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Vis ma vie de prof! La détresse des enseignants

/ Par Sally Das / Stress

Vis ma vie de prof! La détresse des enseignants

Les enseignants,  jadis perçus comme des individus nécessaires au système éducatif et valorisés dans leur fonction, sont maintenant perçus de manière tout à fait différente de par les parents et la société.

Qui n'a jamais entendu les mauvaises blagues adressées aux professseurs: "Tu es ENCORE" en vacances?", "Bah, avec 20 heures semaine, tu fais à peine un mi-temps", "Tu es fatigué? d'avoir fait quoi au juste?", "Ces enseignants, toujours en train de se plaindre, jamais contents", "Les planqués du système qui sont payés deux mois sans rien faire et qui travaillent à peine 10 mois sur 12, sans compter les jours de congé, la belle vie quoi...".

La belle vie? Pas si sur...Travaillant dans une classe de quelques mètres carrés, gérant une vingtaine d'enfants minimum, qui parlent, crient, lèvent la main, demandent l'attention, et bien-sûr, tous en même temps! Les préparations à réaliser à la maison, les corrections des travaux, les conseils de classe et réunions interminables, les temps de table avortés et les pauses toilettes/collation de quelques minutes,...

Petite anecdote: un jour, un élève du secondaire à poser la question suivante à une enseignante: "Madame, vous avez fait l'université?", "Oui" à répondu l'enseignante. "Comment cela se fait-il que vous soyez devenue enseignante? Vous n'avez rien trouvé d'autre?". Cet exemple illustre bien l'idée générale de l'enseignant qui n'a rien pu faire d'autre de sa vie, qu'enseigner, presque par dépit. Cela ne pourrait pas être une passion? Une vocation? Une envie tout simplement? L'image véhiculée est que ces acteurs de l'enseignement font ce métier car ils n'ont rien de mieux à faire...Imaginez la violence de ces propos pour ceux qui consacrent leur vie professionnelle à vos enfants, l'image perçue par la société... 

Etre enseignant, c'est du sport! C'est effectuer quotidiennement le rôle de différents métiers sur la même journée: parent, éducateur, psychologue, cuisinier, infirmier, gendarme et j'en passe! Le tout, pour une considération assez faible il faut bien le dire de par l'opinion publique. Vous avez parfois du mal à gérer quelques enfants à la maison? Imaginez la même situation multipliée par 4, 5 ou10!


Les enseignants ne méritent pas ces mauvais traitements, ils gèrent vos enfants, les éduquent (alors que cela est majoritairement le rôle des parents), les instruisent, s'occupent d'eux au mieux dans la plus grande bienveillance.

L'actualité et le confinement prouve bien l'importance de leur rôle, la difficulté d'apprendre ou de revoir de la matière avec eux, être professeur, cela ne s'improvise pas. Les parents qui doivent s'occuper des travaux en ligne dispensés par l'école s'en sont rendu compte durant les deux mois où les enfants sont restés constamment à la maison. Il en a été de même pour la gestion au quotidien de ces mêmes enfants, qui d'habitude sont à la maison quelques heures/semaine et qui y sont restés 24/24, il a fallu les gérer, les occuper, les instruire,...Je suppose que vous n'avez pas 20 enfants à la maison? 

Nombreux enseignants consultent pour un burn-out dans mon cabinet car ce métier nécessite d'être multi-tâches et demande une charge mentale assez importante. Au bout d'un moment, ils lachent car ils sont épuisés tant physiquement que mentalement. La situation fait que de plus en plus, on leur demande des tâches administratives, du bénévolat dans le cadre d'activités extra-scolaire. Pensez à la fancy-fair ou à la journée portes ouvertes de l'école, les enseignants en coulisses ont donné de leur personne pour vous offrir un spectacle de quelques minutes, une journée où vos enfants ont pu être les stars d'un jour, tous ces petits bras étaient mobilisés depuis des semaines déjà pour vous offrir ces moments de bonheur.

De plus, si le métier était si facile, comment expliquer la pénurie dans ce secteur? Les nouveaux enseignants quittent le navire endéans les 5 premières années de carrière, pourtant ils sont encore motivés et émerveillés par le système éducatif à leur sortie. Comment expliquer qu'avec tous ces "soi-disant" avantages, de nombreux enseignants quittent l'enseignement et travaillent dans le privé? Tout cela s'explique: ce métier est difficile.

Comme beaucoup d'autres allez-vous me dire? Oui, certainement, mais la reconnaissance de la difficulté de leur travail leur procurerait déjà un plus. Le fait de ne pas les incendier dès qu'ils punissent votre enfant, mais comprendre avec eux pourquoi la punition a été attribuée, privilégier le dialogue en réunion de parents que les menaces et les injures, respecter leur travail en expliquant aux enfants et adolescents, que leur professeur est présent pour les aider à progresser et à devenir de futurs citoyens. 

Toutes ces petites attentions pourraient améliorer leurs conditions de travail et par conséquent leurs conditions de vie. Un enseignant heureux procure plus de bonheur à ses élèves qu'un enseignant fatigué qui n'apprécie plus son travail. 

Finalement, parents et enseignants oeuvrent dans le même but: le bonheur et la réussite des enfants/adolescents, ne serait-il pas plus judicieux de travailler main dans la main, de se comprendre mutuellement? d'avancer ensemble? A méditer...
 

Sally Das -  Psychologue, Psychologue clinicien(ne), Psychologue de 1ère ligne (INAMI), Psychothérapeute, Formateur/trice

Sally Das

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