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Conseils de psy

L'enfant et les limites

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L'enfant et les limites

Monsieur,
Je réagis suite à l'avis que vous avez formulé pour madame A. V. qui a un fils têtu
Je me reconnais absolument dans ce cas voire pire et vous saurais grand gré de bien vouloir lire ce qui suit et me donner votre avis.

Ma situation : 40 ans et actuellement un peu fatiguée. un mari indépendant et aussi... fatigué voir un peu laxiste. 3 enfants: arthur 6 ans, Hillevi 2ans 1/2 et Keana 1 an. les enfants s'adorent surtout les 2 filles qui se suivent de très près et sont chez la même gardienne. en outre elle sont encore trop petites pour affirmer un caractère difficile quoi que l'aînée commence drôlement à imiter son frère et donc essaye les mêmes trucs.

Notre problème : c'est arthur. tout petit déjà il affirmait un grand entêtement. il savait ce qu'il voulait et surtout ce qu'il ne voulait pas, par exemple changer de chaussures quand les anciennes étaient trop petites. mettre des vêtement que j'avais choisi et qu'il n'aimait pas!? bien vite c'est devenu pire : refusant de s'habiller le matin ( quand il était petit on l'appelait le nudiste car il enlevait systématiquement ses vêtements ) -( aujourd'hui encore, il n'est pas rare, le We qu'il ne s'habille pas sauf sous la menace ou si on va quelque part), de se laver et de se laver et surtout couper les cheveux (nous n'arrivons à lui faire couper les cheveux que 2x/an et en le tenant à 3, la coiffeuse devant venir à domicile pour ce faire). je devais et je dois encore et toujours user de stratégies, de cadeaux et même de menaces pour arriver à mes fins : il sait me pousser à bout (et dieu sait si je tiens longtemps tête) jusqu'à ce que je doive passer la main à mon mari et à défaut ou si même lui n'y arrive pas j'ai ainsi le temps de me calmer et de reprendre la bataille : il pleure, il hurle et surtout, ce qui m'étouffe, il se colle à moi et se pend à mes vêtements. malheureusement, quand mon mari n'est pas la, c'est la fessée voir l'empoignade, et puis je l'ignore, ce qui n'a même pas l'air de le calmer. et puis, cela se termine tout à coup sans que je me m'en rende compte, tout à coup la crise retombe et je retiens mon souffle pour que ce soit fini : après c'est le plus gentil petit garçon de la terre!.

Entre-temps, il ne reconnaît au grand jamais qu'il est en tord ; même si je suis à l'autre bout de la maison, quand il rate ou casse quelque chose , c'est toujours de ma faute ou de celle d'une de ses soeurs.
il est très taiseux sur ses activités scolaires toutefois l'institutrice me dit également ( comme pour madame Anne V) qu'il est très studieux et appliqué et qu'il participe bien et qu'il est un des premiers de classe : pour elle rien d'anormal.
pour moi par contre un calvaire tous les jours depuis le matin ou je dois encore toujours l'habiller car il ne veut pas le faire seul : je dois même l'accompagner aux toilettes car il dit qu'il a peur d'être seul. j'ai du demander le passage du bus scolaire car l'accompagner à l'école n'était plus possible dans la mesure ou il ne voulait pas me lâcher dans la cour. il a également horreur d'aller en stage pendant les vacances ou de suivre un cours extrascolaire tel que musique ou sport : c'est les pleurs et les cris et la cata chaque fois et ça m'épuise!

il porte des lunettes : nous avons eu un mal fou à les lui faire accepter et c'est chaque fois un drame pour les remettre après les vacances. il ne veut pas mettre des chaussettes qui lui serrent ni un pantalon qui ne va pas à son goût. il refuse de dire bonjour aux gens (mais ça, beaucoup d'enfants sont comme ça d'ailleurs ma mère s'est souvent fâchée sur moi à ce sujet). il ne veut jamais aller dormir et finalement je dois aller avec lui, lui lire un histoire et de surcroît rester un peu et là encore il me tient la main jusqu'à ce que je me fâche pour pouvoir partir.
Il négocie tout. et ne m'écoute pas du tout quand je lui parle, il ne m'entends pas quand il est occupé à lire ou à regarder la TV ou quand il joue un jeu à l'ordinateur. quand il était tout petit on l'appelait le petit rêveur, puis parfois on le croirait dans son monde à lui et aujourd'hui j'en suis à me demander si tout ceci est bien normal.
ici je ne retrace que les faits qui me semblent à caractère anormal. de toute façon, il n'est pas obéissant et quand je lui demande de faire quelque chose, il commence par refuser, puis il me demande pourquoi il doit le faire. il n'était pas comme ça avant. c'était un petit garçon serviable, désirant faire plaisir . serait-ce possible qu'il soit devenu comme ça par jalousie.

il est très habile aux jeux ordinateurs et en cherche constamment sur Internet surtout concernant les dinosaures - ce qui est sa passion - et il reste toute la journée devant, sinon, il reste toute la journée ( si je le laissait faire bien entendu) devant des programmes sur les animaux à la TV ( ça aussi ça le passionne)
A côté de cela, il sait être très adulte et très réfléchi, il dessine très bien et est très avancé pour son âge. il raisonne très bien. n'a pas lieu d'avoir quelque complexe que ce soit car il est beau et aimé de tous. il peut être très gentil et s'occuper très bien de ses soeurs, jouer avec elles, venir faire un gros bisous et nous faire pleins de dessins. venir raconter sa journée à son père ou inventer une chanson. ranger sa chambre tout à coup ou donner un coup de main.

De plus, il est bilingue, parlant le néerlandais avec moi et le français avec son père et à l'école : à ce stade, il parle mieux le français et il parle le néerlandais avec une syntaxe francophone, ce qui fait que je dois constamment le corriger : toutefois, ces corrections là, il les accepte et reprends correctement la phrase)
il est vrai qu'il a été très jaloux à la naissance de sa soeur et que cela a duré une grosse année avant qu'il n'accepte de n'être plus le seul enfant. la venue de la troisième toutefois semble avoir remis les pendules à l'heure et il n'affiche plus cette exclusivité - sauf si toutes ces actions que je qualifie de caprices et de crises sont commandées par le phénomène de la jalousie soit-elle sous-jacente. sa jalousie portait surtout sur moi: il ne faisait pas de mal à sa soeur mais m'empêchait de m'en occuper en attirant toute l'attention sur lui ou en se collant sur moi. j'ai été fort attentive à cela et ai tout fait pour lui expliquer que je comprenais mais qu'il restait mon fils tant aimé. maintenant, je les prends chacun à leur tour entièrement pour une séance de bisous et de calins et cela se passe bien : c'est leur moment à chacun avec comme privilège actuellement exclusif pour arthur puisqu'il va à l'école que je ne suis qu'à lui tout seul le mercredi après-midi ( cette situation est momentanée puisqu'en septembre il y aura aussi Hillevi).
mon mari ne veut pas aller consulter un pédo-psychiatre car il dit qu'arthur est normal et que lui aussi était comme ça étant petit, cad ne pas vouloir se couper les cheveux, ne pas vouloir manger, ni dire bonjour et qu'il dessinait énormément aussi et était aussi un peu dans son monde: cela me rassure mais en fin de compte c'est quand même moi qui doit me battre tous les jours et me fâcher tous les jours sur lui et surtout, il montre le mauvais exemple aux autres qui commencent à l'imiter et aussi à piquer des crises.
ma question première est donc : est-ce normal que je doivent me fâcher systématiquement pour obtenir quelque chose et qu'il me pousse à bout jusqu'à la fessée? est-ce normal qu'il n'accepte aucune autorité et qu'il n'arrive pas à sortir de ses crises ( il peut pleurer des heures), sachant que cela n'a pas l'air de se passer comme ça à l'école.
quand je suis seule avec lui - par exemple le mercredi après-midi - et que je m'occupe de lui, tout se passe bien .mais si j'ai le malheur de devoir faire autre chose et de ne pas répondre à ses attentes, ça commence et termine souvent en larmes.
j'ai lu le livre "tout se passe avant 6 ans, en collection de poche. et j'ai essayé d'appliquer tous les trucs afin d'en sortir : mais rien ne marche ou alors cela marche la première fois et puis, il trouve une parade ou ignore l'information pour entrer dans sa crise.
sa dernière invention depuis quelques mois est de tout garder ( y compris des boîtes vides d'aliments et des vieux sacs de chez Delhaize etc.) soit disant pour faire des bricolages : je me retrouve avec des sac et des sacs de trucs qui pourraient éventuellement servir pour bricoler. si jamais il découvre que j'ai jeté quelque chose il me pique un crise de laquelle il ne sort que difficilement. et c'est à ce point que quand nous avons voulu jeter un ancien tapis aux poubelles il s'est opposé à la sortie du véhicule en hurlant qu'on ne pouvait pas jeter le tapis. il veut garder toutes ses anciennes chaussures et ses anciens vêtements.
j'ai peur que cela ne devienne ou ne soit maladif : mon mari prétend que cela est une maladie d'adulte de vouloir tout garder: oui, mais cela peut commencer à l'enfance, non?
soit, quand quelque chose ne lui convient pas ou qu'il ne veut pas le faire ou y aller ou le recevoir, il pique sa crise! avant, quand je lui apportait une petite surprise et qu'elle ne lui plaisait pas, il piquait aussi une crise.... c'est à en rester interdit! alors, j'ai supprimé les surprises.
il y a surtout que les 2 autres enfants suivent et voient le grand frère, et j'ai peur que la situation ne se reproduisent avec les 2 autres aussi à la vue de ce mauvais exemple. à leur âge arthur n'était pas encore "coincé" à ce point, mais il est vrai que cela est devenu grave à la naissance d'hillevi.
Ma 2ème question est que, d'autre part, je me demande si ce n'est pas de notre faute : que faisons-nous ou avons nous fait de travers pour en être là? et surtout que devons nous faire pour en sortir?
merci d'avoir lu tout ceci et merci d'avance de votre réponse que j'attends avec impatience tant je suis à bout de ressources.
Bien à vous.
E.

La réponse de Dimitri Haikin

Bonjour Madame,

Votre lettre exprime, on ne peut plus clairement, jusqu'où un petit garçon peut aller dans la confrontation avec sa mère !
Il teste, repousse les limites, toujours un peu plus loin, contrôlant ainsi par la même occasion, l'amour immense que vous lui portez. Inconsciemment, l'enfant a souvent ce besoin compulsif de voir jusqu'où sa mère l'aimera.
Par ailleurs, le fait de recevoir des limites claires, fermes et répétées l'aidera, sans aucun doute, à renoncer progressivement à la tyrannie de ses désirs.

Le jeune enfant est très fortement centré sur la satisfaction immédiate de ses désirs. Au fond, bien souvent, quand il est bébé, les parents répondent illico presto à chacune de ses demandes. On est là face à une confusion importante, aussi bien chez l'enfant que chez ses parents du besoin et du désir. En grandissant, il essaiera de retrouver cet état antérieur où tout le monde ou presque était à son service.
Point majeur dans la théorie de Françoise Dolto, cette distinction entre besoin et désir est capitale ! Autant, il faut que nous répondions aux besoins élémentaires de l'enfant : être nourri, changé, se sentir en sécurité, reconnu par ses parents, autant il est déconseillé de répondre trop souvent aux désirs de son enfant.
Le manque permet de continuer à désirer. Le désir fait vivre le sujet ! Il est un célèbre exemple de F. Dolto où un petit garçon fait des pieds et des mains parce qu'il veut un bonbon. Elle ne répond pas à son désir en allant chercher un paquet de bonbon au magasin du coin, mais lui parle de son désir. « Ah bon, et il aurait quelle couleur ce bonbon ? Rouge. Ok. Il serait dur ou mou ? Tout mou. Imagines que tu le mets en bouche, tiens moi j'en prends un,…
En fait ce qui importe pour l'enfant c'est que son désir soit reconnu mais pas comblé.

Au niveau des désirs, les choses évoluent en fonction de l'âge de l'enfant.
Bébé, il recherchera le contact avec le corps de sa mère (désir) tout autant que le lait (besoin). Je crois que là, il nécessaire de lui accorder les deux bien sûr mais plus tard alors qu'il est en sécurité, que ses besoins ont été comblés et qu'il réclame d'être pris dans les bras (désir), il faudra lui apprendre, en lui parlant, à y renoncer.

Freud parle dans sa théorie, de « petit pervers polymorphe ». Il explique que l'enfant est prêt à tout pour satisfaire son désir. Il utilise l'autre comme objet et se fiche de le voir fatigué ou angoissé. Heureusement, l'intégration de la Loi, des règles de vie que vous lui aurez inculquer avec vigueur, lui permettra de renoncer et donc de grandir.

Vers l'âge de deux ans, l'enfant affirme sa personnalité en s'opposant par le « Non » et des refus massifs face à certaines demandes de ses parents. Certains avec un tempérament encore plus fort que d'autres.
Le rôle du Père est bien évidement primordial dans cet apprentissage. A la lecture de votre situation, il semble que votre mari travaille beaucoup et que vous ne puissiez recevoir un appui qui serait bien nécessaire (ceci dit sans aucun jugement de valeur, parfois, on n'a pas le choix !).

La période d'opposition Oedipienne est davantage marquée par un désir pressant d'être à deux, « dans un corps à corps » avec le parent du sexe opposé, tout en repoussant son parent du même sexe. Là aussi des limites claires quant à la place de chacun dans la famille s'avèrent indispensables !
Dans votre situation, Arthur est l'aîné d'une fratrie de trois. Souvent le premier enfant est adulé par ses parents et j'ai même déjà rencontré en consultation des « petits Rois Arthur » à qui les parents avaient – par amour –tout permis ou presque.
L'arrivée de deux autres enfants menace évidemment sa couronne. La jalousie pousse bien souvent l'enfant à s'opposer de plus belle et à venir une fois encore sentir jusqu'où il restera aimable pour sa mère surtout. Arthur vous pousse loin dans vos retranchements, très loin même mais ce qui l'apaisera, sera de recevoir,ce savant dosage d'amour et de fermeté.

Arthur est aussi très intelligent pour vous amener dans de tels chemins. Je crois qu'il faut qu'il apprenne qu'il y a des choses qui ne se négocient pas ! L'heure du coucher par exemple. Les temps de télévision. Les règles élémentaires de politesse.

Oui, il est nécessaire que vous vous fâchiez souvent. Il est indispensable que d'autres personnes, d'autres tuteurs d'éducation prennent le relais et vous laissent souffler ! Son père, oncle, instituteur,…
A l'école, il semble qu'il se plie aux règles de vie. C'est bon signe. Parfois quand on n'en sort pas, quelques séances avec un psychothérapeute pour enfant permettent à l'enfant de conscientiser ses comportements. L'enfant rend des comptes à son psy et bien souvent est fier de montrer qu'il change, qu'il grandit !

Non, rien n'est joué à l'âge de six ans ! Tout se joue avant la mort ! Tout sujet peut changer certains comportements et ce quel que soit son âge.
Tout se construit au jour le jour. Patience et courage.

Enfin, les choses en général se passent différemment pour le deuxième et troisième enfant. Question de place dans le schéma familial.

Rien ne sert de vous culpabiliser. Les parents font ce qui peuvent, surtout des enfants qui ont une personnalité très affirmée. N'oublions pas que ce trait de caractère pourra devenir une grande force dans sa vie d'adulte. Devenir parent, cela s'apprend sur le terrain, pas dans une école !

Un autre repère qui devrait vous rassurer un peu, c'est qu'entre 7 & 11 ans, les comportements de l'enfant changent fortement. Il joue beaucoup plus seul, s'identifie au père et intègre les règles de vie plus directement. On parle de « la période latence » …avant la puberté et l'adolescence mais ça c'est une autre histoire

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