONG.
Ce groupe se réunit régulièrement pour examiner les progrès accomplis et les obstacles existants et mettre au point des stratégies pour vaincre ceux-ci.
Par ailleurs, une étude a été réalisée concernant le travail des enfants, le trafic d’enfants et les enfants livrés à la prostitution.
Les gouverneurs des provinces de Chiang Mai et de Chiang Rai ont ensuite, avec un soutien technique complémentaire de l’IPEC, mis au point un plan d’action provincial.
On compte qu’à terme, sa mise en œuvre sera efficace et durable.

L’action de l’IPEC au Brésil

Au Brésil, l’IPEC a œuvré, par l’intermédiaire de la "Confederaçao Nacional da Industria" — la plus grande organisation du secteur industriel brésilien — au lancement de deux projets pilotes qui sont en cours d’exécution dans les Etats de Pernambuco et de Bahia.
Ces projets ont pour objectif d’empêcher les enfants de tomber dans la prostitution en leur offrant un enseignement formel, une formation professionnelle et d’autres types d’activités créatives ou de loisirs.
Des programmes de création de revenus sont également élaborés en faveur des membres adultes de la famille.

L’action de l’IPEC au Kenya

Au Kenya, l’IPEC a apporté son appui à un groupe d’aide sociale à l’enfance qui met actuellement en œuvre un programme de protection préventive en faveur des filles des rues en situation de risque.
Dans les faubourgs de Nairobi a été créé un «foyer-refuge» où les filles arrachées à la rue peuvent trouver un abri momentané, recevoir un enseignement non formel, suivre des cours d'alphabétisation et bénéficier de conseils.

La lutte internationale contre l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants

De nombreuses personnes à travers le monde se consacrent à combattre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.
Cette lutte s'est intensifié depuis le début des années 90 notamment grâce aux actions menées par le réseau ECPAT à partir de cette date.


Des progrès majeurs ont été réalisés dans la lutte contre ce fléau. En 1996, 122 gouvernements se sont rassemblés à Stockholm pour débattre de l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales et s'engager à agir contre ce phénomène.
C'était la première fois que des gouvernements, des institutions des Nations Unies et des représentants de la société civile unissaient leurs forces pour s'attaquer à cette grave violation des droits de l'enfant.
 
Des évolutions positives sont intervenues notamment au travers :

• du renforcement des textes nationaux et internationaux ainsi que de leur application,
• de la multiplication des actions en faveur des enfants pour les soustraire à l'exploitation et contribuer à leur réadaptation et à leur réinsertion dans la société,
• de l'organisation de projets destinés à protéger les enfants particulièrement vulnérables,
• de l'organisation de campagnes de sensibilisation et de la formation des acteurs impliqués dans ce combat.

Pourtant les enfants victimes continuent de se compter par millions et beaucoup reste encore à faire.


Progrès et lacunes dans la lutte contre l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants

Depuis 15 ans environ et tout particulièrement depuis le Congrès mondial de Stockholm en 1996, les activités conçues pour mettre fin aux agressions et neutraliser leur impact sur les enfants se sont multipliées.
Divers acteurs sont intervenus: organisations non gouvernementales (ONG), associations locales, organisations intergouvernementales, gouvernements, secteur privé.
Il est pourtant difficile d'évaluer les progrès réalisés en raison du caractère incomplet, rudimentaire ou trompeur des données existant sur l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.
 
Il est toutefois possible d'affirmer que quelques évolutions encourageantes ont été enregistrées ces dernières années :

L'exploitation sexuelle et commerciale des enfants est une question qui a été beaucoup plus souvent débattue que par le passé, et ce à tous les niveaux.
Des campagnes ont sensibilisé l'opinion et ciblé des groupes spécifiques qu'il est indispensable d'amener à prendre conscience de cette exploitation.
Les instances politiques nationales et internationales ont été largement sensibilisées. L'exploitation sexuelle et commerciale des enfants est devenue une préoccupation internationale.
Un Rapporteur Spécial sur la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et la vente d'enfants à des fins sexuelles a été nommé aux Nations Unies en 1990 .
 
L'exploitation sexuelle et commerciale des enfants est en outre mieux connue car des travaux de recherche ont été menés à l’échelle nationale et internationale.
Ces recherches permettent de mieux comprendre les exploiteurs, leurs stratégies criminelles, les mécanismes et les obstacles à surmonter.
 
Dans le domaine international, des textes légaux importants ont été adoptés afin de tenter de lutter contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants
 
Certains pays ont élaboré ou élaborent actuellement, conformément au Plan d'Action de Stockholm, un plan national d'action contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.
 
D'importants changements sont intervenus au niveau des législations nationales réprimant l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants  : élargissement des définitions pénales des pratiques et des actes susceptibles de poursuites, renforcement des peines, législations extraterritoriales, renforcement de la protection pénale des victimes, etc.
 
Ces changements législatifs ont permis l'augmentation du nombre de personnes condamnées pour des faits d'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.
Certaines opérations réussies et très médiatisées ont été menées par les services de police contre les exploiteurs, y compris des opérations transnationales démontrant la qualité de la coopération entre différents services chargés de l'application de la loi et Interpol.
 
Des actions pour soustraire les enfants à l'exploitation et contribuer à leur réadaptation et à leur réinsertion ont été menées ainsi que des projets de prévention en direction des enfants particulièrement vulnérables Les ONG et les OI impliquées ont amélioré la planification, l'échange d'informations et la coopération sur le terrain.
 
Plusieurs catégories de professionnels ayant un rôle déterminant dans ce combat ont été sensibilisés et se sont parfois mobilisés : éducateurs sociaux, magistrats, policiers, journalistes, professionnels du tourisme, fournisseurs d'accès Internet, etc.
 
Une attention plus large que par le passé a été apportée aux jeunes victimes en tant que partenaires dans la lutte contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants et à la nécessité de leur donner les moyens d'agir contre le phénomène, notamment dans le cadre de deux importantes conférences mondiales des jeunes contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants, à Vancouver et à Manille.
 
Quelles sont les lacunes?
 
Malgré ces évolutions positives, sous de nombreux aspects, le problème n'a été qu'effleuré.

Certains pays n'ont toujours pas fait de cette lutte une priorité. Ils continuent de circonscrire le débat sur cette question et de limiter le montant des dépenses consacrées à cette lutte.
L'objectif de l'élaboration d'un plan national d'action par tous les pays avant le deuxième Congrès mondial de Yokohama est loin d'avoir été atteint.
De même, très peu d'Etats ont établi un centre national de liaison et un mécanisme de collecte de données.
 
Les lois demeurent insuffisantes dans de nombreux: restrictions quant à l'âge et au sexe des victimes, sanctions des mineurs, limitation des actes susceptibles de poursuite, etc.
 
Il reste beaucoup à faire dans le domaine de l'application de la loi.
Les diverses autorités chargées de cette mission (police, justice, immigration) sont trop souvent ignorantes des réalités de l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants et ne considèrent pas sa répression comme une priorité.
Elles doivent être sensibilisées et formées. La corruption reste par ailleurs un frein majeur à la répression de l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.
 
Il est essentiel de porter une plus grande attention aux enfants victimes. Dans plusieurs pays, les enfants exploités sont considérés comme des délinquants et non comme des victimes.
Les efforts déployés en vue de leur sauvegarde sont maigres.
Très souvent, les mineurs ont encore à se plaindre des procédures judiciaires qui sont sources de nouveaux traumatismes.
Il faut bien constater un manque de compétences et de connaissances sur la façon de travailler dans ce domaine.
Des formations des différents personnels judiciaires et sociaux sont réellement indispensables.
De plus, la situation des enfants victimes de traite ou d’exploitation ne fait pas l'objet d'un suivi sérieux, que ce soit avant de rentrer dans leur pays d'origine ou une fois rapatriés.
Des programmes de rapatriement des enfants victimes doivent être élaborés et les mesures d'assistance et de réinsertion pour ces enfants multipliées.
Il faut aussi agir auprès des enfants et des familles vulnérables pour prévenir l'exploitation sexuelle commerciale. Il est capital de pouvoir leur offrir d'autres alternatives
 
La question de la demande en matière d'exploitation sexuelle et commerciale des enfants est loin d'être réglée ; il faut notamment aller plus loin dans la connaissance de la nature de l'exploiteur et des mécanismes d'exploitation, comme l’offre et la demande, le développement et la réalité du « marché », etc.
L'exploitation sexuelle des enfants provoque, à juste titre, des réactions émotionnelles et par conséquent la répression est la seule voie envisagée.
Le traitement des abuseurs est souvent négligé. Il importe d’appréhender le problème à sa racine. Il ne suffit pas de mettre les enfants hors de portée des abuseurs.
Faudrait-il encore intervenir auprès des « consommateurs », … travailler avec ces hommes, ces exploitants, afin d'interrompre ou du moins d’enrayer leur cycle criminel et les soumettre à des programmes de traitements spécifiques.
Concernant les abuseurs d'enfants situationnels, des campagnes de prévention et de sensibilisation doivent aussi être menées pour combattre les préjugés et informer sur les poursuites encourues.
 
Les nouveaux progrès technologiques constituent un défi permanent pour ceux qui luttent contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.
Il est ainsi aujourd'hui impossible de contrôler les échanges d'informations et les nombreux sites de pornographie enfantine qui existent sur Internet.
 
Il reste donc beaucoup à entreprendre pour ce qui est de mobiliser tous les acteurs potentiels contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants et de leur permettre d'échanger des données et de travailler ensemble; c'est-à-dire avec le secteur privé, les décideurs, les ONG, le système judiciaire, les thérapeutes, etc.


Actions préventives et campagnes d’informations auprès du public et des intervenants

L'information, comme outil au service de la prévention, est reconnue comme une action clé dans la lutte contre l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants.


C'est pourquoi ECPAT a développé ces dernières années plusieurs campagnes destinées à sensibiliser les voyageurs et l'opinion publique à la lutte contre le tourisme sexuel impliquant des enfants.
Ces actions visent à lutter contre les présupposés subsistant dans la société européenne et servant d'alibis aux abuseurs d'enfants ( l'argument économique alimentaire : « cela aide les enfants à vivre »..., l'argument culturel : « dans ce pays, c'est une tradition d'avoir des relations sexuelles avec les enfants ;
dans cette partie du monde, les enfants sont plus vite matures », l'argument juridique « ici, je ne risque rien »).
Plus largement, il s'agit de responsabiliser les citoyens vis-à-vis de ces comportements.
Ces actions sont menées notamment en coopération avec les professionnels du tourisme qui sont un vecteur clé dans la diffusion de l'information.
À ce titre, ces professionnels sont d'ailleurs eux-mêmes la cible d'actions de sensibilisation.


Afin de mieux connaître les réalités de l'exploitation sexuelle et commerciale des enfants, de convaincre sur l'existence de ces pratiques et de permettre une prise de conscience au bénéfice des enfants, ECPAT réalise également ou collabore à divers travaux de recherche/publications ainsi qu'à des manifestations publiques (conférences, salons) et entretient des relations étroites avec les médias .

 

Conclusion : un esclavagisme qui n’ose par dire son nom

Au plan psychologique, la prostitution des enfants est une véritable perversion des relations entre le monde des adultes et celui de l’enfance.
Elle implique des conséquences traumatiques aussi graves, sinon plus, que les abus sexuels et autres formes de mauvais traitements.
Les jeunes victimes d’exploitation sexuelle en ressortent rarement indemnes, si elles n’ont pas contracté entre-temps le SIDA ou une autre MST, elles développent des mécanismes de survie qui s’apparentent aux symptômes du PTSD (syndrome post traumatique) largement décrits dans la littérature scientifique.
Les dépressions chroniques, l’inadaptation sociale, les conduites addictives, les tentatives de suicide et les suicides sont également beaucoup plus fréquents chez les victimes d’exploitation sexuelle.
C’est donc à petit feu et de manière insidieuse que l’exploitation sexuelle détruit la personnalité des victimes et les empêche de vivre une existence digne de ce nom.

L'enfant exploité par la prostitution ne regarde pas le monde adulte avec les mêmes perspectives qu'un enfant tout-venant.
Ayant été précocement confronté à la sexualité d'un adulte (des adultes), l'enfant victime éprouve d'énormes difficultés à prendre des distances et à retrouver ses marques en tant qu'être humain ou individu inscrit dans une société donnée.
Prisonnier d'une relation à caractère sexuel qu'il est incapable de gérer ni même de comprendre, l'enfant victime développe toute une série de mécanismes psychologiques qui vont l'aider à survivre, mais au détriment de son épanouissement personnel.
Entre PTSD et mécanismes de survie, la victimisation sexuelle se prolonge ainsi par différents syndromes : l'adaptation à la situation, l’accommodation, la résignation, la résistance au stress, la soumission à l'autorité, le masochisme relationnel, les répétitions traumatiques, la marginalisation sociale, l'imitation comportementale et l'identification anxieuse à l'agresseur sexuel.
Sexuellement asservi, l'enfant se conforme, souvent de manière aliénante, à ce que l'adulte attend de lui.
Sous l’emprise de celui qui l’exploite, l’enfant exploité adapte ses conduites aux circonstances que lui impose son abuseur.
La victime ainsi capturée et conditionnée adopte un « faux self de survie ».

Selon des processus plus ou moins inconscients, l'accommodation, l'assimilation, l’introjection et l'identification anxieuse, la victime prend sur elle la culpabilité même de l’abuseur ou de l’exploiteur.
L'enfant victime est ainsi marqué par la personnalité de son abuseur au détriment de la sienne propre.
Comme par un effet de miroir et de soumission à l’autorité, l'enfant perd l'image de soi, en captant celle de son agresseur.
Cette image est notamment caractérisée par l'impossibilité d'avoir des relations égalitaires avec les autres.
L'enfant se voit comme un objet usé ou un « tas de chair avariée ».
Cette dévalorisation conduit à une dépersonnalisation et à une cassure identitaire.
La faible estime de soi, le manque de confiance, la blessure narcissique profonde empêchent l'enfant de se forger une personnalité singulière et de se réaliser dans un être bien structuré.
La honte d'avoir eu des rapports sexuels avec un adulte, peut engendrer le dégoût de soi-même et d'énormes difficultés à assumer la vie de relation.

Très dépendante du marché de l’offre et de la demande, la prostitution des enfants et des jeunes est de plus en plus répandue et connaît une expansion sans frontière.
Opérant comme une économie souterraine et produisant de l’argent sale à tous les niveaux, la prostitution des enfants crée des zones de non droit pourtant accessibles à différentes catégories de clients, des consommateurs ordinaires, des touristes « non avertis », aux « bons pères de famille », en passant par des individus pervers plus aguerris.
Les formes de prostitution sont variables, comme l’âge des enfants qui sont parfois recrutés très jeunes et enrôlés à jouer des rôles particuliers.
Dans les pires situations, ils sont utilisés comme esclaves sexuels soumis aux fantasmes d’adultes sans scrupule qui ont souvent recours à la violence, parfois extrême.

L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est une des formes de violence les plus brutales à l’égard des enfants.
Plus préoccupants encore, sont les indices d'une aggravation de ce problème.
Si combattre ce fléau n’est pas chose facile le Programme international de l'OIT pour l’abolition du travail des enfants (IPEC) a toutefois lancé avec succès plusieurs programmes d’action visant à lutter contre la prostitution des enfants.
Ces programmes ont permis de mettre au point des formes globales et novatrices d'intervention avec le concours actif des communautés locales.
À partir de leurs modestes moyens, les ONG locales (notamment soutenues par ECPAT) tentent de réhabiliter, de soigner et/ou de restructurer ces enfants victimes.

À l’échelle mondiale, l’exploitation sexuelle des enfants est donc une véritable épidémie. Au niveau des enfants victimes et en termes de santé mentale et de sécurité existentielle, c’est tout un pan de la société qui est en péril.
De la prostitution à la pornographie pédophilique, en passant par l’exploitation sexuelle des enfants via Internet, les pièges sont nombreux et complexes, et dépassent souvent les mesures prises par les autorités répressives.
À longue échéance, les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants fabriquent des êtres éprouvés de génération en génération qui risquent de devenir de la chair à canon, des victimes existentielles, voire des bourreaux, des violeurs ou des abuseurs potentiels.
Même si ces mécanismes de reproduction transgénérationnelle ou de répétition traumatique ne sont pas systématiques et aussi linéaires, c'est dans l'intérêt primordial de l'enfant victime qu'il faut aussi se préoccuper de ceux qui exploitent sexuellement les enfants, tant les pourvoyeurs que les abuseurs sexuels.
Parce que malgré eux et presqu’à l’insu de leur plein gré, exploiteurs et exploités ont maille à parti et sont « parties liées ».

Les enfants dans des situations à risque, tant au niveau mondial qu'au niveau national, doivent être mieux protégés contre toutes les formes d'exploitation sexuelle.
Le processus de victimisation permanente doit être remplacé par une intégration totale, à travers des institutions (à caractère impérativement) social et éducatif.

Dans la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, la dimension internationale doit être rencontrée de manière adéquate.
À cet égard, il y a lieu de prévoir, dans le respect des droits fondamentaux, des formes de collaboration dans l'échange d'informations ainsi que des lieux de centralisation des données.
Par ailleurs, il faut aussi démanteler les réseaux (dont la prostitution et la pornographie enfantines constituent le symptôme le plus visible) organisés autour de l'argent. 

La lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants est donc un défi à notre humanité.
Elle exige, au niveau individuel et collectif, des réponses radicales, c'est-à-dire des réponses qui prennent le problème à la racine. 
Aussi bien sur le plan des connaissances que de l'action ou de la prévention, il faut reconnaître que le problème est complexe et nous devons donc nous méfier des réponses simples ou des solutions uniques, adoptées dans l'urgence de l'esprit du temps.

Au prorata des nombreux documents, rapports internationaux et études scientifiques que nous avons compulsés, nous n’avons pas épuisé le sujet.
À propos d’un phénomène sociétal aussi intolérable et pourtant fort répandu, de nombreux éléments restent encore à développer.
Si les connaissances en la matière sont vastes, elles ne suffisent pas à éradiquer ce fléau international, véritable infamie qui nous offre à voir le côté obscur et malsain de l’être humain.

 

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