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C'est quoi un manipulateur ?

/ Par info psy.be / Etre ado

C'est quoi un manipulateur ?

Lorsque sa victime s’échine à lui montrer combien il l’oppresse, il se sent intimement menacé et se défend en accusant celle-ci d’une susceptibilité maladive, il minimise considérablement ses torts à coups de justifications et d’explications douteuses et peu cohérentes, il jongle avec les demi-vérités et les pieux mensonges, il se dégage de toute responsabilité en lui démontrant qu’elle est la cause du problème et de ce fait, rajoute au mal-être de celle-ci une bonne dose de culpabilité. C’est entre autre cette prise de conscience si difficile, voire impossible qui fait du manipulateur un partenaire redoutable, des griffes duquel il vaut mieux se défaire tant bien que mal, tant il est vrai qu’on n’a fort peu de chances de lui faire comprendre la perversité de ses comportements et combien on en souffre. Face à un manipulateur, on est bien seul, peu ou mal compris de l’entourage et ce constat me pousse à conseiller vivement aux victimes de se faire aider par un thérapeute professionnel, compétent et expérimenté. Contre un manipulateur, on gagne parfois un combat, mais jamais la guerre, car pour lui c’est presque une question de vie ou de mort.

Mais c’est quoi, un manipulateur ?

C’est une personne qui a besoin d’exercer un pouvoir sur autrui, parfois franchement, mais la plupart du temps de façon non-assumée, de façon sournoise, déguisée, discrète et tellement peu claire que bien souvent il ne le reconnaît pas lui-même. Il s’inscrit dans une relation dominant-dominé, qui ne prend en compte que ses intérêts propres, plutôt que dans une relation de négociation qui tiendrait compte des personnalités de chacun et dont le but serait la satisfaction et l’intérêt des 2 parties, sans menace sous-jacente.

Mais ce qui est particulier et qui rend ce diagnostic difficile, c’est que cette stratégie de domination n’est pas toujours flagrante, ni constante. Elle est plus visible ou ne s’éveille que lorsqu’il y a un enjeu pour le manipulateur. C’est pourquoi on peut croiser la route d’individus qui sont dans un premier temps assez charmants - période qu’on appelle parfois la phase d’emprise - et qui plus tard se révèleront coinçants, insistants, belliqueux, méfiants, brutaux, froids, suspicieux… Cette phase d’emprise non plus n’est pas toujours consciente, elle est nécessaire au manipulateur pour se faire aimer, pour assurer le lien, mais elle ne relève pas toujours d’un plan mûrement conçu et réfléchi. Il assure sa survie, cela lui paraît normal et ce besoin réapparaît donc régulièrement entre les crises, par des périodes d’accalmie qui prennent parfois des allures de raccommodage. Ce qui explique en partie pourquoi les victimes restent parfois si longtemps sous leur emprise.

Le manipulateur peut se cacher sous des jours assez variés : il peut dans un premier temps nous apparaître sous les traits d’une personne assez séductrice, enjouée, qui plaît à tout le monde, mais c'est pafois aussi un individu à la personnalité plutôt écrasante, qui impressionne, qu’on admire, qui étale volontiers sa culture ou son aisance matérielle. Il peut aussi se profiler derrière la silhouette d’une apparente victime, qui par sa faiblesse bien utilisée va arriver à se mettre tout le monde en poche. Les manipulateurs les plus transparents sont les personnalités totalitaires, les individus qui font immédiatement peur par leur violence verbale ou physique, mais les pires sont peut-être paradoxalement les plus discrets, ceux dont l’apparence reste parfaitement respectable, parce qu’on ne les détecte pas assez vite et que personne ne nous croit lorsqu’on cherche un peu de soutien dans son entourage. Ces personnalités aux allures fort diverses sont toutes régies par les mêmes rouages psychologiques : assurer leur stabilité au détriment de celle des autres, qui leur apparaît comme menaçante pour leur équilibre intime instable. Les carrosseries et les cylindrées sont fort diverses, mais à l’intérieur, c’est toujours le même moteur !

Le duo manipulateur-victime, derrière des apparences qui semblent aussi assez diverses, se dessine pourtant toujours autour d’une même dynamique : le manipulateur ressent inconsciemment sa propre vulnérabilité et s’appuie sur les fragilités visibles de sa victime. Ses propres fondations sont instables, il le sent intuitivement, mais ne le reconnaît pas et le combat de sa vie consiste à ne pas être démasqué. Il s’en prend donc volontiers à quelqu’un dont il perçoit les fragilités, le manque de confiance en soi plus ou moins affiché, mais dont il pressent des fondations plus stables et plus solides que les siennes, ce qui lui est insupportable. Comme deux maisons face à face, celle du manipulateur semble rutilante ou prospère mais tangue sur des bases fragiles, tandis que l’autre a une façade délabrée ou quelques bonnes fissures, mais des fondations solides. Le manipulateur sent cette force de vie qui sous-tend la personnalité de sa victime et il en est sournoisement envieux au-delà de toute mesure, parce que c’est ce qui lui manque tant, mais il ne peut en prendre conscience, c’est beaucoup trop dangereux pour son propre équilibre.

Est-ce qu’un manipulateur peut prendre conscience de ses fonctionnements ? Rarement. Essentiellement parce qu’il ne comprend pas que les problèmes qui jalonnent sa vie (rejets relationnels fréquents par exemple), c’est lui qui les crée. S’il a conscience de sa dynamique, il n’en voit pas le caractère problématique. Une ouverture à la remise en question peut néanmoins apparaître en thérapie de couple, lorsque la motivation de maintien de la relation est forte, mais la plupart du temps, la thérapie est une démarche malheureusement vaine, soit parce que le thérapeute se fait lui-même manipuler et conclut un peu rapidement à l’absence de problème, soit parce que le thérapeute, aussi habile soit-il, confronte son patient à ses démons intérieurs d’une manière telle que celui-ci cesse sa thérapie, en méprisant son thérapeute !

Ne sommes-nous pas tous un peu manipulateurs ? Non, mais nous avons tous la possibilité d’utiliser des comportements manipulateurs. Cela ne fait pas de chacun de nous un manipulateur. Cela dit, même à faible dose, ces comportements ne sont jamais très sains, par leur caractère sournois, peu clair, menaçant.

Quelle est la différence entre la manipulation et la stratégie ? La stratégie est une progression intelligente du dévoilement des comportements afin de masquer temporairement le but de la manoeuvre, mais qui ne comporte pas de caractère sournois, d’agenda caché, de but malsain. La stratégie est souvent consciente, et peut être expliquée en toute transparence une fois qu’elle n’est plus nécessaire. En revanche, la manipulation, comporte une dimension impossible à révéler, parce qu’inconsciente, jamais reconnue, mais aussi inavouable. C’est ce même caractère sournois qui différencie la manipulation du fait de faire pression sur quelqu’un, de plaider, de chercher à convaincre, aussi longtemps que cette démarche reste franche et transparente.

Comment s’y prend-il pour manipuler ? Les moyens varient selon le caractère du manipulateur et l’intensité de ses besoins de domination. Le manipulateur de type « dictateur » est le plus reconnaissable : il utilise tous les moyens d’intimidation et de domination de manière assez assumée. Il crie, interrompt, menace, utilise le chantage, ment, impose sa vision et ses propres règles, n’écoute pas son interlocuteur, démolit ou méprise ses arguments, fait mine d’être pressé, en impose par son allure physique et vestimentaire, en vient aux mains si nécessaire, sous-entend qu’il a « le bras long », etc… On peut trouver dans cette catégorie quelques conjoints dominateurs, certains politiciens ou chefs d’entreprise par exemple…

Le manipulateur de type « séducteur » va choisir une tactique bien plus difficile à déceler, puisqu’il charme, embobine avec douceur, séduit tout le monde, est souriant, donne l’impression d’avoir des contacts partout, flatte et valorise et de cette manière amène son « fan-club » à gober tout ce qu’il veut, à le suivre dans ses raisonnements et dérives. Dans cette catégorie, nous retrouvons des personnalités de type gourou, entourées d’une cour d’admirateurs qui boivent leurs paroles sans recul, des adeptes en manque de repères et de reconnaissance qui sont un peu vite prêts à croire n’importe quoi, pour peu que leur idole leur jette de temps en temps un compliment ou un regard. De façon moins caricaturale, vous en rencontrerez entre autre parmi les habiles commerçants, les avocats futés, les thérapeutes de pacotilles…

Un autre profil difficile à détecter est l’apparente victime, qui utilise avec opportunisme des fragilités plus ou moins fictives pour obtenir une attention spéciale, des avantages particuliers, des privilèges. Sous des apparences de douceur, elle tire les ficelles comme bon lui semble, au gré de ses besoins en se plaignant, en pleurnichant, en culpabilisant ses interlocuteurs à qui elle fait remarquer qu’ils sont bien mieux lotis qu’elle et qu’ils lui doivent donc cette attention et cette aide disproportionnées.

Parfois, derrière une personnalité fort généreuse, se profile également un manipulateur. Il donne son temps et son argent, il offre des cadeaux, des conseils et des services, et met sa victime dans une position d’endettement qu’elle n’a ni choisie, ni acceptée, mais qui la soumet aux désirs futurs de son généreux donateur.

D’autres profils plus complexes existent encore, que vous pourrez découvrir dans des lectures plus approfondies (voir bibliographie ci-dessous), mais un des signes que l’on s’est laissé manipuler se révèle par un sentiment de malaise, lorsque l’on sent qu’on ne dit pas ce qu’on pense, qu’on dit Oui quand on pense Non, qu’on a peur des représailles, qu’on n’arrive pas à tenir tête, qu’on perd son jugement propre et son bon sens et qu’on n’arrête plus d’y penser. A ce moment-là, c’est clair, on a besoin d’aide !
 

Marie Andersen

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