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Adolescence, violence et passion

/ Par info psy.be / Comprendre son ado

Adolescence, violence et passion

L'adolescence, une violence pulsionnelle et psychique

L'adolescence est souvent conjuguée au concept de violence. Rebelle, violent, déviant et/ou indifférent, l'adolescent jouit d'une mauvaise réputation dans le discours populaire. Auprès d'un public relativement immature ou sensible aux situations extrêmes, les médias véhiculent des stéréotypes sur les jeunes, au risque de consolider les préjugés et d'échafauder des amalgames faciles. Aujourd'hui, la presse quotidienne attire surtout l'attention sur la violence criminelle et la jeunesse des auteurs. Par contre, le thème de l'adolescent comme victime de violence est bien moins souvent traité par les mêmes médias. Cette facilité avec laquelle l'adolescence est réduite à une crise violente est rejointe par des cas difficiles qui font la une de l'actualité. Bien que multiples et intriquées, les causes de la violence sont masquées par des stéréotypes qui mènent la vie dure à la véritable réflexion : la cassure sociale, la désintégration des valeurs, l'irresponsabilité parentale, la démission des éducateurs, la dérive scolaire, l'élitisme, le chômage, les maux de la société, le fossé des générations, etc.

Tout en se focalisant sur les différents symptômes spécifiques de l'adolescence, la recherche en psychopathologie clinique et certains discours scientifiques contribuent aussi à pérenniser cette image négative et déformée de l'adolescent : les tentatives de suicide, le suicide, la dépression, la délinquance, la drogue, les problèmes sexuels, l'anorexie, la boulimie, etc.

Depuis des années, la psychologie comportementale s'interroge sur la genèse des conduites délictueuses et l'étiologie de la violence chez les adolescents. La sociologie pense la violence juvénile comme intrinsèquement liée à l'abandonnisme des pères, à la perte des repères et au renoncement de soi en tant qu'individu social. La psychanalyse considère l'adolescence comme un passage obligé, un traumatisme des sens, constitutif de la structuration de la personnalité humaine, c'est-à-dire une véritable mue somato-psychique indispensable à l'épanouissement de soi.

De nombreux domaines plus ou moins scientifiques s'interrogent ainsi sur l'adolescence : histoire, politique, économie, sociologie, anthropologie, droit et criminologie, victimologie, médecine, psychologie, psychanalyse. Aussi productifs que soient ces mouvements de pensée, ils ne parviennent pas à résoudre les contradictions et les ambivalences spécifiques de cet état d'adolescence. Certains champs, comme l'histoire ou la sociologie considèrent que l'adolescence serait l'émanation de nos sociétés postindustrielles, voire qu'elle ne serait qu'une création phénoménologique, d'autant qu'elle n'existait pas à certaines époques. Susceptible de disparaître un jour ou l'autre ou de se prolonger selon les observateurs, le concept d'adolescence est largement discuté. Suivant d'autres repères théoriques, elle n'apparaît que comme un statut social, une référence culturelle ou un âge de la vie.

La crise de l'adolescence est pourtant une notion psychologique largement admise par la société scientifique et intégrée aux différentes approches éducatives. Cette réalité concerne les communautés occidentales et se retrouve sous d'autres variantes dans d'autres contextes socioculturels. Dans la plupart des sociétés archaïques, l'adolescence correspond à une période initiatique fondamentale. Dans notre monde post moderne, l'influence du groupe social sur l'adolescent et la médiatisation de l'image adolescentaire construisent aussi une nouvelle représentation juvénile dans les domaines de la publicité et de la création artistique. Suivant différents schémas plus ou moins initiatiques, les adolescents se construisent dans une société moderne très impliquante et exigeante. Entre norme et marginalité, la suprématie du modèle des compétences, du talent et de la compétitivité engage de plus en plus de jeunes dans une course effrénée de la réussite sociale et de l'acquisition des richesses. Devoir faire face à un avenir incertain, traverser des expériences traumatisantes d'adversité, éprouver des difficultés à se réaliser ou à se projeter constituent autant de phénomènes violents et pernicieux.

Entre auto destruction, renaissance et libération de soi, la violence à l'adolescence adopte de multiples visages et concerne de nombreux individus et groupes sociaux.


Dialectique entre adolescence et violence

Cette dialectique entre adolescence et violence ne pourrait faire l'économie des mécanismes inconscients complexes et spécifiques de la structuration psychique humaine. Plus souvent victime qu'auteur, l'adolescent est confronté à différents types de violence, dont les principales concerne la sphère des violences familiales, les violences sexuelles, les violences institutionnelles, les violences sociétales, etc. Passages à l'acte violents ou violences subies, il existe un continuum entre la passivité avec laquelle une victime souffre des conséquences de ses blessures et l'acharnement avec lequel un auteur de violence s'enferme dans une logique destructrice. L'exclusion, la stigmatisation et le refoulement émotionnel parachèvent l'oeuvre de la violence, avec son cortège de souffrance, de duplicité et d'ignorance.

L'expérience du traumatisme et le rôle de la violence dans l'organisation de la psyché sont des concepts originels de la psychanalyse. Instinct primitif au service de la pulsion de vie et répondant au besoin de toute-puissance face à l'angoisse d'anéantissement, la violence se manifeste en chacun de nous. Fondamentale à la survie de l'espèce humaine, elle s'inscrit dans son évolution et connaît de nombreuses manifestations. Au regard du mythe de l'humanité, la violence à l'adolescence apparaît plus comme une tentative d'expression de soi, répondant plus aux frustrations et aux conflits interpersonnels qu'à une intégration plus féconde.

Les sources de la violence se circonscrivent dans au moins quatre registres non exclusifs : la violence interne, celle provoquée par les cycles naturels de la vie, la détresse psychique, la maladie ou l'angoisse de la mort; la violence intime, celle imposée par des transactions familiales abusives imposées soit par des parents, soit par des adolescents, ou encore par le cercle vicieux qui enferme des protagonistes dans la répétition transgénérationnelle; la violence sociétale régie par des phénomènes qui dépassent souvent l'entendement individuel; la violence écologique, notamment lorsque des catastrophes naturelles ou des bouleversements climatiques traumatisent des populations entière.

Très peu d'études longitudinales tentent de comprendre le développement de l'agressivité physique durant la prime enfance et se focalisent plutôt sur l'apparition de la violence au moment de l'adolescence. Ce manque d'attention concernant l'agressivité physique des premières années semble être dû à une croyance de longue date selon laquelle une telle agressivité apparaît à la fin de l'enfance et au début de l'adolescence, sous la mauvaise influence des pairs (Elliott, 1985), de la violence à la télévision (Huesmann, 1994) et de l'augmentation de la quantité d'hormones mâles (Ellis, 1990).

Suivant les recherches actuelles, l'origine de la violence chez les adolescents trouve pourtant ses fondements principaux dans la prime enfance. Au Canada, l'équipe du Professeur Tremblay (" Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale de l'enfant " de l'Université de Montréal) a publié les résultats de plusieurs études longitudinales portant sur les sources de la violence chez les enfants et les adolescents. Les prémisses de la violence seraient déjà inscrites en filigrane de certaines attitudes comportementales observées chez de très jeunes enfants. Significative d'un mal-être profond, d'une vulnérabilité psychoaffective, de transactions pathologiques, abusives ou transgressives et/ou de circonstances familiales particulières,... la violence s'initie de manière précoce. Même si un temps peut s'écouler entre ces troubles du comportement ou du caractère chez l'enfant et les premiers passages à l'acte violents chez le jeune adolescent, il importe de repérer le plus tôt possible les différents facteurs de risque manifestés pendant les premières années. Parallèlement à la violence pubertaire, c'est surtout au milieu de l'adolescence que le risque de commettre un acte violent est le plus élevé. La violence chez les adultes est généralement liée à un problème de violence juvénile. Etant donné que tous les adultes sont passés par l'adolescence, il est plausible de croire qu'une diminution de la violence chez les jeunes aurait un effet proportionnel chez les adultes. Ainsi, une diminution de la violence chez les adolescents aura, à long terme, un impact très important sur l'ensemble de la violence présente dans une société donnée.


Transformation de soi, une violence en soi?

L'adolescence correspond à ce que Jean-Jacques Rousseau, dans son Émile, appelle " la seconde naissance de l'homme,... Cette orageuse révolution s'annonce par le murmure des passions naissantes ... Il (l'enfant) devient sourd à la voix qui le rendait docile; c'est un lion dans sa fièvre; il méconnaît son guide, il ne veut plus être gouverné... il n'est ni enfant ni homme et ne peut prendre le ton d'aucun des deux... ". Dans La Cause des Adolescents, Françoise Dolto (1988: 37) pense que " le mot adolescent brûle les lèvres de Jean-Jacques, mais qu'il ne l'utilise pas. Il a recours à la périphrase : crise, seconde naissance. Il décrit cette crise. Il écrit la crise,... ".

" Période ingrate " ou passionnelle, l'adolescence est une étape obligée de la structuration, physiologique, psychodynamique et sociale de tout individu. Régie par des transformations corporelles, physiologiques et psychologiques, cette étape démarre aux alentours des 11-13 ans et s'achève vers 17-19 ans. Ces marges ne sont pas aussi délimitées et oscillent d'un individu à l'autre. Initié chez tous les humaines par la puberté, ce processus, à la fois global et singulier, exige pour chacun un temps variable. L'apparition et la durée de l'adolescence varient selon les sexes, l'appartenance ethnique et socioculturelle, les conditions environnementales et les milieux socio-économiques. De manière arbitraire, la puberté démarre chez le garçon avec la première éjaculation, et chez la fille avec la survenue des premières règles. Pendant la période pré-pubère, ces événements sont toutefois précédés de signes amorcés par des remaniements physio-morphologiques qui s'échelonnent sur environ deux années.

Entre les années 1900 et 1970, l'âge de la puberté aurait diminué de quatre mois par décennie pour l'ensemble de la population mondiale. Aujourd'hui, l'âge moyen de la puberté apparaît plus tôt pour les deux sexes. Pareille accélération de croissance ne semble pas dépendre de facteurs climatiques mais plutôt de variables multiples et complexes dont les principales sont déterminées par les conditions socio-économiques, sanitaires et alimentaires.

De plus en plus précoce, la puberté pourrait aussi apparaître comme l'accélérateur des crises d'adolescence impliquant une double conséquence. D'une part, le jeune adolescent (le pré-adolescent) n'aurait plus un temps suffisant pour gérer les bouleversements somatiques de son corps et ses propres remaniements psychiques, d'autre part, et ce malgré cette maturation génitale précoce, il devrait supporter des liens de dépendance de plus en plus prolongé et développé par les institutions (la famille et l'état). Ce décalage entre maturation physiologique précoce et maturité psychosociale situe l'adolescence à une croisée de chemins semés d'obstacles de plus en plus difficiles à franchir, de plus en plus périlleux. Cette période de transformations multiples n'entraîne-t-elle pas un surcroît d'efforts, de mobilisation de soi et de prises de risque? L'adolescence ne pose-t-elle pas du même coup de plus en plus d'exigences, en termes d'investissement, de motivation et d'intégration?

Jeunesse et adolescence ne se situent pas sur un même plan. Le premier concept se réfère à l'âge, voire au statut social, le second correspond à un processus sans rapport avec l'âge mais plutôt avec une maturation progressive de l'individu entre la fin de son enfance et son entrée dans la phase adulte de son développement physique, psychoaffectif et social. Ce processus bouleversant complètement le rapport du sujet au monde lui permet de quitter l'univers de la pensée de l'enfance, ses jeux et son imaginaire, pour rejoindre et s'inscrire dans la communauté des adultes. En tant que révolution somato-psychique, l'adolescence est avant tout la transformation intérieure de soi qui offre au sujet la possibilité d'aimer, de jouir et de mettre en pratique son existence.

La violence est physiologiquement contenue dans cette transformation pubertaire. La puberté correspond à la dernière transmutation physiologique de l'enfance. Durant 3 ou 4 ans, ce processus complexe va déclencher un mécanisme hormonal qui, après avoir été actif dans la différenciation sexuelle de l'embryon, du foetus et pendant les semaines postnatales, était entré en quiescence sous l'effet de différents systèmes inhibiteurs. Initiatrices de la métamorphose pubertaire, des hormones qui étaient actives mais sans conséquences physiques au moment de la naissance, vont se réactiver. Ce réveil, parfois explosif, marque le point de départ d'une cascade de sécrétions hormonales et d'événements physiques qui produiront un corps sexuellement mature, capable de procréer et transformé en taille et en volume. Dépendant de facteurs endocriniens complexes, le phénomène pubertaire est ainsi caractérisé par la maturation des caractères sexuels primaires, permettant la fonctionnalité des appareils sexuels anatomiques, et par l'apparition des caractères sexuels secondaires associés à des modifications morphologiques .

Il n'existe pas d'adolescence sans puberté. Par contre, la puberté peut exister sans processus adolescentaire. A la croisée de deux voies de transformation, d'une part, la puberté initie une métamorphose physiologique et physique qui entraîne un nouveau statut social difficile à acquérir, et d'autre part elle induit des transformations psychiques parfois perturbatrices de l'équilibre affectif du sujet. Ce phénomène est à l'origine de nombreuses pathologies psychoaffectives (anorexie, dépression, angoisse de mort, etc.) ou comportementales (tentative de suicide, toxicomanie, passages à l'acte, etc.). A cette tempête pubertaire correspond une poussée pulsionnelle qui bouleverse chez tous les individus l'équilibre acquis au cours de l'enfance. L'organisation psychique du sujet est alors remaniée.


Une révolution pulsionnelle

Au niveau psychodynamique, l'adolescence correspond à un stade de développement essentiel caractérisé par la réactivation des conflits oedipiens et des pulsions sexuelles, l'excitation de l'instinct sexuel, la stimulation de la curiosité sexuelle, l'affranchissement et l'épanouissement personnel, l'affirmation de soi, l'autonomisation du sujet, l'affermissement des intérêts sociaux et professionnels, l'élaboration des projections, le désir de liberté et d'autonomie, etc. Au niveau intellectuel, l'intelligence se diversifie, le pouvoir d'abstraction et de réflexion s'amplifie, les centres d'intérêt changent, des aptitudes nouvelles apparaissent, etc.

Annoncée, attendue, préparée ou non, la puberté peut être un événement traumatisant, et pour le moins bouleversant. Par la confrontation même à un corps qui se métamorphose, apparaissent des sensations physiques nouvelles et radicalement inconnues qui suscitent l'étrangeté, comme si un nouvel être renaissait à partir de l'ancien. Au même moment, une excitation pulsionnelle réactive la curiosité sexuelle du jeune enfant de 4-5 ans qu'il avait déjà appris à maîtriser ou à inhiber jusqu'à la mise en latence. La culpabilité oedipienne et les conflits qu'elle entraîne sont réanimés sur la scène d'un nouveau Roman familial. Masque tombant, désarmé de ses défenses archaïques et dépossédé de ses jouets d'enfant, le nouvel initié se voit imposer de nouveaux choix. Dans la mesure où se profilent les exigences de son devenir et les caprices de son désir, le jeune adolescent affronte les autres et porte sur le monde un nouveau regard. Le choix amoureux, l'éveil des sens et l'émoussement des sentiments accomplissent l'oeuvre du futur candidat adulte qui n'est encore que l'ombre de l'enfant qu'il a été. Etroit est le passage et violente l'initiation. La métamorphose est parfois difficile, voire traumatisante pour certains, et pas aussi simple à assumer sans affronter les risques inhérents à cette période de la vie. Nombre d'adolescents n'ont pas les moyens de composer avec ces exigences. Leur souffrance psychique est bien réelle et se manifeste sous différentes formes plus ou moins psychopathologiques (suicide, violence, accidents de la route, conduites addictives, anorexie, etc.).

Cette souffrance nouvelle ne peut s'expliquer que par un remaniement complet de l'appareil psychique sous l'impact d'une poussée pubertaire qui partage l'individu entre celui qu'il a été et celui qu'il va devenir. Parallèlement au deuil de l'enfance qui implique des symptômes dépressifs, le renoncement à l'expérience paisible du présent advient comme un moment inéluctable. L'émergence d'éprouvés méconnus et la perte de certains repères familiers suscitent l'étrangeté et produisent des flots d'angoisse et de mal-être. A l'instant même où tout bascule de manière irrémédiable, une transition plus primitive semble se produire.

A travers ce bouleversement émotionnel, la puberté inaugure une situation de clivage vécu comme pénible ou irréel. D'une part, le corps infantile, objet de toutes les attentions maternelles, est encore associé à un esprit fonctionnant essentiellement suivant le principe du plaisir, l'enfant ayant l'habitude que ses parents se manifestent et répondent à ses angoisses et à ses besoins. D'autre part, ce même corps qui n'est plus tout à fait pareil et qui se sexualise, il faut en prendre soin de manière plus autonome, même s'il apparaît comme étranger à soi-même. Au-delà de la prise de conscience d'un changement radical, ce corps pose de nouvelles exigences et exprime d'autres besoins que le sujet tente de satisfaire. Confronté à l'émergence de pulsions nouvelles parfois sources d'angoisse, de complexe, de rejet ou de dégoût, l'adolescent se retrouve souvent seul et/ou désemparé. Les anciens repères sécurisants s'estompent. L'adolescent comprend qu'il ne peut plus faire appel à ses parents suivant les mêmes schémas. Du jour au lendemain, ce corps est devenu capable de procréer et d'exprimer de nouvelles sensations. Renoncer aux privilèges de l'enfance, tout en s'inquiétant pour ce corps qui se métamorphose reste une énigme et une épreuve difficile.

Pourtant, la perte de l'enfance signifie que cette transformation se déroule dans le même corps et que ce clivage correspond aussi à l'intégration de nouvelles données biomorphologiques. Le renoncement aux plaisirs infantiles d'autrefois découle sur la découverte de nouvelles pulsions qui confrontent l'adolescent à des sensations jusqu'alors inconnues ou inexplorées. Ces ressentis rendent encore plus complexe le deuil de l'enfance. L'esprit de l'adolescent s'encombre d'un sentiment d'inquiétante étrangeté et d'un mal-être profond qui donnent parfois l'impression de ne plus être soi, éprouvant ainsi une sorte de dépersonnalisation.


De la violence du clivage au processus de sexualisation

Bâtie sur un substrat à la fois somatique et psychique, la puberté est un processus très hétéroclite qui varie d'un individu à l'autre et qui implique la découverte de la sexualité humaine. Au cours de sa puberté, les pensées et les représentations de l'adolescent recouvrent une signification plus sexuelle. Sans pour autant devenir envahissants, des fantasmes sexuels nourrissent sa vie intérieure et occupent un pan important de sa pensée et de son économie psychique. La vie sexuelle devient une préoccupation psychoaffective importante. De plus en plus colorés sexuellement, ses fantasmes s'érotisent. Un profond désir de séduction anime sa pensée.

Certaines inhibitions encore teintées par le refoulement de la période de latence (entre 7 et 11-12 ans) expliquent la difficulté de certains jeunes pubères à s'exprimer à ce sujet. Selon les circonstances familiales et sociales, et l'efficacité du refoulement normal de la latence, les adolescents éprouvent des difficultés à dévoiler leurs préoccupations les plus secrètes, notamment parce qu'elles relèvent de leurs fantasmes les plus intimes, souvent connotés par des sentiments de culpabilité plus ou moins anxiogènes. Sous l'impulsion pubertaire, ces pensées refoulées (partiellement inconscientes) et d'origine sexuelle refont surface avec leur lot d'énigmes et d'angoisses : des désirs de parricide, des fantasmes incestueux, des sentiments mêlés d'amour et de haine, etc. Confrontée à la culpabilité oedipienne restaurée, aux conflits intrapsychiques, aux interdits et aux tabous, cette sexualisation de la pensée permet au sujet d'élaborer sa vie fantasmatique, de chercher en lui des ressources et découvrir des modes d'expression ou d'affirmation de soi. Tout en découvrant de nouveaux modes d'entrer en relation et quelques réponses sur l'origine du monde, le jeune sujet s'anime d'un désir de séduction. En inaugurant la fin de la pensée infantile et magique, le processus de sexualisation favorise l'épanouissement de la personnalité et parachève la structuration du sujet.

Source d'angoisses souvent massives, mais également de remaniements psychiques, l'étrange et l'inquiétant de la sexualisation amènent certains adolescents à mettre en place des stratégies dysfonctionnelles, voire pathologiques, et à adopter des prises de risque qui relèvent plus souvent d'une autodestruction narcissique.

Confronté à ses sentiments d'étrangeté et d'inquiétude, l'adolescent va mettre en perspective d'autres transactions qui lui permettront d'adopter de nouvelles attitudes et de résoudre certains conflits. Avec la liquidation finale du complexe oedipien, les imagos parentales prennent une autre dimension. L'adolescence implique le remaniement profond de la relation aux figures parentales de l'enfance. A partir de ses racines, de son passé, l'adolescent reprend à son compte l'histoire familiale, afin de se réconcilier avec ceux qui l'ont conduit dans ce monde, sans haine ni passion excessive. Ces changements entraînent des éprouvés d'angoisse qui mobilisent des mécanismes de défense et donnent l'impression qu'il perd une certaine maîtrise de soi. Non seulement ses repères physiques vacillent, mais la sexualisation de sa pensée lui fait côtoyer un univers étrange et inquiétant.

Ce bouleversement de tous les sens dépend également de la manière dont l'enfant aura vécu sa prime enfance. Après coup, la mise en place des identifications sexuées sont influencées par la qualité de ses relations précoces et du processus d'attachement. Les carences de soins, les rejets, la dépression maternelle, la privation de relations affectives,... sont autant d'expériences désastreuses qui laissent des traces indélébiles au niveau de l'inconscient. L'érotisation infantile peut être marquée par ce type d'événements sans pour autant freiner le processus d'adolescence. Même fragilisé narcissiquement par de mauvaises expériences précoces, l'adolescent peut se construire à condition qu'il se sente soutenu, reconnu, valorisé,... afin notamment de lui éviter l'aliénation ou la soumission névrotique aux blessures du passé. Il importe aussi de ne pas sous estimer les capacités réparatrices du processus d'adolescence et les ressources personnelles de l'adolescent qui lui permettront de consolider son sentiment d'existence.

La poussée pulsionnelle et le clivage entre les anciennes possibilités de satisfaction infantile et les nouvelles perspectives libidinales sont à l'origine du bouleversement pubertaire. Face à l'émergence du plaisir et à la découverte de sa sexualité, le jeune adolescent pubère ne s'y retrouve pas toujours. Perturbé par des questions plus existentielles ou fragilisé par une identité incertaine, il n'est pas très sûr de l'amour que l'autre lui porte ou de la valeur de ses propres sentiments envers autrui. Epreuve ou défi, la relation à l'autre le confronte à une image de soi qui se construit. La puberté ouvre ainsi un champ à l'expérimentation relationnelle avec son lot d'échecs amoureux, de comportements régressifs et d'erreurs d'appréciation, mais aussi d'avancées significatives, d'initiatives originales et de créativités. Sans compromis avec lui-même, le sujet est poussé par un processus d'adolescence inéluctable qui bouleverse son existence et lui fait vivre de manière intensive les pulsions résultant de son corps sexué et mature.

Plus angoissés à l'idée de devoir liquider les fantasmes infantiles de toute-puissance et d'en souffrir, certains adolescents renoncent (inconsciemment) à s'engager dans ce processus. Ils vivent leur puberté comme trop menaçante ou douloureuse et se réfugient dans des positions plus infantiles qui les sécurisent. Comme s'ils ne voulaient pas quitter ce corps infantile et ses possibilités d'autosatisfaction immédiate, ils s'attardent à divers objets de dépendance qu'ils consomment avec avidité (nourriture toxique, alcool, produits illicites, drogues, etc.). Par attachement nostalgique à une enfance idéalisée, ils empruntent des conduites addictives qui les rassurent comme au temps où ils jouissaient d'un objet d'amour inconditionnel. Ils se gavent narcissiquement de produits qui les remplissent. Jamais rassasiés, ils angoissent à l'idée de devoir renoncer à ces habitudes compulsives (anorexie-boulimie, toxicomanie, alcoolisme, tentative de suicide, automutilation, etc.). Prisonniers d'un corps qu'ils empoisonnent ou manipulent, ils maintiennent cette dépendance afin de conserver ce lien archaïque avec l'objet d'amour absolu. La renonciation est une autre alternative, lorsque la pulsion de mort conduit à la désespérance de vivre .

D'autres ressentent comme une menace ce clivage intérieur qui réveille en eux une expérience infantile traumatique. Ils ne parviennent pas à contenir des affects violents animés par la pulsion de mort et le pouvoir de l'autodestruction narcissique. Cette mise en péril narcissique et la crainte d'un effondrement identitaire poussent de nombreux adolescents à verser dans la violence, comme moyen d'expression de soi et affirmation de cette toute-puissance infantile. Reliquat d'une enfance traumatique, cette violence reflète dans la réalité la forme la plus subtile de son impuissance à être avec le monde.

Afin que l'adolescent ne soit trop longtemps dépendant de son corps et de ses désirs infantiles, il importe qu'il exprime des satisfactions plus matures, rencontre ses besoins sexuels et se consolide sur le plan narcissique. A travers le regard valorisant des autres, il doit trouver un sens à l'image de soi et se dégager du désir d'autodestruction.


De la violence fondamentale à l'adolescence

La plupart des discours médiatiques sur la violence concerne plus souvent les conséquences des violences, les actes, les faits ou les comportements, ... plus faciles à décrire ou à repérer, que les aspects psychodynamiques, éthologiques, écosystémiques et étiologiques qui fondent l'universalité de la violence commune aux humains et aux êtres vivants. Depuis la nuit des temps, la violence est également commune aux animaux et aux primates humains. En tant que mécanisme de survie, de conservation et de pérennité de toutes les espèces vivantes, la violence fonctionne comme une " force vitale " qui est aussi inscrite au plus profond de chaque être humain. A la fois instinct primitif et lutte pour la vie, elle s'accorde avec le concept de Bergeret (1984), " la violence fondamentale " qu'il définit comme celle qui " touche aux fondations (au sens architectural et étymologique : fundamentum) de toute structure de la personnalité, quelle que soit cette structure, ... la violence (violentia) correspond étymologiquement à une force vitale présente dès l'origine de la vie,... elle est aussi l'attribut de personnages mythiques ayant eu des combats vitaux à livrer " (1984 : 9).

Cette violence instinctuelle est présente et active dès la naissance. Constitutive de l'énergie fondatrice, elle participe activement au développement du nouveau-né et à l'établissement de ses forces libidinales objectales. L'installation de la relation d'attachement et la conflictualité affective ne peuvent faire l'économie de cette énergie vitale. En étroite relation avec l'environnement (l'écosystème relationnel) et la maturation affective, la violence et la libido s'articulent comme deux dynamiques innées. Il existe ainsi deux niveaux de construction et d'articulation entre les pulsions purement violentes, archaïques (l'instinct de survie et la violence fondamentale) et les pulsions libidinales (les projections identificatoires, le transfert amoureux). Même si elle apparaît de manière plus précoce et lui fournit son énergie vitale, l'étape narcissique primitive s'articule à l'étape libidinale objectale, l'une ne se construit pas sans l'autre. Du narcissisme égocentrique à la relation objectale, le Moi s'organise,... De la relation duelle à la triangulation oedipienne, le Sur-moi prend ses quartiers, annonçant l'élaboration génitale affective.

" La non-intégration de la violence primitive nous ramène toujours aux conflits relationnels précoces n'ayant pas permis l'avènement du primat du schéma triangulaire oedipien. Toute exacerbation de la lutte banale entre les générations tient d'une intensification des carences de la triangulation oedipienne au niveau de la génération des parents (...). Sur le terrain de cet aspect plus collectif et plus fonctionnel de la psychogénèse, il en est de même de la psychogénèse pathologique : les phénomènes manifestés par les enfants ne constituent que l'écho des difficultés parentales et des difficultés plus générales du groupe familial. Le suicide de l'enfant se présente souvent comme la manifestation extérieure du suicide latent de la famille, de même que certains divorces correspondent à une façon déguisée de mettre à mort l'enfant imaginaire, faute d'une capacité d'intégration libidinale suffisante " (Bergeret, 1984 : 181).

La violence fondamentale est un pur instinct de survie, une pulsion de vie qui n'est ni bonne ni mauvaise en soi mais qui correspond à un processus défensif à l'égard de l'Autre sans aucune intention de lui faire du mal, sans haine, ni sadisme. Cet instinct violent est de nature très distincte de l'agressivité à travers laquelle l'intention de sadiser est signifiée comme moyen de satisfaction d'une pulsion destinée à atteindre l'Autre pour l'anéantir. Dans la violence instinctuelle, l'être vivant ne se préoccupe que de sa propre survie et de la pérennité de son espèce, sans se soucier de ses sentiments pour l'Objet ou l'Autre, lequel sera mis à mal par l'acte violent d'auto-protection. Le passage à l'acte ne recouvre aucune connotation affective ou sexuelle, montrant ainsi que la violence fondamentale ne procure aucun plaisir. Par contre, l'agressivité inclut la satisfaction libidinale, plus élaborée et plus conflictuelle, qui entraîne l'individu dans une dynamique de satisfaction, voire de jouissance narcissique et perverse, dans le fait de faire souffrir l'Autre. Dans cette démarche, la haine nourrit d'hostilité le sujet incapable d'accéder à l'Autre, autrement que par le truchement de la violence (sexuelle).


La vie est violence et la violence est source de vie.

La vie est violence et la violence est source de vie. Ce paradoxe se vérifie à tous les âges de la vie, mais se manifeste davantage à l'adolescence. L'adolescence est donc violence, tout simplement parce qu'elle est un moment de l'existence humaine. Elle est aussi rite de passage ou d'initiation et, bien que différente sur le plan culturel, s'apparente aux initiations observées par les anthropologues dans les sociétés archaïques.

Les sentiments violents et l'agressivité dans leur fonction créatrice sont le moteur de toute évolution, tant sociale qu'individuelle. Cependant, la violence dans toute son expression destructrice peut faire barrage à la construction d'une communauté humaine (meurtre, attentat, massacre, génocide, guerre, etc.).

L'origine étymologique du mot violence est double. Violo en latin renvoie tout aussi bien à " attentat " (qui s'apparente au viol et à la sexualité) qu'à " source de vie ". A l'adolescence, la découverte de la sexualité, l'initiation sexuelle sont autant sources de créativité que de destruction. Selon les uns ou les autres, les premières expériences sexuelles correspondent à des moments bouleversants plus ou moins intenses.

Tout événement important de l'existence est un bouleversement. Comme le jardin, l'esprit, n'offre ses fruits, qu'à condition d'être cultivé, labouré, retourné, bouleversé. L'adolescence est un mouvement de passage relativement violent, une sorte de renaissance de soi qui oscille entre créativité et "destructivité", entre Eros et Thanatos. C'est au moyen de la pensée que l'adolescent(e) découvre progressivement ce lieu où renaître en tant qu'adulte mûr et façonné.

L'adolescence est une épreuve à travers laquelle il faut soit passer, soit rester. Pareille à une mue, le sujet doit y laisser sa peau ancienne avant qu'elle ne devienne trop étroite ou qu'elle ne risque de craquer à tout instant. Moment d'une alternative, d'une expectative qui ressemble parfois à un grand plongeon.

Le propre de l'adolescence n'est pas toujours d'être la période la plus pénible de la vie humaine, c'est aussi d'être la plus créative, la plus bizarre, la plus intense ou la plus folle. De la créativité à la "destructivité", la mue réelle ou imaginaire coïncide avec plusieurs phénomènes de transformations du corps et de l'esprit. L'adolescence peut se reporter à une épopée individuelle, une révolution intérieure, une crise existentielle, une nouvelle expérience, une libération ou une phase d'opposition, à quoi vient s'ajouter toute une série de symboles spécifiques.

Les symboles sont les stigmates d'une identité en quête ou en vadrouille. Ils confirment l'appartenance à un groupe restreint dans lequel les individus ne se reconnaissent qu'à partir de signes très codifiés. Ces représentations correspondent à un idéal imaginaire qui offre à l'adolescent(e) la possibilité de s'imaginer ce qu'il pourrait être dans la mesure où il ne l'est pas.

Fan, idéaliste, séducteur, passionné, critique ou râleur, l'adolescent exprime parfois ses sentiments de manière exacerbée, voire subjective; ce qui peut entraîner des conflits tant intérieurs que relationnels.

Toujours avides d'identité ou à la recherche d'une identité originale, les adolescents sont fous de symboles. Du passage à la transition, l'adolescence est une sorte de négociation avec soi-même et avec les autres, source de revitalisation ou de mortification, il s'agit bien de renaître et de choisir pour soi-même ce que l'on retient comme identité ou confirmation de soi. La passion narcissique des adolescent(e)s les pousse à vouloir laisser leur image quelque part, leur marque, leurs symboles, leur griffe. Elle est la source de l'affirmation de soi, de l'agressivité créatrice et de la volonté d'exister.

Le sujet adolescent est son propre miroir et apprend à mieux se connaître. Confronté(e) à son image qui se transforme, il (elle) peut hésiter entre se prendre en charge ou prendre le large, affronter ou fuir, s'assumer ou laisser tomber. L'adolescence est malgré tout, une des périodes les plus fragiles et les plus troubles de l'existence.


Une violence singulière

A l'adolescence, dès que les éléments d'une crise s'annoncent, les symptômes paraissent plus actifs et plus aigus. Ils se situent plus au niveau de passages à l'acte, soit retournés contre soi, soit à l'égard d'autrui. Les troubles de la conduite sociale ne sont pas rares, les tentatives de suicide, fugues, drogue, alcool, promiscuité sexuelle, actes plus ou moins délictueux,... sont souvent rapportés par l'expérience clinique, et signifient toujours quelque chose qui mérite la peine d'être entendu et pris au sérieux.

Chez de nombreux adolescents, nous retrouvons également des troubles névrotiques qui se manifestent à travers de l'anxiété, de la dépression, des idées obsédantes, la perte de confiance en soi, du manque d'estime de soi, de l'idéation suicidaire,... tout ce que l'on nomme complexes peut recouvrir une aire plus ou moins névrotique et accentuer le niveau d'angoisse et de souffrance.

Existe-t-il une relation de cause à effet entre l'enfance et l'adolescence? Le terreau de l'enfance serait l'endroit où prennent racines les futurs problèmes de l'adolescent. Les personnalités les plus désorganisées pendant l'enfance sont souvent les plus problématiques à l'adolescence et à l'âge adulte. Plus l'enfance est mal vécue, ou violente, plus le risque de voir se déchaîner les passions, les traumatismes et les déchirures est important. Un événement douloureux ou traumatique vécu dans l'enfance peut prédisposer un individu, au moment de l'adolescence, à des troubles importants de la personnalité, de l'humeur, de l'identité ou de la conduite sexuelle. L'adolescent est un sujet narcissiquement fragile, c'est-à-dire très vulnérable au niveau de son identité et de son image de soi.

Traversant une période de transformations physiologiques et psychoaffectives, de crises et de changements existentiels, l'adolescent est d'autant plus susceptible de réagir par des troubles plus intenses et plus psychopathologiques.

Avec des hauts et des bas, l'adolescence peut se passer avec plus ou moins d'égratignures, pour certains avec plus de bas que de hauts, et pour d'autres, exactement le contraire. Un moment particulier de l'existence qu'il ne faut pas généraliser, parce que chaque individu le vit de manière très singulière. A chacun de s'y retrouver, ceux qui sont en passe d'y entrer, ceux qui y sont en toute chose, ceux qui commencent à en sortir, ceux qui en sortent et ceux qui en sont sortis,... ceux qui s'en souviennent et ceux qui ont presque tout oublié.

Moments pénibles, souvenirs heureux, les premiers émois amoureux, les premières catastrophes, les disputes avec les parents, les sentiments emportés, les grandes idées, les complexes, les déceptions, les ambitions, les tentations, les incertitudes, le besoin de liberté,... autant d'épreuves nouvelles qui attendent quiconque traverse cette expérience de la vie.


La violence du désir

Bien que l'adolescence ne se limite pas à la puberté ou à une simple transformation physiologico-hormonale, les mutations fonctionnelles et sexuelles du corps relancent la construction de l'identité qui avait été amorcée au cours de l'enfance. La perception du corps qui se transforme, la passion narcissique et la reconnaissance de l'altérité sont inhérentes à la structuration de la personnalité.

Le changement du corps, l'éveil de nouvelles sensations, la constatation de potentialités jusqu'alors inconnues provoquent une sorte de décalage qui s'accentue entre d'une part, la perception du corps, de ses potentialités et sensations, et d'autre part, l'image que l'adolescent(e) avait de lui-même.

Ce passage obligé de l'adolescence réactualise les anciens conflits oedipiens et réorganise la vie relationnelle et sexuelle du sujet. Son rapport au monde, aux autres, à sa famille, à soi et à son propre corps,... est remis en question.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que les sentiments ambivalents d'agressivité et de culpabilité, ainsi que certains désirs incestueux soient, à ce moment de transition remis en question. De ce point de vue, l'agressivité et les sentiments violents ou coupables qu'elle engendre prennent une dimension autre que morale ou culturelle. Agressivité et culpabilité sont souvent associées, parce qu'elles émergent d'un même contexte, celui de l'Amour, avec un grand A.

La sexualité incestueuse est porteuse de culpabilité, laquelle interdit l'inceste désiré. L'amour envahissant ou intrusif produit de l'agressivité qui tend à maintenir un équilibre entre ces deux pôles de l'amour. Les parents peuvent se sentir coupables de ne pas avoir assez aimé leur enfant, de vouloir qu'il soit tel qu'il ne veut pas être. Là où le désir incestueux est présent et insistant à s'exprimer, l'agressivité survient et vient rompre ou freiner l'élan d'amour qui envahit la scène familiale.

Nous pouvons croire qu'à force de donner, l'enfant en veut encore et plus, que d'avoir trop reçu il peut en vouloir à ses parents, jusqu'à les détester. Dès lors qu'il grandit, l'ambivalence et la violence des sentiments entretiennent la crise. La crise obligée, sans laquelle le passage est impossible.

A l'adolescence, la recherche du plaisir, le désir sexuel, la curiosité, les rapports de séduction sont émoussés par la violence des sentiments, lesquels réactivent les fantasmes oedipiens et rendent possible la réalisation d'un inceste agi. A ce moment de l'existence, le corps et la sexualité prennent une place considérable. Plus le corps s'érotise, plus le fossé avec la génération parentale se creuse, plus une distance affective et physique entre proches s'affiche.

L'Amour est à la fois indispensable et potentiellement dangereux, mais l'agressivité et la culpabilité peuvent lui éviter bien des écueils. En effet, bien qu'ambivalents, ces sentiments organisent les rapports humains et essayent de résoudre les conflits existants. L'adolescent(e) peut vouloir fuir ou entretenir pareils conflits qui sont à la fois identitaires et sexuels.

Entre demande d'amour et trop d'amour, c'est dans le dosage équilibré que l'adolescent(e) trouve sa place intersubjective, mais il s'agit plutôt d'une place mouvante, toujours susceptible d'être occupée ailleurs.

Cette attirance contradictoire entre l'amour parental absolu et l'interdit de ce désir induit des conduites d'évitement mal comprises et des sentiments ambivalents teintés d'agressivité et de culpabilité.

La fonction de l'agressivité est d'aménager cet espace entre la passion de l'amour parental qui essaye de retenir sa progéniture et la violence des sentiments incestueux. Néanmoins, l'agressivité et la culpabilité, qui l'accompagne comme son ombre, protègent de l'inceste sexuel. Soumis à cet interdit, l'adolescent(e) peut alors accéder à son propre désir, et désirer aimer ailleurs, hors de son clan.

Aller désirer ailleurs est le véritable enjeu de l'adolescence. Cette entreprise ne va pas toujours de soi et exige le déploiement d'énergie psychique nécessaire à l'éloignement. Ce jeu dialectique entre l'amour et la séparation est souvent accompagné d'allers-retours chargés de sentiments ambivalents qui voilent le champ d'entendement tant de l'adolescent(e) que de ses parents.

Le rejet coupable pour un parent, voire de la haine ou du dégoût, de l'attention agressive pour ses parents, l'impression de ne pas être écouté ou d'être regardé comme un animal sauvage, la conviction d'être à l'origine des dissensions familiales, d'être au centre de toutes les disputes,... cet ensemble de sentiments contradictoires, réels ou imaginaires, entraînent autant l'agressivité que la culpabilité. Ils peuvent également produire toute une panoplie de symptômes psychoaffectifs ou relationnels plus ou moins sévères, lesquels expriment toujours de la souffrance.


La violence de la crise

L'adolescence n'est pas une tare morale. Elle n'est pas plus une tare physiologique, psychologique ou héréditaire que l'on se transmet de génération en génération depuis la nuit des temps. La violence et l'agressivité sont fondamentales à cette crise de passage. Elles sont inhérentes et nécessaires, voire vitales, tant sur le plan du développement de la personnalité, que dans le domaine des rapports humains.

L'agressivité, les sentiments violents, les intentions agressives qui se cristallisent sur l'entourage de l'adolescent y occupent une place de prédilection. Les mouvements de repli, de mutisme, de mensonges, de rupture, de fuite, les idées noires, la perte de confiance, la chute de l'auto-estime, ... sont autant de modes d'expression de l'agressivité qu'il faut pouvoir respecter et entendre comme tels.

Dépendant de ses parents depuis sa naissance, l'adolescent(e) essaye de négocier un virage qui va lui permettre d'accéder à l'autonomie. Cette période peut être vécue comme une cassure entre deux mondes, celui de l'enfant qui a vieilli et de l'adolescent qui quitte l'enfant qu'il a été, et celui du sujet en pleine maturation qui se dégage progressivement des êtres proches qui l'ont engendré.

Cette violence intra-psychique, psycho-familiale et inter-relationnelle s'articule avec le désir profond d'un être en devenir qui tend vers l'autonomie. Or ce désir au sein d'une même famille ne peut se réaliser entre les deux générations qui la composent, puisqu'il y a l'interdit de l'inceste, sans lequel la maturation est impossible. Cet interdit de désir à l'intérieur même de la famille organise la violence salvatrice qui va permettre à l'adolescent(e) de partir aimer ailleurs.

Les moments de tensions intra-familiales et les phénomènes classiques de dérapage mettent en évidence l'importance vitale de cet enjeu. La rupture des liens familiaux peut se vivre avec plus ou moins de déchirements. Le risque incestueux n'est pas à écarter et cette pression peut amener des familles peu structurées à une ambiance permissive ou délictueuse et à des conduites violentes ou transgressives.

Avant toute autre considération phénoménologique, l'adolescence est donc la crise du désir, le passage existentiel nécessaire et suffisant, d'un désir attaché à la génération précédente, à un désir voué à s'adapter ou à se nouer ailleurs. Il s'agit bien d'un travail de deuil de sa propre enfance, d'une impossible marche arrière, qui se fonde sur la nostalgie d'avoir été l'enfant d'une mère et d'un père, et la tentative de construction d'un avenir inconnu.

Dans le miroir de l'adolescence, l'image émouvante de l'enfance qui s'évanouit et ne reflète plus que les questions incertaines, voire angoissantes, du futur qui frappe à la porte de l'âge adulte.

Elle est l'antichambre où le sujet fait l'expérience du deuil, de la maturation et de l'altérité. Flottante, fluctuante ou instable, la quête de soi à travers cette mutation laborieuse et passionnée où l'identité tant recherchée se fait attendre. C'est l'âge où l'adolescent se cherche une signature, un style, une trace de soi, change de " look " ou d'apparence,... il imite la signature de ses parents,... il recherche son alter ego,... un autre plus parfait, mieux dans sa peau, et surtout plus beau.

Passage de la forme passive-dépendante à la forme active-indépendante, entre la fureur de vivre, l'attente désespérée, l'enthousiasme débridé et les provocations, l'adolescence devrait être une crise partagée. De manière authentique et participative, chaque membre de la famille devrait s'engager dans cette aventure, sous peine de la voir se transformer en mésaventure. Il n'y a rien de plus désastreux qu'un adolescent ou une adolescente laissé(e) pour compte, dans le marasme d'une impossible solitude, (avec un discours du style: "va faire ta crise ailleurs, ici ça fait désordre!"), ou survivant à l'intransigeance et à l'incompréhension familiale (dans le genre: "famille, je vous hais!").

L'adolescence est l'âge des silences, des non-dits, des jardins secrets, des faux-fuyants, des amis indésirables, des emportements, des rivalités, des confidences exprimées ailleurs, des escapades, des absences nocturnes, des premiers chagrins d'amours, du partage de plaisir avec d'autres inconnus,...

Le vieil enfant qui tourne le dos, qui part seul en vacances, l'ingrat qui devient l'étranger qui loge à l'hôtel chez lui, qui devient transparent à l'amour parental et qui n'est plus sûr d'être aimé pour lui-même. Une autre forme de violence infligée aux parents?

L'adolescence c'est la vie, et la vie est violente, tant sous sa forme érotique que mortifère, alliance entre l'être d'hier et celui de demain, temps présent de l'existence, ni plus ni moins qu'une période de la vie, au même titre que les autres âges, plus intense certes, mais pas toujours une gifle que la vie nous porte.


Le développement précoce de l'agressivité physique chez l'enfant

" Comment expliquer l'augmentation et la diminution de l'agressivité physique et des comportements perturbateurs durant la tendre enfance? Il est possible que le développement émotionnel, cognitif et physique y joue un rôle important. Au cours des 24 mois qui suivent la naissance, la taille des bébés augmente de plus de 70 pour cent et leur poids triple ou presque. À la naissance, les bébés arrivent difficilement à lever la tête, alors qu'à neuf mois ils sont capables de ramper, à 12 mois ils marchent et à 24 mois ils courent et montent les escaliers. Si on les compare aux autres périodes de développement, les premières années se font en accélérées.

L'habileté à saisir les objets joue un rôle important dans les relations avec les autres. Lorsqu'ils naissent, les bébés sont incapables d'utiliser leurs bras, mais à six mois ils peuvent atteindre et saisir des objets. S'ils aperçoivent un jouet intéressant dans les mains d'un autre bébé de leur âge, ils ne se posent pas de question et vont chercher à saisir l'objet. Si l'autre enfant ne lâche pas le jouet, une dispute éclatera. Il faut noter qu'à six mois, l'enfant n'a pas encore acquis les capacités langagières nécessaires pour demander le jouet à l'autre; il développera ces capacités beaucoup plus tard, mais la fréquence et la complexité de ses relations avec les autres personnes de son environnement augmentent au même rythme que son développement physique, sinon plus vite. Lorsqu'ils sont éveillés, les enfants passent la majeure partie de leur temps à explorer leur environnement. Avant l'âge de 12 mois, ils passent la plus grande partie de leur temps de jeu à découvrir un objet à la fois. Entre 12 et 18 mois, ils s'amusent seuls à imiter des activités de la vraie vie. Au terme de leur deuxième année, ils sont en train de " jouer " avec les autres (Rubin et al., 1983).

Ainsi, au cours des 15 mois suivant la naissance, grâce au développement de leur mobilité physique et de leurs facultés cognitives, les enfants deviennent de plus en plus aptes à découvrir leur environnement. Les interactions avec leurs pairs sont de plus en plus fréquentes avec l'âge, et le temps qu'ils passent à jouer avec les autres augmente considérablement entre la fin de leur première année et la fin de leur deuxième année (Ross et al., 1977). C'est durant cette période que le taux d'agressions physiques atteint son maximum. À cet âge, les enfants découvrent les relations sociales à l'aide de leurs habiletés nouvellement acquises : marcher, parler, courir, saisir, pousser, lancer et donner des coups de pied. La plupart de ces relations sont positives, mais il y a de plus en plus de conflits (Restoin et al., 1985). La possession d'objets est souvent à l'origine de ces conflits, au cours desquels les enfants apprennent qu'ils peuvent blesser et être blessés. La majorité des enfants apprendront rapidement qu'une attaque physique sur un de leurs pairs résultera en une attaque physique, et que les adultes ne toléreront pas de tels comportements. La plupart des enfants apprendront à attendre que le jouet soit libre et découvriront qu'une bonne façon d'éviter les interactions négatives consiste à demander un jouet plutôt que de le prendre à quelqu'un.

Développer certaines aptitudes, telles que l'apprentissage de la patience et la communication positive sont peut-être les deux éléments les plus importants qui permettent de contrer l'agressivité physique chronique. De manière précoce, l'enfant devrait ainsi apprendre à patienter afin d'obtenir ce qu'il désire (délai de satisfaction) et apprendre à utiliser le langage pour convaincre les autres afin de satisfaire ses besoins. Dans une étude portant sur un groupe de Suédois suivis de la naissance à l'âge adulte, Stattin et Klackenberg-Larsson (1993) ont remarqué que les aptitudes langagières entre 18 et 24 mois étaient une bonne indication de la criminalité chez les adultes. En fait, de nombreuses études ont démontré que le développement des aptitudes à s'exprimer est inversement proportionnel à celui d'un comportement impulsif et criminel (Moffitt, 1993). Comme il est évident qu'ils jouent un rôle de premier plan au cours des deux premières années de notre vie, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui sous-tendent ces liens.

Dès l'âge de 12 mois, les enfants possèdent les capacités physiques, cognitives et affectives nécessaires pour être physiquement agressifs envers les autres. Il semble que la plupart des enfants, à un moment ou à un autre, attaqueront d'autres enfants ou même un adulte en les frappant, en les mordant ou en leur donnant des coups de pied. Les caractéristiques individuelles de l'enfant expliquent en partie les différences dans la fréquence et la stabilité de ce comportement, mais la nature des relations avec son environnement, et la réaction de cet environnement face à son comportement, doivent sûrement être considérés comme des facteurs importants. Si un enfant est entouré d'adultes et d'enfants qui affichent de l'agressivité physique les uns envers les autres, il comprendra vraisemblablement qu'une telle attitude fait partie des relations sociales de tous les jours. Si, au contraire, l'enfant vit dans un environnement qui ne tolère pas l'agressivité physique et récompense plutôt un comportement " social ", il y a de bonnes chances qu'il prenne l'habitude d'utiliser des moyens autres qu'agressifs pour obtenir ce qu'il veut ou pour exprimer sa frustration. "


La violence à l'adolescence prend sa source dans la prime enfance

La majorité des études criminologiques sur la violence juvénile ont porté sur des jeunes âgés de 12 à 18 ans. Au cours de cette période, ils se développent physiquement, ils développent leurs facultés cognitives (ils sont plus habiles à cacher leurs intentions, par exemple), ils atteignent la maturité sexuelle, ils demandent et obtiennent plus de temps libre loin de la supervision des adultes et ils bénéficient de ressources supplémentaires, tels que l'argent et le transport, qui les rendent aptes à répondre à leurs besoins (Tremblay, 1996).

Ce rapide développement bio-psycho-social pourrait suffire à expliquer pourquoi l'adolescence est une des périodes de la vie offrant le plus d'occasions et de raisons qui poussent une personne à adopter un comportement antisocial. Les adolescents manquent d'expérience et ressentent de la pression à faire un choix de carrière, ou à réussir à l'école, auprès de leurs pairs ou de leurs éventuels partenaires sexuels. Ces facteurs peuvent expliquer le fait que, toutes proportions gardées, les adolescents soient plus nombreux que les adultes à adopter un comportement violent.

La majorité des adolescents commettent des actes de délinquance, mais il ne s'agit en général que d'infractions mineures. Des sondages d'opinion ont invariablement démontré qu'une petite partie des adolescents (environ 6 %) sont responsables de la majorité des actes de violence et des arrestations. Sur le nombre total des cas qui se retrouvent chaque année devant un tribunal de la jeunesse au Canada, moins du quart impliquent la violence, et l'agression mineure est le principal chef d'accusation de près de la moitié de ces cas.

Il faut maintenant tenter d'expliquer pourquoi certains adolescents et adultes adoptent souvent un comportement violent et les autres non. Même s'ils ne constituent qu'un groupe relativement restreint, ils terrorisent une bonne partie de la population et représentent un fardeau de souffrances pour leurs victimes, leurs familles et eux-mêmes. De plus, les adolescents qui affichent des troubles du comportement sont beaucoup plus susceptibles de se retrouver sans emploi, en mauvaise santé ou avec des problèmes de santé mentale que les autres.

Des cas notoires ont clairement démontré, de façon dramatique, qu'un comportement extrêmement violent n'apparaît pas soudainement à l'adolescence. Par exemple, en février 1993, deux garçons de dix ans ont matraqué à mort un garçonnet de deux ans qu'ils avaient éloigné de sa mère dans un centre commercial de Liverpool. En 1994, le monde était à nouveau en état de choc en apprenant que dans un pays aussi paisible que la Norvège, un garçon de cinq ans et deux autres de six ans avaient roué de coups de pieds une fillette de cinq ans avant de la lapider. Juste de l'autre côté de la frontière canadienne, en mars 2000, un garçon fréquentant une maternelle du Michigan a tué une camarade de classe à l'aide d'un pistolet semi-automatique.

Ces rares cas servent à rappeler que les jeunes enfants peuvent être extrêmement violents. En fait, des études longitudinales portant sur un large éventail de garçons et de filles, suivis de leur entrée à l'école jusqu'à la fin de l'adolescence, démontrent nettement un comportement agressif chez les jeunes enfants, alors qu'ils cessent graduellement d'adopter un tel comportement en vieillissant (Cairns et al., 1994). Un échantillon de données de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (NLSCY) portant sur 16 038 enfants canadiens de quatre à onze ans et choisis au hasard, vient confirmer cet énoncé. Les garçons et les filles de quatre ans affichent le plus haut niveau d'agressivité, alors que ceux et celles de onze ans sont les moins agressifs. Tel que prévu, les filles montrent un niveau d'agressivité moins élevé que les garçons pour chaque tranche d'âge. Ces données ont été établies à partir d'évaluations du comportement des enfants effectuées par leur mère. Cependant, des études tenant compte de l'évaluation des professeurs, des pairs et de l'enfant lui-même ont révélé des tendances semblables dans le développement de l'enfant au point de vue de l'agressivité (Cairns et al., 1989).

Concernant le critère lié au sexe de l'enfant, observons que la situation est complètement inversée dans le cas de l'agressivité indirecte, qui se définit par un comportement visant à blesser quelqu'un sans avoir recours à la violence physique. Par exemple, un enfant qui est fâché contre quelqu'un va parler dans son dos et essayer de monter les autres contre cette personne. Le niveau d'agressivité indirecte des filles de quatre à onze ans est plus élevé que celui des garçons, et ce niveau croît avec l'âge autant pour les garçons que pour les filles (Björkqvist, 1992). Il est donc possible que le processus de socialisation passe par l'apprentissage du recours à l'agressivité indirecte plutôt qu'à la violence physique.

Ces études montrent que la majorité des enfants sont de moins en moins agressifs physiquement avec l'âge. Mais certains observateurs pensent qu'une minorité d'enfants deviennent de plus en plus violents, ou commencent à l'être, en vieillissant. Nagin et Tremblay (1999) se sont penchés sur la question en tentant de déterminer la trajectoire de croissance de l'agressivité physique (évaluée par les enseignants) d'un groupe de garçons provenant de secteurs socio-économiquement pauvres de Montréal. Ces garçons ont été étroitement suivis de la maternelle à l'école secondaire : 17 % des garçons semblent ne jamais avoir eu de tendances agressives; 4 % ont montré de l'agressivité physique répétitive entre l'âge de six et quinze ans; le niveau d'agressivité physique de 28 % de ces garçons était élevé à l'âge de six ans, pour ensuite graduellement diminuer avec le temps; finalement, on relevait un bas niveau d'agressivité physique chez la majorité des garçons (52 %) à l'âge de six ans et ce niveau diminuait lui aussi avec le temps. Nagin et Tremblay (1999) n'ont rencontré aucun groupe de garçons où il semblait y avoir l'" apparition " et le maintien de niveaux d'agressivité moyens ou élevés sur une période de temps significative passé l'âge de six ans. Ils ont aussi observé, chez tous les groupes de garçons, que l'agressivité physique n'était jamais aussi présente qu'au cours de la première année scolaire, à la maternelle.

Ces résultats mettent sérieusement en doute l'idée selon laquelle le nombre d'agressions physiques augmente avec l'âge. Ils compromettent la théorie selon laquelle un groupe non négligeable d'enfants développe une agressivité physique chronique à la fin de l'enfance ou au cours de l'adolescence après être parvenus à refouler cette agressivité durant leur enfance. Si, de la maternelle au secondaire, les enfants atteignent leur plus haut niveau d'agressivité physique à la maternelle, à quel moment commencent-ils à être agressifs ?

Des études longitudinales effectuées sur de petits groupes d'enfants d'âge préscolaire ont révélé que les plus agressifs physiquement ont tendance à demeurer les plus agressifs en grandissant (Cummings, 1989). Cependant, les rapports de mères sur l'agressivité physique de leurs enfants de la première vague de la NLSCY montrent que la fréquence moyenne des agressions physiques atteint son maximum à la fin de la deuxième année suivant la naissance, pour ensuite diminuer progressivement.

Donc, si la fréquence d'agressions physiques atteint son apogée à la fin de la deuxième année suivant la naissance, à quel âge " apparaissent " les premières agressions physiques? Dans le cadre d'une étude longitudinale portant sur un important groupe de bébés nés au Québec dans les années 1990, on a demandé aux mères de noter la fréquence des agressions physiques à l'âge de 17 et de 30 mois et d'indiquer, dans les deux cas, à quel âge l'enfant a commencé à afficher un tel comportement (Tremblay et al., 1986). Près de 90 % des mères ont signalé que leur enfant, à l'âge de 17 mois, avait agressé physiquement les autres à plus d'une reprise. Selon les mères, 20,2 % des enfants frappaient les autres à l'âge de 17 mois. Ce nombre atteint 25,9 % à l'âge de 30 mois. Un des résultats intéressants de cette étude est que les mères qui signalaient que leur enfant, à l'âge de 17 mois, avait commencé à frapper les autres au cours des mois précédents semblaient oublier cette agressivité précoce, puisqu'elles signalaient, à l'âge de 30 mois, que ce comportement était apparu après 17 mois. Cette défaillance de la mémoire, qui se manifeste alors que les enfants deviennent plus vieux, plus grands et plus imposants, pourrait expliquer, en partie, pourquoi les parents d'adolescents agressifs soutiennent que ces troubles du comportement n'ont débuté qu'un an ou deux auparavant (Loeber et al., 1998).

D'après Tremblay et ses collaborateurs (1996), " Les études longitudinales du vingtième siècle portant sur des milliers de sujets de l'enfance à la vie adulte ont confirmé que les enfants qui, durant les années préscolaires, n'apprennent pas à trouver des solutions pour éviter de recourir à l'agression physique risquent d'avoir beaucoup de problèmes. Ils ont tendance à être hyperactifs, inattentifs, inquiets et à refuser leur aide à ceux qui en ont besoin ; la majorité de leurs

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