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Le blues hivernal ou trouble affectif saisonnier

/ Par Egide Altenloh / Mal-être

Le blues hivernal ou trouble affectif saisonnier

La vie ralentit naturellement son cours en hiver. Les jours deviennent plus courts, la lumière devient plus rare et nous, de notre côté, nous entrons dans une douce léthargie en atterrissant devant les séries policières hivernales ou en nous emmitouflant sous une masse impressionnante de couvertures.  Pour la plupart d’entre nous, les choses se passent bien comme ça : c’est l’hiver.

Cependant, pour une partie de nos congénères, 6% ici en Belgique, l’hiver est un passage bien plus difficile.

Le blues hivernal ou encore le trouble affectif saisonnier (TAS) est une catégorie de dépression qui émerge au cours de certaines saisons de l'année. La plupart des gens rapportent des symptômes du TAS en l'automne et ceux-ci augmentent pendant les mois d'hiver. Peu de gens connaissent une version printemps / été.

Quels sont les symptômes les plus fréquents de TAS ?

Les symptômes du TAS sont les mêmes que ceux d’une dépression majeure : une humeur dépressive, des sentiments récurrents de désespoir, un manque d'énergie, des difficultés de concentration, des changements au niveau du sommeil et de l'appétit et la perte de plaisir pour les activités qui vous plaisent habituellement, voir même des pensées suicidaires ou en relation à la mort. Les personnes ayant la version hivernale de TAS peuvent également constater les symptômes uniques suivants :

  • Lourdeur dans les bras et les jambes
  • Fatigue récurrente
  • Grignotage sucrés fréquents / gain de poids
  • Problèmes relationnels

Le TAS est-il une version “plus soft” de la dépression majeure ?

Bien que l’idée soit très répandue, ce n’est pas le cas. Le TAS est un «spécificateur» de la dépression majeure, qui n'est qu'un mot désignant un type ou sous-type plus spécifique de dépression. Les personnes souffrant de trouble affectif saisonnier connaissent ces symptômes à un moment donné de l'année. Avec le changement de saison, leur dépression diminue. Si vous remarquez ce changement d’humeur à plusieurs reprises sur deux ans ou plus, vous souffrez probablement d’un TAS.

Quelles sont les causes du TAS ?

Les chercheurs n'ont pas encore découvert la cause spécifique du TAS. Nous savons toutefois que plusieurs facteurs entre en jeu. La réduction de la lumière du soleil en hiver peut dérégler votre horloge biologique et réduire vos niveaux de sérotonine (un neurotransmetteur qui influence votre humeur) et de mélatonine (une hormone qui régule le sommeil et l'humeur).

Si vous êtes une femme et jeune de surcroît, vous faites partie de la population la plus à risque de développer un TAS. Les personnes qui vivent plus loin de l'équateur ou qui ont des antécédents familiaux de dépression souffrent aussi plus fréquemment de TAS.

Quand dois-je consulter un médecin ?

Tout le monde souffre à un moment donnée d’une baisse de régime en hiver. Cependant, si ces baisses sont fréquentes et ont un impact sur votre vie, n’hésitez pas à rendre visite à votre médecin de famille. Si les symptômes se produisent pendant au moins 15 jours, que votre sommeil est perturbé ainsi que votre appétit, que vous n’avez pas envie de voir des gens et vous n’avez plus goût à rien, c’est qu’il est temps de décrocher votre téléphone. Si vous utilisez l’alcool pour vous aider ou que vous avez des pensées suicidaires, il n’y a pas à hésiter, prenez un rendez-vous immédiatement.

Comment trouver de l’aide ?

Il n’est pas trop tard pour vous aider si vous commencer à percevoir les différents symptômes. Chercher de l’aide peut endiguer le processus. Vous pouvez prendre rendez-vous avec votre médecin de famille ou avec un professionnel de la santé mentale pour discuter avec lui des pistes à exploiter pour sortir du blues hivernal. Il est même possible que votre employeur ait mis en place des conseils gratuits ou un réseau de prestataires de soin dont il rembourse une partie des frais.

Afin de maximiser votre rendez-vous, prenez le temps pour faire le point, avant le rendez-vous, sur la fréquence et la nature des symptômes, faites la liste des autres problèmes de santé que vous avez ainsi que les petites choses qui allègent ou empirent votre dépression. Vous pouvez également noter les questions plus spécifiques à poser à votre médecin, comme :

  • Quelles autres affections pourraient causer mes symptômes ?
  • Quels sont les traitements qui ont aidé vos patients ?
  • Recommanderiez-vous quelqu’un pour m’aider ?
  • Que puis-je faire dès aujourd’hui pour améliorer mon humeur ?
  • Avez-vous un livre ou une brochure à me recommander ?

Votre médecin peut procéder à un examen physique ou faire des prélèvements pour le laboratoire afin d’explorer d’autres pistes organiques à l’origine de vos symptômes.

Quel est le meilleur traitement ?

Lorsque l’on parle de santé mentale, il n’y a jamais un seul traitement efficace. Beaucoup de variables entre en jeu et le traitement qui est efficace avec votre tante Jeanne ne fonctionnera pas nécessairement avec vous.

Voici quelques pistes à explorer avec votre médecin :

Les médicaments :

Les antidépresseurs se sont révélés efficaces pour les personnes souffrant de TAS, en particulier lorsqu’elles présentaient des symptômes de forte intensité. Les médicaments nécessitent de la patience, car cela peut prendre plusieurs semaines avant de commencer à faire effets. Il est également important de ne pas arrêter de prendre vos médicaments si vous vous sentez mieux. Consultez votre médecin avant de modifier votre dose, et informez-le des effets secondaires éventuels.

La psychothérapie :

La thérapie peut être d’une aide précieuse pour ceux qui ont un TAS. Un psychothérapeute peut vous aider à identifier les pensées et comportements qui influencent votre dépression, et vous apprendre des alternatives pour faire face à vos symptômes ainsi que certaines techniques qui peuvent vous aider à récupérer l'énergie perdue.

La luminothérapie :

La luminothérapie est une exposition régulière à une source de lumière très intenses, proche de la lumière du soleil. Cette lumière permet de déclencher la production des hormones et neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l’humeur. N’achetez pas tout de suite une lampe, discutez d’abord de cette option avec votre médecin, car ce type d’appareillage est particulièrement coûteux et mieux vaut vous assurer de la qualité du produit avant d’investir.

Que puis-je déjà faire aujourd’hui ?

En plus de l’aide que vous apportera votre médecin, vous pouvez déjà changer certaines choses dans vos habitudes pour palier aux effets dévastateurs du blues hivernal. Sortez le plus souvent possible quand il y a de la lumière, faites de l’exercice, éviter les drogues diverses et l’alcool, faites le plein de sommeil et pratiquer des activités relaxantes.

S’engager dans un mode de vie plus sain n’est jamais une mauvaise chose. Mais ne vous alarmez pas si vos symptômes ne diminuent pas immédiatement. Un vrai blues hivernal ne s’efface pas commençant la pratique du yoga ou après un massage dans un centre de soin. Demandez de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, loin de là. Fonctionnez au jour le jour et savourez chaque petit pas vers une meilleure gestion de l’hiver. Chaque petite victoire est un pas vers une meilleure gestion à plus long terme.